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Comment peut-on être Français, musulman et pro-palestinien?

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La révélation par l’Institut Montaigne d’un portrait-robot type du musulman français n’en a pas fini de faire couler l’encre et les commentaires. Ce portrait-robot soulève en tout cas une question majeure: celui de la cohérence des positions habituellement tenues par la communauté musulmane dans le conflit israélo-palestinien. D’une manière globale, nous assistons probablement à un retournement majeur des postures et des visions.

Le musulman face à Israël

Rappelons ici la doctrine arabo-musulmane classique sur la question israélienne. Une grande partie de l’antisionisme historique du monde arabe repose en effet sur l’idée qu’Israël est une exportation abusive au Proche-Orient du problème des réfugiés juifs européens en 1945.

Dans la charte de l’OLP, d’ailleurs, la présence juive n’était pas fondamentalement contestée par le mouvement palestinien, mais celui-ci plaidait pour la création d’un Etat unitaire laïque, où les Juifs auraient respecté les règles de l’Etat palestinien tout en disposant d’une liberté religieuse. Cette solution, présentée comme « terroriste » à l’époque par les partisans d’Israël, constituait le fondement possible d’une approche arabo-musulmane de la coexistence entre musulmans et non-musulmans.

Le monde arabe et la question des réfugiés

Au passage, un petit rappel sur les positions arabes vis-à-vis des réfugiés n’est pas inutile. En Europe, certains, comme le guignolesque et rassis Jean-Marie Cavada, adorent établir un parallèle entre les réfugiés appelés par Angela Merkel que nous serions méchants de refuser, et les réfugiés qui parcouraient nos routes en 1945, dont les survivants des camps d’extermination.

Ce parallèle est une fois de plus édifiant, puisqu’il montre combien l’Europe se culpabilise là où les victimes d’aujourd’hui n’avaient aucune culpabilité hier. Dans les années 30, en effet, les Palestiniens, pour des raisons qu’on ne jugera pas ici, se sont révoltés contre l’accueil sur leur territoire de Juifs européens persécutés. Le moins que l’on puisse dire est, qu’à cette époque, le monde arabe n’a eu aucun scrupule à s’opposer massivement et violemment à l’accueil de réfugiés européens sur son sol.

Si, comme Cavada et consors le revendiquent, nous devions nous inspirer des événements de 1945 pour traiter la question des réfugiés, c’est donc un mur de barbelés que nous devrions construire, et c’est une guerre que nous devrions déclarer…

Ajoutons que, si le monde arabe n’a pas eu beaucoup de tendresse pour les réfugiés juifs qui arrivaient en Palestine à cette époque, il n’en a guère eu beaucoup plus pour les réfugiés palestiniens qui se dispersaient dans les pays voisins. Les Syriens, que nous accueillons à tour de bras aujourd’hui, font d’ailleurs partie des peuples qui ont réservé le pire accueil aux Palestiniens en 1948, les admettant au compte-gouttes et les marginalisant de façon institutionnelle, y compris plus de soixante ans après leur arrivée.

Bien entendu, cela ne signifie pas que nous devons imiter le mauvais traitement réservé aux réfugiés par le monde arabe dans les années 40 et 50. Mais il faut simplement que les donneurs de leçon arrêtent de nous raconter des bobards sur notre prétendue malice contemporaine.

Que nous apprend le rejet des réfugiés par le monde arabe?

Lorsque les Palestiniens ont vu la communauté (le Yichouv) juive se gonfler jusqu’à constituer l’embryon d’un Etat indépendant, processus commencé avec les premières alyiah des années 1880 et achevé en 1948, ils ont (à bon droit dirait-on) réclamé de cette communauté un respect des règles locales. C’est précisément parce que la communauté juive de Palestine a entrepris, dès les années 20, des négociations avec les voisins arabes pour accéder à l’indépendance que les Palestiniens ont pris les armes.

Leur objectif était de défendre leur identité sur leur sol. Chacun, on le sait, a sa perception du sujet, et notamment sa perception de la légitimité historique de la communauté juive à créer un Etat religieux en Palestine. Il n’en reste pas moins que le combat palestinien a reposé sur l’idée que les nouveaux arrivants ne pouvaient abusivement changer les règles du jeu établis, et qu’ils devaient s’intégrer plutôt qu’imposer leurs règles.

