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Le revenu universel ou comment les vraies idées libérales progressent

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Je participe à un débat ce jeudi à Versailles sur le revenu universel.

La façon dont le débat sur le revenu universel se tient désormais en France illustre de façon tout à fait intéressante l’extraordinaire transformation des idées et du débat public à laquelle nous assistons depuis la Grande Dépression de 2008. Il était trop tentant d’en prendre note avec ironie.

Le revenu universel selon la Fondation Jean-Jaurès

On lira bien entendu avec fascination la note récente de la Fondation Jean-Jaurès consacrée au revenu universel. Celle-ci distingue trois conceptions du revenu universel:

L’approche libertarienne conçoit le revenu de base comme un transfert du pouvoir de décision depuis l’Etat vers les individus (…)

Les approches marxistes et écologistes conçoivent le revenu de base comme un instrument de sortie du capitalisme productiviste, voire du salariat, découplant les revenus du travail salarié et financé par la réappropriation, au moyen de l’impôt, des gains de productivité issus de la robotisation. (…)

Enfin, l’approche social-démocrate, encore peu développée, pourrait concevoir le revenu de base comme une adaptation de la protection sociale, héritée des Trente Glorieuses, aux nouvelles formes de travail et notamment au développement de la pauvreté laborieuse.

On comprend pourquoi cette dernière conception baptisée sociale-démocrate est « encore peu développée »: elle vient juste de naître avec la note de la Fondation Jean-Jaurès, qui récupère ici des thèses jugées comme affreusement libérales et réactionnaires il y a encore quelques mois. Cette récupération consiste notamment à proposer:

Son schéma de financement s’appuie sur un recyclage de tout ou partie des dépenses actuelles de protection sociale, sur des économies en gestion afférentes à cette simplification, ainsi que sur des hausses ciblées de prélèvements obligatoires de façon à ce que la mise en œuvre du revenu de base ne génère pas d’endettement supplémentaire.

Autrement dit, la fondation Jean-Jaurès nous propose, ni plus ni moins, de mettre le doigt dans un engrenage où le revenu universel remplacerait cette forme médiocre de protection sociale que la France appelle sécurité sociale.

Conception sociale-démocrate ou ultra-libérale?

Je me suis évidemment beaucoup amusé en lisant cette proposition, puisqu’elle reprend l’hypothèse que j’ai publiée l’an dernier. Lorsque j’ai osé prétendre que le revenu universel constituait l’avenir de la sécurité sociale, j’ai à l’époque fait l’objet d’une qualification peu enviée en France: celle d’ultra-libéral.

Contrairement à ce que certains libéraux proposent ( lire l’article «  le revenu universel, avenir de la sécurité sociale  » d’ Eric Verhaeghe), l’allocation d’un revenu de base à tous  inconditionnellement ne doit pas se substituer aux prérogatives de l’assurance maladie ni à celles d’un système de retraite par répartition et réduire ainsi la solidarité nationale à son minimum.

Encore plus amusant, cette idée de remplacer la protection sociale, en tout ou partie, par le revenu universel, est combattue par le think tank auto-proclamé libéral « Générations libres », qui écrivait en janvier 2016!

Le logement, le chômage et les retraites sont difficilement solubles dans la nouvelle prestation, et l’assurance-maladie encore moins.

Il est donc tout à fait fascinant de voir comment la fondation Jean-Jaurès, entité proche du Parti Socialiste, peut ranger dans la sociale-démocratie une conception du revenu universel jugée comme trop… libérale, par Gaspar Koenig, gourou de « Générations Libres » et ancienne plume de Christine Lagarde. Cette récupération ni vu ni connu d’une thèse que je me targue d’avoir défendue en m’exposant à de vives critiques, au-delà du sourire qu’elle fait naître, pose une vraie question sur la propagation des idées aujourd’hui.

8 mois pour faire percoler les idées

Il aura fallu huit mois pour qu’un thème ultra-libéral (remplacer la protection sociale par un revenu universel) s’impose assez naturellement comme une idée sociale-démocrate. Ce type de glissement en dit long sur la perméabilité de la social-démocratie aux idées venues d’ailleurs, surtout lorsqu’elles sont pleines de bon sens.

On pourrait dire la même chose de l’ensemble des thématiques économiques. Par exemple, soutenir que l’euro fort est une faute stratégique exposait il y a dix-huit mois aux critiques méprisantes de la technostructure. Assez rapidement, la même technostructure a jugé indispensable de reprendre à son compte cette idée qu’elle combattait avec vigueur jusque-là.

Ces fluctuations de pensée ont une explication simple: le débat public est préempté par une caste de pseudo-intellectuels peu cortiqués, dont la connivence est la seule légitimité. Mon idée est bonne et juste parce que je l’ai entendue dans un dîner ou un cocktail hier soir. Je ne sais pas pourquoi elle circule dans les milieux autorisés, mais si elle circule, elle doit bien reposer sur quelque chose.

L’expérience montre qu’il faut, dans la France contemporaine, entre huit et dix-huit mois pour qu’une idée dissidente mais intelligente soit récupérée par la nomenklatura, après une phase de rejet, de filtrage et d’ingurgitation. Autrement dit, il faut rarement plus d’un an pour qu’une idée juste passe du statut d’invention répugnante de la fachosphère au statut de vérité incontestable véhiculée par « l’élite » de ce pays.

A quoi servent les think tank libéraux?

Dans le cas du revenu universel, il est fascinant de voir que le Parti Socialiste en donne une interprétation beaucoup plus libérale que les think tanks auto-proclamés libéraux. Qu’il me soit permis, les concernant, de leur adresser un amical coup de griffe.

La réalité des think tank libéraux est qu’ils participent au bruit de fond d’une pensée unique largement dictée par les intérêts immédiats d’un gouvernement profond qui financent avec eux l’acquisition d’un substrat idéologique peu épais, peu consistant, et… très peu libéral. Contrairement aux illusions dont beaucoup aiment se goberger, le gouvernement profond n’est pas libéral. Il aime l’Etat parce que celui-ci est son meilleur instrument de domination sur la société.

Croire que les think tank financés à coups de millions par le gouvernement profond puissent être libéraux relève donc de la pure naïveté. En réalité, ils sont des machines d’influence qui fonctionnent sur un modèle unique: une figure qui incarne dans les médias une pensée supposée libérale, et une influence fondée sur des notes en papier mâché pour des journalistes dociles et paresseux qui s’épargnent la peine de s’informer de façon indépendante sur des problématiques qui les ennuient.

En soi, le think tank libéral n’est pas condamnable: il remplit une utilité sociale, celle de concourir à une bataille idéologique livrée par des intérêts puissants contre une réalité rebelle. Mais la fondation Jean-Jaurès vient de montrer avec brio que cet exercice d’influence n’a rien à voir ni avec la pensée, ni avec le libéralisme.

24 commentaires

    • Geoffrey dit

      bonjour, bonsoir,
      je ne vois pas comment il ferait baisser le chômage ! Le problème, c’est l’inflation : qui calculera les ajustements ? En outre, payer des gens qui ne font rien , c’est injustifiable. Les laisser mourir de faim – si tant est qu’ils soient d’accord – aussi !
      Un autre problème, c’est de garder le capitalisme comme « TINA » (there is no alternative) qui reste le système indépassable et de reconnaître tacitement que l’ascenseur social est hors-service, que les pauvres le resteront et que si on est né en bas de la pyramide, il faut s’y faire : ça non plus, ça ne va pas tenir…
      perso’, je suis communiste CQFD
      Geoffrey, communiste belge

  1. Citoyen dit

    Même si l’on peut comprendre certaines des motivations des promoteurs du Revenu Universel, il n’en demeure pas moins que c’est une utopie…. Et comme toutes les utopies, n’est pas réaliste et donc pas réalisable…. Surtout pas en France !
    L’idée peut paraitre séduisante, de substituer un revenu universel, en remplacement de toutes les formes d’aides de toutes natures, qui sont le fait du système de redistribution. Ce qui par le fait, aurait le mérite de supprimer tout son système de gestion pléthorique, et le coût gigantesque de cette gestion qui en est la conséquence.
    Comme toute utopie, cette idée pourrait peut être marcher, sur un groupe restreint d’individus, dans une communauté de gens responsables qui adhérent tous à ce principe. Je ne sais pas si quelque part sur la planète ce groupe existe, mais la France est bien le dernier endroit de la planète où il faut le chercher.
    En France, avec des représentations intermédiaires comme la CGT et d’autres entités de même nature, vous vous retrouveriez très rapidement avec le Revenu Universel, ET la CAF, ET la sécu, ET l’unédic Et tout le reste, qui viendrait s’y rajouter … Et in fine, vous auriez obtenu l’inverse de ce que vous vouliez au départ.
    Le revenu universel est à tester dans un pays neuf, non pollué intellectuellement par une caste qui sclérose le système, parce qu’elle a trouvé là, à titre personnel, le moyen de s’y goinfrer au détriment des autres.

