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Les cheminots CGT, ou la rente syndicale en action

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Article écrit pour le Figaro.

Sans que personne ne le voie clairement, les cheminots sont à la source d’un désordre français majeur, qui déstabilise l’ensemble du champ social. La préparation du rail européen passe en effet par la conclusion d’une sorte de convention collective à l’échelle de l’Union, beaucoup moins favorable que le statut accordé aux salariés de la SNCF. Bloqués pendant des années par un syndicalisme que Guillaume Pépy a protégé, les cheminots français découvrent peu à peu qu’ils ne seront plus seuls à utiliser les rails financés par le contribuable. Ce réveil salutaire mais douloureux perturbe en profondeur le paysage social français.

Le risque d’un statut européen

On ne le dit pas assez, mais les innombrables grèves qui se succèdent à la SNCF, en ordre dispersé, protestent toutes contre la négociation d’une convention collective nationale du rail qui remettra en cause le statut des salariés de la SNCF. Ceux-ci vivent en vase clos, depuis 1936, à l’abri de leurs petites combinazioni syndicales et font, depuis des années, l’autruche face à l’imminente ouverture du rail à la concurrence. L’ouverture du transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence arrive. Cette salutaire introduction permettra de secouer le cocotier des rigidités de la Vieille Dame nationale.

Elle ne va évidemment pas sans susciter un puissant tir de barrage. Pourtant, le mouvement paraît inéluctable: il est désormais incontournable que la branche du rail existe et dispose d’une convention collective moins contraignante que le statut de la SNCF. Les syndicats français l’ont bien compris: les avantages que la « bête SNCF » leur donne depuis des années touchent à leur fin. Les entreprises ferroviaires qui pourront assurer du transport de voyageurs dans quelques années en France pourront recruter sous des conditions moins favorables que la SNCF.

La seconde mort de la Libération

Historiquement, les syndicats ont pu justifier les avantages extravagants (dont la retraite à 50 ans) qu’ils pouvaient revendiquer au nom de la Libération et des prix qu’on lui prêtait. Personne n’a en vérité jamais vérifié attentivement si la légende forgée au sortir de la guerre sur l’engagement patriotique des cheminots se justifiait. Mais la conviction intime régnait: sans eux, la France n’aurait été ni vainqueur ni libre en 1945.

Ce légendaire héroïsme des cheminots a justifié bien des compromis. Tout le monde a fermé les yeux sur la participation de la SNCF aux déportations raciales, et l’histoire n’a retenu que les sabotages postérieurs à la rupture du pacte germano-soviétique. En 1945, les cheminots ont refusé de rejoindre le régime général de la sécurité sociale et ont préféré garder leurs avantages et leurs règles spécifiques, bien plus favorables.

Il a fallu attendre près de soixante-dix ans pour que ces privilèges soient remis sur la table et révisés. Seule l’Europe aura permis d’aborder sans pollution historique ni légendaire la vérité des faits. Enfin, on peut discuter de ce que doit être la condition de travail d’un conducteur de TGV, sans évoquer la sabotage des lignes menant en Normandie en 1944.

Privatisons le rail, enfin!

Reste à aller jusqu’au bout. Les grèves auxquelles nous assistons sont les derniers témoignages des prises d’otage du service public par les toxiques CGT Cheminots et autres coordinations pseudo-ouvrières. Ceux-là adorent parler comme s’ils incarnaient le prolétariat, alors qu’ils en sont juste les rentiers ordinaires. Personne ne dira jamais la souffrance des vrais prolétaires, usagers du rail, qui furent pris, pendant des années, en otage des revendications incertaines lancées par des syndicats très protégés par le toxique Guillaume Pepy. Tous ces lève-tôt ont dû composer avec les irrégularités capricieuses du syndicalisme ferroviaire et arriver au boulot quand ils le pouvaient.

Une étape doit encore être franchie: la refonte de la gouvernance de la SNCF. Le socialiste Guillaume Pepy, à force de manoeuvres et d’entregents, a beaucoup profité du système pour un bilan social et économique cataclysmique. Il est temps que la France de la rente et du fromage dont il constitue une incarnation laisse la place à la France de la compétition et de la réussite. Mais il faudra probablement attendre le prochain quinquennat pour y arriver, tant le réseau Pépy se confond avec le réseau Voltaire du président de la République.

24 commentaires

  1. Pierre dit

    « Refonte de la SNCF » ?

    Expliquez-nous comment cela se passerait ? Concrètement ?

