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Jihad: Keffiyeh (Chapitre 12)

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Cette fois, je ne suis pas convoqué à la Piscine, mais dans les locaux du Renseignement Intérieur. Mon dossier est passé des mains du contre-espionnage à celles de la lutte anti-terroriste. Ce n’est pas bon signe. L’officier qui m’a téléphoné le vendredi vers dix-sept heures trente pour me demander de me présenter à un interrogatoire le lundi à neuf heures a eu la bonté de me demander de prendre mes dispositions: la séance risque d’être longue, mais je suis assuré de sortir libre.

– Puis-je être accompagné de mon avocat? démandé-je.

L’inspecteur s’attendait manifestement à cette question.

– Pas du tout. Aucune information judiciaire n’est ouverte contre vous, ni contre personne d’ailleurs. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une procédure pénale. Nous voulons juste vous poser un certain nombre de questions pour mieux comprendre les filières qui agissent. Rien de plus.

Je suis en zone grise et j’imagine que si je chipote, l’état d’urgence permettra que je sois interrogé sans autre forme de procès. Toute protestation serait vaine et d’ailleurs, à ce moment-là, je n’ai pas encore compris que le pire reste à venir.

Pour ménager Freya, je ne lui ai parlé de rien. J’ai vu qu’en écoutant la conversation elle s’est posée des questions. Mais je l’ai rassurée en lui expliquant que je devais me rendre au service des resources humaines de la banque pour régler des paperasses et que cela n’avait rien d’inquiétant. Je ne suis pas sûr qu’elle m’ait cru, mais elle a assez à faire à se métamorphoser en maman pour ne pas, en plus, se charger de mes inquiétudes et de mes problèmes compliqués.

Des amis que je m’étais faits à la banque m’avaient expliqué comment se passait une garde à vue. Les policiers, parait-il, demandent toujours au suspect d’enlever sa ceinture et ses lacets de chaussure. La demande se justifie par des soucis de sécurité, par la fameuse procédure que tout le monde et que personne ne lit, mais ce dénuement est surtout une première étape dans la déshumanisation de l’impétrant, dans son infériorisation, dans le travail de sape mentale destiné à briser en lui toute résistance. L’air de rien, je consumai donc mon week-end dans la préparation psychologique de ces moments difficiles, très soucieux de n’en rien trahir devant Freya pour qui je voulais rester un chevalier sans peur et sans reproche. Et ce lundi matin, je m’habille sans ceinture, je chausse des mocassins de cuir (mes plus beaux Weston), pour donner le moins de prise possible à la déstabilisation qui se prépare.

Comme je m’y attendais, je suis reçu avec plus d’une heure de retard. Un policier, à l’accueil, m’a mené jusqu’à un couloir impersonnel après m’avoir enlevé mon téléphone portable et mes clés. Il m’a indiqué le siège où je devais m’asseoir, et s’est éclipsé en m’ordonnant de ne pas bouger dans l’attente de l’interrogatoire. L’état où je suis n’est pas encore la privation de liberté, mais il n’est déjà plus le monde du dehors. J’imagine que je suis observé. J’affecte le flegme, mais je suis mal à l’aise et je me répète à l’envi que je ne dois pas céder à la peur.

Finalement, une porte s’ouvre et une assistante, une quadragénaire blonde assez jolie, vient vers moi d’un pas assuré. D’une voix suave, elle me demande la suivre. De dos, elle a une allure fringante, assez sexy, pour ainsi dire une caricature de secrétaire dans une série B hollywoodienne. L’atmosphère est ouatée, silencieuse. Je suis impressionné.

Dans la salle en contre-jour donnant sur le parking intérieur, je distingue en demi-teinte trois torses et trois visages qui m’attendent derrière une grande table de réunion. J’ai hâte de les dévisager avant même de m’être assis. Celui du milieu, assis juste en face de moi, parait être le chef. Il semble de haute stature, avec l’air maniéré des beaux quartiers. Il se tourne vers un homme beaucoup plus jeune, assis à sa gauche, au corps musclé, genre play-boy de chez Castel, avec une petite houppette sur la tête, qui me dévisage fixement. À droite, un quinquagénaire au poil bien brun plonge la tête dans un dossier. Quand il relève le visage, je scrute sa barbe de trois jours et ses yeux noirs, son air implacable, tranquillement déterminé, sûr de lui, sous une espèce de tonsure qui, je ne sais pourquoi, me laisse à penser qu’il porte ordinairement une kippa. C’est absurde, mais si je devais lui imaginer un employeur, je le situerais plus près du Mossad que de notre chétif renseignement intérieur dont les défaillances sont notoires.