    • Catherine V dit

      Utopie ou optimisme?
      En effet, comme vous le dites  » En France, avec des représentations intermédiaires comme la CGT et d’autres entités de même nature, vous vous retrouveriez très rapidement avec le Revenu Universel, ET la CAF, ET la sécu, ET l’unédic Et tout le reste, » mais il n’y a pas que les syndicats qui en croquent…
      Car ledit système de redistribution emploie/fait travailler/fait vivre de nombreuses entités destinées à son administration, son maintien et à son expansion ; il défendra donc son existence bec et ongles. Pas question pour lui de « maigrir » ! On invente même encore de nouveaux guichets (et les prélèvements qui vont avec).
      Les entités chargées de la conception et de l’administration de ce système constituent une bonne partie du gouvernement profond. L’existence de multiples prestations va nécessairement avec le pouvoir qu’ont certains de les attribuer – ou pas – à d’autres, qui deviennent leurs obligés, et que l’on contrôle par là-même.
      Les entités prêtes à « signer le décret » qui détruirait leur existence et leur pouvoir ne sont pas légions! Pas plus en France qu’ailleurs, ou que dans tout pays où on a encouragé le développement d’un tel système coûteux de prestations.
      Persistance dans l’existence, donc… Enfin, jusqu’à ce qu’un jour lointain les fonds manquent. Vraiment. Même pour acheter un minimum de paix sociale avec les légions toujours plus nombreuses des sans-dents. A ce moment-là, les économies se feront toutes seules – mais pas sans mal.

      A moyen terme, le revenu universel existera quand ou plutôt dans la mesure où il permettra au gouvernement profond de continuer à exercer son contrôle sur la société dans les mêmes conditions. C’est aussi pour cela que les fondations et les « clubs de réflexion » (sic) affiliés aux partis et aux divers pouvoirs s’en préoccupent. Gouvernement officiel « élu », administrations, groupes d’influence et syndicats y ont le même intérêt.

      • Citoyen dit

        Effectivement, il n’y a pas que les syndicats qui en croquent…
        La pléthore de ponctionnaires, ou parasites, qui vivent sur le système ( visibles ou qui ne le sont pas, que vous nommez gouvernement profond ) et dont les syndicats font partie, est le fond du sujet.
        Sauf que, le seul intérêt que pourrait représenter le revenu universel, est justement de se passer de ce gouvernement profond, en le passant par dessus bord. Or, les métastases qu’il représente ne sont pas prêtes de disparaitre par l’introduction du revenu universel. Je serais presque tenté de dire, bien au contraire … En pouvant se présenter comme une couche supplémentaire de prestations à gérer, ils pourraient y voir une justification à augmenter les effectifs.

  2. La note de la fondation Jean Jaures met très bien sur la table les deux, très différentes, formes de la chose:
    – un équivalent simplifié de la totalité de la protection sociale contrôlé inférieur au salaire minimal
    – un salaire de compensation du chômage permanent accepté

    La propositon de Eric Verhaeghe est ce me semble intermédiaire, et je n’ai toujours pas compris: peut on vivre avec le revenu minimal sans travailler ou non ?

      • Et bien c’est toute la question. La note parle de « désincitation » au travail. Il est possible pour certaines catégories d’individus d’accepter des modes de vies variés, compatibles avec un abandon de toute participation au marché du travail organisé. La note évoque les régions du territoire, quand une même somme peut bien sur avoir des pouvoirs d’achat variés. La question est donc: accepte-t-on ou non le salariat de la pauvreté et le chômage structurel institutionnalisé ou bien à part la pathologie et la friction provisoire, le plein emploi est il nécessaire ?

        Le fait que le revenu minimal soit considéré à la fois comme « libéral » et « progressiste » tient à cette ambiguité, du moins à mon avis.

    • Pierre dit

      Bien sûr.

      700 euro « au bled » c’est la fête. Ca fait vivre… le village.

      Quelqu’un disait : « le revenu universel c’est ok pour nouveau pays »…. et soulignons : pour un pays « homogène ».

      Nous sommes 66 millions, déjà totalement déstabilisés par une dizaine de millions d’immigrés venant de pays pauvres.

      Alors continuons, dans la joie et la bonne humeur. Ca va forcément bien se passer.

      Personnellement, j’aime beaucoup ces discussions intellectuelles…Mais à aucun moment, quelqu’un ne frappe à la porte : « C’est qui ? C’est le Réel laissez moi entrer ! »

      Donc je répète la question à tous nos grands libéraux : comment peut-on envisager un « revenu universel » (sans s’étrangler de rire)… quand :
      -nos frontières ne sont pas fermées
      -et que la planète compte des MILLIARDS de pauvres hères qui survivent au jour le jour

      Cette capacité à simplement « effacer » le Réel est réellement angoissante.

      • Nous sommes bien d’accord: ce que vous décrivez est bien sur d’actualité. Dans une société déjà fortement inhomogène, la fiction de l’égalité attire ce qui contente de bien peu, et le noir, plus rude de moeurs, a moins besoin de confort: pour la même somme il fait vivre plus de monde.
        La conséquence inéluctable de cela est qu’il faut impérativement supprimer le concept de l’aide à la pauvreté synonyme exact de l’aide aux migrations. Il ne peut y a avoir de prestations que du fait d’assurances dûment souscrites, le tiers monde menaçant sans rémission les autres. C’est cela le libéralisme pur. A partir de là pourra s’exercer la vraie charité, la mienne étant directement liée à mes gouts nationaux, mais comme je suis libre, je serai généreux avec qui je veux.

  3. ikomal dit

    Hum … le diable est dans les détails, comme toujours.
    L’expression « gouvernement profond » à le défaut de masquer la réalité de la lutte terrible entre les crabes de ce panier, entre Bercy et, par exemple, la Direction de la sécurité sociale du ministère social, ou la direction de l’habitat (etc.) au ministère de l’environnement.
    A Bercy, le Revenu Universel est une aubaine, un fusil qui tue plusieurs cible à la fois :
    * le canal le plus évident, déjà opérationnel et ne coutant rien pour le distribuer, c’est le canal fiscal, sous la forme du « crédit d’impôt », entièrement sous la main de Bercy et qui évite le délire de donner une somme pour la reprendre immédiatement aux contribuables actuellement imposables
    * Dans cet hypothèse Bercy va donc renforcer le pouvoir, et, bien sur … intégrer le revenu universel à l’assiette de l’impôt (alors que le paquet d’allocations remplacées lui échappe actuelle).
    * Il va aussi pouvoir imposer un large démantèlement dans les ministères : toutes les structures qui distribuent actuellement de l’argent sont visées, mais aussi des structures de contrôle rendu inutile par le caractère « universel »
    * la Sécu « paritaire » est également menacée : de facto le Revenu Universel « nationalise » d’énormes pans de la protection sociale, justifie que Bercy garde dans son trésor les sommes qu’il donne actuellement à la Sécu au titre de la CSG, voire récupère comme impôts des sommes actuellement considérés comme des cotisations
    Il va de soi que tout le monde n’est pas d’accord avec ce plan …

  4. pascal dit

    Bonjour,

    Le revenu garanti, revenu universel (ou autre appellation) … encore un produit toxique de la finance US ?

    La crise de 2008 et la coercition successive des agences de notation US envers la comptabilité des institutions étatiques européennes ne constitueraient que la première phase de ce processus impérialiste. Ce régime forcé d’assainissement aurait eu pour but de constituer la base politico-économique d’un sombre programme ultérieur de soumission des états européens au système bancaire US … en prenant les peuples d’Europe en otage.
    Ce « revenu garanti » constitue le rouage central de l’entourloupe dont voici un aperçu.