    Comment régler la dette ? Comment régler le déficit (il est risible de lire chaque année les communiqués annonçant que la SNCF a réalisé un « bénéfice d’exploitation ») ? Comment régler le problème de l’infrastructure ? Comment régler les engagements hors bilan (les retraites des camarades) ?

    Il n’y a pas de solution, pas de « réforme » au sens où on l’entend généralement : je vire Pepy, je nomme un mec péchu, je tape (un peu) sur les syndicacas, et j’adopte une « convention collective » plus souple… et zou, le train redémarre en faisant tchou-tchou.

    Désolé mais la SNCF se trouve déjà dans un au-delà résolument nitzschéen…

    http://chevallier.biz/2016/03/sncf-un-train-d%E2%80%99arnaques-qui-deraille/

    http://chevallier.biz/2016/03/sncf-en-train%E2%80%A6-de-faire-faillite/

    http://chevallier.biz/2011/08/sp-le-aaa-de-la-france-et-la-sncf%E2%80%A6/

  2. Reponse du coeur dit

    C’est quoi cette article ? de la propagande anti-cheminots ?
    Les cheminots se sont toujours battus pour que le train reste accessible au plus grand nombres
    Les cheminots sont le derniers remparts a la liberalisation du monde du travail
    Les cheminots font greve … oui , et heureusement … sinon tous les acquis sociaux , tel que le congé paye , la creation d’un systeme de soins , les conventions collectives , tout ceci ne serait pas d’actualité a ce jour .
    Plutôt que de niveler par le bas les salaires , les conditions de travail , nous demandons un nivellement par le haut pour tous le monde.
    Certain diront que c est utopique , gauchiste voir extreme , mais franchement , quand on voit les milliards que la BCE distribue au banque et multinationale sans en voir la couleur , le gouvernement qui est devenu totalitaire … C’est sur cette voie que vous voulez continuer …
    Moi non .

  3. JMC dit

    Votre analyse est trop à charge pour être crédible et comporte des inexactitudes (par exemple retraite à 50 ans oui certes mais c’était pour les roulants les autres c’était 55 ans ce qui n’était déjà pas si mal). Ceci étant pour trouver des éléments à décharge, ce n’est pas facile avec les cheminots.
    Ce qui me chagrine, c’est vos espoirs immodérés vers la privatisation et la concurrence. Que pensez de la privatisation des autoroutes ? Que pensez-vous du prix de l’eau potable en France alors que les concessions sont majoritairement confiées à des délégataires privés ? Que pensez de l’entente pluridécennale des opérateurs (dont 2 étaient privés) de téléphonie mobile jusqu’en 2012 ? Que pensez-vous de l’entente entre géants de la grande distribution et régulièrement épinglés par l’Autorité de la Concurrence ? Si on pourrait passer en revue toutes les activités (banques, assurances, opticiens, taxis, hôtels, pharmaciens et les médocs, photographes (si, si …), etc …) dans ce pays et qui relève du secteur privé, et je vous promets que vous auriez de bien vilaines surprises.

  4. Pierre dit

    Il est piquant de voir les réactions des trolls, version sud et nord.

    -version nord : le cheminot qui fait tchou-tchou et qui est le dernier rempart. Contre quoi ? Contre tout pardi !

    -version sud : pas de réponse sur le fond… mais on rebondit sur un questionnement socratique : « si on privatise la SNCF… pensez-vous que cela serait mieux ? Regardez la distribution de l’eau, c’est pas fameux… »…

    Et au centre, la synthèse : « ne changeons surtout rien » !

    Messieurs, vos arguments n’en sont pas. Que vous le vouliez ou pas, la SNCF sera démantelée, car elle est en faillite.

    Les cheminots ne constituent pas une quelconque « avant-garde », ne sont pas meilleurs -ni pires- que nous…

    Leur « statut » d’exception sera donc naturellement démantelé également. Pas par une volonté politique (elle est au contraire pour le maintien des privilèges), mais simplement par la destruction créatrice de l’économie de marché : la faillite.

    Réjouissez-vous ! Vous les partisans de l’égalité, vous serez enfin « égaux » aux autres.

    Tels les animaux de la ferme d’Orwell, nous serons -enfin- tous parfaitement égaux.
    😉

    • Catherine V dit

      la vraie citation est « All animals are equal but some animals are more equal than others. »
      Les Macron actuels et ceux qui viendront après eux (et après la grande destruction créatrice – de quoi au juste en ce qui concerne SNCF? l’implosion faillitaire puis l’éclosion d’une myriade de petits opérateurs ou l’avènement d’une entente cordiale entre quelques grands opérateurs, à l’anglaise?), les Macron et al. eux, ne voyageront pas en bus! Il n’y a déjà plus que des riches (ou demi-riches) dans le train, ça ne privera donc pas les pauvres qu’on mette le TGV a son « vrai prix »! Vive le chaos!

