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Les Pays-Bas ont-ils ouvert une crise continentale?

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Les Pays-Bas font partie des Etats fondateurs de l’Union Européenne. Signataires du traité de Rome, ils sont historiquement attachés au libre-échange et à la construction communautaire. Un tiers d’entre eux s’est déplacé cette semaine au referendum d’initiative populaire sur l’accord de libre association entre l’Union Européenne et l’Ukraine. À une écrasante majorité, les électeurs ont manifesté leur opposition à ce texte, ce qui empêche sa ratification par le pays. Potentiellement, c’est la politique de l’Union vis-à-vis de l’Ukraine qui est remise en cause.

Les Pays-Bas, ce caillou dans la chaussure européenne

Pour l’Union, mise à rude épreuve par la crise des migrants qu’elle a très provisoirement réglée, le referendum hollandais est un mauvais présage. À quelques semaines du referendum britannique, le signal envoyé est celui d’un refus populaire et majoritaire opposé à la conception germanique de l’Union.

C’est en effet l’Allemagne qui a pesé de tout son poids pour soutenir l’Ukraine contre la Russie. Et c’est l’Allemagne qui a tendu les relations avec Poutine en favorisant la construction de relations bilatérales privilégiées avec l’Ukraine. Ces choix sont en tout cas mal compris à l’Ouest, où les Néerlandais viennent de les rejeter officiellement.

Il va maintenant falloir faire avec ce nouvel incident de parcours qui affaiblit la légitimité des politiques européennes. Formellement, l’accord d’association ne pourra se passer de la ratification néerlandaise sans perdre ses bases juridiques. L’option finale sur le dossier risque d’être compliquée à assumer.

L’Union est-elle menacée?

A ce stade, ni Jean-Claude Juncker ni Donald Tusk n’ont annoncé le moindre changement dans les options communautaires. Si cet attentisme se justifie par le besoin de laisser le gouvernement néerlandais digérer son échec, il rappelle aussi que l’Union n’est pas conduite aujourd’hui par des leaders charismatiques capables de dégager des visions à long terme.

Cette apathie politique de l’Union est probablement son handicap fondamental. Le sentiment que les peuples aboient et que la caravane communautaire passe devrait en sortir accentué. Le « cause toujours tu m’intéresses » de la démocratie européenne est une donnée brute de l’Union.

On en mesurera le prix lors du referendum sur le Brexit. Face à des Britanniques épuisés par la machinerie bruxelloise, l’immobilisme de Donald Tusk (qui s’est empressé de dire que le referendum néerlandais ne changerait rien à court terme), le président du conseil, devient un jeu dangereux.

Le traité transatlantique et le suicide européen

On notera au passage que Juncker et Tusk ne sont pas les seuls à jouer avec le feu. Angela Merkel, leur mère protectrice, continue à épuiser ses voisins avec ses lubies. La dernière en date consiste à pousser à la conclusion rapide du traité de libre-échange transatlantique. Le sommet franco-allemand a permis de l’évoquer. Voici ce qu’indique le relevé de décisions:

La France et l’Allemagne soutiennent la conclusion d’un accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis qui soit ambitieux, équilibré et mutuellement bénéfique, si possible avant la fin de l’année si les conditions sont réunies. L’accord de partenariat commercial transatlantique, en permettant un accès renforcé au marché américain pour nos entreprises, devra offrir des opportunités pour plus de croissance et d’emploi en France et en Allemagne et permettra une coopération réglementaire selon les normes les plus élevées pour une économie durable.

La France et l’Allemagne seront en particulier vigilantes sur l’atteinte d’un résultat ambitieux et équilibré pour l’Union européenne dans les négociations, notamment sur l’accès aux marchés publics aux Etats-Unis, y compris au niveau subfédéral, sur la reconnaissance des indications géographiques, sur les services (transport maritime et coopération réglementaire en matière de services financiers en particulier), ainsi que sur les questions non-tarifaires dans le domaine agricole et agro-alimentaire, ou encore sur des objectifs ambitieux s’agissant du développement durable et de la responsabilité sociale des entreprises.

En ce qui concerne le mécanisme de règlement des différends investisseur/Etat, l’accord est une occasion d’établir un modèle pour les futures négociations commerciales, sur la base des propositions faites par la Commission.

Mais qu’espère Angela Merkel avec ce traité?

7 commentaires

  1. Pierre dit

    Merkel n' »espère » rien avec ce traité.

    Elle suit les ordres, c’est tout.

    Et avec elle, Hollande et toute la clique des Bruxellois atlantistes.

    Washington veut signer ce traité, ergo le protectorat (colonie ?) européen doit signer. Point barre.

    Vous parliez l’autre jour de l’aéroport du cinglé Ayrault… Ce traité c’est la même chose. Personne n’en veut (pour des raisons très différentes, je vous l’accorde) mais vous l’aurez quand même !

