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Alstom à Belfort: les clients de la SNCF vont trinquer

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La fermeture de l’usine Alstom à Belfort donne encore lieu à de jolies simagrées de la part de François Hollande, sur le mode du « sauveur » de l’industrie. Officiellement, le site ne fermera pas. Et devinez qui paiera l’addition? le client de la SNCF, cette bonne poire qui raque pour toutes les rentes françaises.

Belfort, une fermeture annoncée depuis longtemps

Pour trancher le débat du « la direction avait-elle prévenu? », on rappellera juste cette interview aux Echos du PDG d’Alstom en mars 2016, qui annonçait des gains de productivité. Dès septembre 2014, le même Poupart-Lafarge déclarait à des journalistes français, au salon Immotrans de Berlin:

Devant les journalistes français Henri Poupart-Lafarge n’a pas caché une certaine inquiétude. Le plan de charge des différentes usines du groupe dans l’hexagone et donc l’emploi qui en découle, dépend beaucoup des commandes publiques sérieusement ralenties ces dernières années. « C’est très variable selon les sites. Ainsi, à Reichshoffen qui produit les Régiolis, notre plan de charge va jusqu’à mi-2017. Sur la Rochelle, nous avons un peu plus de visibilité grâce aux TGV, mais très peu de perspectives sur le tramway. A Valenciennes, qui produit des métros, nous avons des perspectives à plus long terme. Je ne tire pas une sonnette d’alarme, mais il faut que les commandes arrivent en 2015 parce qu’il nous faut un peu plus d’un an entre le moment où la commande arrive et le moment où les premières rames sortent de chaines ».

L’annonce était claire: à défaut de commandes, en 2015, la casse était inévitable.

L’Etat, le pire donneur d’ordres en France

L’usine de Belfort, comme celle de Reichshoffen, produit des rames ferroviaires pour le marché intérieur français, hors TGV. Petit problème: le TGV absorbe les investissements et tue la rénovation des lignes ordinaires. Ainsi, Jean-Marc Ayrault s’était, à l’été 2013, livré à une pantalonnade dont il a le secret:

« Les trains Intercités, qui maillent vraiment le territoire et qui facilitent la mobilité seront intégralement renouvelés entre 2015 et 2025 » (…)

« Entre les TER et les TGV, les trains Intercités doivent impérativement prendre toute leur place », a ajouté le chef du gouvernement. L’État doit lancer dès cet été une première commande, « d’un minimum de 500 millions d’euros pour des trains neufs » (…)

Un appel d’offres doit être lancé dès 2015 pour une deuxième tranche d’investissements, prévue à l’horizon 2018-2019, a précisé Matignon.

Comme chacun le sait, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. La promesse d’appel d’offres faite par Ayrault, et qui doit permettre de donner du travail à Belfort, n’a évidemment pas été tenue. Voici où en est le dossier:

La SNCF lancera « d’ici la fin de l’année » un appel d’offres « à la demande de l’État »pour acquérir de nouveaux trains destinés à trois lignes Intercités « structurantes », a indiqué jeudi le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies.

Cette annonce date… du 21 juillet 2016.

Autrement dit, l’Etat a pris deux ans de retard dans ses commandes, et s’étonne ensuite des difficultés de l’usine qui doit les satisfaire…

On ne sait si l’attitude du gouvernement relève du mépris ou de l’incompétence. Ou des deux.

Le gouvernement alerté par les syndicats depuis 6 mois

Le 30 mars 2016, lors du Comité Stratégique de la Filière Ferroviaire, la CFDT Alstom avait distribué ce tract:

Belfort

Autrement dit, les syndicats ont, dès le mois de mars, alerté le gouvernement sur la situation qui se créait dans les usines ferroviaires. En vain.

Qui va payer pour sauver Belfort?

Une question simple maintenant: pour sauver Belfort comme l’a indiqué François Hollande, qui va payer?

La solution technique que le gouvernement va choisir est évidemment très simple: il va ordonner à la SNCF de commander immédiatement des rames auprès d’Alstom, alors même que la SNCF préfère commander auprès de Bombardier ou de Siemens, moins chers. Et qui va payer? le client de la SNCF, qui paie déjà pour les retraites des cheminots une surcote équivalent à 10% du prix des billets.

Mais, bien entendu, il ne faut le dire à personne… Expliquer que tous les Français vont payer de leur poche le sauvetage d’une usine belfortaine mise en difficulté par l’Etat, ce serait vraiment politiquement incorrect. Il est tellement plus confortable d’expliquer que, tout ça, c’est la faute des patrons qui font tout en cachette.

19 commentaires

  1. Citoyen dit

    «  »Et devinez qui paiera l’addition? le client de la SNCF, cette bonne poire qui raque pour toutes les rentes françaises. » »…
    En fait, c’est bien pire que ça !
    Quand, en tant qu’utilisateur de la SNCF, vous prenez un billet de TGV … C’est ceux qui ne prennent jamais le train, qui vous paient une bonne partie de votre billet de manière détournée …. Étonnant, non ?
    Alors in fine, devinez qui paiera l’addition ?