      • Pierre dit

        La réponse est évidente : un système de transport qui reflète vos revenus, la réalité de ceux-ci, pas ceux que l’on fantasmes.

        En clair : le bus.

        C’est le moyen de transport collectif par excellence dans les pays…. sous-développés, pardon, en voie de développement, pardon émergents.

        La France n’a plus les moyens de se payer le TGV, le statut des cheminots, leurs grèves, la montagne de dettes de la SNCF et les fesses de la contrôleuse en plus… Où est le problème ?

        Pourquoi avez-vous peur ? Ce retour au réel constitue au contraire une formidable opportunité pour les gens doués, et pas seulement bien nés ou bien encartés.

        « Terminus, tout le monde (re)descend ! »

        • Catherine V dit

          Je réponds car je suis intéressée par le sujet et non par pur esprit de contradiction! Ce qui m’a initialement fait réagir, cependant, c’est votre citation inexacte (et la portée de cette inexactitude).
          Traitez-moi de troll si vous voulez! Et pardon, c’est long.

          Oui, nous aurons le chaos, un jour. (Nous ne serions sans doute pas d’accord sur ses causes. Economiques – bassement comptables – ou écologiques.)

          Vous préférez appeler de vos vœux la destruction créatrice. Bon.
          A 63 ans, cela ne me fait pas peur. Place aux jeunes et si les plus doués pouvaient survivre sans avoir à traîner des légions de demi-habiles (ou franchement malhabiles) de tous acabits – et sans AUCUN autre soutien que leurs capacités – cela ne me choquerait pas, cela ne me choquerait plus .

          Vous écrivez « la destruction créatrice de l’économie de marché : la faillite. »
          D’abord, il faudrait – peut-être – qu’il y ait une véritable économie de marché quelque part un jour (mais avec des états/castes dirigeantes et un ou des « gouvernements profonds » – à la française ou à l’américaine – pour mettre le fromage en coupe réglée, cela paraît une première fois difficile. Et difficile une seconde fois dans certains secteurs d’activité. Même des milliardaires comme Georges Soros ou Steve jobs, représentant l’initiative privée face à un « besoin », ne peuvent pas financer à eux seuls tout ce qu’il a fallu faire au fil des décennies passées pour que nous ayons tous maintenant des téléphones mobiles ou même des TGV, par exemple). Il y a aussi un facteur temps.
          Ensuite, voyez-vous cette faillite arriver à grande échelle, « à la grecque »? (Mais même la situation grecque n’est pas encore le chaos, loin s’en faut.) Car il n’y a pas que le secteur des transports qui déraille et qu’il faudrait remettre à zéro. Si vous combattez la rente prévaricatrice, comme il y en a partout, c’est donc en grand qu’il faut s’y attaquer. Ayant travaillé dans un secteur qu’on dit protégé – pour le consommateur, j’ai sans doute mal vendu le service que je rendais. Dans un pays où ce secteur n’est pas entièrement protégé, j’aurais gagné à coup sûr beaucoup plus d’argent – mais il n’y a pas que l’argent dans la vie!

          Plus sérieusement, sur une échelle plus restreinte vous posez l’existence seule viable d’un système de transport qui reflète les revenus réels. Je dirais plutôt qu’il faut une économie (du transport) qui reflète le coût réel (du bien ou du service). C’est un détail, mais cela me paraît une formulation moins « attaquable », car riche ou pauvre chacun devrait payer le prix réel de ses fantaisies, de ses gâchis et même de ses besoins (égalité face à la responsabilité). Et cela ne vaut pas que pour les transports.
          Au lieu de quoi, on rencontre dans les TGV un sénateur, sa femme, son bébé et sa nounou, et moi – car ça me coûtait infiniment moins cher que de voyager en voiture – d’un côté, et de probables adorateurs de Black M de l’autre. Le tout voyageant séparément et assez confortablement, mais à vil prix et pour des motifs mal établis au regard du coût réel du service – à savoir, agrément et apparition fugace au congrès d’un parti quelconque.)

          Bon, d’accord pour la faillite finalement! C’est plus marrant que l’économie administrée!

          • Pierre dit

            Désolé, mais vous inversez le problème.

