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Mois : mai 2016

La moitié des syndiqués est prof ou soignant

La DARES vient de publier des chiffres (insuffisants) sur les syndiqués en France. On y apprend que le taux de syndicalisation dans le secteur public est deux fois et demi plus important que dans le privé. On y apprend aussi que près de la moitié des syndiqués appartient aux secteurs de l’enseignement, du social et de la santé.

Les chiffres insuffisants de la DARES

On a beau demander, comme dans toute démocratie qui se respecte, des données publiques de qualité (c’est-à-dire complètes, accessibles et réutilisables), les fonctionnaires de la DARES opposent une farouche résistance aux principes du droit. Ils continuent à garder pour eux l’essentiel des données qu’ils collectent au titre des obligations de service public.

Le lecteur devra donc se contenter, pour comprendre les statistiques de la DARES, des extractions choisies par les DARES, sans accès aux données brutes. Par exemple, le nombre total de syndiqués n’est disponible (et cité en bas de page une seule fois dans l’étude) et certainement pas fourni par la DARES sous format Excel. On devra donc se satisfaire de l’interprétation de la réalité imposée par la DARES, sans accès aux données d’origine.

Il est quand même temps que la paresse ou l’obstruction des fonctionnaires face à la démocratie cesse!

Moins de 3 millions de syndiqués en France

Au total, les syndicats en France compteraient 2.995.000 adhérents. Ce chiffre inclut environ 400.000 retraités. La France compterait donc 2.600.000 salariés en activité adhérents d’un organisation syndicale, plus un certain nombre d’adhérents à des syndicats autonomes.

Rappelons que l’addition des salariés du secteur privé (16 millions), des fonctionnaires (5 millions) et des demandeurs d’emploi (3 millions) place le taux de syndicalisation moyen à moins de 11%.

Un taux de syndicalisation élevé pour les fonctionnaires d’Etat

L’intérêt des statistiques de la DARES est de montrer les différences de taux de syndicalisation par statut. Ce sont les personnels les moins précaires qui se syndiquent le plus! Ce phénomène explique largement les raisons pour lesquelles les « insiders » ont plus de facilité à imposer les normes qui les servent, et les « outsiders » tant de mal à obtenir des améliorations de leur condition.

syndiqués

Le graphique ci-dessus montre que le taux de syndicalisation moyen dans la fonction publique est de près de 20%, alors qu’il n’est que de 8,7% dans le secteur privé. Il atteint presque les 25% dans la fonction publique d’Etat, avec des taux important dans l’éducation, la police et les impôts.

4% de syndiqués dans le bâtiment et l’hôtellerie

À l’inverse, la syndicalisation est très faible dans certains secteurs du privé:

syndiqués

Si la syndicalisation atteint les 18% dans le transport, les 12 ou 13% dans les banques et l’industrie, elle est quasi-inexistante dans le commerce, le bâtiment, l’agriculture ou la restauration.

On comprend mieux, là encore, la conflictualité sociale en France. En réalité, il faut des syndicats pour organiser les grèves. Et la récurrence des grèves dans les transports, par exemple, ou dans certaines usines, trouve son explication dans une meilleure implantation syndicale.

Les cadres du public plus syndiqués que les ouvriers du privé

La répartition catégorielle de la syndicalisation ne manque elle non plus pas de piquant. Elle montre que, dans la fonction publique, ce sont les cadres qui affichent le plus fort taux de syndicalisation, alors que, dans le privé, c’est la catégorie la moins engagée:

syndiqués

Ce phénomène tient largement à la syndicalisation des enseignants.

Inversement, les employés sont les moins syndiqués dans le public et dans le privé (exception faite des cadres). Là encore, une clé est donnée sur la physionomie des mouvements sociaux en France…

Profs et soignants en tête de la syndicalisation

Par métier, ce sont les enseignants et les soignants qui sont les plus syndiqués:

syndiqués

Alors que l’industrie est « écrasée » par sa faiblesse démographique, ce sont donc les secteurs les moins soumis à la concurrence qui sont aujourd’hui les plus enclins à adhérer à une organisation syndicale. Ce sont aussi les secteurs les plus avares de modernisation…

CQFD.

Revenu universel: en débat le 26 mai

Je me permets de vous signaler à tous le débat auquel je participe le 26 mai à Versailles, avec Frédéric Lefebvre et Benoît Hamon, sur le revenu universel. Cet événement sera l’occasion de réexpliquer que le revenu universel n’est ni une façon d’augmenter les impôts, ni une façon de désinciter au travail. Au contraire, en remplaçant les cotisations sociales par un impôt qui sera directement reversé aux citoyens de la naissance à la mort, le projet de revenu universel est une façon d’assurer une meilleure protection sociale pour tous, et de pratiquer une véritable solidarité en garantissant à tout le monde un accès véritable aux prestations sociales.

Le revenu universel: un projet simple

L’intérêt de ce projet tient à son extrême simplicité. Le volume de cotisations sociales resterait le même. En revanche, il se présentera sous forme d’impôt et permettra une rétrocession d’environ 2.500 euros mensuels par couple avec deux enfants. Cette somme permettra à chacun de choisir librement sa couverture maladie et retraite.

Le projet peut être couplé à une transformation de notre système de retraite en un régime par points avec compte notionnel. Bref, rendez-vous pour tout le monde le 26 mai à Versailles, à 20 heures, au Bistrot du Boucher.