C’est sur ce fondement que beaucoup d’Européens ont pris fait et cause pour le combat palestinien: sur l’idée qu’un arrivant doit s’intégrer aux règles indigènes et non les modifier abusivement. D’une certaine façon, le combat propalestinien est un combat en faveur de l’intégration des immigrés, y compris sur plusieurs générations.

Peut-on être pro-palestinien et porter le voile en Europe?

D’où la sidération lorsque ceux qui, en France, s’associent à la souffrance des Palestiniens et revendiquent une solution juste en Palestine, prennent aussi fait et cause, selon un insupportable deux poids deux mesures, pour des comportements en France qui sont à rebours de ceux qu’ils prônent pour les Juifs en Palestine.

Prenons l’exemple de la viande halal dans les cantines scolaires publiques. On peut imaginer que certains prônent aujourd’hui l’introduction d’une nourriture consacrée dans un établissement laïque. Mais, dans ce cas, on admet qu’on n’aime pas la laïcité, ou bien qu’elle dérange, et on ne défend pas la souffrance du peuple palestinien lors de l’arrivée des réfugiés juifs en Palestine.

Être pro-palestinien, c’est en effet revendiquer pour les peuples autochtones le droit à défendre leur identité et leurs valeurs, en les considérant par principe comme supérieures et légitimes par rapport à celles des nouveaux arrivants.

En France, nos valeurs depuis plusieurs siècles sont fondées sur des idées simples et pacifiques. En particulier, nous avons fait le choix (comme beaucoup d’autres pays européens d’ailleurs) de vivre dans des groupes où les appartenances religieuses ne sont pas affichées. Il en va de la paix publique que nous souhaitons préserver. C’est pourquoi nous sommes allergiques aux signes religieux ostentatoires pour les profanes.

Le fait que le gouvernement de Vichy ait imposé aux Juifs le port de l’étoile jaune continue aujourd’hui à constituer un traumatisme collectif. L’étoile jaune est le symbole de tout ce que nous, Français, détestons et détesterons longtemps encore: les distinctions ouvertes entre communautés, leur affichage collectif, institutionnel, dirait-on, la stigmatisation de l’autre sur des critères religieux.

Il est impressionnant de voir aujourd’hui que ce refus de la stigmatisation communautaire soit invoqué par les musulmans pour justifier son contraire. Porter le voile, ou la djellabah, dans le contexte que nous connaissons, signifie bien entendu le refus des valeurs françaises de discrétion sur l’appartenance religieuse. C’est une façon de revendiquer haut et fort ce que les Français de bonne volonté ont combattu en 1940, souvent au péril de leur vie. C’est une façon de défier les valeurs indigènes de tolérance religieuse, et c’est marquer sa préférence pour un changement des règles collectives où chacun se définira par son appartenance religieuse.

De cela, nous ne voulons pas. La concorde que nous connaissons nous va bien et nous ne souhaitons pas connaître l’obédience religieuse d’une femme lorsque nous la croisons dans la rue.

Il est d’ailleurs incompréhensible de voir que tous ceux qui exècrent (à juste titre) Vichy et sa discrimination raciale trouvent souvent des mots de sympathie pour des comportements, au sein de la communauté musulmane, qui sont à rebours de leur combat. Entre porter le voile et revendiquer l’étoile jaune, sur le fond, où est la différence de nature? Nous n’avons pas voulu l’étoile jaune, et nous avons eu raison. Je ne vois pas pourquoi nous voudrions le voile.

10 commentaires

  1. Jules Moch dit

    La révolution camarade! L’immigré a remplacé le prolétaire. La digue de l’égalité hommes/femmes est en train de céder.Les marxistes ont soutenu le FLN qui portait une vision rétrograde du statut de la femme, un des chefs FLN de la Casbah ,Ali la pointe, était un maquereau.

  2. yoananda dit

    Vous avez raison de relever l’hypocrisie de beaucoup de musulmans.
    La Palestine est un bon marqueur.