            La France ne peut déjà pas se payer… à un faux prix…. la SNCF.

            Alors, passer au coût réel… ne ferait que montrer à quel point le roi est à poil, et surtout fauché.

            C’est le coeur du problème : nous vivons à crédit depuis 30 ans.

            Je reformule : nous pétons plus haut que notre postérieur depuis 30 ans, version « c’est pas cher c’est l’état qui paye ».

            La France avait tellement de « crédit », au sens propre et figuré, que nous avons pu faire illusion pendant longtemps.

            Mais qu’est ce qui nous différencie de la Grèce ? Rien. Une simple question d’échelle.

            Cela ne vous dérange pas que l’ex 5ème puissance mondiale, siège ONU, armement nucléaire, une histoire glorieuse… soit chaque année depuis 30 ans en déficit budgétaire ?

            Que les cheminots se fassent payer leur cure thermale à crédit, en endettant les enfants même pas encore nés ?

            Que mamie Danièle et papy François fassent leurs provisions de médicaments chaque mois, payés par le déficit de la Sécu, donc là aussi leurs enfants, petits enfants, et générations pas encore nées ?

            Inutile de poursuivre la liste des dégâts, vous avez compris.

            Je parlais de tiers monde à dessein : nous sommes devenus un pays du tiers monde, dans les faits mais aussi dans les esprits, c’est bien pire.

            La common decency a abandonné les Français depuis bien longtemps.

            Alors oui, en lieu et place d’une lente descente aux enfers à la mode africaine… je préfère des convulsions, très violentes, pour en finir avec le bordelo insensé dans lequel nous vivons.

            Et ensuite, nos enfants auront une -petite- chance de reconstruire quelque chose de bon, de grand.

    • Arnaud D. dit

      Petite réponse d’un spécialiste transport que je suis:

      Malheureusement, les industries de réseau sont pratiquement toujours des monopoles naturels (au sens économique du terme, cad investissements fixes énormes et coût marginal très faible). Le chemin de fer ne fait pas exception. Le développement du chemin de fer par le secteur privé sans création d’une situation de rente très lucrative est rare. A ce jour, on peut dire que seul le marché nord américain a permis ce développement par le privé avec un territoire très grand, des besoins de transport de pondéreux très importants et des réseaux qui s’interpénètrent suffisamment pour qu’un opérateur puisse contrôler la plus grande partie du trajet de la marchandise de bout en bout. Ensuite, il n’existe pas de transport de passagers par chemin de fer rentable (à de très rares exceptions, japonaises notamment et encore par capture de rente du foncier autour des gares). Personne ne le dit mais c’est malheureusement inévitable.
      La France n’échappe pas à ces lois d’airain.

      Que faire alors face à la capture scandaleuse de la rente par les cheminots français?
      Peu de choses malheureusement.
      Il faut d’abord diminuer massivement (abandonner) le transport de passagers par rail au bénéfice des bus. Ceux-ci sont rentables avec des prix de vente très largement inférieurs au chemin de fer, meme lorsque ces derniers sont très largement subventionnés.
      Il faut ensuite ramener le chemin de fer dans son marché naturel (et profitable): le transport de marchandises lourdes sur de longues distances. (plusieurs centaines de kilomètres, voire milliers)

      La privatisation par un dégroupement horizontale des chemins de fer (infrastructures d’un coté et services de transport de l’autre) n’a pas donné les résultats qu’on espérait loin de là car en fait gagner de l’argent avec le chemin de fer implique de gérer les deux dimensions en meme temps.
      Un dégroupement verticale est impossible à l’échelle de la France: le marché est trop petit pour justifier d’avoir plusieurs opérateurs concurrent sur ce seul marché.
      Concéder la SNCF à un exploitant privé consiste à remplacer un monopole public par un monopole privé régulé. L’experience française des mises en concessions est assez lamentable (cf. autoroutes et eau effectivement): contrats mal faits et enrichissement sans justification des investisseurs privés.
      Seule solution potentielle: un dégroupement vertical à l’échelle européenne, d’une taille suffisante pour justifier plusieurs grands opérateurs. Il faudrait pour cela que tous les opérateurs nationaux échangent entre eux des parties de leur réseau respectif permettant à chacun d’avoir des réseaux à l’échelle du continent et donc les economies d’échelle qui vont avec. Il y aurait en meme temps une obligation pour chacun des opérateurs d’accepter sur leur réseau (et en quantité raisonnable) les trains des autres à un prix régulé.
      Ce que je décris là n’est en fait rien d’autre que la recréation des conditions qui ont permis le succès du chemin de fer en Amérique du Nord.

