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Les employeurs financent seuls 36% de la sécurité sociale

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Les employeurs, si honnis et vilipendés en France, financent tout de même à eux seuls 36% de la sécurité sociale en France, comme l’indique une étude publiée par la DREES hier.

Celle-ci précise en effet le détail des sources de financement de la sécurité sociale:

Source: DREES
Source: DREES

Les cotisations employeurs représentent donc une dépense de 244 milliards, quand les salariés apportent au système 85 milliards. Je mets ici de côté les cotisations au RSI de 25 milliards, qui représentent environ 30% des cotisations salariales… quand la France compte 12% à peine d’indépendants (2,5 millions d’indépendants et 16 millions de salariés…).

Comme on le voit, le financement de la protection sociale en France est largement assuré par les employeurs. L’impôt représente moins de 25% des ressources de la sécurité sociale…

Les employeurs français, recordmen d’Europe de la pression sociale

On notera avec un amusement teinté de désolation que la France est le seul pays européen à soumettre ses employeurs à une telle curée. Le tableau produit par la DREES sur la comparaison entre pays européens le montre de façon fulgurante:

Source: DREES
Source: DREES

Alors que, dans l’Union Européenne, la part des cotisations employeurs représente environ 7 euros de l’heure, il en représente le double en France, ce qui fait d’elle la championne toutes catégories de la cotisation employeurs.

Pour les salariés, ce traitement représente une véritable curée. Un salarié moyen coûte en France près de 35 euros de l’heure, mais le salarié ne perçoit que 22,5 euros sur cette somme. Le reste est affecté au financement de la protection sociale. En Allemagne, le coût horaire moyen est inférieur à 32 euros, mais le salaire effectivement versé au salarié est proche de 25 euros.

Les salariés français seraient donc gagnants si la France entreprenait de repenser la structure de coût de sa sécurité sociale, afin de moins pénaliser l’emploi, de moins alourdir la charge de recrutement, et de redonner de l’air au salaire réel. Mais, pour cela, il faudrait éviter le conflit d’intérêt dans le combat syndical. Rappelons que les syndicats de salariés s’opposent à cette logique car ils sont administrateurs de la sécurité sociale… et que la fiscalisation de celle-ci privera la gouvernance syndicale de toute légitimité.

23 commentaires

  1. Pierre dit

    Votre titre est trompeur. Même si vous donnez la précision importante dans la suite de votre article : les cotisations « employeur »… c’est de l’argent pris… aux salariés.

    Seul compte en effet le « salaire réel », ce que l’entreprise est prête à payer AU TOTAL pour employer une personne.

    Cette confusion, conçue comme telle pour enfumer les gens, doit être combattue, encore et toujours. Elle constitue l’un des piliers de cette entreprise mafieuse que l’on appelle « La Sécu ».

    Vote titre devrait se lire : « Les salariés financent 47 % de la sécurité sociale ».

    Non ?

    • sergio dit

      NON, ce n’est ni le salarié ni le patron qui finance la S.S., C’est l’entreprise tout simplement, qui crée suffisamment de richesse pour payer salaire + charges : S.S., chômage, etc… différentier patron et salarié est absurde, tout deux sont victimes
      de la pensée néo-marxiste à gauche, bureaucratique, technocratique à droite.
      Le problème c’est qu’une majorité de salariés si bien informés « manipulés serait plus exact » par les syndicats, les politiciens et les médias n’ont toujours rien compris ! Jusqu’au jour où ….

      • JMC dit

        1) Notons l’enfumage total de l’État vis-à-vis de ses agents. Depuis le 1er janvier 2002 (quel est le rapport avec le passage à l’€ ? personnellement j’en sais rien), tous les bulletins de traitement de fonctionnaire masquent les taux des cotisations.
        2) Non contente de presser les salariés (le patron il paie la somme brute, le salarié au final récupère que le salaire brut déduit des cotisations patronales et salariales), il y a désormais les mutuelles. Un seconde « sécu » pour palier la gabegie de la première ?
        3) Sans tomber dans les vieux poncifs libéraux voire proche de l’extrême droite, la sécu « de base », elle est redistribuée qu’aux salariés ou alors il y en a plein d’autres qui n’y cotisent pas mais qui en profitent ?

    • Moggio dit

      Je rejoins plutôt le commentaire de Pierre et serais prudent (j’aimerais bien savoir comment la Drees a fait ses calculs mais je manque de temps pour lire les 190 pages de l’étude). En particulier, la Drees a-t-elle bien tenu compte de ce qu’on apprend utilement aux étudiants d’économie en licence sur l' »incidence fiscale » — qui permet de faire la différence entre ce qui dit la législation/réglementation sur qui paie telle ou telle cotisation ou taxe et qui la paie réellement (en fonction des élasticités-prix de la demande et de l’offre de travail pour les cotisations sociales) ? Pour info, ces billets remarquables : http://www.ecopublix.eu/2007/09/qui-paie-les-impts.html et http://www.ecopublix.eu/2007/11/qui-paie-vraiment-les-cotisations.html

