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Burkini: et si le Conseil d’Etat avait tort?

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Signe des temps: les critiques se font jour contre la décision du Conseil d’Etat dans l’affaire de la burkini. On lira tout particulièrement sur ce sujet la tribune de l’ancienne ministre des Affaires Européennes et ancienne membre du Conseil Constitutionnel, Noëlle Lenoir, dans les colonnes de l’Opinion.

La burkini, l’indécence et la pudeur

Je relève avec intérêt l’argumentation de Noëlle Lenoir sur les arguments que les conseillers eussent pu soulever quand à l’indécence de la burkini:

Mais on peut aussi regarder comme une certaine indécence de vouloir cacher le corps d’une femme pour respecter un commandement de « pudeur » sans laquelle elle serait l’objet de tentations irrépressibles.

Chacun entendra l’argument comme il l’entend, mais il présente un intérêt majeur: il suggère au juge de prendre position sur la compatibilité entre les prétendus commandements de l’Islam et les droits fondamentaux des Françaises et des Français. Or, cette entrée en matière, le juge administratif se l’est interdite, puisqu’il s’est contenté d’expliquer que la pratique religieuse, quelle qu’elle soit, devait être libre.

L’idée que le juge « ne se défile pas » et qu’il prononce la phrase qu’on attend de lui: à savoir qu’une religion n’a pas tous les droits, que ses commandements ou son orthopraxie doivent être conformes à notre corpus juridique et à nos libertés publiques me paraît mériter une réflexion très positive. Il serait en effet salutaire que le Conseil d’Etat réexamine les fondements de sa doctrine sur les libertés au regard de ce fait nouveau qu’est l’Islam et ses revendications sur le continent européen.

« Vivre ensemble » et liberté de conscience

Noëlle Lenoir a le mérite de poser les premières pierres d’un examen, par le juge, des conditions de validité juridique du fameux « vivre ensemble » qui émaille les discours de la bien-pensance. Au nom du « Vivre ensemble », devons-nous tout accepter ou bien pouvons-nous faire valoir notre identité?

Jusqu’ici, aucun juge ne s’est engagé sur cette voie, mais je rejoins Noëlle Lenoir lorsqu’elle suggère que cette abstinence est une anomalie. Le moment est venu pour l’autorité judiciaire et pour ce corps constitué qu’est le Conseil d’Etat d’adapter le droit et la jurisprudence aux circonstances nouvelles qui entourent son interprétation. On ne pourra éternellement continuer le déni, sauf à glisser vers une douloureuse crise de régime, face à l’affirmation d’une conscience musulmane radicale qui conteste les principes de notre droit.

L’argument général de Noëlle Lenoir consiste à soutenir que des restrictions au « Vivre ensemble » ne constituent pas par principe des restrictions à la liberté de conscience. Je partage cette logique et il me paraît nécessaire aujourd’hui de la documenter et de l’argumenter. Peut-être faudrait-il d’ailleurs constituer une sorte de nouvelle ligue des droits de l’homme pour porter le fer sur ce sujet.

Le Conseil d’Etat en question

Il est en tout cas acquis que le Conseil d’Etat risque de perdre un certain nombre de « plumes » en restant sourd aux arguments de la société française qui entend bien ne pas se laisser cannibaliser par l’Islam sans résister. Après tout, rien ne nous oblige, comme je le suggère depuis longtemps, à conserver dans sa vitrine de musée cette mascarade de justice qu’on appelle Conseil d’Etat. Rappelons que ses membres n’ont pas le statut de magistrat, mais bien celui de fonctionnaire d’Etat aux ordres d’un gouvernement dont ils assurent par ailleurs le Conseil.

Pour que nous puissions croire à la ragoutante fiction de son indépendance, il faudrait que ses membres se réveillent et fassent preuve d’un peu plus d’imagination dans leurs décisions.

23 commentaires

  1. aralo dit

    « on peut aussi regarder comme une certaine indécence de vouloir cacher le corps d’une femme pour respecter un commandement de « pudeur » sans laquelle elle serait l’objet de tentations irrépressibles. »

    Aucun commandement du coran concernant le voile. Les nudistes ne sont pas autorisés sur de nombreuses plages car montrer ses organes génitaux n’y est pas considéré comme pudique, tout comme se balader torsepoil en ville.

    La pudeur relève d’une conception personnelle, si on suit son raisonnement alors seul le nudisme serait autorisé sous prétexte que cacher les organes génitaux et mammaires d’une correspondrait à un commandement de « pudeur » sans laquelle elle serait l’objet de tentations irrépressibles. »

    Bienvenue chez Orwell et la novlangue : la guerre c’est la paix, la pudeur c’est l’impudeur… et lycée de Versailles.