      Mais bon j’ai confiance: ça n’arrivera jamais. Les cheminots de la SNCF et derrière eux, tous les décideurs politiques français, n’ont qu’un objectif: Surtout ne rien changer. Nous sommes décidément un petit peuple conservateur.

      • Catherine V dit

        Merci de cet éclairage informé !
        En effet les réseaux de chemin de fer sont des monopoles naturels et cela complique les choses. Mais cela pourrait aussi les simplifier, non ? En tout cas l’émiettement, ça ne marche pas.

        Absolument d’accord pour « diminuer massivement (abandonner) le transport de passagers par rail au bénéfice des bus. Ceux-ci sont rentables avec des prix de vente très largement inférieurs au chemin de fer, meme lorsque ces derniers sont très largement subventionnés. » C’est d’ailleurs un peu ce qui se fait, très efficacement, en Grande Bretagne avec des bus bon marché, confortables, en bon état, conduits par des chauffeurs bien formés, qui vont « partout » ou presque, avec une bonne régularité horaire. Quant au train de voyageurs britannique (une survivance historique?), c’est effectivement un produit de luxe. Un trajet de type très grande banlieue Londres-Salisbury (85 miles, 1h34) coûte autour de 40 livres en plein tarif à l’unité (65 livres en 1ère classe)… Une fortune, mais le même trajet en voiture est inenvisageable à l’année…embouteillages, péage londonien et tarif de parking « peu motivant »… Il existe des abonnements mais cela reste une solution pour les « riches/cadres » – et d’ailleurs on est assez bien traité dans ces trains, de nos jours ! (Mieux que dans le train qui a déraillé à Brétigny. En revanche, j’ai dû faire Cambridge-Londres en taxi, car les trains étaient annoncés… « supprimés » !)

        Encore plus d’accord pour « ramener le chemin de fer dans son marché naturel (et profitable): le transport de marchandises lourdes sur de longues distances. (plusieurs centaines de kilomètres, voire milliers) ». Et deux fois même, surtout si cela s’accompagne du courage politique et d’une compétitivité commerciale aboutissant à limiter le trafic routier des méga-camions (conduits « au plus court et au GPS », par des chauffeurs non francophones et éreintés, qui circulent pied au plancher sur des routes qui leurs sont parfois interdites, car impraticables.) Et encore plus d’accord, si on ose leur faire payer l’usage des infrastructures à leur véritable coût. On trouve bien normal de faire payer les rails… Pourquoi certaines voies routières sont-elles payantes et d’autres non ? Existerait-il du bitume gratuit ?

        Quant à « mettre en place un dégroupement vertical à l’échelle européenne, d’une taille suffisante pour justifier plusieurs grands opérateurs […] nationaux » (au sens de territorialisés, je suppose) qui « échangent entre eux des parties de leur réseau respectif permettant à chacun d’avoir des réseaux à l’échelle du continent » avec « obligation pour chacun des opérateurs d’accepter sur leur réseau (et en quantité raisonnable) les trains des autres à un prix régulé. », hormis le manque de vision et de courage, je ne vois pas immédiatement ce qui empêcherait que la SNCF ne devienne exactement cela : un opérateur européen parmi d’autres avec une « zone de chalandise » à l’échelle européenne, qui laisse passer des trains – au hasard ( !) – de la Deutsche Bahn, avec un système de compensation pour les coûts d’usage des infrastructures. Et surtout, je ne vois pas que ce soit vers cela qu’on s’achemine. Ce qui bloque, c’est sans doute en effet des résistances de type corporatiste, mais de haut niveau (collusion des milieux politiques et des syndicats-courroies de transmission, organes de contrôle social, avec jeu de rôle type good cop vs bad cop) et des raisons historiques. Quand vous parlez du « marché nord-américain », les mots sont à la fois clairs et opaques: un marché n’est pas une collection de vieilles nations mal unies, ça c’est clair. Ce qui est opaque, pour moi qui essaye de comprendre, c’est si vous parlez uniquement du marché états-unien ou si vous incluez le Canada – c’est probable. En tout cas, on n’a affaire qu’à deux pays de traditions très proches, qui ont fait l’expérience des mêmes difficultés liées à leur gigantisme et ne sont pas fait la guerre pendant des siècles ! Eux, c’est eux et nous, c’est nous – c’est bête à dire mais c’est une différence notable, qu’on ne réduira pas comme ça!