Le chef me maintient dans le silence pendant quelques instants. Il imagine m’impressionner et n’y parvient en réalité que partiellement, tant ses ficelles sont visibles, sans surprise, éculées. Puis il me regarde et entame d’une voix magistrale son petit exposé que je pense habituel:

– Merci, Monsieur Muller, d’avoir honoré cette convocation qui est tout à fait informelle, je tiens à vous le préciser. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une enquête judiciaire, d’une enquête préliminaire, d’aucune chose de ce genre. Simplement, nous avons perquisitionné le domicile de votre fils, nous avons interrogé sa mère, nous avons un peu regardé les dossiers, et nous avions quelques questions complémentaires à vous poser.

Il marque un temps d’arrêt et me fixe. Il aimerait que je parle, mais je me tais. Il reprend.

– Notre objectif est de mieux comprendre comment de jeunes Français peuvent se convertir à l’Islam, puis se radicaliser jusqu’à partir en Syrie pour combattre leur pays. Votre témoignage nous paraît tout à fait essentiel pour mieux comprendre les mécanismes de radicalisation.

Je ne crois pas un mot de ce laïus, et je reste sur mes gardes. Il se tait encore, en attendant que je rebondisse. Je reste silencieux. Il soulève les mains de dépit. Le play-boy à ses côtés décide d’enchaîner, et d’une voix un peu trop forte, un peu trop autoritaire et consciencieuse pour ne pas être guidée par un malaise, il m’assène un premier uppercut du gauche:

– En regardant dans votre dossier, nous nous sommes aperçus que vous aviez fait une thèse sur l’histoire du sionisme. Vous aviez caché ce point lors de votre premier rendez-vous avec nos services. Pourquoi?

Je sens qu’instinctivement je lève les sourcils, à la fois pour marquer mon étonnement et mon incrédulité.

– Mais je n’ai rien caché. Ces informations sont tout à fait publiques, d’abord, et ensuite elles ne m’ont pas été demandées lors de cet entretien.

À mon ton de voix, je sens que je suis ému et sur la défensive. Les minutes qui vont suivre (et qui seront en fait des heures) vont être longues, très longues.

– Répondez à la question. Pourquoi avez-vous fait une thèse sur le sionisme? pourquoi vous intéressez-vous à cette question? me coupe durement celui que je crois être du Mossad.

Il me jette un regard dur, froid. Il doit être habitué aux interrogatoires difficiles.

– Je n’en sais rien moi. Je trouvais cette question intéressante, peu traitée en France. Il me semblait qu’elle méritait d’être étudiée scientifiquement.

L’espion israélien ne s’en laissait pas compter.

– Scientifiquement? vous aviez un directeur de thèse ouvertement pro-palestinien. Votre thèse elle-même est une dénonciation du sionisme. Et vous essayez de nous faire croire que c’était scientifique. Pourquoi détestez-vous les Juifs?

La pression est forte, agressive. Je vais passer un mauvais quart d’heure.

– Rien de tout cela, cher Monsieur, rétorqué-je avec un aplomb qui me surprend. Rien de tout cela. J’ai cherché un directeur de thèse consensuel et je n’en ai trouvé aucun intéressé par le sujet. J’ai donc pris celui que j’ai trouvé. J’avais une autre proposition, mais elle supposait que je rejoigne l’Institut d’Études Anatoliennes, à Istanboul, et avec mon fils, c’était rigoureusement impossible. Alors j’ai arbitré et je suis resté à Paris avec le directeur de thèse que j’avais sous la main. Qui plus est, cher Monsieur, vous soutenez injustement que ma thèse est anti-sémite ou anti-isréalienne. Elle s’est contentée de replacer le sionisme dans son contexte historique. Elle n’avait rien de partisan. Tant pis pour vous si l’histoire ne donne pas raison à Israël.

Je les sens interloqués par la vivacité de ma réponse. Le combat s’engage.

– Le contexte historique? Niez-vous que votre directeur de thèse fréquentait les lambertistes, comme vous? Niez-vous que vous avez contesté la légitimité de l’Etat d’Israël?

Décidément, les techniques d’interrogatoire du Mossad sont plus directes que les nôtres. Les deux autres sont embarrassés par ce ton, et je vois que je puis en tirer parti.

– Dites donc, heureusement qu’aucune enquête n’est ouverte et que vous n’avez rien à me reprocher. Je me demande comment se passerait cet interrogatoire sinon. Maintenant, si vous me reprochez d’avoir fréquenté les lambertistes, c’est votre droit, mais je ne vois pas le rapport avec le Jihad. Pour le reste, à propos d’Israël, je ne peux que répéter ce que j’avais écrit à l’époque: l’Occident a toujours eu peur de sa propre disparition et a toujours eu l’angoisse d’être remplacé, d’être supplanté par une autre civilisation. C’est le propre de ce peuple indo-européen perdu sur un promontoire de terre au bout de l’Asie. Il a essaimé en Inde par peur de disparaître. Et il a toujours eu peur d’être exterminé. C’est cette peur qui lui a permis d’instaurer sa suprématie: l’exigence du dépassement. Et quand l’Occident est devenu chrétien, l’arrivée de l’Islam a réveillé en lui sa grande peur millénaire. En 1945, la Shoah a servi de prétexte pour justifier une croisade occidentale d’un nouveau genre, qui n’est que la continuation des croisades antérieures. Le sionisme, c’est l’une des expressions modernes de cette grande peur d’être remplacé, et c’est la manifestation d’une volonté de triomphe sur cette peur.