    • Ikomal dit

      La discussion n’avancera nulle part si tout ce que vous dire c’est qu’on a le choix qu’entre la burka et le nudisme… avouez que l’argument ne vaut pas un clou.
      On en est à plusieurs centaines de morts cette année par des gens se réclamant de l’islam (que leur revendications soit fondée ou pas, ce n’est pas à nous de faire de la théologie…), mais pour vous, il n’y a toujours aucun problème, et on peut continuer à tolérer la propagande de cette engeance moyennageuse comme si de rien n’était ? Car personne ne s’y trompe : ces burkinis ne sont rien d’autres que des pancartes islamistes, et des insultes, voire des menaces, à l’encontre des femmes en bikinis, et des provocations après ses assassinats de masse (la même chose n’aurait pas eu la même signification dans un autre contexte, évidemment). Ce qui, ne vous déplaise, relève bel et bien de l’indécence.
      Les interdire n’était peut-être pas opérationnel, mais les tolérer au prétexte sinon il faut imposer le nudisme … non mais … franchement …

      • aralo dit

        « Car personne ne s’y trompe : ces burkinis ne sont rien d’autres que des pancartes islamistes, et des insultes, voire des menaces, à l’encontre des femmes en bikinis »

        Ben si, vous même vous y trompez dans une attitude moyenâgeuse !

      • aralo dit

         » ces burkinis ne sont rien d’autres que des pancartes islamistes, et des insultes, voire des menaces, à l’encontre des femmes en bikinis »

        Je paraphrase :

        Ces végétariennes véganes ne sont rien d’autres que des pancartes bouddhistes écologistes zen fachistoïdes et impérialistes japonaises, et des insultes, voire des menaces, à l’encontre des femmes mangeant des saucisses ou des côtelettes de porc marinées dans de la moutarde au vin blanc sous une couche de roquefort gratiné au four.

        Voyez vous, tout est relatif, sauf la connerie qui relève de l’invariance du symbole de l’infini mathématique.

        • Ikomal dit

          « tout est relatif ». La phrase typique du relativiste culturel qui n’a justement rien compris à la relativité.
          La relativité d’un comportement s’apprécie relativement au contexte. De sorte que oui, il est tout à fait possible qu’une consommation véganne relève de l’impérialisme, des insultes voire des menaces, associée à un bouddhisme écologiste zen fachistoïde. Ce n’est juste pas le cas général, et aucun cas ne s’est encore présenter en France, à ma connaissance. Exactement comme les seins nus ou les pieds chaussés peuvent être banal ou insultant, selon qu’on est à la plage ou dans une mosquée.
          Il en est exactement de même pour la burka/burkini. Ce qui pouvait passer sans problème l’an dernier (et peut certainement ne poser aucun problème ailleurs, et pourra, on espère, de nouveau passer sans problème dans un temps le plus rapproché possible), est devenu juste insupportable ici et maintenant (un mois après un massacre islamiste). Et si ces enburkannées ne le comprennent pas et continuent à faire passe leur zéle avant l’émotion de leurs concitoyennes, elles ne méritent même pas de s’appeler musulmanes. Ce sont juste des sympathisantes des terroristes.

    • yoananda dit

      « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines… » Sourate 24 ; v 31

      « O Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles… » Sourate 33 ; v 59

  2. aralo dit

    Noëlle Lenoir doit être en train de se chercher de nouveaux clients prêts à payer pour qu’elle aille plaider ses absurdités.

    Du moment que vous le payez, cher si possible, un avocat est prêt à raconter tout et n’importe quoi, c’est son fond de commerce.

  3. aralo dit

    Première nouvelle, un jugement devrait donc prendre en compte dans ses « considérant » des prescriptions ou interdictions religieuses. Dans ces conditions, il faut interdire le ramadan, le carême ou le jeûne d’un athée sous prétexte qu’il s’agit d’une prescription religieuse ou médicale.

    Le droit laïque n’a pas à connaitre des règles religieuses et les réintroduire dans le droit correspond à rétablir le lien entre religion et état de droit, ce qui contraire à tout principe de démocratie laïque.

    La justice n’a pas à juger de la valeur subjective des commandements religieux, mais à juger de si ils sont conformes aux lois.