        Là où je ne vous suis pas, c’est quand vous parlez de la « capture scandaleuse de la rente par les cheminots français ». Il y a sans doute du vrai. Mais et surtout, cela ramène le débat à des considérations somme toute assez, et pardon pour le mot, mesquines. Si Macron-Valls-Hollande et ceux de l’autre bord politique, le voulaient vraiment, ils auraient mis fin à cette captation. Si elle existe encore, c’est soit par manque de volonté, soit parce qu’ils y trouvent un intérêt mesquin (mainmise sur l’attribution de postes et éventuel placement de copains de promo? désignation de boucs émissaires à la vindicte populaire ?). Soit les deux !

        • Arnaud D. dit

          Plusieurs précisions pour Catherine:

          Attention: je ne parle ici que du transport interurbain. le transport urbain est lui toujours déficitaire et ce quelque soit le mode de transport. C’est du à la nature même du service qui implique une sous-utilisation des équipements (matériel roulant et infras). Il doit être subventionné et régulé, que les prestataires soient privés ou publics.
          Ce n’est pas le cas de l’interurbain (cad au delà de 50 km habituellement) pour lesquels les bus sont (très) rentables meme avec des prix de vente bas. Cependant, il y a effectivement une subvention cachée en ce sens que les taxes prélevées sur les bus ne couvrent pas intégralement les coûts d’entretien de la route qu’ils utilisent ni sa construction. C’est encore plus vrai des poids lourds. Mais là aussi il faut nuancer. L’ensemble des taxes prélevées sur tous les usagers de la route font plus que couvrir ces coûts d’investissement et d’entretien, notamment par les taxes sur les carburants. Par contre, ce sont les véhicules légers (vous et moi) qui payent la plus grosse partie de ces taxes alors que ce sont les poids lourds qui détruisent la route. (sans rentrer dans les détails techniques, un poids lourd détruit la route autant que 30 000 voitures !) Si on voulait vraiment introduire une vérité des prix dans les usages de la route, il faudrait réintroduire… la vignette. Celle-ci devrait être quasi gratuite pour les petits véhicules et colossale pour les poids lourds. Au passage, je rappelle qu’il existe en France une taxe à l’essieu qui est actuellement ridiculement basse et qu’il suffirait de l’augmenter massivement pour refléter ce coût d’usage. on pourrait en profiter pour diminuer d’un meme montant d’autres taxes et charges, sur les salaires des chauffeurs par exemple.

          Je parle bien du marché nord-américain, cad USA + Canada. ce marché est de par sa géographie et son histoire le seul marché de CdF qui fonctionne. PI: aux USA, AMTRAK est la seule compagnie qui fait du passagers. Elle est publique… et déficitaire alors que ses statuts le lui interdisent. PI aussi: les CdF ont été aussi massivement subventionnés à leur création puisque pour chaque mile de ligne construite vers l’ouest américain elles recevaient la propriété du rectangle formé d’un coté par le rail, de l’autre sur 10 miles. (en alternant les cotés de la ligne.) d’où les quelques menus protestations des tribus indiennes un peu complètement spoliées !

          Pour les dégroupement vertical à l’échelle européenne, je parle bien d’un transfert de part importante des réseaux. ceci est impératif pour établir la rentabilité des activités de fret. Nous n’aurions alors plus une somme de champions nationaux mais plusieurs opérateurs européens en concurrence réelle même si régulée.

          Enfin, je parle de la « capture scandaleuse de la rente par les cheminots français » car il n’y a pas de monopole sans tentative de capture de la rente qu’il rend possible. (toute personne qui a un peu étudié l’économie le sait.) Grossièrement: quand le monopole est privé, ce sont les actionnaires qui in fine la capturent (l’Etat, trop politique, est très souvent un mauvais régulateur car incapable de s’opposer aux grands capitalistes.) ; quand le monopole est public, ce sont les employés qui in fine la capturent (l’Etat, trop politique, est un patron mou, très facilement manipulable par ses employés.) Dans les deux cas, la capture de la rente est scandaleuse car au final c’est le client/usager qui se fait plumer avec au final un équilibre loin de l’optimum économique. Je vous rassure donc: je suis aussi scandalisé par les sociétés d’autoroutes que par les cheminots. Les deux situations (et tant d’autres) résultent de l’incompétence de nos dirigeants. Comme d’hab.