    On peut déjà s’attendre à une série « d’expériences in vivo » pseudoscientifiques (ça a déjà commencé en Europe depuis quelques années) pour tenter de démontrer aux naïfs de tout poil, dans des conditions qui ne sont évidemment en rien extrapolables à grande échelle, surtout sur le long terme, et encore moins scientifiquement valides, que ce « revenu garanti » (entre autres artifices numériques) serait la panacée à notre crise civilisationnelle … alors que le fondement de cette crise est justement cette toute-puissance obsessionnelle contemporaine du quantitatif et du numérique (dont ce revenu farfelu ne serait qu’une manifestation parmi d’autres) sur le qualitatif fondateur de toute civilisation.
    Les essais ponctuels s’effectuent inévitablement sur le court terme, lequel ne permet pas de mettre en évidence le vice monstrueux d’un tel procédé appliqué sur le long terme. Là se situe le leurre de ces diverses expériences non pertinentes.

    Si un tel revenu est un jour promis à vie (situation ne correspondant pas aux tests viciés à court terme) et garanti par la loi, il déclenchera un boom du crédit en relançant conjointement (pour un temps seulement, le temps que les états tombent en faillite) un système bancaire mondial en perte de vitesse. Ce revenu garanti équivaut financièrement à un CDI (contrat de travail à durée indéterminée), comme base hypothécaire.
    Ce boom du crédit donnera naissance à une flopée de bulles spéculatives dans tous domaines. Les personnes les plus psychiquement fragiles face à la consommation et aux tentations du marketing cèderont à l’endettement (cela fonctionne déjà ainsi avec le crédit maison/véhicule qui force au travail perpétuel la classe moyenne). Leur passif bancaire les acculera malgré tout à être contraints de travailler pour survivre car leur « revenu inconditionnel » de base ne servira alors qu’à couvrir leurs dettes hypothécaires. Comme la législation du travail aura été sapée précédemment (dans l’allégresse générale, pour financer cette générosité étatique providentielle), ils ne seront alors plus qu’un réservoir d’esclaves pour les multinationales.

    Mais le rouage central de la tromperie tient en ceci … La mise en place de ce revenu équivaut sous son aspect comptable à un soudain endettement virtuel (devenant ensuite réel par la pression sociale consécutive) de l’Etat en vers son peuple pour une somme pharaonique : la masse monétaire à verser (jusqu’à leur mort) à tous les citoyens en vie … avec impossibilité pratique de faire ensuite marche arrière, sinon c’est l’effondrement économique national.
    Cette masse financière virtuelle va relancer au départ … les organismes de crédit et les banques.
    Cette relance bancaire sera financée par un endettement virtuel colossal et définitif de l’Etat.
    Pour le monde de la finance, ce « revenu garanti » ne serait qu’un nouveau produit toxique.
    2008 ne nous aurait ainsi pas suffi ? Serions-nous si naïfs ?

    Pour résumer. Techniquement, légaliser ce revenu garanti équivaudrait pour l’Etat à signer (en une fois et pour toujours) une reconnaissance de dette pharaonique envers son peuple. Par le mécanisme du crédit, cette reconnaissance de dette serait ensuite transférée (en partie plus ou moins importante mais suicidaire à terme pour l’état) des citoyens vers les banques.
    Un tel revenu garanti devenu légal constituerait une reconnaissance de dette (énorme et pour toujours) de l’Etat envers le système bancaire. Le peuple, bénéficiaire du revenu promis par l’état mais enchaîné à vie par ses contrats de crédit, serait alors pris en otage entre ces deux institutions.

    Pour sûr, la bande de Palo Alto se montre séduite actuellement par l’idée et en fait la promotion idéologique.
    Ceci paraîtrait paradoxal a priori pour des ultralibéraux mais une fois la magouille mise à jour, tout devient limpide !
    Voici donc pour la présentation sommaire des rouages de ce séduisant cheval de Troie ultralibéral.

    Mais les aspects toxiques ne se limitent pas à cette approche comptable. Philosophiquement et humainement, ce revenu garanti constitue une montagne d’aberrations qui ne peuvent être ici développées.

    Merci pour cet espace de parole.
    Cordialement,
    pascal

      • pascal dit

        Bonsoir François,
        Le but du jeu n’est ici ni de tuer ni « la bête » ni encore moins de s’en rendre esclave mais de chercher à l’apprivoiser … dans la « mesure » où cela s’avère possible.
        Le petit texte suivant ne répondra malheureusement pas à la demande d’argumentation souhaitée mais permettra, je l’espère, d’élargir le champ d’approche.
        Vous pourrez d’abord constater en survolant l’ensemble des articles relatifs à cette problématique que la quasi-totalité des outils intellectuels présentés se réfèrent à des paradigmes victimes du réductionnisme quantitatif.
        La vie ne se réduit pas à ses aspects quantitatifs, au contraire ; elle se déploie surtout en s’en libérant. Là naît la liberté authentique.
        Une allocation universelle constitue principalement un outil d’ordre quantitatif, réducteur sous divers aspects … réductionnisme dans l’air du temps.
        A cela s’ajoute dans la présente thématique la notion « d’assurance » (qui ne sera pas abordée ici) dont la dialectique avec celle de liberté n’est pas aussi simple. Le danger participe de l’essence même de la vie. Vouloir fonder la liberté sur une assurance, par ailleurs quantifiée, ne constituerait-il pas une monstruosité philosophique ?

        Voici donc un petit texte assez brut mais présentant une tentative d’ouverture.

        Penser la Transnumérie
        .
        Penser dès maintenant un avenir où le nombre sera réduit à ses applications strictement nécessaires (principalement comme outil de prévention contre la pénurie) et ne polluera plus la totalité de la culture et de la vie, comme c’est devenu le cas.

        Le totalitarisme du nombre transforme toute utopie en dystopie. Le quantitatif y tue le qualitatif et l’absorbe dans son réductionnisme pervers de la notion essentielle de « valeur ». La « valeur » de la vie n’est pas numérique. Ce glissement de sens omniprésent culturellement est la tare de la modernité.
        A l’opposé, la négation de toute mesure fragilise aussi toute utopie par le risque du manque, de la pénurie non prévenue.
        L’avenir vivable se situera entre ces deux extrêmes.
        Le défi des penseurs de demain sera de cultiver l’art de jongler avec les valeurs qualitatives et quantitatives sans que les unes ne dévorent les autres.

        L’allocation universelle, fondée sur une notion strictement quantitative contient en elle-même le ferment de la dystopie … comme le socialisme et le capitalisme (fondés tous deux au stade premier sur une comptabilité des biens et des forces de production, puis divergeant ensuite sur les modalités d’organisation sociétale liées à cette comptabilité … en s’éloignant ensuite des considérations qualitatives).
        L’idéologue tourne en rond dans ces diverses élucubrations politiques mais jamais il ne se libère du totalitarisme du quantitatif. D’où la boucle !

        La démocratie, par exemple, n’est pas le pouvoir du « peuple » : le peuple est une fiction sociologique, un outil conceptuel plus qu’un ensemble de citoyens individuels. La « démocratie » est le masque de la « quanto-cratie », le pouvoir du nombre, l’absolutisme le plus aveugle et le plus imbécile qui soit.
        Il est dans l’air du temps (« l’ère de la quantité » pressentie au siècle dernier par certains ésotéristes, peu importe la validité de leur discours) que la toute-puissance du nombre, du numérique et du quantique (la physique ne peut se réduire elle non plus à des modèles numériques … récupérés ensuite à outrance par les pseudosciences) fasse peser comme une fatalité sur l’Humanité cette mode aussi séduisante qu’inepte de cette fallacieuse « démocratie ».
        La loi du marché n’échappe pas à la règle.
        La toute-puissance du nombre, cette obsession monomaniaque moderne (les Sumériens avaient déjà fait le coup avec leurs divinités) à associer un nombre à toute chose déshumanise, dénature et désensibilise la vie individuelle ou sociale.

        La mesure du temps de travail associée à une définition de la valeur comptable horaire de ce dernier constitue une double monstruosité.
        La comptabilité de la répartition du temps travail/loisir aussi. Cette comptabilité devrait idéalement constituer un simple outil de prévention des abus (comme en macro-économie pour prévenir les crises de pénurie à grande échelle) mais ne jamais devenir le rouage fondateur de tout projet humain.