    Les Français rejetèrent massivement par référendum, avec les néerlandais (déjà) la constitution européenne… Pas grave, quelques années après, en ayant changé le nom du traité, on l’a eu. Point barre.

    On voit bien le fil d’Ariane ! Indéniable.

    Même principe avec les immigrés, les clandestins, pardon les « réfugiés ». Vous n’en voulez pas ? Plus ?
    Eh bien si, vous en boufferez quand même jusqu’à plus faim.

    Le fil d’Ariane devient un véritable collier de… perles.

    Tout cela est parfaitement cohérent.

  2. IRobot dit

    Chaque fois qu’un peuple d’un état européen a l’occasion de s’exprimer sur un sujet touchant à l’Europe, depuis plus de dix ans, la réponse semble devoir être « non ». Pays-Bas (par deux fois), France, Danemark encore récemment… et prochainement Royaume-Uni (?), il est clair que l’intégration Européenne ne fait plus consensus parmi les peuples car c’est bien de cela qu’il s’agit : il n’y a pas et il n’y aura pas de sitôt de peuple européen, c’est une mystification. On voit bien comment, au premier coup de tabac, les divergences nationales refont surface.
    Quand on voit que L’Europe politique consiste à signer ce que veux le grand frère Américain et que au sein même des états européens, le masque de la solidarité a disparu pour laisser apparaître un comportement de père fouettard envers les états du « sud », que la liberté de circulation censée faciliter les échanges et la circulation intracommunautaires s’est muée en une aberrante porosité aux migrations de toutes sortes qui ignorent qu’un système ne peut rester organisé en dépit d’un désordre externe qu’au prix de l’existence d’une frontière un temps soit peu sélective (détruisez la membrane d’une cellule et essayez de la maintenir en vie…) on en conclut que cette Europe est suicidaire et ses dirigeants ou soutiens nationaux incompétents ou traîtres ce qui n’exclue nullement la corruption.

  3. Pierre dit

    L’ennemi est clairement à Bruxelles… Les ectoplasmes du type Hollande, Rajoy, Renzi ne sont que des avatars locaux.

    Hollande est un symptôme de la maladie, pas du tout le virus. Le virus est à Bruxelles (même pas à Berlin, comme notre hôte l’a souvent pensé, à tord, cet article le prouve).

    Briser les reins des Bruxellois, détruire tout l’appareil d’état totalitaire construit sournoisement en plusieurs décennies, c’est casser l’U(E)RSS, c’est retrouver la souveraineté, la monnaie, la défense, les frontières. En un mot : la liberté.

    Oui à une « association » d’états souverains, bien entendu, non à la démence mélangiste, fédéraliste des Bruxellois, projet mortifère qui pourrit la vie des centaines de millions de personnes en Europe.

    La ligne de fracture est là.

    Pas dans les pseudo débats : Valls ou Macron ? Sarkozy ou Hollande ?

  4. déception positive dit

    « Les Pays-Bas ont-ils ouvert une crise continentale? « ….au niveau de la structure, évidemment que NON puisque, comme pour le référendum sur la constitution, la nomenklatura trouvera bien un moyen de s’asseoir sur la décision populaire: aujourd’hui l’expression du peuple souverain (comme on disait du temps de la République) est partout balayée avec bonne conscience avec ce qualificatif interlope par excellence de populisme… et ils continueront comme si de rien n’était . En effet, ils savent qu’à chaque fois qu’un peuple européen pourra s’exprimer il dira, à sa façon et avec ce qu’on veut bien lui laisser d’expression, que ce foutoir voulu et piloté par les pairs de Z. Brzezinski n’est pas l’Europe des peuples que nous voulions au départ et que les pions que nous sommes dans leurs mains sur leur  » grand échiquier » eurasien nous n’en voulons plus. S’il y avait un référendum organisé en même temps au niveau de tous les pays de l’Union, le degrés d’exaspération est tel que ce serait traité par les peuples comme un plébiscite et que la réponse serait NON quel que soit le sujet. C’est pour cela que l’Union Européenne, pour ce maintenir au meilleurs bénéfice de sa nomenklatura du protectorat américain ne plus devenir autre chose qu’un territoire marquée par la régression démocratique et que cette pratique du référendum sera probablement interdite un jour au qualificatif de pratique populiste et donc arriérée. Les citoyens des Pays Bas ont bien fait d’en profiter c’était peut être la dernière fois mais une fois de plus il ne se passera rien.

  5. CoCo dit

    Bonjour Eric,
    Dans ce referendum, on semble oublier que les Hollandais ont été
    les plus touchés par le crash du MH en Ukraine.
    De la façon dont l’enquète s’est déroulée avec les censures certaines des Ukrainiens
    ( voir l’accord d’enquète)
    il est fort possible que des fuites sur les résultats des conclusions non publiées aient
    été connues de nos amis Bataves et ont influencé ,et la demande de référendum et, son résultat
    Bravo merci encore pour le blog
    CoCo

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