Le Crédit Agricole et les Panama Papers

L’économie sociale et solidaire! la coopérative! que de doux noms qui chantent comme des promesses de bonheur dans un horrible monde capitaliste rongé par l’argent, le profit, l’usure, la laideur, la méchanceté. Il vaut tellement mieux se réclamer des « valeurs » de coopération, de partage, de solidarité. Combien d’hommes politiques de gauche n’avons-nous pas entendu vanter la supériorité de ce modèle sur le capitalisme mortifère et moribond?

Je cite par exemple Benoît Hamon:

Sur les dix dernières années, 23 % d’emplois nouveaux ont été créés dans l’ESS contre 7 % dans l’économie traditionnelle. Et, pour prendre l’exemple des Scop, 82,5 % de celles créées il y a trois ans poursuivent aujourd’hui leur activité, contre 66 % pour les entreprises classiques. L’ESS fait donc la preuve de sa robustesse et de son potentiel économique.

Outre les valeurs que porte le secteur, je crois qu’il s’agit là du meilleur argument pour comprendre pourquoi notre gouvernement se mobilise pour créer de véritables politiques publiques en faveur du développement de l’ESS.

La robustesse! le potentiel! les valeurs!

Le Crédit Agricole, la coopérative qui prend l’eau sans sombrer

L’un des meilleurs exemples donnés en appui des propos tenus par Benoît Hamon est sans doute celui du Crédit Agricole. La banque mutualiste coche en effet à toutes les cases qui viennent d’être énumérées.

La robustesse? Elle est avérée puisque la banque a englouti 7 milliards d’euros pour la seule année 2012 sans faire faillite. Bien entendu, personne ne précise jamais les appoints discrets dont la banque coopérative a bénéficié de la part des pouvoirs publics pour échapper à la faillite.

Le potentiel? Rappelons ici que la structure faîtière (capitaliste) de la banque avait déjà perdu plus d’un milliard d’euros en 2011, épongés par les caisses régionales (mutualistes). Voilà le potentiel de l’économie sociale solidaire: rembourser l’argent perdu par des copains du pouvoir qui échappent à tout contrôle.

Les valeurs? Parlons-en.

Le Crédit Agricole et les Panama PAPERS

Côté « valeurs », le Crédit Agricole n’est pas en reste. L’affaire des Panama Papers a permis d’illustrer la raison pour lesquelles les caisses régionales, renflouées par les petits paysans français et autres crève-la-faim assommés par la crise, avaient été mises à contribution. L’implication du Crédit Agricole dans les paradis fiscaux pour hyper-riches est telle que même le très soumis ministre des Finances Michel Sapin a trouvé à y redire.

Le ministre des Finances Michel Sapin a annoncé mercredi avoir demandé des « explications » aux présidents de BNP Paribas et de Crédit agricole après un article du Monde évoquant les montages financiers de sociétés offshore effectués par les deux banques pour le compte de leurs clients.

Une banque coopérative, éprise de valeurs de solidarité, qui perd des milliards en Grèce et qui en planque aux Bahamas! voilà qui mérite bien, comme disait Benoît Hamon, des politiques publiques en faveur du développement de l’ESS! Elle est pas belle la vie? Ce n’est pas avec les méchants capitalistes libéraux sans scrupule et sans valeur que tout cela arriverait.

Les amitiés éclectiques du Crédit Agricole

Si le Crédit Agricole peut réaliser autant de délires avec l’argent de ses coopérateurs (jamais consultés, bien entendu, sur les décisions stratégiques du groupe, au nom de la démocratie mutualiste), c’est d’abord parce qu’il compte de nombreux amis au sein de la technostructure, et que ces amis lui veulent du bien.

Prenons, au hasard, la Présidente de la Fédération nationale des Sociétés Coopératives d’HLM, la sénatrice socialiste frondeuse (dont l’ennemi est la finance) Marie-Noëlle Lienemann. Celle-ci déclarait dans un discours de 2013:

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, on nous avait annoncé, lors des fameux G20 de 2008 et de 2009, qu’on allait moraliser le capitalisme et réguler l’économie, en particulier bancaire. La réalité, c’est que tout continue comme avant ! (…) Ainsi, le montant global des actifs des hedge funds n’a-t-il jamais été aussi élevé dans l’histoire. Il atteint 2 300 milliards de dollars, dont 1 395 milliards offshore. En 2000-2001, on n’en était qu’à 750 milliards de dollars, dont 500 milliards offshore. Certes, ces chiffres ont reculé en 2008, mais pour mieux reprendre leur ascension, et bien plus fortement qu’auparavant. La spéculation continue, les produits dérivés se multiplient et le système français n’est, hélas, pas en reste.

Quel constat vertueux! mais alors, on dirait que, dans la technique du offshore, le Crédit Agricole était passé maître…

Pourtant, l’année précédente, Marie-Noëlle Lienemann s’était fendue d’un rapport d’information au Sénat où elle reprenait à son compte un certain nombre de revendications directes du Crédit Agricole.

Le mouvement de la coopération agricole a fait part à votre rapporteur de son inquiétude concernant la manière dont les autorités en charge du respect des règles de la concurrence, tout particulièrement au niveau national, appliquent certaines notions du droit de la concurrence. La nécessité de prendre en compte la spécificité coopérative dans l’application de ce droit étant reconnue par la CJUE elle-même, il serait regrettable que les autorités nationales aillent au-delà du nécessaire et fassent preuve d’un rigorisme excessif.

Mais oui, les faits parlent d’eux-mêmes: le contrôle auquel le Crédit Agricole est soumis est d’un « rigorisme excessif »…

Deux ans plus tard, la même Marie-Noëlle Lienemann signait avec le même Crédit Agricole une convention de financement pour le logement social.