        Tout est aujourd’hui quantifié même le relationnel privé … « Salut Bébert, comment vas-tu ? Bip ! Votre temps de communication dépasse le forfait ! ».
        Cette simple observation est généralisable à l’ensemble de nos activités quotidiennes.

        La financiarisation à outrance de l’économie reflète cette obsession.
        Même « l’économisation » des divers aspects de la vie, souvent associée à la notion de propriété, devient tentaculaire.
        Une économie dissociée de la notion de « valeur marchande », laquelle se réduit de surcroît à la « valeur numérique » (les bourses de troc sont en décalage face à ce totalitarisme et réintroduisent un peu d’humain dans l’économie), reste un fonctionnement sociétal à réinventer.
        Nous arrivons au terme historique d’une obsession morbide : l’ère de la quantité.
        Nous pouvons maintenant nous retourner sur nos pas et tirer le bilan de ce qui est à prendre et à laisser.

        Nous entrons dans l’ère de la « transnumérie ».
        Les psychopathes de Palo Alto sont déjà des has been ! Ils seront les techniciens mais jamais les idéologues de demain.

        Le numérique restera un formidable outil entre les mains d’êtres « pensant et vivant le non-numérisable ».
        Là se trouve le défi de demain.
        Le transhumanisme et l’obsession numérique sont des idéologies de cyborgs : des mi-humains (et encore !), des êtres purement quantitatifs privés (par leur propre auto-lobotomie) de tout accès au vaste registre vital du qualitatif et du sensible.

        Une allocation universelle ne ferait que nous ancrer définitivement (où au moins pour un temps suffisant pour que l’on réalise le cauchemar de l’ineptie et que l’on découvre ensuite les moyens d’en sortir), de la naissance à la mort, dans cette omniprésence du quantitatif.
        Elle déshumaniserait encore plus l’économie déjà mais surtout la vie dans son ensemble et déjà, à la base, la notion même de liberté.

        Le droit à la liberté se focaliserait de manière aberrante sur cette allocation financière et réduirait cette liberté à celle de consommer … des produits principalement numériques pour enfoncer le clou.

        L’avenir citoyen se situe dans les revendications qualitatives « tout autant sinon plus » (on n’en sort pas !) que quantitatives.

        L’allocation universelle n’est autre qu’un matraquage subliminal supplémentaire de l’idéologie numérique de la secte de Palo Alto. Ceci explique cela.
        Les pros du numérique sont aussi souvent spécialistes du marketing subliminal. Méfiance.
        Le masque le plus sûr du complot est la théorie du complot ! Re-méfiance.

        Cette secte à Kurzweil (et la complicité du bonhomme avec l’armée américaine) n’inspire rien de sain.

        « Un homme averti en vaut deux ».
        Damned ! Le quantitatif se glisse même dans les adages.

        La Transnumérie est une utopie citoyenne modulable au gré du vent des évènements et de l’imaginaire.
        Elle n’est pas une idéologie (un –isme) « pensée » (d’où la rectification du titre) par une partie autoproclamée omnisciente de la population (comme la secte actuelle de Palo Alto) … elle n’est ainsi pas un « transnumérisme ».
        Cette utopie mobilise tous les talents de l’être humain.
        Elle associe l’art et la science.
        Elle marie le qualitatif et le quantitatif, chacun se répondant selon ses domaines respectifs.
        Espérons que ce « printemps européen 2016 » ouvre les portes d’un avenir plus humain …

        Il peut s’avérer relativement plus simple pour le pouvoir de gérer des données quantitatives que des données qualitatives (une approche des statistiques permet de prendre conscience de « la chose »), surtout à grande échelle, si cela est associé à un formatage planétaire des modes de vie (comme selon la tendance contemporaine).
        Un monde fondé sur le tout quantitatif serait alors plus propice à la mise en place d’un pouvoir totalitaire … à garder au conditionnel car il existe aussi des outils (par exemple la symbolique de manipulation des foules) pour mettre en place un totalitarisme articulé sur du qualitatif. Quand on veut nous « faire chier », on peut !
        Mais le « tout quantitatif » faciliterait la gestion par les outils numériques (lapalissade !) en surdéveloppement actuellement.
        L’allocation universelle ne serait alors qu’un pan parmi d’autres d’un vaste projet de « totalitarisme numérique » … la méchante bête de l’Apocalypse ! Bouh ! Théorie du complot quand tu nous tiens !
        Si les grands altruistes de la Silicon Valley sont attirés par le projet, il est à parier que cela ne soit pas pour nos beaux yeux. Gentils européens, soyons bons mais pas cons !

        Mais nul besoin d’imaginer un complot pour comprendre que si l’on tend naïvement la perche par cette emprise tentaculaire du tout quantitatif, il se trouvera bien un jour (prochain peut-être) une joyeuse bande d’hurluberlus qui sautera sur l’aubaine pour nous mouliner à la sauce numérique totalitaire.

        Autant ne pas tenter le diable.

        On peut déjà s’attendre à une série « d’expériences in vivo » bidons (ça a déjà commencé depuis quelques années) pour tenter de démontrer aux gogos de tout poil, dans des conditions qui ne sont évidemment en rien extrapolables à grande échelle et encore moins scientifiquement valides, que cette allocation universelle (entre autres artifices numériques) serait la panacée à notre crise civilisationnelle … alors que le fondement de cette crise est justement cette toute-puissance obsessionnelle du quantitatif et du numérique.

        Cordialement,
        pascal

        • Là, la réjouissance est anti quantitative.
          Je voudrais gloser moi sur le caractère « quantique » de cette numérisation, les 1 et les 0 étant l’équivalent strict des quantums variés, le quantum d’action (h) méritant une attention particulière. Il y a deux manières de numériser (digitaliser), la classification stricte avec seuils (le seuil de 50 employés pour avoir un comité d’entreprise étant typique) ou la conception « floue », encore inconnue de nos technocrates, ceux ci ayant étudié surtout à Sumer…

          Votre fin de forfait téléphonique, qui interrompt brutalement un baiser téléphonique en est un autre exemple. Car la baisse du flux sanguin dans le cerveau dont les taux, exprimés par des nombres, mais variant dans une fourchette (les dents c’est quantique) signe numériquement la mort, hélas, le nombre n’étant que l’infortunée image de la quantité, dommageable inconvénient de l’absence de vraie solitude.

    • Je ne sais qu’il est rassurant de se dire que l’histoire n’est pas le produit d’un hasard, mais d’une nécessité. S’agissant du revenu universel, je vois surtout à l’oeuvre des forces très antagonistes, et une synthèse de bon sens: c’est la sécurité sociale en plus intelligent, en plus libre, et en moins soumis à la finance…

      • pascal dit

        Bonjour Éric,

        Discuter autour d’un verre dans le Carré eût sans doute été plus sympa.

        La démarche qui tente d’aborder ce qui fonderait une nécessité historique concerne un domaine du savoir que la tradition nomme occultisme.
        Avant d’accéder aux premières lueurs de la trame, une épreuve s’impose : affronter le gardien du seuil.
        Au-delà, la dualité angoisse/assurance s’estompe pour faire place à d’autres états psychiques.
        Des psycho-ontologies sommaires comme celles de Paul Diel ou CG Jung y voient une plongée dans l’inconscient se déployant de l’individuel au transpersonnel. Ces démarches ouvrent grand la porte aux contre-initiations multiples (new age, psychologie transpersonelle, charlatanisme d’Esalen, réjouissances multiples de Palo Alto, développement personnel, etc.), vendues aujourd’hui sur le parvis par la meute des marchands du temple.

        Blague à part, voici trois « petits » textes (déjà postés sur d’autres blogs) pouvant constituer des éléments permettant de décoder avec plus de pertinence la trame historique contemporaine.

