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Terrorisme: quand la gauche la joue Totem et tabou

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Article écrit pour Atlantico.

Ces derniers jours, la gauche multiplie les appels au silence dans les rangs. Le plus caractéristique d’entre eux fut celui de Jean-Marie Le Guen, qui considérait que les critiques incessantes sur le fonctionnement des services de l’Etat étaient une mise en danger de la démocratie. On aurait bien tort de limiter cette stigmatisation de la prise de parole à un simple accès d’autoritarisme. Elle révèle un malaise plus profond, l’expression d’un besoin de tabou caractéristique des univers en crise.

Il faut protéger le papa Etat

La gauche en dit long sur ce que l’Etat représente à ses yeux lorsqu’elle demande de ne pas le critiquer ou, pire, lorsqu’elle accuse ses détracteurs d’être des ennemis de la démocratie. On comprend bien l’argument qui est donné en creux: remettre l’Etat en cause, c’est saper le fondement de l’ordre, du sens, c’est défier la loi.

Il est très symptomatique de voir que la gauche a atteint ce stade antérieur à la pensée démocratique où la loi et l’Etat se confondent, comme si la norme en démocratie se résumait à l’expression de puissance comprise dans toute forme de bureaucratie.

Inconsciemment, bien sûr, c’est l’Etat comme figure du père qui se dessine dans ces propos. L’appel de Jean-Marie Le Guen au silence dans les rangs ne dit pas autre chose: arrêtez de critiquer le papa Etat! sinon, c’est le principe même de l’autorité qui va disparaître.

La gauche en pleine terreur primitive

Cette évolution de la sémantique politique n’a rien de très rassurant. Elle dévoile un pouvoir aux abois, déstabilisé dans son fondement, et en pleine perte de repère. Ce n’est plus un débat démocratique qui a lieu, avec une délibération rationnelle sur la performance des services de l’Etat ou sur la rationalité des choix opérés en matière de sécurité.

Peu à peu, nous avons glissé vers un débat d’une autre nature, où le pouvoir (auquel on aurait pu confier un grand « P ») exprime sa peur de perdre le contrôle de la situation. Il demande au village de se rassembler autour du Totem républicain et de redire sa foi dans les tabous traditionnels.

Non! il ne faut pas blasphémer! oui! il faut respecter silencieusement les grandes règles qui font les soubassements de la société. Ces grandes règles, on les connaît: ne pas défier l’autorité du papa Etat, accepter les lois traditionnelles, reconnaître l’autorité des chefs désignés selon la coutume.

Certains s’amuseront de voir que ce rappel au tabou primitif survient au moment où une femme remet en cause la parole d’un ministre. Comme si cet acte-là agissait symboliquement et inconsciemment comme une remise en cause de l’ordre ancestral tout entier.

Le besoin d’un ordre autoritaire?

En réponse à cette grande angoisse primitive exprimée par ceux qui sont chargés de l’autorité sur la communauté, faut-il craindre une fête expiatoire où seront désignés les boucs-émissaires du désordre intérieur? C’est un vieux réflexe primitif, en effet, de canaliser les peurs collectives sur une victime désignée pour exorciser tout ce dont on ne veut pas.

Incontestablement, la société française se trouve bien à cette croisée des chemins où, pour conjurer la peur d’une dislocation, la désignation d’un ennemi à l’origine de tous nos maux est tentante. Le problème est que personne pour l’instant ne s’est mis d’accord sur le nom du coupable. Mais il est incontestable que la société française a commencé à le chercher, et on peut craindre qu’elle ne finisse par en désigner un d’office.

Pour le vaincre, la gauche, on le sent bien, appelle de ses voeux un épisode autoritaire où le gouvernement ne serait plus embarrassé par cette masse de contestataires.

C’est dans ces moments-là qu’il faut rester le plus vigilant sur la question des libertés.

La gauche et la dictature

Plus que jamais, la gauche flirte avec des discours liberticides, où la bien-pensance tient lieu de censure. L’année des présidentielles ne devrait pas calmer le jeu. On voit bien le discours qui se prépare: Hollande ou le chaos.

Décidément, de la société primitive à la démocratie, il y a bien des changements de forme ou de sophistication institutionnelle. Mais les règles du débat public restent les mêmes.

18 commentaires

  1. pierre dit

    La question est de savoir : cause ou effet ?

    Le malaise, il est là.

    Vous dites très justement : Hollande va jouer du « Moi ou le chaos ».