    • @aralo
      – La pratique du ramadan devrait être interdite pour les travailleurs de force et d’ailleur aussi les travaux intellectuels. C’est une manière de soustraire une partie de sa force de travail du contrat passé avec l’employeur.
      – Le port du voile en entreprise est gênant et facteur de démotivation. Il provoque inutilement à l’absence de coopération et au mépris réciproque. Il doit évidemment être strictement interdit dans toutes les fonctions publiques.
      – Il n’y a pas d’obligation de fournir des menus respectant des prescriptions religieuses dans les organismes publics (y compris une nécessaire absence de viande de porc). Il n’y en pas non plus dans les cantines des entreprises.
      – L’état ou les collectivités locales n’ont aucun espèce d’intérêt à ce que s’ouvrent des lieux de cultes ou des établissement confessionnels. Aucune espèce de facilité ne doit être accordée pour cela (cession de terrains, garantie de prêt ou autres). L’état ne reconnait aucun culte.
      Votre suggestion de considérer équivalent carème et ramadan est à la fois plaisant et complètement faux: vous voulez vous moquer de qui ?

      La conformité aux lois dépend des lois. L’islam, nouveau en Europe pense imposer ses pratiques cultuelles dans l’espace public. Or, vivre publiquement en musulman c’est pratiquer son culte en public. Et bien cela est gênant et doit être interdit: le culte c’est dans l’espace privé ou lors de cérémonies cultuelles dans les espaces publics prévus à cet effet, les fameuses mosquées financées exclusivement par de l’argent privé.

      Un évolution du droit doit être envisagée, pour adapter la laïcité aux nouveaux arrivants (héhé). La fracture religieuse irrémédiable ouverte par les attentats récents va la rendre obligatoire, je vous le garantis.

    • Les « cons » susceptibles de ne pas supporter non pas la liberté, mais l’abominable bigoterie qui pousse des greluches chtarbée pilotées par les frères musulmans à se déguiser en catwoman ou pire en scream pour effrayer les blancs pourrait se livrer, légitimement ou non, à des massacres. De quoi troubler l’ordre public. Ca se discute en tout cas.

  4. xc dit

    Le CE est là pour dire le Droit, pour dire si l’arrêté anti burkini qui lui était soumis était légal ou pas. Pas pour dire qu’il serait bien, ou pas, que les règles en la matière soient modifiées, ceci étant du ressort de ces feignasses de Politiques.

  5. Le jugement du conseil d’état porta sur l’appréciation de trouble à l’ordre public, mis en avant de manière particulièrement astucieuse par la mairie de Villeneuve Loubet. Là est à mon avis la chose qu’il faut regretter ou au contraire dont il faut se réjouir: il n’y eut pas effectivement de violences exercées par les baigneurs contre les porteuses de ces déguisements là…

  6. Curmudgeon dit

    Curmudgeon
    il y a 3 minutes
    La conquête douce se fait par plusieurs points d’attaque. Il faut surveiller de près ce qui se passe dans le monde de l’entreprise.

    L’islam est de plus en plus « traité à part », mais dans le sens qui nous est défavorable, par des entreprises, qui commencent à s’auto-dhimmiser avec un enthousiasme stupide qui fait froid dans le dos. Ça et le militantisme LGBTQQI interne, on devient cinglés.

    Voici le cas de Westpac, la deuxième banque d’Australie et la première par son réseau d’agences et de distributeurs. Westpac a demandé à une couturière italo-australienne connue, Carla Zampatti, de concevoir, dans un ensemble de vêtements, un uniforme professionnel féminin spécial pour employées musulmanes, un accoutrement islamique avec hijab intégré (« corporate hijab »). Et ce n’est pas la première banque à avoir procédé à cette innovation. C’est la troisième.

      • Curmudgeon dit

        Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Je n’ai pas l’intention de faire la loi en Australie.

        Vous ne voyez pas, d’après cette information, que cette aventure nous pend au nez ? Vous vous figurez que la France est à l’abri de ces développements ?

  7. Jules Moch dit

    Le trouble à l’ordre publique était constitué: cohabitation statique pendant des heures dans un espace public avec des gens affichant leur salafisme après des attentats islamiques monstrueux.
    Excellent la tribune de Madame Lenoir: l’obligation pour une femme de porter une tenue inadaptée à la baignade et à la température estivale pour motif religieux, alors que l’homme est absolument libre de sa tenue, est une rupture « grave » comme dirait le conseil d’état au principe d’égalité.

  8. Un caméléon peut par mimétisme s’adapter à son environnement. Poser un caméléon sur une couverture bleue, il deviendra bleu, poser un caméléon sur une couverture jaune, il deviendra jaune, poser un caméléon sur une couverture rouge, il deviendra rouge ; poser un caméléon sur une couverture faite de bleu, jaune et rouge, le caméléon explose!

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