        1. Histoire européenne : les illusions de Lucifer

        L’Europe de l’époque vivait une confrontation idéologie et politique entre les défenseurs des dogmes religieux et les promoteurs des sciences. Le pouvoir religieux était certes abusif mais la nouvelle religion, celle de la fausse lumière, ne fut que poudre aux yeux. L’artifice des tenants d’une certaine conception de la science fut de déterrer un antique paradigme absurde : l’atomisme. Ce paradigme, d’autant plus séducteur qu’il pèche par un simplisme réductionniste effarant, avait déjà fait ses preuves chez les grecs comme puissant dissipateur des dogmes religieux. Le principe en est rudimentaire et se décline en une série d’axiomes révélant leur nullité à la première analyse mais qui illusionne quiconque ne prend pas le temps de s’atteler à la moindre analyse critique. D’abord poser que tout être (« réel ») possède une forme et une position dans l’espace. La forme macroscopique s’expliquerait alors au niveau microscopique par la juxtaposition (spatiale) d’éléments irréductibles et immuables : les atomes. User au besoin de la métaphore des grains de sable pour noyer tout processus critique intelligent dans les réflexes analogiques communs. Tout être dit « réel » (monstrueuse réification des phénomènes !) se réduit ainsi à un être purement physique constitué de particules situées dans l’espace. Poser ensuite qu’il n’est que deux natures physiques : l’être (la matière constitutive de l’atome) et le non-être (l’espace entre les atomes). Tout « s’explique » alors par cette ontologie d’un réductionnisme ultime et d’un arbitraire flagrant (pourquoi pas l’espace vide l’être et la matière le non-être ?). Ce qui n’est pas constitué de particules ne peut alors qu’être le vide (non-être physique) ou imaginaire (non-être métaphysique). Qui n’acquiesce pas n’a plus qu’à se taire au risque d’être rangé dans le camp des obscurantistes religieux. Emballez, c’est pesé !

        Les atomes sont constitués désormais de particules plus petites mais toujours spatiales. La mécanique quantique a joué sur la notion de position en l’enrobant de considérations probabilistes quantifiées et la notion substantialiste de matière s’est transmutée en notion plus floue (mais toujours substantialiste) d’énergie (avec l’équivalence nobélisée masse-énergie, fermant le cercle tautologique), toujours quantifiée et positionnée dans l’espace. Certains phénomènes physiques comme la diffraction de la lumière ont éclaté la notion de particule ou de quanta d’énergie en dualité onde/corpuscule mais la notion de position (étendue et moins concentrée) dans l’espace reste un incontournable de cette ontologie « lumineuse ». D’autres paradigmes poétiques sont ensuite venus faire digression dans ce panorama : les supercordes, l’univers hologramme, la géométrie riemannienne, la géométrie fractale, etc., toute une série d’amusements strictement géométriques donc articulés, sans exception, sur les notions d’espace et de quantification de l’être par mesure physique. La notion de position y a pris parfois des allures géométriques plus ludiques mais toujours, par essence, spatiales. Ce dualisme ontologique se réduit donc au non-être (l’espace) différencié de l’être (ce qui s’y trouve en une position plus ou moins fixe et mesurable). Plus simple, pas possible. Tout ce qui n’entre pas dans ces deux catégories ontologiques simplistes est alors étiqueté d’épiphénomène : fruit de l’imaginaire, sans existence réelle et sans influence causale sur le monde physique. La conscience, l’imaginaire, le rêve, les noumènes, dieu(x) sont alors rejetés sans autre procès au placard des épiphénomènes. Les grecs avaient déjà réussi cette entourloupe. L’intelligence humaine ne semble ainsi pas avoir progressé depuis de manière significative.

        On pouvait déjà objecter que la position d’une particule (ou celle relative entre deux) était nécessairement une propriété de l’espace environnant et non de la particule elle-même et donc que le vide n’était pas un non-être mais un être doté d’au moins une qualité : l’étendue (que d’autre génies safranés à majuscules nomment « interdépendance »). Soit. La mode fut ensuite à imaginer ainsi l’espace comme un être ayant lui aussi sa propre substance : les fluctuations quantiques du vide. Dans la foulée, on remit à la mode, surtout en pseudoscience, une autre fadaise antique déterrée au 19ème siècle : la notion d’éther. Notion balayée par la relativité restreinte et la géométrie pseudo-euclidienne mais qui continue à faire les choux gras du charlatanisme new age, d’Esalen ou de la théosophie, soutenant notamment la superstition « d’ondes spirituelles » spatia-
        les ! Quelle pitié ! Les ondes physiques influencent certes le fonctionnement cérébral mais la spiritualité n’est pas un phénomène vibratoire, ni même un phénomène mesurable. Augustin Fresnel serait bien amusé de cette récupération pseudoscientifique. On avance à pas de fourmi, ontologiquement parlant … mais pour la science, ces digressions naïves restent pourtant conçues comme de brillantes avancées conceptuelles. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. A ce rythme, la science découvrira peut-être dans quelques siècles que certains êtres n’ont ni forme ni positon … et que cela n’en fait pas des épiphénomènes puisqu’ils peuvent malgré tout avoir une influence causale sur le monde physique (dans une approche causale des corrélations phénoménales).

        Petite réflexion métaphysique … Les éléments visuels du rêve, par exemple, ont une forme mais aucune position. Cette nuit, Jean rêve d’une licorne jaune. Elle a bien une forme mais où se trouve-t-elle ? Dans la boîte crânienne de Jean ? Non, il y fait tout noir. Par ailleurs, la structure de cette vision est une forme 2D en relief (pas 3D) avec point-de-vue, comme tout phénomène visuel humain. La structure neuronale associée est quant à elle une structure 3D, déjà, sans point-de-vue particulier ensuite, et de surplus cette structure ne révèle aucune forme similaire à celle de la licorne. Même la théorie du cerveau-hologramme ne contourne pas cette constatation (par ailleurs, cette dernière théorie reste strictement quantique ondulatoire et n’explique nullement la transition des quantas aux qualias, écueil inévitable de toute théorie cognitive matérialiste). Cette licorne ne se situe pas non plus hors du cerveau de Jean. Cette licorne n’a finalement aucune position. Elle n’est pourtant pas un épiphénomène car, dès son réveil, Jean la dessine sur une page blanche et cet « épiphénomène initial » se concrétise enfin dans le monde physique. On pourra objecter par l’hypothèse logique du « tiers causal ». La structure neuronale serait la cause unique (par des processus décalés temporellement) des deux êtres : la licorne rêvée et celle dessinée. Les expériences actuelles en sciences cognitives buttent toujours sur cet obstacle (sauf chez les charlatans de pseudoscience qui éludent tout simplement cette objection aux yeux des spectateurs bernés). Une corrélation entre un état méditatif et certains aspects du fonctionnement cérébral ne prouve de fait en rien le sens de la relation de causalité, surtout pas que l’état méditatif serait la cause et non l’effet ! La science réfute à raison ces théories bancales pour gogos mais le charlatanisme reste une affaire qui tourne (comme le prouve ce colloque de pseudoscience).

        Passons alors à l’étape suivante. Jean ferme les yeux à nouveau. Sa licorne réapparaît à son imagination. Jean l’observe et y ajoute une réflexion. Il se pose la question : vois-je une licorne jaune associée à ma structure neuronale mais bien distincte de celle-ci ou directement ma structure neuronale elle-même et rien d’autre ? La réponse est sans équivoque. Jean voit bien une licorne jaune et pas du tout sa structure neuronale elle-même. Cette information n’est indubitablement pas incluse a priori dans la structure neuronale elle-même. Cette information ne participe donc a priori ni du monde physique ni de la structure neuronale de Jean. Pourtant, jean ouvre les yeux et écrit alors : « je viens de voir une licorne jaune et non ma structure neuronale elle-même ». Par cette écriture, il vient simplement de démontrer par l’expérience qu’un être (une idée, une information) ne faisant indubitablement pas partie du monde physique (ni de la structure neuronale) a priori pouvait malgré tout avoir une influence causale (a posteriori) sur cette structure neuronale et par suite indirectement sur le monde physique environnant. Cette idée n’est donc pas un épiphénomène. Par ailleurs, non seulement elle n’a pas de position mais elle n’a pas non plus de forme (spatiale). Cela ne l’empêche pas d’avoir une influence causale sur le monde physique. D’autres êtres sans position ni forme comme les idées, les sensations, l’impression de durée, l’angoisse, etc. (corrélés certes à la structure neuronale mais non réductibles à celle-ci) peuvent faire l’objet d’une réflexion similaire.

