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L’INSEE chiffre le mensonge de la décentralisation

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L’étude (très attendue) de l’INSEE sur les PIB régionaux et leur évolution depuis 1990 a très largement été lue à partir de la question: quelles sont les régions qui ont le plus souffert durant le quart de siècle qui vient de s’écouler (le Nord et la Lorraine), et quelles sont les régions qui ont le plus profité de la situation (la Corse, les DOM-TOM et le Sud-Ouest). Cette lecture est tentante, mais elle passe à côté de la question fondamentale: la décentralisation dont les bases furent achevées en 1986 a-t-elle atteint ses objectifs?

L’INSEE et le naufrage de la décentralisation

En relisant l’étude (encore une fois sans accès aux chiffres bruts, c’est agaçant cette résistance permanente de l’INSEE à l’ouverture des données), les réponses à la question paraissent redoutables.

Je propose ici le classement des régions par PIB en 1990:

 

Source: Eric Verhaeghe, d'après l'INSEE
Source: Eric Verhaeghe, d’après l’INSEE

Comme on le voit, l’Ile-de-France produit en 1990 un PIB équivalent au double de ceux de la Bretagne, des Hauts-de-France ou de la Corse. Il est supérieur de plus de 50% à ceux des régions lyonnaises ou Côte d’Azur.

Ajoutons qu’en 1990, le PIB régional moyen en France est de 18.181 euros… aucune région autre que l’Ile-de-France ne le dépasse.

Avec la décentralisation, Paris a creusé l’écart avec les régions

La même analyse donne les résultats suivants en 2013:

 

Source: Eric Verhaeghe d'après l'INSEE
Source: Eric Verhaeghe d’après l’INSEE

Premier constat: l’ordre de tête dans le classement est exactement le même! En bas de classement, la Corse a échappé, grâce à la décentralisation, au statut de dernier PIB régional de France (qui revient désormais à la Guyane), et la Bretagne n’est plus avant-dernière. Le Nord-Picardie reste lanterne rouge des régions métropolitaines.

Surtout, un seul terrible constat est à dresser. Si Lyon et Marseille ont très faiblement réduit leur écart par rapport à Paris, toutes les autres régions ont entamé un mouvement de décrochage. Alors qu’en 1990 la moyenne des PIB régionaux représentait 65% du PIB parisien, elle est passée à 32.000 euros en 2013, soit à peine 60% du PIB parisien.

Autrement dit, la décentralisation, loin de rééquilibrer le développement français, a permis à Paris d’améliorer son différentiel par rapport au reste de la France, Marseille et Lyon exceptés. La décentralisation, avec son cortège de créations interminables de postes de fonctionnaires territoriaux et de mille-feuilles administratifs, a appauvri les régions françaises au lieu de les enrichir.

11 commentaires

  1. Pierre dit

    Faites attention au PIB, en particulier pour des comparaisons sur des temps longs…

    Car le PIB est quelque chose d’hyper synthétique… Il est constitué d’agrégats, de trucs, de machins (en fait, osons le dire, de l’âge du capitaine) le tout trituré par le « déflateur » et autres joyeusetés statistiques…

    Ainsi sur 25 ans il y a un facteur qui a certainement contribué à fortement augmenter le « PIB » de l’IDF par rapport aux autres régions.

    L’immobilier.

    Vraie ou fausse « richesse » ?

    Enfin… faire confiance à des fonctionnaires pour quantifier l’économie… c’est comme servir à boire à des alcooliques.

    Le PIB est politique. Comme le taux d’inflation. Comme beaucoup d’autres « indicateurs ». CQFD.

    Voilà pourquoi, pour en revenir à cette série, ma conclusion serait différente de la vôtre : la décentralisation, donc la création de centaines de milliers de postes de fonctionnaires, a « enrichi » les régions… mais pas suffisamment pour combler le retard par rapport à l’IDF, qui a bénéficié -elle- à plein de la « bullshit économie ».

    Enfin : si vous voulez vraiment vous en tenir au PIB, surtout pour des analyses géographiques alors il faut bien entendu observer le PIB… par habitant.

    • ikomal dit

      Le PIB mesure la production, pas la richesse, et l’impact de la hausse des prix en IdF sur le PIB est contradictoire : d’un coté, le prix plus élevé valorise plus chaque bien « produit », et donc gonfle le IB. De l’autre, ce prix traduit une tension sur les volumes , un manque de production. et donc un PIB plus bas qu’il aurait été possible. Difficile de savoir quel effet l’emporte, mais l’un compensant l’autre, le résultat doit être pas loin de zéro.