Ils me regardent silencieusement. Leurs questions m’étonnent. Depuis des années, je n’avais pas pensé à cette période de ma vie, qui me paraissait plutôt morne et sans intérêt.

Après la naissance de Siegfried, Claire était très occupée par ses cours, et surtout très angoissée par l’Ecole Normale Supérieure dont elle avait réussi le concours. Elle avait donc assez peu de temps à consacrer à son fils. Qui plus est, elle ne me l’avouait pas, mais je le sentais quotidiennement, avoir un enfant ne la valorisait pas. Elle aimait son fils, mais la maternité à un âge aussi jeune (et même la maternité en général) avait suffi à ses petits camarades pour la cataloguer dans la petite case où se rassemblaient les réactionnaires, les catholiques ultra, les femmes soumises, les ringardes, les vulgaires, les petits bourgeois mal dans leur peau et mal émancipés, bref, tous les gens infréquentables. Ce grand fourre-tout ressemblait comme deux gouttes d’eau à une prison révolutionnaire sous la Terreur. On y croisait une faune bigarrée de gens sans affinité entre eux autre que le soupçon qu’ils inspiraient d’être contre-révolutionnaires. Et ils pouvaient s’estimer heureux de ne pas être guillotinés en place de grève sans aucune forme de procès.

Peu à peu, Claire s’était éloignée de son petit bout de chou, qui m’absorbait une part importante de mon temps, jusqu’à rendre impossible toute activité alternative supposant plus de trois ou quatre heures par jour. Je ne m’en plaignais guère, au demeurant. Siegfried me réconciliait avec la vie, me rendait heureux, et j’observais avec engouement les progrès quotidiens qui l’amenaient vers l’âge adulte. Mais imaginer finir dans de bonnes conditions une thèse d’histoire relevait déjà de l’exploit. Quant au principe d’un départ pour Istanbul, sans lui et sans Claire retenue à Paris par l’agrégation de lettres, le projet paraissait tout simplement irréalisable.

Pour me dépanner, en quelque sorte, Jean-François Charmont, professeur de philosophie à Nanterre et sympathisant très impliqué du mouvement lambertiste m’avait gentiment proposé d’être mon directeur de thèse. Je ne partageais pas son dogmatisme politique, mais j’appréciais sa clairvoyance, son intelligence, et sa droiture lorsqu’il s’agissait d’aider un étudiant qui le méritait. Il m’offrit de transformer ma thèse d’histoire, qui était bâtarde de toute façon, en thèse d’histoire de la philosophie centrée sur la pensée sioniste.

Cette solution peu orthodoxe me permit, durant près de trois ans, de concilier l’éducation de Siegfried et la préparation au demeurant totalement vaine de ma carrière professionnelle. Pouvais-je avouer, vingt ans plus tard, que la poursuite d’une thèse fut pour moi l’immense prétexte, l’escroquerie caractérisée qui me permettait de percevoir une bourse assez confortable sans trop travailler et en consacrant une vie heureuse à mon fils? Je ne pouvais probablement pas le dire aussi crument, comme je ne pouvais non plus expliquer que cet arrangement avec le siècle, s’il m’a donné des années très heureuses passées à pouponner, à conduire Siegfried dans les parcs, les musées, les expositions, les jardins les plus variés, marqua aussi le début précoce de la fin dans ma relation amoureuse avec Claire.

Avec le temps, je m’étais transformé en parfait homme d’intérieur. Elle sortait de plus en plus. Quand Siegfried se réveillait la nuit, il m’appelait au secours, n’appelait jamais sa mère, totalement accaparée par ses multiples activités universitaires.

À ce moment, le play-boy assis à côté du chef se baisse et ramasse une boîte hermétiquement fermée. Il la pose devant lui et l’ouvre. Il semble un instant la fouiller activement. Il en extrait une poche en plastic transparent contenant un morceau de tissu qu’il me brandit, en disant:

– Vous le reconnaissez?

Je reste coi.

– C’est le keffiyeh que vous avez offert à votre fils. Vous le reconnaissez? Vous continuez à nier que vous êtes l’ennemi d’Israël?

Mes neurones remontent vainement le fil de la mémoire.