        Libre à chacun de s’amuser à ce petit jeu. Que chacun comprenne qu’en écrivant « je ne suis pas conscient directement de ma structure neuronale mais d’autre chose », il influe sur son cerveau (puis indirectement sur le monde physique) à partir d’une part de « lui-même » (?) non-incluse au monde physique. Le réductionnisme scientifique « spatialiste » s’égarera encore en bricolages inventifs sur les « dimensions parallèles » pour tenter de conserver ce dogme de la « position spatiale de tout être » … en vain … sauf chez les « illuminés lucifériens » indécrottables. Ce dogme réducteur et inepte de la « position nécessaire » de tout être constitue en effet le fondement de l’idéologie religieuse « luciférienne » propagée depuis la philosophie des « lumières ». Les adorateurs du GADLU, à la conquête géométrique de l’être ne cachent d’ailleurs pas les emblèmes de leur réductionnisme spatialiste, prétendument philosophique, l’équerre et le compas. Partir en quête spirituelle armé d’instruments de mesure spatiale, voici qui témoigne d’une « brillante » perspicacité ! Ce pittoresque épisode de notre Histoire récente (quelques siècles) n’est alors rien d’autre que le résultat d’une confrontation religieuse, une de plus, entre deux dogmes aussi naïfs l’un que l’autre : celui de l’idéologie catholique (ontologie à peine plus inspirée qu’Aristote, transsubstantiation, etc.) et celui de l’idéologie luciférienne (spatialisation onde/corpuscule ou quanta énergétique de tout être).

        Le plus amusant reste que même certains enseignements d’organisation religieuse continuent d’inculquer, par leur programme scolaire scientifique, des dogmes de l’idéologie luciférienne, comme l’atomisme ou la mécanique quantique … sans jamais préciser qu’il ne s’agit que de modèles représentatifs réducteurs des phénomènes, modèles dénués de toute portée ontologique valide. Nous offrons ainsi à la postérité de bonnes parties de rigolade. Certains philosophes autoproclamés n’hésitent pourtant pas affirmer que nous avons clôturé l’Histoire. La bonne blague. Ce petit amusement ne fait ainsi que résumer la superficialité de la guéguerre éphémère entre religieux déclarés et croyants lucifériens, laquelle pollue le paysage philosophique occidental depuis quelques siècles déjà. L’Asie entière en rit.

        La conscience n’est alors pas un épiphénomène comme l’affirme, par exemple, l’émergentisme ou d’autres versions du physicisme primaire. Le panthéisme s’avère être lui aussi une version très naïve de l’idéologie luciférienne. L’intelligence divine ne peut se réduire à un phénomène spatial. La notion « d’Intelligence Universelle » se fonde elle aussi sur ce réductionnisme spatial naïf. L’hypothèse de dieu ne sera pas ici développée plus que les quelques considérations ontologiques élémentaires suivantes. Comme tout noumène, dieu ne peut être ni au-delà, ni au-dessus, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur, ni partout … il reste libre de toute contrainte de spatialité (sinon par la relation même phénomène/noumène), contrairement aux phénomènes physiques étudiés par la phénoménologie. Son absence, constatée par expérience, dans le registre physique des êtres dotés d’une forme et d’une position ne l’exclut en rien d’autres catégories ontologiques comme celle des êtres sans forme ni position. Quand Nietzsche affirme que « dieu est mort » il ne parle en fait que d’une version ontologiquement très naïve de la divinité, la chimère d’un dieu comme phénomène spatial (comme les élucubrations lucifériennes de « vibrations spirituelles », chères aux marchands du temple new age). Dieu est mort comme être physique ayant une forme et une position … mais pas aux autres catégories d’être. Cette mort anecdotique ne concerne que des reflets très naïfs, culturellement éphémères, de la manifestation du mystère divin … du « numen » comme dirait Rudolf Otto.

        L’atman n’est pas non plus un « corps subtil », un « souffle », un phénomène « vibratoire » ou autre chimère spatiale ayant une forme et une position. L’atman peut s’aborder sommairement comme un ensemble de fonctionnalités sans forme ni position reliant (notamment, entre autres fonctionnalités) le « cerveau » (inconnaissable en soi donc lui aussi une fiction représentative) à la conscience. Son ipséité apparente au niveau phénoménal ne prouve non plus en rien son ipséité au niveau nouménal (comme la superstition de « soi et Soi » du charlatanisme contemporain, inspiré de vieilles croyances orientales vulgarisées aujourd’hui pour la vente). La théorie des agrégats, en ontologie bouddhique, fonctionne également comme l’atomisme. L’ontologie bouddhique et ses sempiternelles métaphores spatiales (ou ses techniques de visualisation) constituent aussi une manifestation de ce réductionnisme luciférien. Peu étonnant alors que les francs-maçons éprouvent une grande sympathie envers le bouddhisme, surtout ses versions populaires. L’ontologie bouddhique confond aussi la fiction de collection atemporelle d’instants purs avec la succession temporelle d’événements irréductibles à des instants purs, laquelle rend possible les notions de mouvement et de changement (une collection d’instants ne peut soutenir la temporalité). Mais ceci est une autre histoire. Toute ontologie réductrice limitée à cette catégorie des êtres dotés d’une forme et d’une position correspond à l’expression de « Lucifer après sa chute » … le Lucifer de la philosophie des lumières et de l’ontologie bouddhique, entre autres.

        2. Histoire européenne et autre : les voyages de Sîn

        Abraham (historique ou mythique ?) emporta d’Ur son ombre, le dieu Trente (le célèbre Sîn ou Lune), maître du calendrier des festivités depuis Sumer. Pour qui s’applique à la lecture archétypale (pas seulement symbolique) des textes religieux, ce cher Sin est un vieux compagnon de chemin des traditions abrahamiques. Il se faufile dans les écrits religieux et les événements historiques où il adresse un clin d’œil furtif au regard attentif. Des trente deniers de Judas aux trente glorieuses, en passant par le Concile de Trente, il s’amuse avec qui prend le « temps » de lui tenir compagnie.

        Les Romains connaissaient bien l’effet socio-économique inéluctable de l’usure. Un fort pouvoir de catalyseur de l’activité économique par la fluidité accrue des transactions commerciales dopées par la monnaie et le double appât du gain : celui lié à la rentabilité de l’usage de liquidés pour l’entrepreneur et celui lié à l’usure pour le larron banquier. Une économie fondée ainsi sur les faiblesses de la nature humaine. Les failles humaines étant plus communes que les vertus, de tels principes économiques s’avèrent souvent plus réalistes que les utopies fondées sur la solidarité.
        Toutefois, ce mécanisme montre sur le long terme un travers que l’on retrouve au jeu populaire de Monopoly. Les liquidités finissent par se concentrer dans les poches d’un nombre restreint d’usuriers.
        La finance elle-même peut aussi devenir un champ d’investissement s’éloignant alors de l’économie citoyenne concrète. Une étude mathématique rudimentaire dévoile les rouages de cette évolution difficilement évitable.
        Les usuriers avertis, par souci de performance et par crainte d’être mangés par plus vorace, forment alors une confrérie occulte pour profiter de l’aubaine offerte par le pouvoir politique imprudent et tirer profit de la situation tout en se garantissant une issue les préservant du pouvoir destructeur du dernier prédateur. Ce système économique se nomme aujourd’hui le capitalisme et la confrérie se réduit à une poignée de familles richissimes. Le culte naïf de Mammon leur sert de lustrage pseudo-religieux mais reste un leurre grossier géré par une intelligence nouménale qui se joue des religions et des panthéons, fruits de la bêtise humaine.
        Sîn gère en coulisse le culte de Mammon mais ne constitue lui-même qu »un outil nouménal au service d’autres finalités inaccessibles à la culture profane.
        Voici pour suivre quelques éléments laissant entrevoir les rouages du jeu de Mammon et surtout de Sîn.

        L’an 1542 vit le passage archétypal du temps des épées au temps des deniers.
        Année de diverses naissances : décision de convoquer le Concile de Trente (comme les trente deniers de Judas), début d’impression du livre de Copernic, d’autres amusements et non des moindres (comme Merida pour les amateurs de calendriers exotiques, etc.) que le curieux découvrira par lui-même … mais surtout le début de l’écriture par Charles Dumoulin de son célèbre ouvrage sur l’usure, marquant le début de l’ère bancaire.
        Ce bon vieux Sin s’amuserait ainsi à signaler les changements de temps par ce symbole explicite du moulin ; vieux farceur.
        Le lecteur familier des archétypes s’attendra alors, aux environs de 2016, au prochain effondrement du système bancaire, augurant du passage du temps des deniers au temps des coupes.
        Fidèle à ses ludiques usages, ce facétieux Sin nous adresse un nouveau signe. Connaissez-vous l’étymologie de « Molenbeek » et de « Maelbeek », évoquant tristement des évènements récents. ? Pour colorer le tout d’une pointe d’ésotérisme johannique, cette belle commune s’est également adjoint le patronyme adéquat : Molenbeek-Saint-Jean.