    • Deres dit

      Surtout, plus de la moitié du coût réel d’un salarié ne va pas dans son salaire mais dans des organismes collectifs pas ou peu contrôlé démocratiquement. La taille du « pot commun » français atteint donc un point critique car elle dépasse la moitié de la richesse produite. La logique que plus de la moitié du revenu des français vient donc du « pot commun » nous fait entrer dans le cercle vicieux où collectivement, le pays se rend compte que le travail rapporte moins que le lobbying et le clientélisme. C’est la même logique clientéliste qui pousse le gouvernement actuel à faire tomber le nombre de ménage payant l’IR à moins de 50% afin que la majorité des français ait l’impression d’être bénéficiaire nette de l’intervention étatique. Nous avons franchi le point de non retour où les intérêts économiques globaux des français pencheront toujours vers encore plus d’Etat par un simple raisonnement micro-économique individuel.

      • Pierre dit

        J’aime assez cette idée de « point de non retour » : escape velocity, paf, on s’arrache à l’attraction terrestre… « vers l’infini et l’au-delà ».

        La Sécu, l’Etat français… c’est le Startrek du collectivisme.

        A ce point de non retour mathématique… il faut ajouter d’autres notions afin de mieux cerner le désastre en cours : une petite fonction exponentielle et des effets de seuil rigolo.

        A mesure que la « majorité » profite de la rapine… une minorité de plus en plus réduite subit un fardeau de plus en plus lourd.

        -les expatriations se multiplient
        -ceux qui veulent rester pratiquent alors l’émigration intérieure : lever le pied, passer à la semaine des 3 jours, travailler moins pour payer moins d’impôts, moins de consommation donc moins de TVA etc.
        -forçant l’état alors à augmenter encore la rapine

        Ces mouvements ne sont pas linéaires.

        Et à un moment : cela se précipite, crac, et le système se brise.

        • Jiff dit

          « La Sécu, l’Etat français… c’est le Startrek du collectivisme. »

          Tant qu’à utiliser Star Trek (2009) comme référence, disons que c’est plutôt le vaisseau Romulien (à la fin du film.)

          « les expatriations se multiplient »

          De tout ce que je peux voir, entendre et constater aux alentours, le terme correct est émigration; en effet, une majorité de ceux qui partent, même si ça n’est pas de gaîté de cœur, considèrent que ce pays est foutu (coucou H16 !) et que ce départ se fera en aller simple.
          Seuls quelques d’jeuns et d’incorrigibles optimistes, qui bien souvent sont les mêmes, pensent encore qu’un retour sera éventuellement possible, ce qui me semble du plus haut domaine de l’hypothèse, vu que dans ce pays il n’y-a jamais d’évolution mais des révolutions.

          « lever le pied »

          La méthode ne date pas d’hier; déjà, il-y-a 25 ans, le (super) dentiste de mon fils terminait sa semaine le jeudi soir et des fois avant. Son calcul était simple: s’il sautait de tranche d’imposition, il lui fallait travailler jusqu’au samedi midi pour éponger le différentiel d’impôts; ayant son voilier ancré dans la rade juste en bas de chez lui, le choix était vite fait 😉
          Personnellement, ayant déjà vécu à l’étranger, je travaille dur pour créer la bonne occurence et je partirai sans un regard en arrière vers une émigration qui entraînera sans nul doute un changement définitif de passeport.

          « Ces mouvements ne sont pas linéaires »

          Effectivement, ils auraient tendance à être exponentiels; en un peu plus de 10 ans, les pourcentages d’étudiants ayant la volonté de rester/quitter ce territoire se sont inversés (environ de 65/35% à 35/65%, 25% restant définitivement collés ici, comme la moule au rocher), et les 5 dernières années ont mis en exergue le « peut-être » et surtout le « non » comme réponses à la question: « reviendrez-vous en france ? »

          « cela se précipite, crac, et le système se brise »

          Il-y-a peu de chances que le système casse à brève échéance, à moins d’une remontée substantielle des taux d’intérêts, et encore. Avant arrêt, le système Chipriotisera l’épargne du gentil peuple en lui assurant que tout va rentrer dans l’ordre sans tarder, parce que, parce que bon; ce jour-là, on peut, selon tout vraisemblance, s’attendre à ce que les détournements de fonds publics pulvérisent les sommets…

    • @Pierre
      Non. Ce sont bien les employeurs qui payent. Il s’agit d’un impôt sur l’emploi, partiellement responsable du chômage structurel français. Il faut absolument changer cela. Cela s’appelle la TVA sociale, et c’est évidemment le moyen de se remettre au niveau de l’Allemagne, c’est à dire de fiscaliser la protection sociale, au lieu de la faire payer par qui n’en a que faire.

  2. PRUVOST dit

    Il n’y a plus aucune raison aujourd’hui pour que les employeurs financent le système de protection sociale dans la mesure où d’une part les décisions (niveau de protection et assiette) sont prises au niveau de l’ Etat, et d’autre part dans une économie européenne et mondiale où cette ponction sur l’entreprise introduit une distorsion de concurrence préjudiciable à la croissance et à l’emploi, alors même que les avantages procurés sont largement attribués à toutes les catégories sociales : fonctionnaires, sans emploi, retraités, inactifs, agriculteurs, cheminots… Le soi disant paritarisme pour la gestion de l’ Unedic et de la Sécu sans plus aucune efficacité (il suffit de voir les négociations récentes sur le régime des intermittents) ne sert plus qu’à fournir des postes d’administrateurs rémunérés à des syndicats non représentatifs et d’un autre âge.