Ce partenariat vise le développement des coopérations entre les Caisses régionales de Crédit Agricole et les sociétés coopératives d’HLM dans la diversité des métiers qu’elles exercent. Il doit permettre de favoriser le financement d’opérations d’accession sociale sécurisée dans lesquelles les ménages à revenus modestes bénéficient de la sécurisation Hlm.

On avait peut-être oublié de le dire, mais l’argent du Crédit Agricole sert au financement des projets de Marie-Noëlle Lienemann dans le domaine du logement social. On peut imaginer, dès lors, la totale indépendance de la présidente du mouvement HLM dès lors qu’il s’agit de critiquer le Crédit Agricole et ses montages fiscaux acrobatiques à Panama.

Ne soyons pas mesquins! entre gens qui défendent de valeur, ce genre de compromissions ne doit pas accepter. Il faut forcément être un méchant libéral capitaliste pour imaginer que la gauche de la gauche fraie avec le grand capital sur le dos des petits épargnants.

Complémentaire santé: qui sont les plus responsables?

Qui sont les acteurs les plus responsables de la complémentaire santé et du remboursement de soins? L’étude de la DREES publiée fin avril donne quelques indications utiles sur les stratégies de remboursement par type d’acteurs. Les résultats ne manquent pas de poser quelques questions essentielles.

L’optique et le dentaire au coeur de l’inflation

L’intérêt de cette étude est d’abord de cibler les postes qui font l’augmentation de la dépense pour les complémentaires santé depuis une dizaine d’années. Le graphique ci-dessous permet d’y voir rapidement clair:

complémentaire santé

Depuis 2006, certains remboursements sont à la baisse, comme les médicaments. Le seul poste qui augmente de façon caractéristique est celui des « autres biens médicaux », qui englobe essentiellement les prothèses (y compris dentaires) et les lunettes.

Autrement dit, l’inflation des dépenses de santé pour les complémentaires n’est pas due à une recrudescence des maladies ou à une augmentation de l’aléa sanitaire. Elle tient d’abord au développement de la prise de charge de risques non assurantiels parce que quasi-certains: les problèmes dentaires et ophtalmologiques.

Ces données posent donc le problème crucial de l’adéquation de nos politiques de santé avec celui du véritable accès aux soins « aléatoires », c’est-à-dire dus à des maladies imprévisibles.

Qui sont les acteurs les plus responsables?

Dans cette stratégie de dépense sanitaire tournée vers le risque quasi-certain, les acteurs de la complémentaire santé ne jouent pas tous la même partition:

complémentaire santé

Comme le précise la DREES, les sociétés d’assurance sont les acteurs de la complémentaire santé qui consacrent la plus grande part de leurs dépenses au remboursement des aléas médicaux: les dépenses hospitalières et les soins de ville. Ce sont aussi les acteurs qui consacrent le moins de dépenses aux prothèses dentaires et aux dépenses optiques.

Les institutions de prévoyance, gouvernées de façon paritaire par les organisations syndicales, et souvent dirigées en solitaire par des directeurs généraux ou des délégués généraux qui s’arrogent de nombreux pouvoirs, sont les acteurs qui consacrent la part la plus importante de leurs remboursements à des dépenses certaines.

La complémentaire santé est-elle une prestation d’assurance?

Ces différences s’expliquent d’abord par des considérations philosophiques. Les assureurs pratiquent une « mitigation » du risque qui les conduit à minimiser les remboursements de risque certain. Les institutions de prévoyance s’inscrivent plus volontiers dans une logique de transfert qui les conduit à rembourser plus largement des dépenses qui ne relèvent pas de la maladie.

D’un point de vue assuranciel, en effet, l’optique ou le dentaire relèvent assez peu du champ des remboursements. Compte tenu de la quasi-certitude de la survenue de ces risques, l’assurance assume plus, vis-à-vis de ces garanties santé, un rôle de « banquier » qui conserve une épargne le temps que le risque survienne, plutôt qu’un rôle d’assureur proprement dit chargé de couvrir le risque aléatoire qui pourrait atteindre l’assuré.

Démonstration est en tout cas faite qu’une gestion responsable du risque dépend d’abord d’une stratégie en management du risque, et certainement pas d’une réglementation aveugle, comme celle inventée par Marisol Touraine il y a un an et demi.

Juppé et Lemaire, candidats du gouvernement profond

Alain Juppé et Bruno Lemaire ont dévoilé leurs programmes pour la primaire des Républicains. L’un et l’autre se situent dans le même sillage: celui des positions fondatrices qui inspirent le gouvernement profond en France. Avec eux, pas d’inquiétude donc: la République restera sur les rails qu’elle suit depuis des décennies, et qui favorisent son déclin.

Europe, ma belle Europe

Sans surprise, Bruno Lemaire comme Alain Juppé partagent les mêmes refrains sur l’Europe.

Pour Alain Juppé:

Pour retrouver son rôle historique et ne pas laisser à l’Allemagne seule l’initiative, Alain Juppé indique pour notre pays un certain nombre de pistes, à commencer par ce qui constitue aujourd’hui le « noyau dur » de l’Europe : la zone euro. « Sa consolidation exige une harmonisation fiscale progressive et la mise en cohérence de nos systèmes de protection sociale »

L’harmonisation fiscale et sociale fait partie de cette espèce de musique de fond sur l’Europe qu’on entend depuis les tréfonds du gouvernement profond. Les mêmes mots se trouvent dans la bouche de François Hollande, comme dans ceux de Bruno Lemaire:

Sur la monnaie commune comme sur Schengen, nous faisons le plus facile et nous laissons sans réponse les questions les plus difficiles : la coordination économique de la zone euro ou le contrôle des frontières extérieures.