        Le temps des comptes en banque semble bientôt révolu … la roue tourne. Quant aux Rothschild et autres confrères banquiers, ils seraient bien inspirés de méditer sur les deux larrons du Golgotha …
        Sacré Sin ! Drôle d’histoire tout de même que cet occultisme sumérien.

        Les textes évangéliques constituent, notamment, de puissants instruments d’ingénierie historique entre les mains d’une intelligence qui dépasse de beaucoup les gesticulations aussi orgueilleuses qu’illusoires de l’ignorance humaine.
        De qui vient par exemple le décompte sexagésimal de la montre que beaucoup de fanfarons portent au poignet ou de l’horloge accrochée au front du clocher ? N’y serait-il pas fait par ailleurs allusion dans un certain texte apocalyptique ?

        Qui sait en quelle année ce brave Sin s’est invité en Californie et au Japon pour y semer alors les graines des deux futurs temples planétaires de l’actuelle ère numérique ? Ne serait-ce point en 1542 ?
        Qui aurait déjà entendu parler de la « bête de la mer » ?

        Que viennent faire d’autre part les jésuites dans toute cette histoire ? Leur rôle se limiterait-il à surveiller en coulisses le bon déroulement du temps des deniers ?

        3. L’illusoire liberté des lumières

        Mise en garde contre la fausse liberté, expression de l’orgueil luciférien.
        Cette parodie de liberté, propagée par la mode éphémère des droits de l’homme (surtout du propriétaire !), brouillon grossier d’une philosophie de la liberté authentique, laquelle reste encore à écrire, et surtout assénée à coups de coercition militaire, économique et médiatique par l’impérialisme américain (ou en corollaire par les génies du GODF), n’a rien non plus à envier aux superstitions archaïques bouddhiques (surtout aux inepties du gouvernement tibétain en exil, pantin de la CIA).

        Le yoga de la liberté en saṃsāra

        Dans la série « les sūtras apocryphes » : le yoga de la liberté en saṃsāra
        Un vieux sage (ils sont souvent vieux dans les contes, ça fait plus sage) avait depuis longtemps compris que la « liberté ordinaire » n’était qu’illusion propre aux êtres immatures. Sa longue expérience méditative l’avait d’abord « libéré », au sens spirituel, de ses illusions pubères, puis lui avait ensuite appris à cultiver la philosophie de la liberté vraie. Il reçut un jour la visite d’un adolescent fougueux en quête de « liberté ».
        « Oh, maître, enseigne-moi la voie vers la liberté ! ».
        Le vieillard l’invita à s’armer de volonté et de patience puis lui proposa une technique ardue et rigoureuse qu’il présentait comme infaillible. Voici la voie en dix points, lui dit-il. Ecoute-moi bien et applique strictement chacun des principes suivants.
        1. Ferme les yeux et concentre-toi sur ta structure cérébrale (ce sage était aussi le précurseur des neurosciences). La vois-tu de manière nette et précise? Oui ? Passons alors au point suivant.
        2. Recense, un à un, tous tes neurones, sans en omettre. Combien en comptes-tu exactement? … Bien.
        3. Essaie maintenant de ne plus les voir un à un mais tous en même temps. Tu y arrives? … Parfait.
        4. Recense maintenant toutes tes connexions synaptiques. Elles sont bien plus nombreuses, comme tu le vois.
        5. Observe-les toutes simultanément. Décèles-y la moindre action.
        6. Tente maintenant de prendre le contrôle d’une information entre deux neurones. Pas facile! Y parviens-tu? Oui ?
        7. Prends maintenant le contrôle absolu de l’ensemble de tes connexions synaptiques, sans rien laisser t’échapper.
        8. Conserve ce contrôle total et maintiens-le indéfiniment sans faiblir.
        9. Tu réussis cet incroyable exploit et te persuades maintenant être enfin « libre ». Tu ne l’es pas encore…
        10. Etape ultime: « Ne m’obéis plus! C’est un ordre! »

        Le jeune homme ne réussit jamais à franchir cette dernière étape. Mais cet échec le libéra de ses illusions. Cette expérience initiatique lui permit d’accéder enfin à la maturité. De nombreux autres adolescents tout aussi fougueux et épris d’une liberté tout aussi illusoire vinrent à la suite visiter le sage. La plupart échouèrent à la première étape et aucun ne franchit jamais la dernière. L’illusion de liberté est la pire des chaînes.

        Pour l’anecdote … Le jeune Siddhârta rendit un jour visite au sage (déjà vieux donc !) et échoua comme les autres impétueux. Cet arrogant jeune homme (plus omniscient et tout-puissant que le numen lui-même) vécut très mal cet échec, que son narcissisme pathologique (après une éducation aussi tordue, point étonnant) ne put supporter. En pleine décompensation psychique, il finit par s’effondrer, en prise à des crises de délire, sous l’arbre de la bodhi. C’est là qu’il conçut sa théorie illusoire mais très soporifique de la « coproduction conditionnée » … dans laquelle toute allusion à la structure neuronale avait entièrement disparu. Abracadabra ! Finie la dépression, bonjour la schizophrénie … et la joie enfin retrouvée.

        Au départ, ce petit texte était destiné aux libertariens pubères (pléonasme) de tout poil. Il constitue toutefois une distraction philosophique à portée de tous. Et l’ātman dans tout cela ? Parmi tous les yogis de toutes traditions, j’attends indéfiniment celui qui accomplira l’exploit proposé par ce yoga … Ne voyant personne venir, j’en conclus (temporairement bien sûr) que si l’ātman effectue cet exploit surhumain d’influer sur la structure neuronale (pour lui transmettre des infos que cette structure ne contient pas apriori), la conscience humaine, elle, en reste bien incapable. Quelles infos ? Par exemple le fait que la conscience humaine n’a pas accès à la structure neuronale ; ceci apparaît indubitablement comme une info non incluse a priori à la structure neuronale elle-même. Elle s’y retrouve pourtant effectivement a posteriori puisque je viens de l’écrire via mon clavier.
        Le dogme de l’anātman ne serait-il pas un peu présomptueux ? Ceci est une autre histoire …
        Bonne méditation (non bouddhique).

        Voici donc pour ces trois petits textes.
        Leur portée réside principalement en une tentative d’ouverture de l’esprit à des considérations inhabituelles.
        Notre époque reste dramatiquement engluée dans des paradigmes réducteurs qui figent la pensée individuelle et collective dans les labyrinthes d’un mental sclérosé par un formatage simpliste.
        Les échappatoires actuelles (la littérature bobo sirupeuse des bonheurologues, les néo-chamanes en déguisements exotiques, les représentants des sagesses orientales qui n’ont jamais réussi qu’à soumettre leurs propres peuples aux totalitarismes répétés et les innombrables autres marchands d’élixir) ne se dégagent en rien de ce simplisme ambiant mais l’y engluent plus profondément au contraire.

        Si ces quelques présentes lignes d’élucubrations atypiques ont pu vous laisser entrevoir la possibilité de penser l’histoire et surtout l’avenir « autrement », j’en suis ravi.
        Sinon bonne route.

        Cordialement,
        pascal

  5. Puis je me permettre?
    D’abord l’asymétrie être/non être. Un sophiste débutant vous expliquerait que celle ci se prouve aisément: le non être n’étant pas, il ne peut pas « être ». Ce qui le distingue radicalement de l’être. Et ne me dites pas que le mot « être » n’a pas de signification et qu’il peut aisément s’inverser…

    Ensuite la dualité, qui lui ressemble, entre espace et substance. Il y a des théories (non encore testées) qui évoquent une fusion des deux (la gravité à boucles), vous y faites allusion en parlant des fluctuations du vide, elles prouvées, mais le thème y est. Rien n’identifie la science actuelle avec cette dualité, il me semble. Des considérations analogues existent pour le temps, dont le caractère absolu est également « relativisé » au point d’être considéré comme non existant en soi par des théorisations qui arrivent à s’en passer.
    Bref, temps et espace comme contenants fixes sont parfaitement remis en cause.