    Il est désormais certain que « ISIS » (les guillemets sont nécessaires) va commanditer/exécuter une série d’attentats en France, avant les présidentielles.

    C’est la seule carte restante à Hollande.

    Donc, la pseudo « gauche » réagit ou…. provoque ?

    Il faut reconnaître que, rationnellement, la pseudo « gauche » s’accommode fort bien des politique liberticides.

    Et que la violence… sert objectivement le pouvoir (que ce dernier soit de pseudo « gauche » ou de pseudo « droite »).

    Donc victime ou coupable ? Effet ou cause ?

    Pour résumer : il faut jeter à la poubelle les vieux automatismes mentaux (gauche = gentil = donc incapable de faire le mal et de mener des politiques liberticides).

    Et se demander froidement : jusqu’où Hollande et ses complices sont-ils prêts à aller pour conserver le pouvoir ?

  2. Arnaud Duval auteur et conférencier dit

    « Quand l’Etat est fort, il nous écrase. Quand il est faible, nous périssons ».
    Paul Valéry Regards sur le monde actuel
    Le problème avec l’Etat PS, c’est que plus il s’affaiblit et plus il cherche à nous écraser.
    Arnaud Duval auteur de TESTEZ VOTRE LOGIQUE aux Editions EYROLLES

  3. Joseph Favreau juriste Officier des Palmes académiques dit

    « Je hais si fort le despotisme que je ne puis souffrir le mot ordonnance du médecin »
    Nicolas de Chamfort Pensées, Maximes er Anecdotes
    Mais que penser des ordonnances du sinistre docteur Diafoirus HOLLANDE ?

  4. Didier Bous dit

    Confondre l’Etat et la loi, n’est-ce pas plutôt du totalitarisme que du primitif? L’Etat n’existe pas chez les tribus. Pour les racistes, le bouc-émissaire est le Français ou l’étranger de couleur, pour les islamophobes, ce sont les Musulmans. Pour la gauche, l’ennemi est le Français blanc peu diplômé et le patriote, ceci fait un gros morceau et on sortirait de la démocratie.
    Si les attentats continuent en Allemagne, notre voisine pourrait prendre des décisions conforment à ce qu’elle est, soit le rejet des gens considérés comme différents. La gauche française, soumise à l’Allemagne, suivrait et rejetterait les immigrés et les Français de couleur. Là, on aurait un bouc-émissaire pour la majorité.
    Le « Moi ou le chaos » d’une campagne électorale de Hollande n’aurait aucun sens, cela ne prendra pas parce que Hollande apparaît comme incapable d’assurer la paix civile, le chaos, c’est lui. Le PS instaurera une dictature durant la présidentielle seulement si Marine Le Pen l’emporte, ce qui est peu probable.

  5. Patrice de La Laurencie dit

    Aux heures les plus sombres de la IVème République, François Mauriac avait vilipendé « la dictature à tête de bœuf ».
    Nous subissons maintenant la dictature à tête de porc … et un porc qui se vautre devant les islamistes !
    Pauvre France !

  6. Jean Le Bon dit

    « Un dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables. » Gustave Le Bon Hier et Demain
    Avec le camarade Pépère « Moi Président », la (triste) réalité dépasse la fiction !

  7. déception positive dit

    « …nous avons glissé vers un débat d’une autre nature, où le pouvoir …. exprime sa peur de perdre le contrôle de la situation ».
    Cette phrase est déjà datée: aujourd’hui notre actualité de ce jour 26 juillet la question ne se pose plus. Hollande se précipitant ventre à terre après un niéme attentat (avec probablement un terroriste fiché S) pour faire semblant d’assurer personnifie la perte totale de contrôle de la situation par le pouvoir. Ce matin dans les campagnes les gens commençaient déjà à évoquer comment ils allaient maintenant s’organiser eux mêmes

  8. Olivier dit

    Qu’est ce que l’etat droit ?

    La Direction de l’information légale et administrative , qui agit sous la responsabilite du premier ministre, nous le precise :

    « L’État de droit peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit … »

    Le reste ici http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/institutions/approfondissements/qu-est-ce-que-etat-
    droit.html

    On constate que les pitretries et autres eructations mediatico-politiques ne sont que de l’enfumage et du clouage de bec avant – ou pire, a la place – d’aborder les vrais problemes :

    Comment soumettre la puissance publique ou droit, et
    comment doper la puissance regalienne afin que le droit s’applique …

    Beaucoup de travail encore …

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