          • Arnaud D. dit

            Petite précision sur la vignette: pour moi, elle devrait être annuelle et permettre la nationalisation/abandon des concessions d’autoroutes. Ce faisant, les autoroutes attireraient plus de véhicules notamment poids lourds, augmentant d’autant la sécurité routière.

            Pour des précisions sur la Taxe spéciale sur certains véhicules routiers (TSVR ou taxe à l’essieu), voir http://www.douane.gouv.fr/articles/a10963-taxe-speciale-sur-certains-vehicules-routiers-tsvr-ou-taxe-a-l-essieu

          • CATHERINE V dit

            Re-merci pour ces informations!
            J’aime mieux les informations « dures », plutôt que les anathèmes et les détestations!
            Salisbury c’est de l’ interurbain. Cambridge, non.
            Amtrak, seul opérateur voyageurs, public et…. déficitaire… (donc subventionné? par qui? Monopole de fait? Ses employés sont-ils de sales rentiers?) Quelle différence avec la SNCF?
            D’accord pour la vignette! Et toutes les taxes sur la consommation (peut-etre même y compris en matière d’éducation!) Et une vraie taxe à l’essieu qui concerne aussi/surtout les camions ETRANGERS! Quelle foutaise, cette règle qui veut que le coût des transports en Europe ne grève pas trop le coût des marchandises! Je sais bien qu’un camion = une foultitude de véhicules légers en termes d’usure de la voirie! La France a une situation geographique telle que si on avait un peu de courage, on rétablirait une forme d’octroi et on rendrait le fret ferroviaire attractif ( cost-efficient, comme on dit!)
            Pour les bus interurbains, ils sont/seront utilisés comme moyen de transport surtout par des résidents ou des « nationaux », qui payent déjà des impôts qui couvrent en effet ‘l’usure du bitume même par leurs semelles trouées’ . C’est un peu fort qu’ils payent aussi les ravages faits par les camions polonais.

            Si on sait ce que vous savez, pourquoi on fait autrement?! Comment on fait, qui on soutient pour que la raison ait sa chance? Ou pour que l’État soit un patron moins faible avec les forts et moins mou avec les syndicats – dont il n’a pas peur mais avec qui il traite? Je persiste à ne pas en vouloirs aux cheminots en tant qu’ individus! (Un affairiste libanais de l’époque de F. Mitterrand disait, en substance, si l’État jette l’argent par les fenêtres, je me mets dessous, normal! Un autre philosophe de la même époque – J. Edern-Hallier, rappelait que « le poisson pourrit toujours par la tête »!)
            Bonne soirée.

  5. Il est clair qu’il faut « harmoniser » les statuts spéciaux de la SNCF (et il y en a de multiple) avec le reste de la société. Cette harmonisation est en cours (avec une lenteur extrême). Les petites grèves encours en sont le signe.
    La vraie question est le choix (qui sera fait dans le ou les périodes à venir) du coup qui au nom de l’égalité mettra le monstre au carré. Car il faudra faire la chose brutalement, c’est ça le truc : de plus en plus on réalise que la longue période de pourrissement qui caractérise la société française va devoir prendre fin dans une série de chocs violents.

    Ce ne sera pas bien sur dans des révolutions faites debout la nuit en se masturbant dans la fumée tout en évoquant la fin de la finance.

    Ce sera dans la destruction brutale de tous les fromages que les classes dites « moyennes » se sont constitués depuis la guerre ( la petite histoire racontée ici en est un exemple, j’avoue que j’en était resté à l’escarbille dans l’oeil, raison de l’interdiction des pilotes de rafale à conduire les tgvs au delà de 50 ans).
    Il y aura des grèves longues, et il ne faudra pas céder. Ah ! La revanche de 95 ! Je veux les voir à terre eux et leur familles de pourris, enfin privés de leur « facilités de circulation » (billets gratuits).

  6. Friendly dit

    Ce n’est pas parce qu’un petit groupe de casseurs syndicalistes prolifère encore qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain. Un gouvernement fort fera le ménage sans casser la qualité professionnelle des cheminots. Quand la SNCF était encore un service publique et distribuait sans idée de rentabilité les coins les plus reculés de France, les trains arrivaient à l’heure, les voies étaient correctement entretenues. Voyez la dégradation du système ( Bretigny entre autres) depuis que l’ineffable Pepy est en charge de la privatisation.
    Que se soit dans la SNCF, l’eau, l’électricité, l’énergie, la base même du nécessaire vital pour tout citoyen, doit être strictement de service publique et non privé qui n’a aucun souci du bien commun. Le financement dirons certains ! Reprenons notre monnaie nationale, battons monnaie par une banque de france nationalisée, sortie de la BCE, dévaluation externe au lieu de la dévaluation interne, relocalisation des entreprises donc rentrées fiscales plus conséquences, renatiolisation totale d’EDF, d’Areva ENGIE, d’ORANGE, d’AREVA, de certaines mutuelles, etc, etc,…

    • Arnaud D. dit

      Euh… pour information, les performances industrielles de la SNCF et la « qualité professionnelle » de ses agents sont au mieux dans la moyenne des opérateurs de même taille. Par contre, le déficit est lui abyssal.

