Accueil » Post-Brexit: le suicide européen continue

Source: AFP

Post-Brexit: le suicide européen continue

Cet article a été lu 7064 fois

Trois jours après le fatal Brexit, la clique qui a mené l’Europe à cet état de délabrement semble plus que jamais décidée à achever son travail toxique. Le trio qui se réunit à Berlin devrait préparer les ingrédients de la potion létale ultime.

Mais pourquoi un sommet à Berlin?

On notera d’abord la folie qui consiste à accourir à Berlin pour sauver l’Europe. La capitale de la Prusse ne figure pas parmi les villes fondatrices de l’Union. Le fait que Renzi et Hollande y obéissent à la convocation d’Angela Merkel ne peut pas mieux illustrer le problème de l’Europe aujourd’hui, son vice systémique: le continent est conduit par une puissance qui n’appartenait pas au projet initial et qui ne prend aucun gant pour le redéfinir.

Par principe, on sait donc déjà, rien qu’à examiner la configuration de la réunion, que rien de bon ne peut en sortir. En particulier, la responsabilité de l’Allemagne dans le Brexit sera évacuée. C’est pourtant bien l’ouverture unilatérale des vannes migratoires qui explique pourquoi Cameron a dû proposer un referendum interne, et pourquoi ce referendum a consacré la rupture avec l’Angleterre.

Le fait que Merkel reste une puissance invitante montre bien l’incompréhension des dirigeants européens vis-à-vis de ce qui est en train de se produire…

Les idées saugrenues de François Hollande

De son côté, François Hollande arrive à Berlin avec quelques idées affolantes, mais jugées très intelligentes par ceux qui sont branchés en courant continu sur l’éloge sans nuance de l’Union Européenne. Il devrait plaider pour un surcroît d’intégration européenne pour ceux qui restent. Manifestement, depuis sa sortie de l’ENA, notre Président n’a pas fait évoluer son logiciel de compréhension de l’Europe. Comme beaucoup de décideurs politiques français, il est nourri à cette idée que l’Europe, c’est comme le crème fraîche: plus on en met dans les plats, meilleur c’est.

Pourtant, il suffit d’entrouvrir un oeil pour comprendre que ce n’est pas le moment. Non seulement les peuples n’aiment pas ça, mais économiquement, la mutualisation des dettes et des déficits dont rêve François Hollande pourrait se terminer par une très méchante déculottée économique.

Bref, François Hollande part à Berlin avec des solutions qui devraient achever le malade encore plus vite que prévu. Celui-là, on l’aura vraiment bien choisi!

Ce raidissement européen qui vient

Comme un malheur ne vient jamais seul, l’Europe manifeste déjà les signes d’une impatience qui a du tout d’un raidissement dangereux.

D’une part, et selon toute vraisemblance, les Européens demanderont au sommet de mardi et mercredi, présidé par Donald Tusk, un engagement de la procédure de sortie au titre de l’article 50. Les Européens devraient donc presser les Britanniques de sortir de l’Union, ce qui ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

D’autre part, la Prusse commence à se cabrer et poussera sans doute l’Europe, comme elle l’a fait depuis plus de cent ans, aux pires extrémités. Sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, vient par exemple d’apostropher la Russie en exigeant d’elle une information complète sur ses mouvements de troupe.

Nous n’en sommes qu’au début, et la température est déjà très élevée.

32 commentaires

  1. Jules Moch dit

    Moi, je prédis qu’il ne se passera pas grand-chose,.La GB est notre plus proche voisin, elle saura, comme elle l’a toujours fait, nouer des accords bilatéraux avec chaque pays européen animés par la discorde,et à son plus grand profit. GB , EURO 2016, un seul pays 3 équipes. Chambre de compensation de l’euro à Londres, recours juridique de la commission Européenne l’année dernière perdu contre la GB. Je ne parle pas de la politique « d’apeasement » des années 30 et sa logique, responsable de la défaite de 1940 ( accord naval de 1935 avec Hitler; manœuvre Breda une chevauchée de 250km de la 7eme armée pour protéger la GB et aussi le rembarquement de Dunkerque, du prestige pour la GB mais la raclée pour la France et Mers el kébir un manque de psychologie).

  2. Même si l’initiative du référendum est plus ancienne que l’affaire de cet été, l’accueil illimité des réfugiés a joué un rôle dans le vote pour le brexit.

