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Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche?

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La candidature d’Emmanuel Macron annoncée aujourd’hui diminue-t-elle de façon irrémédiable les chances que la gauche pourrait avoir de gagner? S’il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer à quoi pourraient ressembler les résultats du premier tour des présidentielles, certains, à gauche, peuvent légitimement redouter que la candidature de Macron ne produise les mêmes résultats que celle de Christiane Taubira en 2002…

Macron chouchou des sondages pour la gauche

Certes, la campagne n’a pas encore commencé à gauche. Le paysage politique est donc loin d’y être fixé. De façon constante, néanmoins, Macron y est décrit comme favori par plusieurs sondages. Il devance largement à la fois Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon.

Redisons-le, ni Montebourg ni Mélenchon n’ont réellement donné le plein de leur campagne. Toutefois, l’un et l’autre ne pourront complètement ignorer le candidat Macron, dont les propositions sont encore largement inconnues. Ce dernier reçoit toutefois le soutien des partisans d’une gauche libérale modernisée dont le poids électoral exact est encore méconnu. Mais il est très probable que Macron représente plusieurs points de scrutin le jour de la présidentielle, soit au moins un million de voix. Peut-être plus…

La terrible mathématique des présidentielles

Un, deux, trois millions de voix (soit environ 6% au premier tour): ces chiffres mettent la gauche en risque manifeste. À la louche, 37 millions de Français devraient voter au premier tour en 2017. Pour obtenir 25% des voix, il faut donc décrocher entre 9 et 10 millions de voix.

Au premier tour de 2012, Hollande avait obtenu 10,2 millions de voix et Sarkozy 9,7 millions de voix. Marine Le Pen, donnée en tête du premier tour l’an prochain, avait récupéré 6,4 millions de voix. Ces chiffres donnent des bornes hautes significatives: pour se qualifier au second tour, il faut décrocher entre 6 et 10 millions de voix.

L’expérience de 2002 est encore plus parlante. L’abstention avait atteint 30% au premier tour et moins de 30 millions de Français avaient voté. Jacques Chirac avait viré en tête avec 5,6 millions de voix, et Jean-Marie Le Pen en avait obtenu 4,8 millions. Jospin avait été éliminé avec 4,6 millions. Il s’agit là de bornes basses: avec moins de 5 millions de voix, le candidat est en risque d’élimination.

La physionomie de 2017

En l’état, la présidentielle de 2017 pourrait donner lieu à un scénario intermédiaire entre 2002, avec beaucoup de candidats au coude-à-coude autour de 5 millions de voix, et 2012, où deux candidats s’étaient détachés autour de 10 millions de voix dès le premier tour.

Une projection simple laisse à penser qu’avec près de 7 millions de voix, Marine Le Pen pourrait être qualifiée au second tour. Si elle « virait » en tête, cela signifierait donc que son challenge se situerait autour de 6 millions de voix. Mathématiquement, ce calcul laisse la place à deux candidatures majeures à droite: l’une issue de la primaire, et l’autre contestant les résultats de cette primaire.

Dans cet ensemble, un candidat de gauche pourra-t-il rivaliser avec un duo Le Pen-Les Républicains? Toute la question est là: la gauche doit se trouver un candidat capable de dépasser les 6 millions de voix au premier tour.

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017?

Face à ces chiffres, Macron, crédité (sur des échantillons non significatifs de 1.000 personnes) de 34%, peut en l’état créer une surprise. Cela suppose toutefois que ces bons scores durent par-delà la campagne de la gauche qui va commencer, et se traduisent dans les urnes.

On peut penser que la primaire de la gauche modifiera fortement la physionomie de la campagne menée par Macron. Personne ne sait, en l’état, si Hollande ou Valls seront candidats. Personne ne sait quel sera le score de Montebourg. Toutes ces inconnues pèsent fortement sur la recomposition des espérances de vote. Une primaire avec Hollande battant Montebourg ne donnerait absolument pas les mêmes chances de succès à Macron, qu’une primaire sans Hollande avec une forte victoire de Montebourg.

Dans tous les cas, un Macron obtenant 5% des voix au premier tour enlèverait à la gauche environ 2 millions de voix à son camp, ce qui est énorme.

Le fait Mélenchon incontournable

Dans ce paysage complexe, rappelons encore qu’en 2012, Mélenchon avait totalisé près de 4 millions de voix. Tout laisse à penser que son score de 2017 ne devrait pas se situer au-dessous de cette ligne de flottaison. Ses chances seront accrues si les militants communistes lui accordent leur confiance.

Une hypothèse d’un Mélenchon situé probablement entre 4 et 5 millions de voix rend particulièrement sensible la candidature Macron. Le couple Macron-Mélenchon pourrait constituer une sorte de trou noir d’au moins 7 millions de voix pour la gauche… soit près du quart du corps électoral qui se déplacera probablement aux urnes en mai 2017.

On le voit, la situation devient très compliquée pour le candidat de gauche restant. Le maintien d’une candidature écologiste, et de candidatures anti-capitalistes, n’aidera pas à passer le cap du premier tour au vu de la portion congrue qui reste.

Macron dans la durée…

L’inconnue majeure qui reste est de savoir quelle peut être la durée de vie d’un Macron. Pour l’instant, l’intéressé n’a pas dévoilé son programme et peut surfer sur le mythe de l’homme nouveau qui « rompt » avec le système. On peut parier que cet effet s’amoindrira, voire disparaîtra, à mesure qu’il sortira de ses ambiguïtés. On peut même compter sur ses amis de gauche pour ne lui faire aucun cadeau sur ce sujet.

Ce qui se jouera dans les prochaines semaines porte sur le manteau de voix que Macron devrait recueillir. Soit Macron parviendra à maintenir l’illusion (drolatique) qu’il n’est pas issu du système (lui, l’inspecteur général des finances enrichi dans la banque d’affaires), et il peut espérer s’approcher du second tour. Dans ce cas, il fossoiera définitivement l’ensemble de la gauche.  Soit la baudruche Macron se dégonfle, et la gauche retrouve une chance de passer au deuxième tour. Plus la baudruche se dégonflera, plus grande sera cette chance.

Macron, principal ennemi de la gauche

Pour le candidat issu de la primaire à gauche, il y aura donc une urgence: tailler des croupières à Emmanuel Macron. Une certitude est acquise aujourd’hui et une seule. La campagne de la gauche sera sanglante dans ses propres rangs, et produira l’effet probable d’une implosion atomique.

17 commentaires

  1. Macron est une entité médiatique virtualisée dont le seul rôle est de stimuler la vente de publicité dans les journaux de gauche pendant la destruction totale à venir de tout ce qui peut encore ressembler à un marxiste. Il est très exactement une marionnette, chargée de distraire, la seul chose qui justifiera quelques projecteurs braqués sur l’ambulance.
    Assez bien calibrée, toutefois pour nuire à Fillon, le candidat préféré des fonctionnaires, le plus cruel des possibles vainqueurs.
    En effet, la manip montée depuis le début consiste à favoriser à tout prix les repris de justice, passés et futurs, le meilleur adversaire étant celui qu’on peut à raison condamner et juger mauvais. L’ennemi principal est donc Fillon, et le candidat préféré Sarkozy, à défaut la victoire de Juppé permettant de sauver les meubles.
    Obsédé par lui, le clan Jouyet (et peut être Hollande, celui ci est assez masochiste pour se faire écraser les burnes à ce point) a tout fait pour le déconsidérer jusqu’à bruler ses vaisseaux avec un livre porteur d’un seul mensonge, celui de Jouyet, jusqu’à monter une candidature libérale bidon, pour attraper un peu de l’air du temps, qui oui est maintenant à la seule chose à faire: la libéralisation d’un pays bloqué.

    La remontée subite de Fillon, surprise du dernier moment devait être bloquée médiatiquement: l’annonce subite de la candidature AVANT la primaire a pour objet et avantage de détourner l’attention. Une sorte de dernier coup de tapette avant l’inéluctable.
    Je pense que c’est trop tard au demeurant, mais un petit effort supplémentaire me parait justifié, il faut maintenant que Pierre se décide, il lui faut payer 2 euros et voter Fillon.

    • Pierre dit

      Vous m’avez presque convaincu cher François. Et dimanche il se pourrait que je fasse cet effort surhumain…

      Même si je pense que la subite percée de Fillon dans les sondages est une énième manip’.

      Et même si je continue de penser que cette campagne est, fondamentalement, bonapartiste…

      C’est la ligne Besson qui est en phase avec le pays et la grande vague anti globalisme.

      Or c’est Sarkozy qui continue de mieux incarner cette ligne, et de mieux la « dire » (exemple quand il répète dans son meeting : « ici on est en France »… cela parait anodin mais ça parle aux gens).

      Bref. Plus que quelques jours de suspens… Courage François ! 😉

  2. Pierre dit

    Errare humanum est, perseverare diabolicum.

    Vous semblez fasciné par Macron.

    Inutile de souligner le côté grotesque de l’annonce de Macron… une semaine après la victoire de Trump.

    Macron n’a rien compris, et ne comprendra jamais rien. Il n’est pas en phase.

    Enfin, autre preuve : le lieu de son annonce.

    Dans le 9-3, à Bobigny dans un lycée professionnel…

    On ne peut pas imaginer grand-écart plus grand, à s’en faire péter les collants et les strings.

    Macron est le candidat des bobos parisiens et des centristes hystériques… En clair : des queues de cerise.

    Son humiliation sera totale quand il sera loin derrière Mélanchon.

    Enfin, autre critique mais non des moindres : son côté vierge effarouchée, « je me présente, mais je me présente pas », à jouer sa mijorée sur les dates, crétin et gnangnan, est réellement insupportable.

    Macron est un gamin. Un enfant gâté.

    Laissons-le dans son bac à sable.

  3. Logaro dit

    La candidature de Macron aura un premier effet: l’élimination de Hollande qui d’après une lettre reçue de l’Elysée par votre chroniqueur ne se représentera pas à la présidentielle. C’est déjà un effet salutaire. Puis face à ce sang nouveau virons les vieux croutons comme Juppé, autre bénéfice de la présence de Macron
    suite sur
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/
    2016/11/bravo-macron-emmerde-les.html

  4. Ikomal dit

    Macron est un jeunot qui a choppé la grosse tête. Il n’a aucune expérience électorale, il n’est pas Bonaparte (aucune campagne d’Italie à faire valoir, aucun contingent de troupes fidèles à faire intervenir), ni De Gaulle (sauveur de la France, doté d’un réseau immense de fidèles et de sympathisants de tous bords), ni Trump (extraordinaire bateleur commercial à grand succès, grosse fortune).
    Il s’est fait « enflé » par des gens qui le financent et le portent… mais je ne sais pas qui (j’imagine la gauche « caviar », celle des Badinter, Strauss-Khan, Bergé, etc.), ni, surtout, pourquoi. Qu’espèrent ces gens ?

  5. Citoyen dit

    Et dire que le Pépère le voyait comme son fils spirituel, au point de penser lui léguer son scooter !
    La reconnaissance du ventre n’est plus ce qu’elle était …. Voila que la vessie se prend pour une lanterne.
    D’autant qu’il peut se targuer d’une réussite exceptionnelle … Celle d’avoir crée les lignes de cars micron.

  6. Rico dit

    Concrètement Macron n’est pas à gauche mais à droite. Il risque plutôt de prendre des voix qui auraient été vers Juppé ou Sarkosy et qui ne peuvent se résigner à voter Fillon et son programme de destruction de la France au profit de quelques riches parasytes, ou Lepen et son populisme de mauvais augure. Les voix sont diluées de toute part et ça fait simplement peur aux élites qui nous pillent car e risque est que les gens votent pour des idées plus que pour un parti ou une direction politique qui de toute façon ne sera pas tenue.

  7. désirdechangement dit

    M.Macron n’a pas le niveau pour pouvoir bien gouverner la France dans les années à venir.Si l’on suit ces gens qui ont une très haute idée d’eux-mêmes (alors qu’en fait la trace qu’ils laissent dans la mémoire collective est insignifiante)il n’y a pas de problème dans les hôpitaux,dans les campagnes,dans la police,dans l’enseignement (y compris supérieur),dans la jeunesse.Tous les enjeux majeurs qui nous occuperont demain,qui mobilisent pourtant déjà la réflexion,l’énergie,l’intelligence de très nombreux Français sont tout simplement passés sous silence,oubliés,escamotés.C’est la raison pour laquelle ces « responsables » amusent les électeurs depuis déjà assez longtemps.Non seulement les problèmes ne sont jamais pensés mais en plus de cela les préconisations avancées ne peuvent que faire empirer la situation.Un exemple:l’idée absurde consistant à ne plus faire peser les prélèvements sociaux sur les revenus du travail mais sur la fiscalité (directe & indirecte).Le démantèlement de la Sécurité sociale (à laquelle pourtant même la droite s’est ralliée),envisagé à terme inévitablement est d’une stupidité sans nom.Ces « responsables » politiques dont la légitimité ne repose même pas sur le suffrage universel sont d’un niveau tellement affligeant qu’ils portent atteinte à la dignité du peuple français.C’est une source de désespoir.Nous devons renouer avec la politique en nous appuyant sur des leaders dignes de ce nom,à la hauteur des enjeux,des évènements,des défis.Yannick Jadot,Benoït Hamon,Jean-Luc Mélenchon ont le niveau pour faire face à une situation difficile pour la France :de nombreux problèmes trouvent des solutions,les vrais enjeux sont dits et pensés.Des millions et des millions de Français aspirent au vrai changement.Nous pouvons changer le cours des choses.

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