  2. Citoyen dit

    Par ailleurs, on ne peut pas passer des commandes de renouvellement des trains, et dans le même temps s’acheter un électorat de ponctionnaires en vue des élections ! Faut être raisonnable….
    Il y a des choix budgétaires qui sont prioritaires …. Non mais !

  3. xc dit

    Il y a un représentant de l’Etat au CA d’ALSTOM. Président et gvt ne peuvent pas dire qu’ils n’étaient pas au courant des difficultés de l’entreprise.

  4. Le gouvernement était au courant pour Belfort, et ce fut la démission de Macron qui rendit la manip possible, dont tout le monde se fout (elle rend service aux frondeurs et à la droite qui en feront un exemple), ne délocalise qu’en France, et surtout permet de charger macron, justement, ce qui rend service à absolument tout le monde.
    Pour faire ce genre de chose (la reunion à 8h30, l’engagement à tout faire etc), il faut être un Hollande et être capable de se faire humilier.
    Cela tombe, je vous l’ai déjà dit, très bien: c’est un masochiste profond.

    • Pierre dit

      C’est confirmé.

      Alors même que Hollandouille bafouillait… la méchante direction d’Alstom :

      « Alstom est manifestement décidé à ne pas céder aux pressions du gouvernement. Le groupe, qui a annoncé la semaine dernière son intention d’arrêter la production de son site de Belfort, supprimant ainsi 400 postes, a officiellement entériné ce mardi sa décision, dans un communiqué interne remis aux salariés »

      Oh les méchants.

      Le cirque continue de plus belle.

      Et un lecteur a raison de rappeler : la cinglerie des pseudo dirigeants fin des années 90 qui voulaient t un groupe industriel… « sans usine » !

      Mais au-delà, je souhaiterais demander à tous les employés du site : « pour qui avez-vous voté en 1981, 1988, 1995, 2002, 2007, 2012 » ?

      En clair : des veaux comme tous les autres, qui ont voulu croire les boniments des politiciens, l’Euro, l’UE, l’immigration, les frontières ouvertes, la « mondialisation » et tout cette montagne de débilités profondes.

      Vous avez pêché (quelles que soient les raisons d’ailleurs)… maintenant vous payez.

      Juste retour des choses.

      Vous n’êtes pas SEULEMENT des victimes, mais aussi des petits bourreaux, à votre échelle.

      Et maintenant, il est trop tard.

      La cuenta.

      L’addition.

      Check bill.

      Et surtout échec et mat.

      • Ce n’est pas un échec et mat, Belfort, la ville de Chevènement méritait bien ça: socialiste en diable, adepte de tout ce que le socialisme a inventé de plus tordu pour ne rien foutre au son de l’internationale est mise en face de sa corruption.
        Au fait, nommé à la hauteur de son standing le gluant fondateur du Ceres, le maitre de la gauche de droite, ne dit rien et ne se présentera pas à l’élection pour protester.
        Ce que nous voyons c’est l’effondrement de la gauche et de l’idéologie ouvrière. Elle va pouvoir se consacrer à accueillir les migrants que Hollande va lui affecter. Viva la muerte !

    • Je ne comprends pas bien le sens de votre remarque. Macron ne faisait rien, tous ses sous ministres le disent, depuis un an.
      Si tant est qu’il est jamais fait quelque chose, à part bien sur notre écrasement sous les impôts en 2012, il était le conseiller économique de Hollande (adjoint, le titulaire était Trierweiler).
      Non il est parti la veille de l’annonce, une preuve supplémentaire qu’il savait.

  5. Westhoeck dit

    Hum… Nos Europhiles qui veulent consommer absolument français n’ont ils pas oublié une certaine directive européenne qui veut que les appels d’offres au dessus d’un certain montant (peu élevé par ailleurs) soient publiées au JOCE???

    Passer des marchés de gré à gré directement avec Alstom tombera immanquablement sous le coup de la directive européenne et entrainera une vigoureuse protestation des autre fournisseurs de matériels ferroviaires européens, accompagné fatalement d’une amende salée de la part de Bruxelles.

    Mais n’ayez aucune crainte, quelque soit le résultat de cette pérégrination, la dernière étape est toujours la même : « facturation aux contribuable ».

  6. bernie dit

    Il me semble que Sarkozy avait déjà nationalisé alstom. Lorsque que l’État nationalisé, il injecte un capital financier.
    Si la France sortait de la zone euro, il y aurait un abaissement de notre monnaie souveraine mais il n’y aurait plus ces règles de commerce qui tuent l’économie française.
    Les montants des emprunts contractés auprès de la banque européenne sont énormes. La banque de France peut faire beaucoup mieux avec des intérêts plus bas.

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