  7. Merci de remarquer qu’aucun réseau ferroviaire en Europe (et ailleurs comme …en Nouvelle Zélande…) ne peut vivre sans investissements publics massifs et toutes les enquêtes sérieuses le montrent comme en atteste par exemple celle développée par la CER le patronat européen du ferroviaire!

    Le résultat de la « privatisation » serait pour le cas français:
    – la fermeture immédiate d’environ 40% du réseau férré
    – la suppression d’un nombre identique de trains
    – une nouvelle réduction du fret
    – la fermeture d’un tiers des gares…

    resterait préservées les voies dans les zones à tres fortes densités de population, mais on stopperait tous les projets de LGV envisagés. Et on arrêterait la grande vitesse sur certaines longues liaisons.
    Tout cela est une question économique mais surtout politique.

    Etes vous prêt à assumer ensuite la colère des élus et des citoyens directement concernés ?
    RA

    • Arnaud dit

      M. Aufrere,

      Votre analyse est tout à fait exacte si ce n’est sur le fret, qui, si géré sur des bases commerciales aggressives, au contraire augmenterait.

      Tout ça pour dire que ce que vous présentez est effectivement ce que devrait devenir le chemin de fer en France plutot que le puit sans fond qu’il est actuellement.
      Il est urgent de ramener le CdF français à son utilité économique réelle (du fret et pas de passagers) plutot que d’en faire la danseuse des démagos, la rente de situation de quelques milliers de personnes, et une perte sèche pour les contribuables.

      Mais je vous rassure: vous avez déjà gagné. Cette évidence économique ne se matérialisera jamais en France car nos élus sont tout aussi incompétents que populistes. Alors profitez en bien.

      PS: Le CER défend les interets des transporteurs… notamment de passagers, par nature déficitaire. Comment pourrait-il promouvoir le retrait des investissements publics?

  8. Quand aux avantages des cheminots, laissez moi en rire !
    Il manque 500 conducteurs de trains à la SNCF alors les « avantages » mirobolants ne semblent pas être attractifs ni couteux !
    Il s’agit d’un droit mais tous les cheminots et ayants-droits sont loin de tous les utiliser… donc le côut thérorique semble important mais le prix réel est très inférieur.
    Je veux bien que vous affirmiez par la démagogie et l’opinion vos idées mais SVP un peu plus de réalisme serait très bien et mieux pour l’argumentation posée.

  9. Ribouldingue dit

    Le privé à toujours un coût pour la collectivité plus fort que le public car il a un intermédiaire de plus à payer: l’actionnaire.
    Vouloir privatiser le train c’est croire que ce n’est juste qu’un service superflu dont on peut se priver ou non par le caprice du moment.
    Ce n’est pas le cas, le train n’est pas un produit, c’est un aménagement du territoire.

  10. 005aveccheminots004 dit

    M. le premier Ministre vient de réaffirmer et de confirmer la fin du statut des cheminots ainsi que du recours aux ordonnances (procédé pour le moins discutable car fort peu démocratique)pour imposer rapidement la « réforme » de la SNCF.Dans le même temps le pouvoir exécutif ne cesse de dire sur tous les tons son intention « affichée » de négocier au moyen d’une soixantaine de consultations….A l’évidence il y a un problème :négocier ne consiste pas à décider puis « discuter » ou « bavarder ».Négocier c’est ouvrir le débat,le dialogue dans le but de trouver des solutions négociées.Le pouvoir exécutif entend donc organiser une parodie de négociation:cela n’est pas acceptable.Les réformes nécessaires de la SNCF doivent permettre de mettre en place un grand service ferroviaire d’avenir (prenant en compte les TER ainsi que le fret)et non pas de le liquider.C’est aussi l’affaire des Français,des usagers,de tous ceux qui sont attachés à un service ferroviaire de qualité.Liquider la SNCF serait dramatique pour la France.Ne laissons pas ce gouvernement insulter l’avenir.

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