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Fillon face à la réaction nobiliaire

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La réaction nobiliaire se crispe. Pour Fillon, c’est brutalement Orages d’Acier qui se joue. Le tir de barrage est violent, et le candidat est sommé de prouver sa moralité sur les points qui font les marqueurs nobiliaires: l’avortement est-il ou non un droit fondamental? Russie ou pas Russie? colonialisme ou pas colonialisme? La police de la pensée vérifie ses papiers pour être sûr qu’il n’est pas un indésirable.

Quelle aristocratie impose la réaction nobiliaire?

L’exercice n’est pas sans intérêt. Il fait tomber les masques et montre qu’il existe une plus grande proximité entre une certaine gauche et une certaine droite, qu’entre les composantes de la droite elle-même. Ceux qui, après l’élection de Trump, rejetaient le procès fait aux élites (indiquant qu’elles n’existaient même pas, ou alors qu’on avait besoin d’elles) sont aussi les premiers à agiter les angoisses qu’un Fillon peut susciter.

Ce gars-là serait passé en quelques années d’un gaullisme social à une sorte de prélude au fascisme. Il nierait le droit des femmes. Il condamnerait l’avortement. Il ferait partie d’une conspiration tentaculaire ourdie par l’extrême droite catholique, etc. Tous les bien-pensants prompts à dénoncer le complotisme chez les autres s’en donnent à coeur joie à leur petit complotisme à eux.

Qui sont-ils? on retrouve dans les rangs de ces honnêtes gens toute la classe sociale dirigeante, protéiforme et parfois dissonante, qui tire profit de la vague étatiste depuis 30 ans: ceux qui ont prospéré avec Mitterrand, et ont applaudi lorsque Chirac, puis Sarkozy, renonçaient à réformer la rente. Ceux qui se savent menacés par la révolution numérique parce qu’elle rebat les cartes du pouvoir et qu’elle compromet l’ordre qui les légitime.

Les bien-pensants craignent que Fillon mette son programme en oeuvre

Ceux-là ont une idée en tête que l’on comprend en creux.

Avec un Juppé, les règles étaient simples: Marine Le Pen ferait un bon score, et Juppé victorieux avec les voix de la gauche mettrait de l’eau dans sa bière pour supprimer toute forme d’alcool. On en reprendrait pour cinq années d’immobilisme et d’arbitrages à la petite semaine, un coup à droite un coup à gauche et que je navigue à vue pour éviter les secousses.

La méthode est bien connue. Elle est celle qui plaît à l’aristocratie française depuis qu’elle se sait en sursis, qu’elle se cramponne à la paroi en espérant mourir de mort naturelle avant que le naufrage définitif ne se produise. « Encore un instant Monsieur le bourreau ».

Avec Fillon, les règles changent. Le bonhomme ne doit pas son bon score à des émissions de complaisance, de copinage, où un magnat de la presse lui rend un service en échange d’une bienveillance une fois au pouvoir. Il doit son succès à une campagne menée en marge des médias subventionnés. Donc… on ne le tient pas. Si cela se trouve, son programme, il va réellement le mettre en oeuvre.

La peur de voir une longue lignée d’immobilistes interrompue par un fou qui mettrait ses promesses en oeuvre, voilà ce qui parcourt la bien-pensance aujourd’hui.

Qui soutient Fillon aujourd’hui?

Et soudain c’est une autre France qui se dévoile dans les rangs discrets de ceux qui ont voté Fillon. On y trouve un étrange et peut-être éphémère conglomérat de bourgeois catholiques Cyrillus, de chefs d’entreprise au bord du burn-out, de cadres dirigeants, d’insiders, qui savent que la machine est grippée et qu’elle roule sur la jante depuis 2012.

Tous ceux-là sont au fond la bourgeoisie qui a fait 1789: ceux qui absorbent chaque jour le choc de la révolution numérique, avec aux pieds les boulets d’une réglementation française foisonnante et obsolète. Ceux-là savent que la condition de survie dans un monde métamorphosé consiste bien à tailler dans le dur des normes qui figent le pays, à changer de peau. Ceux-là parient, à tort ou à raison, que Fillon est une sorte de dernière chance avant le naufrage.

Comme en 1789, la réaction nobiliaire

Entre l’aristocratie qui vit des prébendes, du « système », du capitalisme d’Etat, et la bourgeoisie fatiguée qui tente de se frayer un chemin dans une concurrence mondialisée, le choc est déjà rude, et il le sera plus encore demain.

L’affrontement entre l’ancien inspecteur général des finances, le septuagénaire Juppé, qui parle de modernité, et l’avocat Fillon, le moins diplômé des candidats de la droite avec Nicolas Sarkozy, est tout un symbole. D’un côté, une caste convaincue par le diplôme de détenir les clés du système. De l’autre, le groupe des hussards impatients (mais le feront-ils vraiment?) de donner un coup de pied dans la fourmilière. Réaction nobiliaire face à la survie par la révolution.

Lorsque Juppé évoque la reconstitution de l’équipe de 2007, c’est évidemment ce conflit social-là, qu’il ressuscite, ce mépris discret, implicite, qu’il attise pour défendre son bout de gras. Il n’est pas sûr que cette stratégie soit gagnante…

Juppé jette le masque

Au passage, on se délectera de l’espèce de bonhomie avec laquelle Juppé, dans ses attaques contre Fillon, trahit ses véritables intentions immobilistes, lorsqu’il dénonce notamment la « brutalité » du programme de son adversaire.

Enfin le maire de Bordeaux a attaqué « la brutalité » du programme économique « mal étudié » et qui n’a « pas de sens » de son adversaire, notamment les suppressions de 500 000 postes de fonctionnaires.

Ne pas être brutal… un refrain bien connu en France depuis 30 ans, qui signifie: dilapidons le patrimoine des anciens, au lieu de nous serrer la ceinture pour nous changer. Et c’est bien cette espèce de mollesse, avec son cortège d’amortisseurs sociaux, qui constitue le grand principe de gouvernance de l’aristocratie française. Pour rester au pouvoir, il faut caresser le peuple dans le sens du poil et l’endormir aussi longtemps que possible.

Populisme et réaction nobiliaire sont inséparables.

7 commentaires

  1. Pierre dit

    J’ai oublié de féliciter François pour son pari réussi.

    Pour le reste, Ali Juppé peut gueuler autant qu’il veut… dans les faits personne ne l’écoute !

    Si il y a un enseignement du 1er tour de la primaire, c’est bien celui-ci.

    « Fasciste, brutal, miso, homophobe, raciste, colonial » etc… bref tous les mots clés orwéliens des gauchistes… ne fonctionnent plus. Trop servis, usés jusqu’à la corde. Creux.

    Ils sont même devenus des mots rigolos, façon nez rouge,pouet pouet, coussin péteur.

    Ali Juppé a fait ses meilleurs scores chez lui à Bordeaux, autour et… dans le 9-3 ainsi que le Val de Marne… C’est quand même ahurissant.

    Bref. Fillon n’a rien d’excitant. Je pense qu’il fera pschiit et qu’il ne pourra de toute façon pas gouverner (prisonnier de l’UE bruxelloise).

    Mais rien que pour enfoncer et humilier Ali Juppé et ses fans gauchistes et glands, les médias, NKM et toute la clique, je vais voter pour Fillon dimanche.

    • Evariste dit

      « je vais voter pour Fillon dimanche » : Bravo Pierre ! Enfin une déclaration constructive de votre part.

      « Fillon (…) ne pourra de toute façon pas gouverner (prisonnier de l’UE bruxelloise) » : au contraire, les autres pays européens n’attendent qu’une seule chose, c’est que les Français se décident ENFIN à porter au pouvoir quelqu’un qui appliquera un programme à la Fillon/Schroeder.
      Les ennemis de l’UE et de l’euro sont au PS. Hollande, qui vantait la politique monétaire du Japon, en est l’exemple caricatural.

      Au fait, comment se porte le Brexit ? Soit-disant impossible à initier cet été, l’activation de la clause avait été repoussée à septembre ou octobre, malgré les exhortations de l’UE. Elle est maintenant repoussée à mars 2017… mais sous condition d’un revote du parlement britannique !
      J’attends que reconnaissent leur erreur ceux qui dépeignaient une dictature soviétique nommée UERSS contraignant le RU à ignorer le vote du peuple.

    • Citoyen dit

      Non, pour la performance dans le 9-3, rien d’étonnant… Il a sur place, comme acolyte du prophète Ali Juppé, des petites mains comme Mohamed Lagarde, qui fabrique des mosquées à l’insu de ses contribuables …
      La ligne d’horizon de ce centre flasque, ne va pas plus loin que celle d’un gérant de supérette. Elle se limite à la clientèle qu’ils ont autour de leur demeure, et qui leur permet de se constituer une petite part du gâteau. Leur vision ne porte pas plus loin.

  2. Oblabla dit

    Il faut voter Fillon car il est le seul à avoir un programme crédible et un peu libéral. On pourra objecter qu’il ne l’appliquera pas à cause des blocages français habituels ou de l’obstruction de Bruxelles. Mais on peut raisonnablement espérer qu’il en applique 20% et ce serait déjà une révolution par rapport à l’immobilisme absolu que sera l’action de Juppé (fidèle à son mentor jacquot le croquant).

  3. Citoyen dit

    C’est bien ça ! Tout ceux qui sont déjà attablés autour de la grande gamelle, n’aiment pas qu’on les dérange pendant le repas !… en cela ils forment une grande famille (mafia) qui se tient les coudes.
    Concernant le premier tour, il ne faut pas oublier de noter que sans les voix de gauche, qui sont venues sauver leur pion Juppé, Fillon l’emportait dès le premier tour ! On comprend qu’ils se soient fait une frayeur.
    Et quand le sol se dérobe, il faut se raccrocher aux branches. On cherche les voix ou l’on peut …
    Il faut dire que les électeurs ont des revers assassins !… qui déstabilisent, quand on est sur la digestion.
    Ali Juppé, et son compère du Poitou, qui voulait repeupler les campagnes avec qui l’on sait, en compagnie de l’illuminé du Béarn, se sont pris un revers de fond de court qu’ils n’ont pas vu venir.
    Mais pour lot de consolation, Ali Juppé peut être content de lui …. Comme prévu, il a fait un bon score dans le 9-3 !… et en Gironde.
    En plus, il sert de voiture balai en récuperant au passage, NKM et Coppé, qui se sont fait larguer.
    Il peut enfin prendre sa retraite …. Ah ! Mais il l’avait déja ?

  4. Hermodore dit

    Juppé est… condamné!
    Il croyait le fromage dans son assiette et il lui passe sous le nez: pas de descente triomphale des Champs; pas de nuits douillettes sous les ors du Palais; pas d’admonestations condescendantes aux sous-fifres de la République et aux pisse-copies ébahis et envieux…
    Alors Juppé enrage et casse le beau jouet qui ne répond plus à ses injonctions, parce qu’un plus intelligent que lui (vous pensez, lui, « le meilleur » d’entre-eux) a compris que les Français en ont par dessus la tête de ces « aristos » qui leur bouffent la laine sur le dos à longueur d’année et que ces Français, ils savent trouver d’autres moyens de s’informer et parler entre eux qu’en écoutant les journaleux de révérence (comme cet excellent blog que nous offre quotidiennement Eric Verhaeghe) et il ne sont pas dupes de son petit manège.
    Alors, voyant fuir définitivement (pauvre vieux) le but de son outrecuidante ambition, il dispârait, dans la honte et sans honneur (voir les commentaires récents de l’excellent Charles Gave à ce sujet), le masque est tombé.
    Dimanche, ceux qui se sont bien joué de lui, lui qui pensait se jouer d’eux, le laisseront à poil (25% de ses électeurs sont des parjures de gauche) et il aura très très froid.
    Exit l’homme « droit dans ses bottes » aux deux pieds gauches.

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