La coordination économique de la zone euro: un autre gimmick que François Hollande adore prononcer. On voit bien que Juppé, comme Lemaire, comme Hollande, ne se sont pas guéris de l’euro-angélisme contracté à l’ENA. Quand l’Europe pose problème, ce n’est évidemment pas parce qu’elle est trop présente, mais parce qu’elle ne l’est pas assez! Vous faites une indigestion européenne? Reprenez-en une rasade, ça ira mieux!

La même frilosité sur la protection sociale

Juppé et Lemaire portent au demeurant le même conformisme sur les questions de protection sociale. On peut comprendre qu’Alain Juppé se montre réticent sur le sujet. Mais il est divertissant de constater qu’au-delà du traumatisme de 1995, il « verrouille » la conception oligarchique d’un système de protection sociale permettant d’asservir l’opinion publique par le versement de prestations de solidarité financées par les classes moyennes.

En évoquant l’idée d’une harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe, Alain Juppé considère implicitement que la solution au déficit de la sécurité sociale passe par plus de sécurité sociale et non par sa réinvention.

Sur la protection sociale, « je ne veux pas casser la baraque », a souligné Alain Juppé en allusion à François Fillon.

Surtout, ne touchons pas au joujou qui permet de tenir les Français. Le même ton est présent chez Bruno Lemaire, qui s’est fendu d’une laborieuse proposition de loi pour améliorer le fonctionnement du RSI. Alors que tout le monde sait que le problème du RSI est de vouloir faire entrer au chausse-pied les indépendants dans un système conçu pour les salariés, Lemaire va jusqu’à proposer:

Afin d’améliorer le calcul et le recouvrement des cotisations sociales, l’article 7 étend la possibilité pour le RSI de passer des conventions avec les Urssaf afin que celles-ci se chargent de cette mission, comme elles le font déjà aujourd’hui avec les autoentrepreneurs.

De même que Juppé dit: quand la sécu est en déficit, il faut plus de sécu, Lemaire dit: quand la sécu ne sait pas faire avec les indépendants, il faut plus de sécu.

Sur ce point, les deux énarques ont bien la même approche. La sphère publique doit être en expansion permanente, et tous les prétextes sont bons pour le justifier, même les plus absurdes.

On notera, qui plus est, que les deux candidats proposent de fixer la retraite à 65 ans.

Quelques mesures spéciales pour l’élite

Guidés par le même paradigme, Juppé et Lemaire proposent accessoirement des mesures qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Par exemple, Alain Juppé propose une suppression de l’ISF:

Alain Juppé s’est engagé à la suppression de solidarité sur la fortune (ISF) en 2018. Une loi de programmation fiscale serait votée à l’automne 2017 qui détaillerait les mesures fiscales sur cinq ans.

Bruno Lemaire propose lui aussi la même mesure.

Sur le capital, Alain Juppé propose la réduction du taux d’imposition à 25%.

En matière fiscale, il envisage une imposition forfaitaire des plus-values dégressive en fonction de la durée de détention et qui descendra jusqu’à 25% (prélèvements sociaux inclus) au bout de six ans.

Bruno Lemaire propose une baisse de la fiscalité sur le capital à 25%.

Une même vision du code du Travail

En poussant l’analyse jusqu’au bout, d’autres similitudes apparaissent, notamment sur le code du Travail.

Alain Juppé s’attaque par exemple aux 35 heures, en affirmant:

Les entreprises auront deux ans pour négocier, en fonction de leurs besoins, la durée de travail à 36, 37, 38 ou 39 heures « en augmentant proportionnellement les salaires ». En l’absence d’accord, la durée de référence de 39 heures s’appliquera.

Bruno Lemaire propose là encore une mesure jumelle, qui est de:

Laisser à chaque entreprise la liberté de négocier le temps de travail et le déclenchement des heures supplémentaires.

Ces quelques rapprochements ne sont pas exhaustifs. Mais ils montrent comment, sur des points-clés, les deux candidats des Républicains issus de l’énarchie, loin de renouveler le genre, garantissent une immense continuité des politiques publiques par rapport à celles qui sont menées depuis plus de trente ans…

Un libéralisme sérieux ?

Selon ses propres termes, Alain Juppé développe un « libéralisme sérieux », sous-entendant que les autres ne le sont pas. Chacun en pense ce qu’il en veut, mais, factuellement, il est évidemment très difficile de soutenir que le programme des Dupont et Dupond Républicains soit complètement libéral. L’un et l’autre ont l’ambition d’imposer des normes européennes dans des domaines où elles n’existent pas encore, et ils prennent bien soin de ne pas inverser la courbe d’expansion des politiques publiques, notamment dans le domaine social.

Ce point est intéressant car il montre comment il existe une confusion dans l’opinion publique entre des logiques libérales et un système de domination propagé par le gouvernement profond. Les premières sont, à de nombreux égards, hostiles au second, dans la même proportion que ce qui oppose le sérieux ou bouffon.

Sauf, bien entendu, que nous ne plaçons pas le sérieux dans le même camp qu’Alain Juppé.

Loi Travail: 30 députés prennent les entreprises en otage

30 députés! c’est ce qui manquait au gouvernement pour trouver une majorité, à l’Assemblée Nationale, capable d’adopter la loi Travail. Faute de ces 30 voix, Manuel Valls a finalement décidé de recourir au 49-3, procédure peu populaire et risquée compte tenu de la grogne que suscite le texte dans certaines fractions de l’opinion, mais moins désastreuse politiquement que le retrait du texte dans la peur de le voir rejeté à l’Assemblée.