– Nous avons fait, reprend le chef, une perquisition chez votre fils. Nous avons trouvé une boîte avec une étiquette: « Cadeaux de Papa ».

Il me met la photo sous les yeux, comme si cette annonce était trop extravagante pour être crédible.

– Dans cette boîte, il y avait ce keffiyeh. C’est bien vous qui lui avez offert?

Je suis comme hypnotisé par la photo et par l’étoffe que le plastic protége. Je n’ai plus eu aucun contact physique avec mon fils depuis plusieurs mois, et même depuis plusieurs années. Et ces ragondins avaient eu l’indélicatesse de rentrer chez lui, de lui subtiliser ses affaires, de me les mettre sous le nez comme on agite une tranche de bacon frit sous le nez d’un végétarien. Je donnerais cher pour récupérer d’un seul bloc tous ces objets, et même pour simplement les toucher, les sentir sous ma peau. Pendant un instant, je me demande si je ne dois pas sauter par-dessus la table pour écarter tous ces gêneurs et retrouver cette sorte d’excroissance de Siegfried, qui était un peu une ex-croissance de moi-même, soigneusement enfermée dans des poches hermétiques.

– N’est-ce pas, Monsieur Muller, avouez, c’est vous qui lui avez offert? répète le chef.

Là encore, je ne pouvais expliquer les circonstances baroques de ce très vieux cadeau dont j’étais étonné que Siegfried l’eut si précieusement gardé. Il remontait à mon voyage en Terre Sainte, dix ans auparavant, où j’avais retrouvé, dans la vieille ville de Jérusalem, l’un de descendants de la révolte palestinienne de 1936. Comme il avait été ému qu’un Français eut gardé le souvenir de sa famille et de ses hauts faits, il avait offert à Siegfried, qui m’accompagnait, un keffieh local.

– Oui, mais je ne vois pas l’intérêt de cette pièce.

L’agent du Mossad me regarde avec haine.

– Vous ne pensez pas que c’est l’une des nombreuses preuves de l’éducation antisémite que vous avez donnée à votre fils.

On dirait que ses narines crachent de la fumée comme un dragon.

– C’est absurde. Si c’était le cas, il serait parti en Syrie en l’emportant. S’il l’a laissé dans une boîte, c’est bien qu’il n’y voyait pas de signification politique immédiate pour lui.

Ils sont à nouveau vissés sur leur chaise.

– Le problème n’est pas ce qu’il pense lui, mais ce que vous lui avez transmis Muller. Et vous n’êtes vraiment pas clair sur ces points. Nous allons donc faire une pause le temps que vous réfléchissiez un peu à votre destin et aux risques que vous prenez en ne coopérant pas. Puis nous reprendrons cette discussion.

Un policier en uniforme se présente pour m’accompagner dans une autre salle. Il me demande de le suivre. En sortant de la salle, je tente brutalement de toucher l’un des objets de Siegfried. Les trois hommes se lèvent, et me repoussent en hurlant.

– Ne touchez pas aux pièces à conviction, vous n’en avez pas le droit.

Je donnerais cher pour toucher un objet de Siegfried.

3 commentaires

  1. michel dit

    On entre dans le vif du sujet. Mais les explications de Muller sur le (les?) peuple(s) indo-européen(s), les Juifs -sémites non indo-européens même s’il y a probablement eu métissage avec des populations africaines et indo-européennes-, la peur de la destruction liée à l’entrée en lice de l’Islam, etc… ne sont pas tout à fait convaincants. Est-ce la thèse d’Eric ou celle de Muller?

  2. Patrick Stan dit

    Enfin, vous nous faites découvrir autre chose , Eric. Ce qui ne ressemblait jusqu’à présent qu’à un roman « à l’eau de rose » (pardonnez-moi l’expression, je n’en ai pas trouvé d’autres) , je disais donc que enfin ce roman entre dans sa phase « active » ! Bien joué ou plutôt bien construit de votre part. Vous avez pris votre temps …. comme aux échecs ; êtes-vous joueur d’échecs Eric ? Et nous n’en sommes qu’au chapitre 12 ! Douze ! le nombre-clé de toutes les astrologies ! Douze comme les 12 portes du Ming Tang pour les Chinois ! douze comme les 12 Apôtres ou les 12 portes de Jérusalem (la Cité Sainte) ! Douze comme les 12 fils de Jacob ou les 12 tribus d’Israël (tiens ! je reviens à votre interrogatoire) ; douze comme les 12 étoiles que porte la Femme de l’Apocalypse !!! douze comme la « Loi des Douze Tables » rédigée à Rome par les décemvirs …….
    Que nous réserve votre chapitre 13 ? jr suis impatient de le lire …………

  3. rgent dit

    Nous sommes rentrés de nouveau dans le cours de l’histoire!!
    Cet interrogatoire est impressionnant, tout est bien construit pour détruire un homme!!

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