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Pourquoi Sarkozy n’est pas soluble dans le MEDEF

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Le passage de Nicolas Sarkozy à l’université du MEDEF n’est pas passé inaperçu. Organisé de façon baroque, il appelait forcément à un bras d’honneur décomplexé de la part de l’ancien Président de la République. L’assistance n’a pas été déçue: Nicolas Sarkozy, qui planchait sous un chapiteau dédié à Malakoff Médéric, dont son frère vient d’être écarté de la direction générale (encore une faute de communication du MEDEF), est arrivé en retard et s’est octroyé deux fois plus de temps de parole que les autres candidats à la primaire des Républicains.

Une fois de plus, donc, la relation entre Nicolas Sarkozy et les patrons se donne dans ce qu’elle a de complexe et de malentendu.

Les promesses fiscales de Sarkozy

Comme ses rivaux, Sarkozy s’est livré à une série de promesses fiscales, dont la suppression de l’ISF, qui, comme d’habitude, n’engagent que ceux qui les entendent. Sur ce point, il ne se distingue guère de la moyenne en vigueur chez les Républicains. C’est à peine si la surenchère entre les uns et les autres permet de distinguer les programmes. On dira de même sur la suppression des postes de fonctionnaires, chiffrée à 300.000 chez Sarkozy.

Sur tous ces points, les patrons, comme les autres, demandent à voir tant les différents quinquennats qui se succèdent depuis 2002 ont montré la distance entre la coupe et les lèvres.

Sarkozy et le droit du travail

Sarkozy, durant son intervention de 40 minutes, a par ailleurs fait diverses annonces en matière de droit du travail. Il a reparlé des 37 heures payées 37, une solution qui tranche avec celle de ses concurrents, qui proposent un maintien salarial. Il a aussi remis le couvert sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Il a vanté les vertus du referendum d’entreprise.

On fera volontiers crédit à Nicolas Sarkozy d’être le plus au fait et le plus volontaire sur ces questions parmi ses rivaux, mêe si François Fillon se déclare le plus libéral.

Sarkozy et le paritarisme

L’originalité de Sarkozy tient à un autre sujet: la place des partenaires sociaux dans l’élaboration des normes sociales. Pour les défenseurs de la démocratie sociale, cette place doit être essentielle. Pour Sarkozy, elle doit être réduite à néant. On retrouve ici les critiques adressées aux « corps intermédiaires » durant sa campagne électorale de 2012.


Sarkozy au Medef sur les syndicats : « Le paritarisme, c’est l’autre mot de l’immobilisme »

Un morceau de bravoure au MEDEF

Pour le MEDEF, ce discours est évidemment complexe à soutenir. La fonction fondamentale du MEDEF consiste en effet à gérer le paritarisme, et c’est grâce aux fonds du paritarisme que le MEDEF est financé. Certes, il est souvent de bon ton avenue Bosquet de dire pis-que-pendre du monde syndical. Il n’en reste pas moins que le MEDEF constitue, avec la CFDT, le principal partenaire social du gouvernement. Le discours de Nicolas Sarkozy n’annonce donc rien de bon pour lui à moyen ou long terme.

Vieilles fâcheries

Nicolas Sarkozy est le seul candidat de droite qui ose se prendre le paritarisme de front. On lui en saura gré. Mais il est à remarquer que cette posture relève chez lui d’une certaine constance… Durant son quinquennat, Sarkozy avait déjà noué des relations complexes avec Laurence Parisot, la protégée de Michel Pébereau. Le Président rêvait alors d’obtenir du MEDEF de grands accords interprofessionnels permettant de dynamiter les 35 heures.

Il faut donc ici comprendre que la position de Nicolas Sarkozy n’est pas de pure circonstance. Elle découle d’un substrat idéologique d’essence bonapartiste où la norme sociale ne peut émaner de corps intermédiaires qui imposeraient leur propre logique.

Les patrons face au bonapartisme

Il est intéressant de voir le scepticisme profond du patronat français face à cette modernité relativement anglo-saxonne. Peu de dirigeants d’entreprise, en France, apprécient l’idée d’un capitalisme directement organisé par des accords d’entreprise dans un cadre global fixé par la loi. Beaucoup lui préfèrent les couches de corporatisme actuel, avec une forte intervention de l’Etat dans les négociations.

Mais peut-être la France a-t-elle le patronat le moins libéral du monde.

9 commentaires

  1. Pierre dit

    Comme vous le soulignez, les promesses « techniques » de Sarkozy au Medef n’ont aucun intérêt (car de toutes les façons, il ne les respectera pas).

    Ce qui compte, plus largement, c’est l’évidence qui commence à sourdre : Sarkozy va être élu.

    La tête des gauchistes ! Rien que pour cela, on ne boudera pas son plaisir.

    Juppé est bien entendu totalement inaudible… Personne ne l’écoute, et il n’est pas écoutable avec sa bêtise de l' »identité heureuse »…

    Il est à l’ouest… Papy a oublié d’avaler ses pilules et ses cachets, et n’a pas mis ses bas de contention. Encore 1 ou 2 attentats… et ce sera fini.

    Attention… Je ne souffre pas de Sarkomania, ce type ne mènera aucune « réforme »… Mais il faut reconnaître qu’il sait tenir une salle, une conférence de presse, un discours… Tous les autres, ça rentre dans l’oreille gauche et ça sort par la droite, immédiatement.

    Mais il est jouissif de voir que les Français , les gauchistes vont en remanger pendant 5 ans.

    Exercice de style : imaginez la couverture de Libé le lundi 8 mai 2017.

  2. @Pierre Ainsi donc, Sarkozy va être élu… Merci de la prévision.
    Pourtant Eric Verhaeghe vient de nous expliquer pourquoi il ne le sera pas et c’est une très bonne nouvelle.
    On parlait de Fillon, il s’agit bien pour lui, après avoir « réduit » (dégraissé à mort) le code du travail, d’instaurer un vrai paritarisme, le seulqui vaille, car la loi NE PEUT PAS régler tous les comportements.

    On voit donc ici parfaitement mis en lumière une vraie fracture au sein de la droite républicaine. Les demi mesures de Sarkozy (37 plutôt que 39, 300 000 plutot que 500 000, 63 plutôt que 65) ne doivent pas faire illusion: c’est un autoritaire et un étatiste pur, qui plus est privé de tout contrepoids depuis qu’il s’est isolé avec ses affidés. Le clou c’est les 37 heures payées 37, alors qu’il faut evidemment supprimer la durée légale du travail.
    Comme en plus il est mis en examen pour fraude électorale, on a donc un épouvantail parfait, en fait un lièvre. Pris dans les phares il nous faut maintenant le flinguer !

    • Pierre dit

      On connaît votre amour -rationnel- pour mister Fillon (on attend toujours le docteur Hyde).

      Le problème est qu’on n’a JAMAIS remporté une élection présidentielle en 5ème répu sur un « programme ».

      Vous êtes un homme de culture, vous devriez le savoir.

      Fillon, avec sa belle coiffure et son programme fort bien léché, est « inaudible ». Il n’imprime pas. Il n’imprime ni les neurones, ni les émotions, ni la plaque sensible des cerveaux des électeurs.

      Vous êtes vraiment têtu.

      Les Français veulent du Trump. Ca devrait commencer à être évident maintenant, non ?

      Sarkozy, rendons lui ceci, a très tôt fait du Trump : 2007 !

      Bien sûr c’est un traître. Mais en 2017 il fait toujours du Sarkozy-Trump. Ajoutez dans l’équation Marine Lepen, et l’élection de 2017 est ainsi déjà plié.

      C’est fou comme un truc aussi évident puisse passer au-dessus de la tête de tant d’honnêtes citoyens.

  3. rodolf dit

    En Russie il y a le président qui devient premier ministre avant de retrouver son poste. Chez nous les perdants au nom de la démocratie veulent faire la meme chose sauf qu’ en Russie c est un vrai homme d état et il s appelle Poutine ou Medvedev (l ours en russe)

  4. SERGIO dit

    Au royaume des aveugles le borgne est roi !
    Quelles que soient les qualités du président à venir , il ne pourra que colmater les brèches d’un bateau pourri de partout, et retarder le naufrage…

  5. @Pierre
    Vous n’avez pas complèment tort au sujet de Trump, et j’avoue apprécier les saillies grandiloquantes, et les belles franchises, mais je m’interroge sur la réponse de Sarkozy à Fillon au sujet de ses mises en examen « je ne répondrais pas, je ne veux pas porter atteinte à ma famille politique ».
    Franchement cela m’a déçu. Par ailleurs pratiquement tout Tandonnet cache avec désespoir ces flatulences: « non pas ça, c’est indigne, quelle mesquinerie, comment peut on dire ça d’un ex président » etc etc.
    Et bien faisons Trump pour eux. On pourra même aller jusqu’aux racines gâtées de hobereau hongrois, à son mauvais sang donc et à son identité manifestement troublée, à l’excision de sa femme (vous ne saviez pas ?), et pourquoi pas, de sa conversion à l’islam en passant par l’argent que lui donna Tapie et le Qatar et pas Kadhafi. Bref du Trump, vous allez adorer ça.
    Et quand vous en aurez marre, vous pourriez avoir un mot gentil et constructif pour votre pays ? Merci.

  6. Pierre dit

    Une dernière pour la route au sujet du cher Fillon… Regardez ce pathétique Caliméro….
    **********
     » j’existais avant Nicolas Sarkozy, je crois même avoir largement contribué à le faire élire en 2007 car il n’y avait pas beaucoup d’hommes politiques qui le soutenaient à cette époque là ».
    **********
    Sarkozy c’est « Karcher » : ça marche (même si c’est un mensonge bien entendu).

    Voilà ce que les gens veulent entendre. Les durs/purs l’entendent chez Lepen, les rombières, les retraités et les bourgeois l’entendent chez Sarkozy.

    Le karcher, l’immigration, la délinquance, le ras le bol… On veut du Trump. C’est facilement plus de 50 % du corps électoral.

    Et à côté, Fillon qui rappelle qu’il « existait »… Franchement… Il est sympa mais totalement largué.

  7. Alors qu’il vous semble falot, Fillon fait en fait une OPA sur les électeurs putatifs (ça rime avec putassiers) de Sarkozy. Ceux ci sont d’abord contre Juppé, il faut le comprendre, et ne veulent pas de Lepen (un peu comme vous). Dès que Sarkozy les quatres pattes en l’air, pleurera les larmes de sa corruption, les orphelins auront besoin d’une niche. L’impeccable loyauté du distingué bourgeois, de souche notez le bien, ça nous change de Hollande et de zizi, devrait faire l’affaire. Son respect pour la masse de rombières et de vieux fachos refoulés qui constituent l’UMP est infini et cela paiera un jour. Bientôt.

    Le coup de pied en vache sur la mise en examen qui fait tant hurler Jean Frédéric Poisson ne cache que la méchanceté foncière dont on se plaint et qu’il n’a pas: il est très vicieux au contraire et on n’a pas fini de le voir. Nicolas ? Tu n’as pas oublié de te rendre à ta convocation, j’espère ?

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