  3. Théophile dit

    La frontière cotisations patronales/cotisations salariales est sans intérêt économique. Ce qui compte c’est le salaire super brut et ce qu’il faut simplement remarquer est que ce salaire super brut est toujours rechargé dans les prix. Après si on cherche à savoir qui paye, c’est facile, c’est le client de l’entreprise et donc en bout de chaîne le consommateur particulier qui ne peut répercuter ce coût. La particularité des cotisations est donc de faire surtout payer le consommateur de produits français. C’est un boulet :
    – qui ne facilite pas nos performances à l’export
    – qui se traduit par un prélèvement indirect encore plus injuste que la TVA : pour une même somme d’argent en bijoux et en produits alimentaires français, dans le premier cas on paye plus de TVA que de cotisations et dans le deuxième cas c’est l’inverse
    – sur le marché intérieur ça nous pénalise évidemment par rapport aux importations
    En définitive ce sont les consommateurs qui trinquent dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas ce sont les chômeurs qui ont dû quitter une entreprise qui avait des coûts de production trop élevés

      • GREGOIRE dit

        Quelle imposture intellectuelle de votre part Mr Verhaeghe !
        Vous savez parfaitement que financer via des cotisations patronales ou salariales à l’arrivée coûte peu ou prou le même prix à l’entreprise (et non à l’employeur en tant que personne physique). C’est donc le système sociale dans son ensemble que vous remettez en cause via un prétexte paramétrique, admettez le.

    • Jiff dit

      « si on cherche à savoir qui paye, c’est facile, c’est le client »

      Vision pour le moins réductrice des choses, parce que quand un pourcentage de racket obligatoire augmente, c’est la plupart du temps l’entreprise qui trinque (pas d’augmentation du prix pour ne pas se mettre ses clients à dos ou dit plus simplement, ne pas perdre de parts de marché); j’en veux pour preuve le taux de marge dangereusement bas de toutes les entreprises de ce pays.

      « qui ne facilite pas nos performances à l’export »

      Vous-êtes à côté de la plaque; savez-vous, exemple parmi tant d’autres, que lorsque vous-avez une sarl et que vous exportez, la signature du gérant (aucun p/o autorisé !) doit se trouver sur la facture, et en bleu !? – rien que pour emmerder le monde, j’ai acquis du toner… bleu, puisque le noir est conseillé mais pas obligatoire.

      « prélèvement indirect encore plus injuste que la TVA »

      Ahemmm… S’il-y-a bien un impôt qui est juste et équitable, c’est justement la T.V.A.
      Elle est payée par TOUT le monde
      Elle ne peut, dans une immense majorité des cas, être évitée
      Elle est totalement proportionnelle à vos achats (le prolo la paye sur sa dacia, ainsi que celui qui achète une Maserati)
      C’est exactement l’équivalent d’une flat tax (en reprenant l’exemple ci-dessus, les 2 acheteurs de véhicules payent le même pourcentage, il-y-a donc équité dans la taxation)
      Pour éviter de léser le porte-monnaie des plus pauvres, un certain nombre de produits, pricipalement alimentaires, se voient appliquer une T.V.A. à taux réduit

      « sur le marché intérieur ça nous pénalise évidemment par rapport aux importations »

      Ouais, c’est certain, c’est vrai que les quotités de super-brut du chauffeur du camion de lavraison, du réceptionnaire et de l’employé des stocks grêvent monstrueusement le budget… Allez bosser un peu dans une entreprise réelle, ça vous ouvrira les yeux (ou pas, car il n’y-a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.)

      Voyons le bon côté des choses: il vaut mieux pouvoir lire de telles inepties que d’être aveugle, mais ça fait tellement mal aux yeux et au cerveau que je me passerais de commenter les 2 dernières lignes de votre prose.

      Un conseil, avant que de s’essayer sur des questions économiques, il vaut mieux avoir un minimum de connaissances sur le fonctionnement de l’économie (réelle, hein, l’économie (lisez Bastiat, Hayek), pas comme « expliquée » dans les manuels de l’éducation nationale-socialiste…)

      • Théophile dit

        Je n’ai pas trop compris ce que vous défendez globalement ni ce que vous critiquez exactement dans ce que j’écris. Quand je dis que le prix à l’export comprend les cotisations et ne comprend pas la TVA, c’est juste un constat. La TVA est conçue pour financer des services publics liés à la production comme par exemple la protection des usines ou des produits finis ; elle pourrait donc financer la retraite par répartition. Pour ce qui concerne la solidarité par contre (famille, santé…) elle a l’inconvénient de ne pas faire payer suffisamment les rentiers qui thésaurisent et elle est donc moins justifiée que la CSG.

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