Les députés: une faillite de la Vè République

Si le recours au 49-3 est un échec politique pour le gouvernement, qui n’est pas parvenu à maîtriser sa majorité, il constitue une faillite encore plus grave pour les institutions de la Vè République. Ce sont en effet 30 députés aujourd’hui qui ont la capacité de bloquer les réformes. En regardant le dossier de plus près, on en reste pantois.

Prenons l’exemple de Christian Paul, animateur des frondeurs. L’intéressé fut élu en 2012 avec 65% des voix, certes. Mais il a recueilli 31.471 voix au second tour sur un total de 86.663 inscrits. Autrement dit, sa représentativité réelle dans sa circonscription est d’à peine 36%… Est-il raisonnable de laisser des gens aussi minoritaires prendre en otage le pays lui-même? et le livrer à leurs caprices idéologiques et leurs calculs politiciens?

Le fait que les institutions de la Vè République accordent autant de poids à des gens qui représentent si peu illustre une fois de plus la nécessité de changer de régime.

Un désastre politique

Sur le fond, et si l’on admet l’idée que la réalité ne se réduit pas à des calculs machiavéliques, on peut tous constater le désastre politique que constitue cette opération « foirée » par Manuel Valls. S’il avait adopté d’emblée la voix du 49-3, le texte soumis au vote serait bien plus consistant et réformateur qu’il ne l’est aujourd’hui. Manuel Valls a cru pouvoir échapper à la voix autoritaire en amendant le texte jusqu’à le dénaturer et à le transformer en texte augmentant les protections des salariés et accordant des dérogations aux seules grandes entreprises.

Alors que ce sont les petites entreprises qui ont le plus besoin de « souffler » et de desserrer l’étau réglementaire, elles seront les seules à ne tirer aucun bénéfice du texte… Le 49-3 soumet en effet au vote de confiance un texte édulcoré sur lequel le gouvernement ne pourra plus revenir.

Le coup de massue pour les PME et les start-up

Pour les petites entreprises, et en particulier pour les start-up, le coup de massue est terrible. Beaucoup peuvent se plaindre d’un désavantage compétitif du fait des réglementations qui laissent peu de place à l’unilatéral. Mais au moins les limites apportées aux dérogations à la loi sont-elles identiques pour tout le monde. Dans le texte porté par le gouvernement, la situation s’aggrave. Les grandes entreprises pourront déroger à la loi et aux accords de branche. Les petites entreprises ne le pourront pas, faute d’une taille critique suffisante pour négocier les accords majoritaires qui le permettent.

Alors que le tissu des PME a besoin d’être soutenu, la loi qui passe va les achever en les désavantageant par rapport aux « gros » du marché.

Pour les entrepreneurs, il est probablement temps de se rendre aux évidences. La Vè République est toxique pour le développement économique du pays. Il devient indispensable que les entrepreneurs prennent leurs responsabilités et fassent ce qu’il faut pour le régime tombe.

Baupin: qui a vraiment les mains sales?

Le comportement de Denis Baupin est évidemment immonde. Il illustre les dérives que l’hyper-professionnalisation de la politique permet. Beaucoup de nos dirigeants se considèrent comme au-dessus des lois et protégés par une impunité pénale à presque toute épreuve. Leur sédimentation dans le microcosme politico-médiatique les coupe de notre réalité ordinaire, dont le premier principe est celui de la responsabilité à assumer dans les actes délictueux.

Baupin victime d’un règlement de comptes

Dans l’affaire Baupin, il est évident que le bonhomme est plus sanctionné pour avoir imaginé que sa misérable petite personne, devenue vice-présidente de l’Assemblée Nationale, pouvait exister et prospérer en dehors du système particratique qui l’a fabriquée, que pour ses agissements sexuels proprement dits. Tant qu’il restait dans la coquille protectrice du parti sous la bannière duquel il a fait carrière et dont il retirait des émoluments confortables, rien ne pouvait lui arriver. Il a suffi que sa femme devienne ministre en quittant son poste, au prix d’un superbe reniement, et que lui quitte les rangs de son parti, pour que tous ses anciens amis s’en donnent à coeur joie sur les horreurs qu’on lui prête, sans plus aucun bénéfice de la présomption d’innocence:

Le message est clair: tant que tu sers le système qui t’a fait élire (même chez les Verts, c’est comme ça!), tu es protégé. Dès que tu t’en affranchis, tu plonges!

Baupin et le rêve d’émasculation de la politique

On s’amusera particulièrement de voir qui, aujourd’hui, se précipite sur les plateaux de télévision, pour jeter la pierre à Denis. Les traditionnelles harpies de la politicaillerie française ont enfin trouvé une proie idéale à dépecer façon « Empire des Sens ». Personne n’est dupe: le prétexte moral ne peut pas dissimuler un instant le geste quasi-primitif d’émasculation, de moralisation dans ce qu’elle a de plus rigide, de plus frustrant, de plus castrateur, qui anime ces saintes nitouches cathodiques. C’est une véritable fête féministe qui se livre sous nos yeux, avec un sacrifice testiculaire en guise de moment expiatoire.

Les grandes prêtresses de cette célébration festive sont sans surprise: Clémentine Autain, Caroline de Haas, Esther Benbassa. Les unes et les autres jubilent de pouvoir prendre la main dans le sac, ou au panier, l’un de ces horribles délinquants sexuels coupable d’utiliser le pouvoir que la République lui donne pour affirmer le pouvoir libidinal que la nature lui a donné.

Et vas-y que je commence la longue litanie des antiennes où la culpabilité principielle de l’espèce masculine appelle d’interminables gémissements.