    L’exigence de davantage d’Europe, portée par les socialistes français, est bien sur de mise. Quand on a besoin d’argent, tous les moyens sont bons. Hollande veut il menacer de frexit si on ne lui en donne pas ? Il le sous entend en tout cas. Nein.
    Pour ce qui concerne l’exigence d’aller vite pour la négociation avec la Grande Bretagne, il est évident qu’elle est une précipitation tout aussi nerveuse, un peu brouillonne. Cameron a au contraire indiqué qu’on allait réfléchir tranquillement aux modalités, et Merkel est d’accord, il faut calmer le jeu. Nein aussi.
    Bref, on comprend qu’on aille à Berlin: des gamins imbéciles et impécunieux ont besoin de se faire recarder.
    Cela est désolant, je vous l’accorde, mais ne pourra être corrigé que par la restauration de la puissance française. Celle ci commence par 3 mesures (65(ans),35heures (fin),ISF(fin)) et un programme explicite et vigoureux de réduction de la dépense publique.

      • ikomal dit

        on peut toujours rêver, de toute façon tant que l’ensemble « public » continuera à dépenser 1200 milliards d’euro, 18 000 euros par habitant (dont 1 500 sont empruntés !), on n’avancera guère : tout ce qui n’est plus taxé ici ou là, le sera forcément ailleurs. Et on aura toujours le même problème : tous les prix sont faux, il est devenu impossible d’acheter un bien ou un service sans payer en même temps, en proportion énorme, tout un tas d’autres choses « publiques », en général inutiles (c’est bien le but : parce que les choses utiles, on arrive toujours à les faire payer à ceux à qui elles servent sans avoir besoin de mobiliser la puissance)

      • On pourrait se contenter de l’amener au niveau standard allemand (15%) voire Britannique (22%). Le niveau moyen en Europe est 22%.
        Nous en sommes à 33%, champion d’Europe, mais heureusement le « pacte » hollandais nous le met à 28% en 2020…

        C’est bon de se rappeler ces chiffres là, au cas où on aurait envie de faire des propositions raisonnables pour la campagne de 2017.
        Simplement, cette perte de revenu devra être compensée…

  3. yoananda dit

    Berlin s’est déjà déclaré contre toute forme d’intégration plus poussée.
    Normal, vu l’échec des réformes, notamment en France, ils n’ont pas envie de payer !

  4. Pierre dit

    Comme prévu…. les eurocratres bruxellois -du moins ceux qui ont le vrai pouvoir- ont repris leurs esprits…

    Et une petite musique entêtante commence à se faire entendre, qui achève de ridiculiser Hollande et sa clique d’enfants hystériques « sortez immédiatement ».

    -Merkel : prenons le temps
    -Boris : on va prendre notre temps
    -les bourses mondiales : pouf comme par magie… l’Asie est verte. Et l’Europe baisse à peine. La crise est DEJA terminée
    -la presse : multiples articles (Figaro par exemple) : « les anglais regrettent », « et si ils ne sortaient pas », « même les leaders du out sont sidérés » etc.

    …. Les Anglo-Saxons semblent avoir trouvé une stratégie : le temps comme dissolvant. Ou en bon français : « cause toujours, vote toujours, tu m’intéresses »

    Un grand classique mais qui pourrait bien fonctionner.

    Quant à Hollande et la troupe de cinglés francophones et hystériques (Schultz, Junker)… ils vont une fois de plus être mangés tout cru par mamy Merkel.

    • Durand dit

      « Les Anglo-Saxons semblent avoir trouvé une stratégie : le temps comme dissolvant » (Pierre)

      Comme dissolvant de l’UE, vouliez-vous dire ? Pour l’instant, c’est plutôt le Brexit qui se fait dissoudre… et par les Anglais eux-même, effectivement.

  5. Durand dit

    « François Hollande arrive à Berlin avec quelques idées affolantes, mais jugées très intelligentes par ceux qui sont branchés en courant continu sur l’éloge sans nuance de l’Union Européenne »

    Affirmation fausse. François Hollande est anti-UE, c’est l’évidence même et ce n’est pas nouveau. Qui peut soutenir François Hollande et l’UE ? D’ailleurs, vous connaissez beaucoup d’Européens qui auraient pu voter pour lui ? A part les Français, pas grand monde…

  6. Durand dit

    Les choses évoluent vite et à lire la presse de ce matin, le Brexit est déjà pratiquement mort et enterré. Cela devrait horrifier tous les pro-Brexit (comme moi) mais bizarrement ça n’a pas l’air d’être le cas… Et Pierre, le spécialiste anti-UE, refuse de m’expliquer pourquoi.

    Une telle occasion ne se représentera plus, je le crains. Les choses auraient pu être différentes si la France n’était pas si hors-jeu aujourd’hui. Les Français portent une écrasante responsabilité dans leur malheur en ayant élu Hollande en 2012.

