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Les entrepreneurs français face à Trump

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Les entrepreneurs français ont subi une grande vague de désinformation sur le programme de Donald Trump depuis plusieurs mois. Pourtant, le personnage mérite qu’on s’y arrête et qu’on s’y intéressé par-delà les clichés et les lieux communs dont il a pu concentrer le feu.

Trump et le multilatéralisme appelé libre-échange

Pour les entrepreneurs français, le discours de Trump sur les grands accords commerciaux multilatéraux mérite un examen particulier. Beaucoup savent la difficulté de concurrencer sur notre marché intérieur des produits fabriqués dans des pays où la réglementation est plus souple et plus clémente. Trump est parti de cette difficulté pour bâtir son discours sur les accords commerciaux multilatéraux qui changent la donne intérieure aux Etats-Unis.

D’une manière générale, Trump a dénoncé la concurrence déloyale que ces accords permettaient sur le marché intérieur américain. Pour le nouveau président américain, le libre échange est l’une des causes de la désindustrialisation aux USA, dont les conséquences sociales sont lourdes. Peu d’entrepreneurs français prendront une position adverse.

Trump a osé porter le fer contre le libre-échange dans sa version contemporaine. La question mériterait d’être posée en France, y compris au vu de la concurrence à laquelle les pays de l’Europe Orientale se livrent.

Vers un New Deal assumé aux USA?

Dans son discours de remerciement après son élection, Trump a annoncé son intention de réinvestir dans les infrastructures publiques. Cette politique de dépenses publiques, proche d’un New Deal rooseveltien, serait menée en même temps qu’une baisse d’impôts importante.

Cette simultanéité entre baisse de la pression fiscale et activation des dépenses publiques retiendra là encore l’attention des entrepreneurs français, dans la mesure où elle répond à des préoccupations fortes.

En effet, si la France se distingue par un matraquage fiscal en bonne et due forme (spécialement sur les revenus personnels des entrepreneurs) qui devient intolérable et suscite une forte résistance l’impôt, elle peut aussi s’attrister devant la faible performance de ses services publics. Avec 5 millions de fonctionnaires et des légions de secteurs protégés de la concurrence (comme le rail), le produit de l’impôt et de la rente est en effet très faible.

La question mériterait d’être, là encore, posée en France.

Trump face au numérique

Peu relayé en France, le discours de Donald Trump sur la révolution numérique mériterait pourtant, et là encore, un examen attentif. Avec une certaine cohérence, Trump a manifesté sa méfiance vis-à-vis de l’univers numérique. Ce n’est guère surprenant, dans la mesure où il s’est plutôt fait l’avocat des perdants dans le grand basculement industriel auquel nous assistons. Voici donc un chef d’entreprise plus sensible à la cause industrielle qu’à l’enjeu Internet.

Après le piratage de données dont Sony avait été victime, il avait notamment déclaré, sur un ton libertarien:

« The internet and the whole computer age is really a mixed bag. It makes life easier in some ways, but in a lot of ways it makes it much more complex. »

<L’Internet et tout cet univers informatique est en réalité un fourre-tout. Il peut simplifier la vie à certains égards, et à beaucoup d’autres il la rend bien plus complexe>.

Cette méfiance et ce scepticisme expliquent la méfiance de la Silicon Valley pour le nouveau président. Etant entendu que tout ce petit monde a un besoin crucial de cerveaux immigrés pour travailler… et que le discours de Trump sur l’immigration ne les réjouit donc pas.

Les entrepreneurs français peuvent retenir quelques idées du discours de Trump

Au total, les entrepreneurs français feraient bien d’interroger quelques idées trumpiennes, par-delà, répétons-le, le prurit de la haine distillée par les médias officiels en France. Si l’on met à part les provocations déplacées du candidat, on retrouve en effet quelques thèmes qui méritent un débat sur le fond.

Le premier thème est incontestablement celui de la relance et de l’activation des dépenses publiques. L’Etat stratège ou régulateur qu’on nous vend, en France, depuis plusieurs années, est d’abord un Etat employeur et recruteur. L’efficacité des services qu’il propose est très contestable, de telle sorte que nous vivons cette situation paradoxale où moins l’Etat agit, plus il recrute.

Inverser cette tendance et mettre l’accent sur l’efficacité des dépenses publiques, jointe à une baisse de la pression fiscale, mérite sans doute une vraie réflexion et un débat transparent.

Le second thème est celui du libre-échange ou, en tout cas, de ce qui nous est présenté comme tel, à savoir une immense division mondiale du travail où certains pays se spécialisent dans la production pendant que d’autres se spécialisent dans la consommation à crédit. On voit bien que ce système atteint aujourd’hui ces limites et les réinterroger sereinement, mais en profondeur, n’est probablement pas une démarche inutile…

Le phénomène Trump changera la vie des entreprises européennes

Quoiqu’en en pense, et quelle que soit la façon dont le mandat de Trump se déploiera, les entreprises européennes, et singulièrement françaises, ne pourront vivre à l’abri de ce qui se passe aux Etats-Unis. Le mandat de Trump, qu’il soit actif ou pas, marquera un tournant idéologique majeur, sans compter la digue qu’il a d’ores et déjà fait sauter.

Trump démontre en effet qu’il ne sert à rien de stigmatiser les « populismes » pour les combattre. Ce message mériterait d’être étudié longuement par les politiques français.

3 commentaires

  1. Logaro dit

    L’arrivée de Trump à la tête des Etats-Unis est sans doute une chance unique ( et à saisir) d’avoir une autre approche au commerce entre nos deux pays et surtout de voir en Trump un dirigeant qui va imposer de nouvelles pensées politiques et d’une nouvelle approche diplomatique. Pour les industriels, oubliez la politique et les élections et concentrez-vous sur vos rapports économiques et commerciaux avec l’Amérique. Vous y gagnerez!
    lire pour vous aider
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/
    2016/11/la-voix-de-depar-dieu.html

  2. « Le second thème est celui du libre-échange ou, en tout cas, de ce qui nous est présenté comme tel, à savoir une immense division mondiale du travail où certains pays se spécialisent dans la production pendant que d’autres se spécialisent dans la consommation à crédit.  »
    Vous savez très bien que le libre échange a tendance à spécialiser les productions, et la consommation à crédit n’en est pas une: elle est un facteur d’appauvrissement, et les US le vivent un peu.
    Une théorie: si il y a vraiment des pauvres blancs aux US, pourquoi diable font ils venir des pauvres mexicains ? Deux théories: les pauvres blancs demandent trop cher, ou bien ne se déplacent pas là où on a besoin d’eux. Il y a aussi une autre : les mexicains ont déjà occupé massivement des terres où les pauvres blancs ne veulent pas aller de peur d’être en minorité. Pour l’instant.
    D’autre part, si comme le dit Trump, le chômage est vraiment à 20 % (et non pas à 6, comme on le dit officiellement) comment mangent les vrais chômeurs ? La question est celle là.

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