La morale des connivents plutôt que la justice

Au passage, aucune de ces dénonciatrices du mal absolu sur terre ne se souvient qu’elle savait, mais qu’elle n’a pas eu le cran de saisir la justice. Toutes ces pleureuses qui inondent nos écrans ont beau jeu de se livrer aux imprécations aujourd’hui. Lorsque Baupin était protégé par son parti, pas une ne s’est levée pour dénoncer les scandales et informer un procureur sur les agissements du vice-président de l’Assemblée Nationale.

Les raisons de ce silence sont bien connues: la peur de déplaire et de laisser des plumes. La peur de perdre son poste. La peur d’affronter la loi du système qui assure l’impunité des puissants et rejette à ses marges tous ceux qui contestent l’ordre aristocratique français. Clémentine Autain répète à qui veut l’entendre: « Tout le monde savait ». Et elle prend bien soin d’ajouter qu’elle est une femme tellement importante qu’elle tenait ses informations des confidences même de la députée Attard. Mais qu’a-t-elle fait lorsqu’elle l’a appris?

Comme les autres, pour ne pas apparaître comme la vilaine petite cane qui refuse les règles du jeu, elle s’est tue. Et dès que l’embuscade a commencé, sans qu’elle n’y soit d’ailleurs pour rien, elle a joué aux résistants de la vingt-cinquième heure en venant asséner, protégée par la foule, des coups de poing dans le dos d’un homme cloué au pilori.

Rien n’est plus écoeurant que cette violence en meute, qui emporte avec elle toute dignité et frappe aveuglément non seulement le (présumé, mais on l’a oublié) coupable, mais aussi sa femme et ses enfants.

Que cachent les indignations sélectives des pleureuses?

La même Clémentine Autain, qui ne trouve pas de mots assez durs pour dénoncer les agissements d’un élu blanc qui met sa main sur les fesses et les seins de ses collègues ou collaboratrices, avait toutefois une indignation un peu moins forte pour les femmes qui, au Nouvel An, se sont retrouvées ceinturées par dix ou quinze hommes, dans les rues allemandes, avant de subir des outrages qui n’ont rien à envier à ceux que les proches de Baupin semblent avoir subi.

C’est à la lumière de cette différence de traitement que s’éclaire le mieux le sens profond de cette fête de Walkyries à laquelle nous assistons. Lorsque l’agression sexuelle est commise par un prolétaire immigré, priorité est donnée aux imprécations contre le capitalisme qui réduit ces pauvres agresseurs à la misère. Et tant pis pour les femmes qui ont été violentées et humiliées ce soir-là. Elles sont elles aussi victimes du capitalisme, et personne n’y est pour rien.

Que l’agression soit moins grave, moins violente, en elle-même, mais commise par un membre de la majorité blanche d’obédience chrétienne incarnant le pouvoir phallique exécré par les féministes, et là les choses sérieuses commencent. On assied le suspect sur une chaise et l’interrogatoire débute avec une lampe dans la figure pour qu’il se mette plus vite à table.

Ce qui est en jeu n’est évidemment pas un combat pour les femmes, pour leurs droits ou leur dignité. Ce qui est en jeu se réduit à une stratégie de pouvoir où tout est bon pour justifier un poste, un mandat, une candidature à quelque chose. L’objet n’est jamais de défendre les femmes pour les femmes, mais seulement de se donner un peu de publicité, un peu de notoriété, pour grimper encore un peu plus dans le « système ».

L’objet en cause, contrairement à ce qui est dit, n’est certainement pas « d’améliorer le système » en défendant l’égalité des sexes. Il est plutôt de justifier la substitution d’une caste de dominantes à une caste de dominants, sans jamais changer les finalités du jeu. Et pour y parvenir, aucune leçon de morale ne suffira jamais pour honnir les puissants du jour et leur ravir leur joujou.

A l’approche des présidentielles, quelle aubaine!

Les ordonnances, arme du gouvernement profond

Les ordonnances constituent-elles l’outil favori auquel le gouvernement profond a recours pour modifier selon ses souhaits le fonctionnement économique, politique et réglementaire, de la société française? L’exemple de la réforme de l’audit, qui est en cours, permet de poser à nouveau la question.

Les ordonnances, le vrai sujet de la démocratie

Nos députés, très tournés vers leurs micro-problèmes et peu intéressés par les sujets d’intérêt général, se préoccupent beaucoup du 49-3 dont certains demandent la suppression au titre de la démocratie. Dans la pratique, le 49-3 est un épiphénomène (puisque son utilisation est très limitée et contingentée) par rapport à une arme beaucoup moins démocratique: l’ordonnance.

Celle-ci permet en effet au gouvernement de recevoir, de la part de l’assemblée (c’est-à-dire volontairement) une habilitation pour légiférer sur un sujet donné à la place du Parlement. Une fois les textes adoptés, ceux-ci doivent être validés en bloc par l’Assemblée. Cette technique permet de faire passer des pans entiers de textes légaux sans véritable contrôle démocratique. Cette absence de contrôle est (insistons sur ce point) volontaire de la part des représentants du peuple: elle revient à déléguer au gouvernement la tâche de légiférer.

Comme par hasard, cette délégation intervient d’ordinaire sur les textes les plus techniques et les plus « impactants », tout spécialement sur les transpositions de directives communautaires, qui sont devenues les moteurs essentiels de la législation en Europe.

Le cas de la réforme de l’audit

Prenons un exemple brûlant: la réforme de l’audit des entreprises. Imposée par une directive communautaire, cette réforme est intervenue en droit français par l’effet de l’ordonnance du 17 mars 2016.

Le sujet est en apparence très technique. Dans la pratique, il est fondamental pour la vie des entreprises et pour la croissance économique. Il porte sur l’encadrement opérationnel des entreprises par les experts-comptables et les commissaires aux comptes. Concrètement, il pose la question simple du: comment doivent être contrôlés les comptes des entreprises? Faut-il durcir ou non ce contrôle?