    • pil dit

      Hollande veut se faire réélire à tout prix, il pourrait tenter d’entamer des dures négociations avec l’Allemagne pour modifier la politique éco de la zone Euro, ca lui permettrait de récupérer des voix de la gauche du PS et de la gauche de la gauche, voire même d’une partie de la droite et du FN. Je doute qu’il ait le culot de tenter une telle manœuvre, mais, sous son air placide, il a montré qu’il a du culot.

      • Deres dit

        Hollande veut en ^profiter pour négocier la fin de l’austérité, autrement le non respect des 3% de déficit. C’est amusant puisqu’en réalité c’est déjà à son programme … Mais il veut juste profiter de l’occasion pour anticiper le clash à ce sujet avec le reste de l’Europe, faire semblant d’être un leader éclairé et faire semblant de respecter sa promesse de rénégocier les traités européens.

  7. Lorelei dit

    Les invitations se font au siège du gouvernement, soit à Berlin, la capitale actuelle de l’Allemagne.
    Vous auriez souhaité que Mme Merkel invite les autres chefs d’Etat à Francfort? Cela changerait-il la donne?
    Bien sûr, le fait que Mme Merkel soit anciennement Est-Allemande doit influencer sa façon d’envisager les choses (cf. les immigrés), mais cela veut-il dire qu’elle n’envisage l’Allemagne qu’hégémonique?

      • Lorelei dit

        En effet, mais ce n’est visiblement pas l’Union Européenne qui invite. Et malheureusement, je crains que l’Italie ne soit que l’ombre d’elle-même. Je ne m’attarde pas sur la situation de la France. Vous en tirez donc la conclusion que c’est Berlin qui mène la danse. Dans cette affaire comme dans d’autres, c’est celui qui a les finances qui tire les ficelles.
        Ca faisait longtemps que je n’entendais plus parler de l’Allemagne sous sa réduction à la Prusse. Et c’est ce qui m’a surprise dans vos propos.
        Les Européens ne me déçoivent pas, mais son entité représentative est navrante.

      • karl Schiller dit

        N oublions pas que l UE ou EU est une union pour l économie (libre échange et circulation des marchandises) sauf que le vieux continent a du mal avec l union et c est historique voire même biologique et ethnique (il suffit de compter le nombre de langues parlées dans un espace géographique comparé au reste du monde…ça va finir par un éclatement voire un débarquement US.

  8. pil dit

    « Post-Brexit ? »

    Vous allez vite en besogne, le Brexit n’est pas réalisé avent des années et B Johnson pourrait obtenir des concessions de l’UE en échange de ne pas aller jusqu’au Brexit effectif. Il aura obtenu le beurre et l’argent du beurre tout en éjectant Cameron, well done !

    Autant l’UE peut s’assoir sur les demandes de la Grèce, autant c’est plus compliqué avec celles de la GB qui pèse sur le plan eco, financier, diplomatique et militaire.

  9. Citoyen dit

    Effectivement, « C’est pourtant bien l’ouverture unilatérale des vannes migratoires qui explique pourquoi… », mais pas seulement.
    Quand dans le même temps, la mère Merkel se permettait de tracter « en douce » avec Erdogan, sans prendre avis auprès de ses partenaires Européen, on voit bien que cette Union Européenne a pris une tournure qui n’est plus acceptable pour beaucoup de monde.
    Que les Anglais soient les premiers à le signifier par le Brexit n’est pas très étonnant, ce sont les moins inféodés.
    Que le clown de Corrèze aille faire la danse du ventre à Berlin, n’a rien d’étonnant non plus…. Il quémande pour se faire remplir sa gamelle.
    Et si pour y parvenir, il doit jouer au paillasson, il s’en fera une joie.

  10. pierre dit

    Le suicide des politiciens est lui, totalement avéré.

    Exemple : Juppé.

    Ce repris de justice, vieillard roquet, nous crache à la gueule. Au moins les choses sont claires :

    « Il y a des moments historiques où les hommes d’Etat ne sont pas faits pour suivre l’opinion. Ils sont là pour la guider : voilà ce que nous pensons et ce que nous proposons à nos peuples et à ce moment-là, il est possible d’organiser un référendum. Pas avant. » (Le Monde).

    En disant cela, il se suicide politiquement. C’est parfait. Un de moins.

    Au suivant !

    C’est magique : plus ils se débattent, plus ils révèlent leur veulerie et leur arrogance, plus la corde autour de leur cou se resserre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *