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Vers une faillite systémique de la Deutsche Bank?

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Si la Deutsche Bank entraînait l’économie mondiale dans un nouveau désastre, nous pourrions en rire (jaune), car il s’agirait bien d’une très ironique revanche de l’histoire. L’Allemagne si superbe et imbue de sa prétendue réussite (fondée, en réalité, sur une utilisation déraisonnable des règles communautaires à son seul profit) épuiserait de cette façon le filon qu’elle creuse depuis sa réunification: celui d’un appauvrissement artificiel de ses concurrents européens jusqu’à sa propre destruction.

La Deutsche Bank, joyau allemand…

La Deutsche Bank n’est pas seulement la première banque allemande. C’est aussi un établissement symbolique, créé en 1870 (année de l’invention de l’Allemagne) pour accompagner le développement industriel de ce tout nouveau pays. L’histoire de la banque épouse patiemment les contours de l’histoire allemande. Il n’est pas de prospérité dans l’Allemagne industrielle sans intervention de la Deutsche Bank.

…et pire bad bank du monde

Forte de cette arrogance tudesque, la banque s’est transformée en tour infernale. Dans les années 2000, notamment sous l’impulsion de Josef Ackermann, qui l’a dirigée de 2006 à 2012 (où il était payé 9 millions d’euros par an), la banque a multiplié les rendements hasardeux et méchamment bu le bouillon. Précisons qu’Ackermann fut membre du comité directeur du groupe de Bilderberg: démonstration est faite que l’on peut figurer dans la prétendue élite mondiale et être d’une incompétence crasse.

Depuis 2008, Deutsche Bank évite coûte-que-coûte une faillite qui mettrait par terre l’économie allemande et, dans son sillage, l’économie mondiale.

Le FMI s’inquiète

On passera ici sur les innombrables péripéties qui frappent la Deutsche Bank. Il suffit de citer le rapport du 30 juin 2016 du FMI sur les risques systémiques pour comprendre l’ampleur du désastre. Ce jour-là, l’institution internationale affirme que le principal risque systémique dans l’économie mondiale provient… de la Deutsche Bank.

Pour le FMI, l’Allemagne, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont particulièrement exposés au risque de contagion en cas de faillite de la banque.

Le Qatar sauve Merkel et la Prusse

Le 15 juillet 2016, le Wall Street Journal révèle que le Qatar a augmenté sa participation dans le capital de la banque jusqu’à y prendre près de 10%. En échange de ce petit coup de pouce donné à Angela Merkel, si conciliante avec les réfugiés et autres fadaises, le Qatar exige la nomination d’un homme-lige au comité de direction de la banque. Il s’agit d’un certain Stefan Simon. Dans la pratique, pour 10% des parts, le Qatar a préempté l’économie allemande. Bien joué!

Mais la banque suit toujours sa mauvaise pente

L’intervention du Qatar va-t-elle sauver la Deutsche Bank? Rien n’est moins sûr, et la banque allemande continue à envoyer de mauvais signaux aux marchés. Par exemple, début septembre, elle a refusé de convertir de l’or papier en or physique, comme le réclamait un client. Les marchés ont volontiers interprété ce refus comme une incapacité à faire face à une échéance…

2,4 milliards d’amende aux USA

La banque a de bonnes raisons de refuser aux clients de récupérer leurs avoirs. Sa situation devient en effet très compliquée. Par exemple, la banque propose aux autorités américaines de régler une amende de 2,4 milliards de dollars pour couvrir les recours dans diverses affaires.

These comprise the mortgages case, alleged manipulation of foreign exchange rates, a probe into suspicious equities trades in Russia, and remaining investigations into alleged money laundering.

(Celles-ci comprennent les contentieux hypothécaires, les accusations de manipulation des taux de change, une enquête sur des achats douteux d’actifs en Russie, et les enquêtes encore en cours sur du blanchiment).

Encore un problème sur les collatéraux

Beaucoup d’analystes considèrent que la Deutsche Bank a recommencé le jeu qui avait abouti à la crise de 2008: celui d’une surestimation systématique des collatéraux qui garantissent les crédits qu’elle accorde. Autrement dit, la banque accorde des crédits risqués et douteux, et gonfle artificiellement son bilan en affichant des valeurs qui pourraient s’effondrer si une crise survenait.

Des pronostics inquiétants

On lira donc, sous la plume d’observateurs avertis, des pronostics inquiétants. Cet été, Olivier Demeulenaere citait le bilan du Centre for European Economic Research (ZEW) à Mannheim, qui dressait ses propres stress tests européens. Selon l’institut allemand, les trois banques les plus exposées au risque en Europe sont la Deutsche Bank, la Société Générale et la BNP. Pour Jean-Pierre Chevallier, la banque allemande est d’ores et déjà un Lehman Brothers européen.

Too big to fail

Reste que la Deutsche Bank est trop systémique pour que l’Allemagne, l’Europe, la Banque Centrale Européenne, la laissent faire faillite. Les conséquences d’un défaut aussi colossal ont trop marqué les esprits en 2008 pour que les politiques acceptent une telle solution. C’est ici que les ennuis commencent. Car, en dehors d’une prise en charge par les citoyens de l’Union, aussi discrète que possible, des coûts induits par cette faillite en attendant le tremblement de terre final, on voit mal ce qui pourrait se passer.

À moins, bien sûr, qu’une panique des marchés n’oblige l’Allemagne à privatiser la banque et à violer les traités pour éviter le naufrage complet. La décennie Merkel aura bien été fatale à l’Union.

10 commentaires

  1. Pierre dit

    Le Qatar ici n’a pas grand chose à voir. Pour 10 % ils ont fait plaisir à mamy Muttie, mais… acheter 10 % d’un étron himalayesque vous appelez cela faire une bonne affaire et prendre le « contrôle de l’économie allemande » ?

    Non, ça s’appelle être un crétin dans des proportions identiques (Himalaya donc).
    😉
    Le vrai mot-clé dans tout ce bazar c’est : BCE.

    C’est la BCE qui tient la DB.

    Ajoutons d’ailleurs : toutes les autres banques centrales.

    Toutes les BC du monde tiennent (à bout de bras) les « marchés »…. Tant que les « marchés » ne s’effondrent pas, que les bulles n’explosent pas (que l’on songe à la bulle obligataire qui dépasse l’entendement)… la Deutsch Bank peut continuer à « extend and pretend ».

    Plus largement, ce problème affecte de… très nombreuses banques et institutions financières. Que l’on songe à la BNP par exemple, dont le bilan dépasse…. le PIB de la France… Là aussi c’est du lourd, du systémique.

    Japon, USA, Chine, Italie, Espagne etc… on peut multiplier les exemples.

    Les bilans s’appuient sur le « mark to fantasy »… Des milliers de milliards d’obligations dans les bilans des banques affichent des valeurs stupéfiantes (relation inverse entre prix et taux d’intérêt sur les obligs), permettant de s’endetter encore plus en jouant les « collatéraux »…. Alors même que ce sont les BC qui achètent ce papier (sans valeur), et ainsi font monter son prix (et donc tendre les taux vers 0 ou même négatifs).

    Le système est en roue libre, et en mode « escape velocity ».

    La DB se distingue peut-être par ce que vous appelez l' »arrogance allemande ».

    En effet.

    Pour calmer l’arrogance de Merkel et ses complices, rappelons que l’Allemagne fut le premier pays européen à faire… un bailout bancaire lors de la crise de 2008. La Hypo Real Estate. Septembre 2008 et octobre 2008.

    Chapeau les pseudo gestionnaires vertueux.

    Bref. Autant dire qu’il faudra un vrai coup de bambou pour que les BC lâchent. Et cela peut durer… Rappelons que la BOJ ne lâche pas l’affaire depuis… le début des années 90 !
    25 ans… !

    Les BC ne lâcheront JAMAIS volontairement. Il faudra en fait une « externality » : guerre, accident nucléaire, attentat nucléaire, épidémie globale (naturelle ou provoquée) voire … invasion extraterrestre (ne riez pas !).

    Mais espérer que les BC / gouvernements (la dichotomie est bien entendu parfaitement artificielle) sifflent la fin de la récré et permettent au système financier mondial de s’effondrer…. juste pour faire plaisir aux tenants des vraies règles de marché et d’un capitalisme pur, relève du rêve éveillé.

    Ils se sont fait avoir en 2008… Ca a failli déraper… Vous pensez bien qu’ils ont depuis appris la leçon.

    Il n’y a dès lors qu’un seul cap : TOUJOURS PLUS.

    Droit devant.

  2. Ironie de l’histoire ? Pas vraiment.

    C’est la conséquence logique du mercantilisme allemand.

    On sait, au moins depuis Colbert, que le mercantilisme (c’est-à-dire la politique consistant à favoriser les exportations physiques pour faire rentrer les devises, ou l’or – suivant les époques) est une impasse économique qui finit toujours (j’insiste sur le « toujours ») en catastrophe.

    Seule la date de l’échec est inconnue.

    Les premières théories économiques modernes sont même nées pour expliquer cet échec du mercantilisme.

    Le mécanisme est aujourd’hui bien connu : face à la pression du mercantiliste, les clients finissent toujours par payer, d’une manière ou d’une autre, en monnaie de singe (ou par se révolter s’ils en ont les moyens, façon Etats-Unis face au Japon dans les années 90).

    La situation de la Deutsche Bank n’est donc pas contradictoire avec les succès industriels exportateurs allemands, elle en est le revers naturel.

    Chaque fois que BMW ou Mercedes vendent une voiture aux Grecs ou aux Français, les coffres de la DB s’emplissent d’Euros. Où placer ces Euros sinon en produits plus ou moins pourris, les produits sains étant trop rares pour absorber une telle masse ?

    Le mercantilisme allemand est un problème macro-économique on ne peut plus classique. Par là, les Allemands prouvent qu’ils sont nuls en économie. Ce jugement peut paraître sévère et prétentieux, venant d’un Français. Nous en reparlerons quand l’Euro aura éclaté, l’UE avec lui et que le système bancaire européen aura pris le bouillon.

    Mais ceci viendra d’une surprise externe : jamais, jamais, les banksters de la BCE et leurs complices en politique ne lâcheront volontairement le sytème. Il faudra un choc, probablement politique, pour les y forcer.

  3. yoananda dit

    Bof.
    Il y aura bien quelqu’un pour venir à la rescousse. Si ce n’est pas la BCE, ça sera les chinois en échange de quelque avantage et on verra un basculement des allégeances « sorti de nulle part » … et hop.

    Par contre, ce sera répercuté sur le petit peuple d’une manière ou d’une autre, en douce. Et c’est de la, via l’instabilité politique que peut venir le vrai risque à terme à mon avis.

  4. Rodolph dit

    Heureusement qu’ il y a ceux qui maîtrisent vraiment l économie et ont une vision pragmatique et objective pour recadrer les délires de ce papier…
    pour info l ensemble du moyen orient ( Golfe) ne représentent que 3% des investissements en France la part du lion revient au nord américains (les fonds vautours et oportunistes) . Il faut arrêter de voir les chèvres partout. Quant aux allemands qui vous dérangent, eux ils bossent ils ne parlent pas comme disaient les flamands…aux touristes français qui veulent acheter du chocolat!

    • aralo dit

      Il n’empêche que l’ordolibéralisme allemand, parangon de toutes les vertus, a scruté les dettes et déficits budgétaires publics des uns et des autres sans trop se soucier de ses banques, ca fait désordre sur le plan de la théorie économique ordo-libérale, maintenant la poussière sort de dessous le tapis.

      L’Allemagne mène clairement une politique mercantiliste en contradiction même avec les règles de l’UE concernant les plafonds des excédents commerciaux.

      Les allemands sont de piètres macroéconomistes, mais d’excellents microéconomistes dans le domaine de la gestion de leurs entreprises industrielles, qualité, innovation, positionnement dans la chaine de valeur ajoutée mondiale, management du personnel…
      par rapport aux entreprises françaises très mal gérées en comparaison.

      « Les Allemands n’ont pas eu la philosophie la plus riche et la plus renommée du monde pour se voir barguigner le niveau de leur intellect. Pourtant, l’Allemagne ne brille pas par ses contributions à la science économique. Un indicateur simplissime le dénonce: les prix Nobel d’économie. Un seul Allemand! Reinhard Selten né en Allemagne en 1930, vivant aux Etats-Unis l’a obtenu conjointement avec deux autres scientifiques non allemands pour sa contribution à la Théorie des jeux non coopératifs (on croit rêver). En fait, à l’inverse des Anglo-saxons et des Français, les Allemands n’ont pas vraiment adhéré à l’idée qu’il y avait une science économique en soi, avec ses lois, dites « naturelles », son fonctionnement comme il en est des théories atomiques ou de la biologie. »

      http://www.huffingtonpost.fr/pascal-ordonneau/lordo-liberalisme-de-la-pensee-economique-allemande_b_7849436.html

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