Encore une norme qui tue la concurrence

Ce point est intéressant parce qu’il montre comment une norme « politiquement correcte » (personne ne peut raisonnablement soutenir qu’il ne faut pas de comptabilité transparente) est un puissant instrument pour tuer en silence la concurrence ou pour javéliser des pans entiers de l’activité économique. Il suffit pour cela d’étendre l’usage de la norme à des acteurs qui seront incapables de l’appliquer, tout simplement parce qu’elle n’est pas appropriée à leur réalité ou aux difficultés qu’ils posent.

Pour tous ceux qui pensent qu’une concurrence émiettée (ou trop nombreuses) fait mauvais genre, imposer une norme inapplicable pour les petites entreprises permet en effet de passer un « coup de Javel » sur un sol impropre. L’ordonnance du 17 mars 2016 est de celles-là: elle donne l’occasion au gouvernement profond qui est à la manoeuvre d’imposer aux petits acteurs de l’économie française des obligations réglementaires nouvelles, inventées par les plus grands et pour les plus grands. Le résultat de cette extension est simple: les « petits » sont tétanisés et peu à peu tués par la norme qu’ils doivent appliquer alors qu’elle est disproportionnée.

L’exemple des mutuelles et des « entités d’intérêt public »

Dans le cas de la réforme de l’audit, le coup est venu des « entités d’intérêt public » qui sont soumises à un contrôle des comptes renforcés, c’est-à-dire à une procédure lourde dont le coût est extrêmement pénalisant pour les petites entreprises. L’ordonnance de mars 2016 n’a pourtant pas hésité à y inclure toutes les petites mutuelles, qui ne comptent parfois que quelques salariés.

Ce choix, qui ne repose sur aucune rationalité ni justification économique, n’a qu’un seul but: diminuer le nombre de mutuelles en poussant celles-ci à se regrouper. Le gouvernement profond souhaite en effet « simplifier » ce secteur et transformer le jardin anglais actuel (avec près de 700 mutuelles) en jardin à la française (avec moins de 50 acteurs).

Pour y parvenir, toutes les ordonnances sont bonnes. Elles permettent d’imposer des normes inapplicables par les petits et accessibles seulement aux grandes entités.

Gouvernement profond et libéralisme fantasmé

Ces quelques remarques ponctuelles rappellent que l’Union Européenne est loin d’être une entité néo-libérale comme certains le prétendent. En réalité, elle constitue un champ de normes proliférantes au service des grandes entreprises, dans le seul objectif de réduire la concurrence. Le gouvernement profond s’en sert d’ailleurs très bien pour améliorer ses marges de rentabilité en « nettoyant » la concurrence émiettée, et même en la javellisant grâce à ce formidable instrument de domination qu’est l’Etat.

Loi Travail: à quel jeu joue le MEDEF?

Article écrit pour Atlantico.

Le MEDEF est-il un discret allié du gouvernement dans l’élaboration de la loi Travail? Plusieurs indices ont d’ores et déjà rappelé que, pour la confédération patronale, le texte était loin d’être aussi cataclysmique que son président ne l’a dit. Le report de toute décision sur la ligne à suivre annoncé aujourd’hui a confirmé le profond dilemme auquel les grandes entreprises sont confrontées aujourd’hui.

La ligne Gattaz contestée au MEDEF

Pierre Gattaz avait plusieurs bonnes raisons de se réjouir du texte gouvernemental. En premier lieu, ce texte faisait la part belle au poids du MEDEF dans le monde patronal, en lui majorant automatiquement ses voix de 20%. Certes, les députés ont écarté cette disposition dans l’attente d’un meilleur accord entre les parties patronales. Mais, pour Gattaz, ce seul motif valait bien un soutien discret.

En outre, le texte apporte d’importantes avancées pour les grandes entreprises qui font l’élection du président du MEDEF. Il permet, à ce stade, de nombreuses dérogations à la loi par accord d’entreprise, en excluant les PME de ce privilège. Comment refuser un tel cadeau?

Face aux hésitations de Gattaz, c’est la base qui a commencé à gronder. En particulier, le risque d’une surtaxation des CDD a beaucoup ému les entreprises qui consomment volontiers cette formule. C’est d’ailleurs sur ce point que surfe habilement la CGPME, avec son opération Patrons Vent Debout! Les entreprises inquiètes de cette surtaxation ont exigé de Pierre Gattaz une réaction ferme vis-à-vis des dérives du texte.

Gattaz se cornérise tout seul

De façon assez inattendue, Pierre Gattaz a donc répondu à l’attente de ses adhérents en… menaçant de boycotter la négociation sur l’assurance chômage. Beaucoup, dans le monde patronal, ont été désarçonnés en découvrant dans la presse cette annonce tonitruante.

Pour le MEDEF, la menace est particulièrement absurde. La convention assurance-chômage est en effet un texte purement paritaire. Il n’est pas contresigné par le gouvernement. Certes, l’Etat apporte sa garantie aux emprunts (colossaux) de l’UNEDIC, ce qui fait de lui un interlocuteur absent, mais pesant, dans les négociations. Formellement, néanmoins, menacer de quitter une table paritaire en rétorsion contre l’attitude d’une partie qui n’est pas prenante au débat est absurde.

Pire: le boycott du MEDEF dans cette négociation est un pousse-au-crime. Le départ du MEDEF légitimerait en effet une reprise en main du dispositif par le gouvernement. Celui-ci, sous la férule de Valls, a commencé à mettre plusieurs pieds dans le processus en intervenant directement sur le régime des intermittents. Plusieurs années auparavant, la création de Pôle Emploi avait constitué une première immersion forte dans le système. Une sortie du MEDEF signerait la fin du paritarisme dans la gestion du régime-chômage.