  2. yoananda dit

    Il faudrait aussi regarder le PIB par personne et le PIB à parité de pouvoir d’achat.
    Oui, même en France, le pouvoir d’achat n’est pas le même partout, étant donné le prix de l’immobilier (bien plus élevé en Ile De France).

    De toute manière, centralisation ou pas, il y a des choses qui échappent à l’action politique tout simplement. Paris sera toujours en avance sur le reste de la France au niveau PIB et continuera de creuser l’écart, c’est une question de géographie, pas d’administration.

  3. Pierre dit

    Permettez-moi de boucler sur ma propre chute : l’Agité Catalan qui se permet d’affirmer que le système de retraites français connaît un « très net rétablissement ».

    Si, si, c’est écrit dans Le Figaro.

    Même que : la situation financière laisse envisager avec « sérénité » la suite des événements.

    Il parait que quelques glandus ont fait un rapport qui le prouve.

    C’est énorme, non ?

    Dans la même veine (de bois) : Sapin ce matin qui fait un lien entre les pseudo « 50 myards d’économies » annoncés en 2014 par son ami François… et bien entendu les attentats.

    Les seconds permettant de s’affranchir des premières.

    Bref, tout est politique.

    Dès lors, le PIB, et tous les autres « indicateurs » de l’INSEE n’ont plus aucun (bon) sens.

    Du moins n’ont plus qu’un lointain rapport avec le Réel.

    • Citoyen dit

      On peut même ajouter que le PIB, comme beaucoup d’autres indicateurs, est complétement bidon.
      Quand on prend conscience des éléments qui permettent de l’établir, on se demande bien ce qu’il est censé représenter …
      En ajoutant des choux, avec des carottes, et du bouillon, on fait une gigantesque soupe !
      Si en plus, on s’en sert pour établir la croissance, en ajoutant une pincée de poudre de perlimpinpin, ça devient de la cuisine politicarde.
      Il peut tout au plus permettre de faire des comparaisons relatives, comme dans les tableaux présentés ici, et encore, à condition de pondérer les résultats de tout un tas de corrections pour rendre les éléments comparables.
      De là, à en tirer des indications …. dans certains cas, il vaut mieux consulter les oracles … ce que faisait le Mythe Errant.

  4. Renou dit

    Précisez PIB régional moyen PAR HABITANTS… parce que vous écrivez je cite « Ajoutons qu’en 1990, le PIB régional moyen en France est de 18.181 euros… » Ce n’est pas beaucoup plus que les revenus annuels bruts d’un smicard!
    Et il n’est précisé à aucun moment qu’il s’agit du PIB par habitant dans votre article, pas même dans le tableau, il faut aller voir l’étude de l’INSEE (la source donc) pour avoir l’info avec certitude. Si les personnes qui fréquentent votre blog sont avertis et ne relèvent pas l’incohérence, ce n’est pas le cas des personnes qui vont lire l’article via Atlantico…

    Merci.

  5. Emmanuel Florac dit

    La « Métropolisation » est un phénomène qui n’est pas proprement Français. Faut-il rappeler que les non-Londoniens ont massivement voté pour le Brexit? Mettre tout cela sur le compte de nos incapables de politiciens est leur prêter un dos bien large.

  6. Citoyen dit

    «  »La décentralisation, avec son cortège de créations interminables de postes de fonctionnaires territoriaux et de mille-feuilles administratifs, a appauvri les régions françaises au lieu de les enrichir. «  »….
    On pourrait peut être en déduire, en s’avançant un peu, que « la créations interminables de postes de fonctionnaires territoriaux », non seulement n’a pas réussi à compenser la désindustrialisation de ces territoires, mais pourrait l’avoir précipitée !
    Allez savoir ….

  7. Je ne sais pas d’où vous tirez vos chiffres.
    Les PIB de la Corse que vous citez sont en 90 et 2013 égaux à ceux de la Bretagne, alors que tout le monde sait qu’il y a un facteur dix,
    en faveur de la Bretagne, bien entendu. C’était un test d’attention pour vos lecteurs ?

  8. Bon ok, ce sont des PIB par habitant… Avec un facteur 2 entre Ile de France et autres régions, comme de juste. Pardon.

    Par contre, vos phrases sont fausses: le PIB de l’Ile de France est entre 3 et 6 fois celui d’une autre région et non pas la moitié (65%) comme vous le dites. Bref choucroute, désolé, ça arrive à tout le monde.

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