    Suis je alors « luciférien » ? Je voudrais bien pourtant.

    Par contre, la question des qualias reste ouverte à mon avis, et il n’est pas obligatoire que les sciences physiques prennent position sur la question.
    D’accord pour dire que Nietzche n’avait pas tué tous les dieux: un déiste bigot en fait, ça c’est vrai.
    Le nom de la ville de Trente vient plutôt de « tridentum » qui veux dire trois. Mais vous me direz que trente c’est trois dizaines…
    L’étymologie de Molenbeek vient de Molen (le moulin) et de Beek (le ruisseau). Le nom de « Bach » (le célèbre rosicrucien féru de musique) a la même origine (le ruisseau).

    Quand aux simagrées ritualistes dont se fend le maître bouddhique pour mieux signifier le paradoxe du menteur, source de la science occidentale avec l’énoncé strict du principe de non contradiction, comme principe de sa destruction. Il est possible que les gymnosophistes aient influencé Parménide, mais pardon, je préfère la copie à l’original:
    « to gar auto noein estin te kai einai »

  6. pascal dit

    Bonjour François,

    Votre réaction se justifie, je vous l’accorde.
    Ces petits extraits postés sont des premiers jets très brouillons et pèchent évidemment par de nombreux flous notionnels ou autres abus de langage ainsi que par une logique approximative, je le concède. Ils n’ont pas vocation de thèse mais plutôt de boutades pour interpeller dans un premier temps.
    Si je dispose prochainement du temps nécessaire, je ferai l’effort de tenter de corriger les diverses ambiguïtés et approximations ainsi que d’améliorer la rigueur logique pour poster ici un texte plus abouti.

    Votre exemple du flux sanguin invite justement à une réflexion sur le contemporain fantasme de toute-puissance des modèles mathématiques, de leurs considérations quantitatives et de leur éventuel traitement numérique (compris ici dans le sens « informatique » mais qui n’était pas exclusivement celui dans lequel je l’entendais ; encore désolé pour mes approximations lexicales).
    Le seuil quantitatif du flux sanguin joue bien son rôle de bourreau dans votre image.
    Ce que je tentais (notamment et maladroitement) d’exprimer, c’est que le bourreau a bien pouvoir de « vie ou de mort » ou plutôt de « non-mort et de mort ». Il n’a en fait aucun pouvoir légitime (ou alors il doit s’en montrer digne) sur la vie elle-même et sa gestion, laquelle se déploie hors de l’échafaud.
    Là encore, je l’avoue, la formule est réductrice et vise surtout à évoquer plus qu’à décrire et argumenter dans le détail.

    Les modèles mathématiques, omniprésents depuis quelques siècles en sciences physiques puis maintenant en sciences humaines où leur pertinence s’avère encore plus usurpée, tiennent leur pouvoir en bonne partie de leur aspect on/off (ou plus finement de modulation quantitative) dans leur gestion des phénomènes.
    Du point-de-vue de la survie stricte, une quantité minimale de nourriture reste ainsi naturellement nécessaire. Pour une certaine activité physique, la quantité alimentaire absorbée sera aussi fonction des besoins énergétiques.

    Mais, même si la gastronomie joue bien sur le dosage des ingrédients, elle ne peut toutefois s’y réduire strictement. Manger pour survivre ne peut résumer à lui seul l’art culinaire et les plaisirs de la table.
    Le revenu garanti, c’est le MacDo de la vie sociale. La politique sociale ne se réduit pas à la charité ou au fastfood.

    Les champions de la quantification de l’être ont même inventé (les génies de l’ONU participent à la farce) un nouvel indice bien à la mode de la pensée unique : le bonheur national brut (BNB). Comme si le bonheur était une variable quantitative !
    Par ailleurs, un cursus de base en mathématique distinguerait déjà les notions de mesure et d’évaluation. Même si le bonheur peut éventuellement s’évaluer (subjectivement, de « surplus ») sur une échelle qualitative, il ne s’agira jamais d’une « mesure ». Donc tout calcul ultérieur comme une moyenne reste incontournablement mathématiquement absurde.
    Le seul traitement ultérieur pertinent d’une collecte d’avis subjectifs sur le bonheur reste une lecture subjective, un à un, des avis exprimés. Aucune extrapolation mathématique n’aurait de sens. Pourtant, l’ONU (qui n’en est pas à une ânerie près) s’y applique. Cette notion de BNB témoigne de cette dérive culturelle lobotomisante du tout quantitatif. Sidérant !
    On arrive bien au terme de quelque chose.

    Des dérives intellectuelles comparables apparaissent dans les théories et expériences sur le revenu garanti.
    Les mathématiques ont dans ce genre de thématiques une pertinence largement usurpée. Cet abus ne vient pas seulement du fait que leurs utilisateurs sont parfois mieux formés aux sciences humaines générales qu’aux fondements philosophiques des sciences et des mathématiques. La culture et en premier lieu les cursus scolaires entretiennent globalement cette méprise.

    C’est ce réductionnisme mathématique envahissant que je tentais (avec ces extraits naïfs) de relever dans les approches communes du revenu garanti (allocation universelle, etc.).
    Les études et simulations se concentrent surtout sur les aspects comptables. D’accord, avec 10 euros par mois en Europe occidentale, les chances de survie (encore une notion quantitative) semblent légalement aussi maigres que celles du condamné entre les mains du bourreau. Mais les diverses autres extrapolations chiffrées sont monstrueusement réductrices et peu scientifiques.

    La portée recherchée de mon intervention résiderait en cette constatation : en se concentrant sur l’approche quantitative de la survie et de la consommation, on s’éloigne de la préoccupation essentielle, la vie elle-même.
    Pour sûr, pour le politicien opportuniste, limiter son discours à la survie ou à une évaluation quantitative du panier de la ménagère, cela lui évite de se chauffer les neurones et d’élaborer de réels projets sociétaux.

    Se concentrer sur ces aspects comptables réduit déjà l’économie à la comptabilité mais désormais avec cette mode omniprésente du revenu de base, cela finit par tendre à réduire la politique (et la liberté elle-même, dans certains discours corollaires) à la seule comptabilité.
    Cette mode du revenu garantit ressemble à s’y méprendre à une démission du politique face à ses responsabilités culturelles, sociétales et civilisatrices : un peu comme un parent qui, plutôt que de se responsabiliser devant son ado en crise, soignerait sa propre bonne conscience en lui abandonnant par défaut son argent de poche hebdomadaire (je conçois que la métaphore ne brille pas ici de finesse et laisse un relent de paternalisme, ce qui n’était pas l’intention).

    Pour ce qui concerne les considérations ontologiques, désolé de ne pas poursuivre maintenant la discussion amorcée. Ceci est une autre histoire.
    Pour la dualité que vous évoquiez, Sartre aurait en effet été plus inspiré de nommer son ouvrage : « L’être et le néant. Tome 1, l’être ». Point.

    Bon weekend.
    Cordialement,
    pascal

  7. pascal dit

    Re-bonjour François,

    Vous allez en déduire que je disposais de « plus de temps » que prévu.
    Ce constat ne se limite pas à ces lubies de revenu garanti ou de BNB. L’ensemble des audits et programmes de gestion de la société contemporaine déborde d’indices et pseudo-mesures en tous genres.
    Quand le Prince n’échange plus humainement seul à seul avec un de ses sujets ou ne délègue plus cette responsabilité à une personne de confiance mais abandonne cette fonction politique essentielle à son comptable … il y a problème.

    Cordialement,
    pascal

  8. Je n’ai jamais bien compris la critique forcenée de l’application hors du bon sens du quantitatif. Comme si c’était sa faute, le pauvre. En fait on a plutôt la jalousie du fouarreux envers les étonnants succès du rigoureux. On s’approprie alors le marteau tel le fétiche, et on défonce tout ce qu’on trouve, y compris soi même. Même si cela donne une grande partie de ce que vous dites, cela n’en reste pas moins illégitime, et ce n’est pas ce que vous dites.
    Maintenant, quelque soit le qualitatif (fouarreux) qu’on peut lui mettre, le chiffre de 10% de chômage, caractéristique du malheur français est bien deux fois supérieur aux 5% américains et au 4,5% allemands, chiffres caractéristiques du plein emploi et marqueurs de la prospérité d’un monde qui n’est pas le nôtre, hélas.

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