Le sparadrap Gattaz colle aux mains des patrons

Voilà donc le monde patronal prisonnier de la promesse gasconne de Gattaz (une de plus) et bien embarrassé pour agir. De deux choses l’une: ou bien le MEDEF se désolidarise complètement du texte El-Khomri (notamment parce que le rôle des accords d’entreprise est vidé de tout contenu) et on voit mal en quoi déserter la négociation assurance-chômage servirait la cause. Au contraire, il vaudrait mieux rester pour peser dans le sens inverse de celui voulu par le gouvernement. Ou bien le gouvernement rencontre les demandes du MEDEF (par exemple en actionnant le 49-3), et le MEDEF n’aura plus guère le choix: il sera de fait engagé à signer n’importe quelle convention assurance-chômage.

Dans tous les cas, l’impulsion de Gattaz se révèle difficile à gérer et ne fait guère l’affaire des PME, qui ont vraiment besoin de desserrer l’étau réglementaire pour retrouver des marges de manoeuvre internes.

Une fois de plus, le duo privilégié que le gouvernement forme avec le MEDEF joue un vilain tour aux entreprises de croissance en France.

 

Denis Baupin ou la vengeance du serpent (vert) à plumes

La mise en cause de Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée Nationale et député anciennement Vert, dans des affaires de harcèlement sexuel ne manque pas de piquant. Elle est emblématique du naufrage français, jusque dans le prétendu renouvellement de la vie politique.

Une vengeance des Verts?

Rappelons d’abord méthodiquement quelques coïncidences malheureuses. Le 18 avril 2016, Denis Baupin quitte le parti Ecologiste-Les Verts. Quelques jours avant, le 8 mars, il s’était associé au mouvement symbolique des députés hommes qui (voir la photo en une) avaient posé avec du rouge à lèvres pour dénoncer les violences faites aux femmes. C’est ce jour-là que l’une de celles qui affirment avoir été victimes de ses agissements aurait décidé de le balancer à des journalistes de France Inter et de Mediapart.

Il se trouve que (c’est de notoriété publique) Baupin a épousé en 2015 celle qui est devenue le 11 février 2016 la nouvelle ministre du Logement: Emmanuelle Cosse, jusque-là secrétaire générale des Verts. Tout le monde le sait, le départ d’Emmanuelle Cosse fut vécu par de nombreux militants écologistes comme une trahison vis-à-vis du parti.

Yves Contassot, député des Verts, soutient qu’Emmanuelle Cosse étouffait récemment encore les accusations qui circulaient en interne contre son mari, en interdisant que le parti en discute officiellement.

Au minimum donc, il est acquis que le départ d’Emmanuelle Cosse a donné libre cours aux esprits qui en voulaient à Baupin. Au pire, on peut assez facilement penser que le ralliement de Cosse au gouvernement Valls et le départ de Baupin ont nourri le ressentiment de ceux qui rêvaient de mettre Baupin hors course.

Belle ambiance, chez les Verts, en tout cas!

Le renouvellement politique? un naufrage

Le naufrage des Verts n’est pas un scoop. Qu’il se niche dans des règlements de compte de ce type est en revanche assez inattendu. Le plus tragique dans cette affaire tient probablement au fait que si Baupin était sagement resté chez les Verts et si Emmanuelle Cosse n’avait pas trahi les siens, les langues ne se seraient pas déliées.

Une fois de plus, en tout cas, c’est le mythe du « renouvellement de la vie politique » qui en prend un coup. Les Verts ont longtemps occupé ce créneau, avec un parti jeune, qui se prétendait non affairiste, amateur de transparence, de valeurs humanistes et autres bisounourseries dont les bobos raffolent. Démonstration est faite que les « grands diseux » sont d’ordinaires « petits faiseux », et qu’il ne suffit pas de revendiquer la morale pour la pratiquer. Parions même que ce genre d’affaires nourrit toujours plus la méfiance de plus en plus grande que les Français entretiennent pour ceux qui affichent des postures et démontrent trop souvent leur hypocrisie dès qu’il s’agit de délivrer les promesses.

Tel est le drame du « renouvellement », c’est-à-dire de la réforme au sein d’un régime vieillissant. Que le renouvellement prétende s’opérer par de nouveaux partis politiques (cas des Verts) ou par de nouveaux élus ou de nouvelles figures, les Français ne tardent jamais à s’apercevoir que les initiatives déçoivent. Les forces nouvelles incorporent si vite les tares du régime qu’elles apparaissent toujours comme perdantes, incapables de donner le coup de pied qu’il faut dans la fourmilière.

Bref, le régime ne se réformera pas de l’intérieur. Ce ne sont ni les gens, ni les partis qu’il faut changer. Ce sont les institutions elles-mêmes.

Le bla-bla bobo encore une fois épinglé

Au passage, on aura noté que Denis Baupin, dans tous ses combats politiques, s’est montré exemplaire sur la question du droit des femmes. Il avait voté la loi contre le harcèlement. Il a porté du rouge à lèvres. Il était élu d’un parti qui faisait de ces questions des enjeux majeurs, incluant le mariage gay et tutti quanti.

On ne se lassera jamais de répéter que les donneurs de leçon ont souvent quelque chose à cacher. Le seul enseignement à tirer de cette histoire se situe sans doute là: dans l’absurdité qu’il y a à fonder une politique sur des valeurs morales. La morale est une chose, la politique en est une autre.