    Les musulmans se sentent le plus souvent plus palestiniens que Français.
    Ils le disent eux même : ils ne sont d’accord sur rien, sauf sur l’islamophobie et la cause palestinienne.
    Même en admettant qu’ils soient pro-palestinens : si la France (par exemple) soutient Israël contre la Palestine, ils ne s’excusent pas en tant que bourreaux français, ils se sentent victimes en tant que Palestiniens.
    Quand il s’agit d’être vraiment français, c’est à dire, pas seulement pour toucher les allocs, mais pour assumer la part d’ombre de la nation… il n’y a plus personne.

    Les musulmans ne se sentent français que quand ça les arrange. La oumma en premier. C’est normal, c’est ce que répète inlassablement le Coran de différentes manières.
    J’en ai coincé plus d’un sur ce sujet sur les forums.

    Quand au voile, c’est simple : c’est une prescription religieuse qu’on devrait tolérer au nom des droits de l’homme … contraires à leurs prescriptions religieuses !

    C’est le problème de tous ces musulmans qui se veulent « modérés » : ils sont empêtrés dans ces contradictions. Les radicaux les assument. Mais la volonté des radicaux et des modérés est la même : vivre en bons musulmans, islamiser autant que possible.

    Lisez le Coran, tout est écrit dedans.

  3. Pierre dit

    C’est parce que Vichy c’est « mal », et que l’Islam c’est « bien ».

    Vous n’avez pas reçu le mémo ?
    😉

    J’aime assez vos multiples pirouettes au sujet des Palestiniens, des Juifs venant d’Europe, et le faux parallèle entre étoile jaune de Vichy et le voile, et le repassage du zombie Cavada.

    Mais au-delà des Palestiniens, la vraie question de votre papier est : « Que nous apprend le rejet des réfugiés par le monde arabe? »

    Car la grande majorité des pays arabes… ne veulent pas de « réfugiés » chez eux !

    C’est évident pour les pétro monarchies…. Mais aussi : l’Algérie par exemple. Au bled, on n’aime vraiment, vraiment pas les blacks venant du sud, hein…

    Ou même au pied du métro Stalingrad (tout un symbole)…. où les Afghans se foutent sur la gueule régulièrement avec les Soudanais… Ou l’inverse.

    Quelle harmonie, quelle entente…

    Bref.

    Un bémol : vous parlez de l’antisionisme des arabes, pour le coup le mot est… faible. C’est bien d’antisémitisme dont il s’agit !

    Mais ça aussi, selon le mémo, c’est pas… kosher. Pardon hallal, je m’embrouille.

    Dire que de très nombreux musulmans sont des antisémites qui feraient rougir Hitler ainsi que le Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini… ça « stigmatise ». C’est pas bon pour le « vivre ensemble ».

    Ah décidément, le monde est compliqué.

    Et les hommes ne changent pas…

    Les constructivistes se prennent des pains dans la gueule en permanence, et pourtant ils continuent à fantasmer le monde, le Réel.

  4. Ikomal dit

    Allons, ne faites pas semblant de croire que gens sont égaux en droit et que les peuples se valent.
    La seule logique, c’est la victimologie, et que c’est celui qui a affiche la victimisation la plus forte a toujours raison, n’importe où et dans n’importe quelle circonstance.
    Toutes choses égales par ailleurs, vous perdez si vous êtes plus riche, blanc, mâle, hétérosexuel, de culture occidentale, laïc, non délinquant, et du cru.
    Pour traiter les cas de victimologie concurrente, il suffit de décliner la règle initiale, et donc, faire l’inverse de ce que le riche, blanc, mâle, hétérosexuel, de culture occidentale, laïc, non délinquant, local aurait pensé. Donc, par exemple, si un noir hétérosexuel français vole une pauvre étrangère homosexuelle blanche, alors c’est le premier qu’il faut défendre (puisqu’il est question d’un vol , c’est le caractère « délinquant » qui fait du premier la principale victime), mais si il la drague, c’est la seconde (puisqu’il est question de sexe, c’est le caractère « femme » qui fait de la seconde la victime).

    Et donc l’européen, blanc, mâle, a tort. Par principe, toujours et partout.
    Il avait tort quand il débarquait en Algérie ou en Palestine, car il n’était qu’un infâme colonialiste, impérialiste (même en étant juif, dans le second cas ; c’est même une circonstance aggravante, en fait. ).
    Il a encore tort quand il s’oppose à ce que des algériens ou palestiniens, débarqués chez lui, y reconstitue des enclaves qu’il qualifie moyenâgeuses, car il n’est qu’un arrogant raciste, impérialiste culturel qui veut (c’est trop affreux, je n’ose l’ecrire) maintenir l’odieux patriarcat qui aliène la femme et lui fait croire que le bikini est sa libération, alors que c’est une exploitation libidineuse du corps féminin, et donc le burkini qui est sa libération.

    Et là, vous voyez bien que tout est « logique » et que la contradiction que vous relevez disparait.

  5. Le parallèle entre réfugiés juifs d’Europe en palestine et réfugiés arabes en Europe est évidemment totalement inapproprié.
    D’abord, la présence juive en palestine, et vous le rappelez est ancienne, d’abord antique, pour commencer, et aussi liée au sionisme à la fin du XIX ème siècle. Le problème n’est absolument pas celui de la remise en cause d’une état arabe ou palestinien, qui n’existait pas, et qui ne souhaitait pas exister, mais bien de la simple instauration d’un état juif sur un territoire musulman. Point final. Tout le reste de la dispute en est issu.
    Car les prédications religieuses, vous entendez bien -religieuses- considèrent comme sacrilège la présence de cet état au coeur de la terre sacrée islamique. Elles sont répétées lors des prêches et TOUS les avis « politiques » ou « humanitaires » liés à la palestine exprimés par des musulmans sont en fait l’expression d’une désapprobation religieuse de la présence juive à Jérusalem. Pour eux, c’est exactement comme si on chiait jour et nuit dans leurs mosquées. Insupportable.
    Cette question « fécale » a d’ailleurs une réalité: lors de la conquête militaire du mur des lamentations par les israéliens, la première action de l’infâme armée sioniste fut de détruire les latrines installées depuis toujours près du mur.
    Ce que l’islam n’accepte pas, et on le voit et l’entend dans TOUT le monde musulman c’est ce « manque de respect »: des juifs à Jérusalem, le deuxième lieu saint de l’Islam ! Tant que ce le sacrilège ne cessera pas et qu’accessoirement les profanateurs ne seront pas punis, il y a aura guerre religieuse. Point final.

    Face à cela il faut choisir son camp: un pays occidental démocratique face à un peuple du tiers monde dégénéré adepte d’une religion régressive et fanatique.

  6. Bruno dit

    Article intéréssant, Eric Verhaeghe, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le parallèle que vous faites (d’ailleurs en n’allant pas jusqu’au bout).

    S’i vous avez raison de dire;  » « Être pro-palestinien, c’est en effet revendiquer pour les peuples autochtones le droit à défendre leur identité et leurs valeurs, en les considérant par principe comme supérieures et légitimes par rapport à celles des nouveaux arrivants. » cela ne veut pas dire pour autant qu’être « pro sioniste » impliquerait que l’on soutient l’arrivée d’une communauté « islamiste » en France.

    La montée de l’islamisme n’est pas seulement la montée d’une communauté aux valeurs « exogènes » à la société Française, mais la montée d’une communauté qui, au nom d’un suprémacisme musulman, veut, à terme, rentièrement remplacer les notres.
    Cela le semble TRES différent.
    La force des sociétés ouvertes c’est leur capacité à grandir en incorporant des cultures à priori exogènes. Un exemple: l’expansion du boudhisme en France qui ne pose pas de problème en soi.
    Le rejet par le monde arabe de l’arrivé des israeliens est le fruit d’une fermeture des sociétés islamisées qui ne laissaient de place au juif que comme un dhimmi… aucun rapport avec la situation actuelle en France.
    Moi je suis contre l’islamisme non pas au nom du rejet d’une culture au moeurs exogène mais car je m’oppose à son suprémacisme.

  7. Citoyen dit

    Et pour en rajouter une couche sur le rapport de l’Institut Montaigne, BFM TV Poubelle est allé chercher le putride Mythe Errant de Vichy pour nous dire que la France serait un peu arabe … c’est tout ce qu’ils ont comme référence !

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