Accueil » Combattre la loi travail et soutenir le grand capital

Combattre la loi travail et soutenir le grand capital

Cet article a été lu 2251 fois

La mobilisation contre la loi travail donne lieu à un superbe déferlement de postures faciles, à l’instar d’Anne Hidalgo, ce matin sur France Inter, qui expliquait sans rire que le plafonnement des indemnités de licenciement n’était pas une mesure « humaniste ». Cette ancienne inspectrice des affaires sociales, qui cumule sa retraite avec ses indemnités de maire, surfe sur une vague de velours: le bien, l’humanité, c’est défendre le droit du travailleur contre le capital, alors que la loi travail fait tout le contraire. Y a-t-il idée plus belle, plus simple, plus gentille à défendre dans les dîners en ville?

Le droit du travail et le capital

Pour comprendre la perversité de cette idée, il faut évidemment relever ses non-dits et mesurer « pragmatiquement », comme dirait Anne Hidalgo, l’impact exact de ses conséquences. À ce jeu, il apparaît vite que les revendications hostiles à la loi travail font toutes le bonheur du grand capital et de la rente face à l’émergence d’une catégorie d’entrepreneurs étouffés par les normes sociales en vigueur.

Mettons les pieds dans le plat: le sujet de la loi travail consiste bien à diminuer une part des garanties et des protections obtenues par les salariés au fil des décennies. Ce qu’on appelle ici la flexibilité vise à réduire le coût concret du travail et non son coût économique. Moins de règles, moins de protection, pour une optimisation du salaire.

En remettant ainsi en cause, très marginalement au demeurant, les protections des salariés, le gouvernement donne un coup de pouce aux entreprises qui sont le plus pénalisées par l’épaisse couche de réglementation existante. Compte tenu de la structure du capital en France, ce sont les petites entreprises qui en seront les principales bénéficiaires, bien entendu, car ce sont elles qui n’ont pas les moyens techniques de maîtriser toute la réglementation et ses évolutions incessantes, et ce sont elles qui sont le plus handicapées par les innombrables freins que le Code du Travail introduit dans l’exécution du contrat.

On ne peut ignorer ici qu’une partie importante du foisonnant code en question fut dictée et rédigée par les patrons des grandes entreprises eux-mêmes, trop heureux d’imposer des règles qui sont autant d’avantages comparatifs sur les petites entreprises du secteur. Contrairement à l’idée la plus largement répandue, ce n’est pas le grand capital qui est ennemi de la protection des salariés, c’est le petit capital! parce que c’est lui qui dispose du moins de marges pour optimiser les salaires.

Quand une entreprise à la main du grand capital est gênée par sa masse salariale, elle se délocalise et le problème est réglé. Cette souplesse-là n’existe pas pour les petites entreprises.

Les puristes de la protection des salariés ne peuvent donc ignorer les conséquences concrètes de leur opposition à la loi: elle leur donne bonne conscience, mais elle constitue un soutien évident, dans l’après crise 2008, à l’hégémonie du grand capital sur notre organisation économique.

Combattre la loi travail ou conserver un capitalisme de la rente

Et c’est probablement là le fond du problème. Il existe un non-dit absolu dans la vision latente du monde portée par les adversaires de la loi travail: un monde de grandes entreprises policées, réglementées, leur convient infiniment mieux qu’une France parsemée de petites entreprises qui se font concurrence. Et lorsque le gouvernement annonce des mesures qui pourraient favoriser cette dernière, la « gauche » se hérisse le poil en imaginant son jardin à la française idéal perclus de mauvaises herbes, de plantes foisonnantes, d’arbustes incongrus qui vont gâcher la vue.

Sans surprise d’ailleurs, ce sont majoritairement des fonctionnaires qui se battent contre la loi. Ceux-là nourrissent une sainte horreur naturelle pour le monde auxquels ils n’appartiennent pas: pour tous ces petits entrepreneurs (forcément poujadistes, c’est même un pléonasme), ces petites entreprises (forcément insalubres et dangereuses, des zones de non-droit) qui sont incontrôlables et les éloignent tant du monde lunaire, aseptisé, dégagé des contraintes de productivité qu’on appelle le service public.

Symboliquement, il existe d’ailleurs un risque important, pour eux, de voir triompher un autre monde si la loi travail devait passer. Elle prouverait qu’une inversion de l’expansion permanente dont les protections bénéficient serait possible. Et c’est probablement cela qui est le plus important dans le combat contre la loi.

 

5 commentaires

  1. Oblabla dit

    Ce projet de loi est un leurre de hollande pour éviter d’agir sur la vraie raison du chômage: l’excès de dépenses publiques et l’obésité de la fonction publique avec ses privilèges.
    Les effets positifs de cette loi sur le chômage seront marginaux, même si sa première mouture avait été maintenue.
    Seule la baisse drastique de la dépense publique (57% du PIB, digne d’un pays communiste) peut faire disparaître le chômage de masse. Baisse dépenses publiques = Baisser impôts et taxes = Démarrage des investissements = création d’emplois. Cf Cameron au RU: suppression de 600.000 postes de fonctionnaires en 2 ans et dans le même temps création de 1.200.000 postes dans le privé.

  2. Stephane dit

    Je retiendrai deux choses dans ce projet de loi. La première c’ est que la gauche a pris en pleine poire le côté obscur de son idéologie habituellement envoyer à la droite, ce qui n’ est pas pour me déplaire. La seconde, c’ est qu’ en bon destructeur et diviseur, Hollande a rendu la tâche de réformer le droit du travail encore plus compliquée pour les prochains poilitichiens.
    Je remarque enfin que des personnalités sur les grandes ondes n’ hésitent plus à le qualifier de nullissime. Il est vraiment grand temps que ce type et sa clique dégage.

  3. La thèse de l’opposition entre grand et petit capital, basé sur l’inégalité fondamentale pour l’accès aux forfaits jour, crux de la discussion pour Eric Verhaeghe, et pas complètement à tort, a un coté douteux, vu le niveau de médiocrité de l’offre gouvernementale sur la question. Des lâches, des velléitaires, des médiocres aux manettes pour encore un an. Sévèrement étrillés sur une déchéance de nationalité qui les a vidés et déshonorés, des allergiques épuisés négocient avec les lycéens, pourquoi pas avec les maternelles ?
    Et on s’inquiète d’une situation pré révolutionnaire, alors que sur la même place de la République, il y a un an, on défilait pour Charlie.
    Une remarque: l’adhésion de la jeunesse devient importante quand les adultes s’en foutent. Le fait est là: totalement dénuée de toute force ni effet, la loi n’intéresse plus personne et personne ne songe à la refuser, sauf, et c’est le problème, les lycéens. D’où le problème, qui conduira inéluctablement, les gifles et les privations de dessert étant interdites pour cruauté inadmissible, au retrait de la loi pour ces raisons là mêmes.

    Comme quoi, il faut une vraie réforme d’homme, celle qui d’un seul coup d’un seul abolira la réforme régionale, les 35 heures, l’ISF, la retraite à moins de 65 ans, les 32 heures dans la fonction publique, les prud’hommes. Bref, tout ce qui fera pleurer des larmes de sang aux misérables connards parents de ces élèves là et que je conchie en hurlant « mort aux cons »!

  4. Le Maout dit

    Je crois que le problème de fond reste l’ignorance totale des politiques envers le monde des entreprises et les mécanismes de création de richesse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *