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Le revenu universel: d’une idée libérale à un projet socialisant

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J’étais invité ce matin sur Sud Radio par Philippe David (et Sophie Favier) pour débattre du revenu universel. Le think tank Terra Nova, proche du Parti Socialiste, vient en effet de publier sous la plume de François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, un rapport sur le revenu minimum décent.

L’occasion était donc donnée de revenir sur un sujet déjà abondamment traité sur ce blog.

Le revenu universel, une idée libérale

Rappelons d’abord de quel raisonnement libéral participe le revenu universel.

D’abord, il existe une fraction non négligeable du produit intérieur brut (PIB) qui relève du bien commun. Les études estiment qu’environ 15% de la richesse nationale provient directement d’une création de valeur assurée par la collectivité, notamment par le patrimoine immatériel. Par exemple, pour prendre le cas de la France, la richesse créée par la fréquentation du château de Versailles trouve son origine dans une accumulation patrimoniale qui appartient à la nation tout entière. Il est donc normal que cette part de la richesse nationale soit redistribuée à la nation, soit une somme d’environ 300 milliards d’euros.

Divisée par le nombre d’habitants, cette somme équivaut à un revenu annuel d’environ 5.000 euros par tête, soit un revenu mensuel d’environ 450 euros.

L’idée d’attribuer cette somme à chaque Français, de sa naissance à sa mort, procède bien d’une vision libérale de la société, puisqu’il s’agit de rémunérer l’effort et de supprimer la rente.

Le revenu universel doit remplacer la sécurité sociale

La question récurrente consiste à savoir où trouver cette somme de 300 milliards d’euros. Vient-elle en plus ou en moins de la pression fiscale actuelle?

Le bon sens consiste à expliquer que le revenu universel, qui n’est autre qu’une redistribution de la part de richesse nationale correspondant au bien commun, vaut système de protection universelle contre les risques de la vie. Ce que la collectivité produit pour le bien commun, elle le reçoit pour assurer sa propre providence.

Si le revenu universel se substituait aux 150 milliards de dépenses santé non liées aux affections longue durée, et à la dépense retraite, on retrouverait, grosso modo, la dépense actuelle de sécurité sociale. La mise en place du revenu universel pourrait donc s’opérer à pression socio-fiscale constante, étant entendu que sa mise en place permettrait de diminuer fortement les cotisations sociales et donc permettrait de recréer de la compétitivité pour les entreprises.

Une idée reprise par une assiette large d’acteurs sociaux…

On notera que cette idée simple, efficace, claire, vertueuse, de transformer notre système peu performant de sécurité sociale en un dispositif d’assurance obligatoire, mais avec un libre choix de l’assureur, financé par la richesse nationale, répond aux prescriptions d’un grand nombre d’acteurs.

Par exemple, la fondation Jean Jaurès, proche du parti socialiste, s’en est fait l’écho. Des chercheurs belges l’ont également rejointe. Contrairement à ce qu’on lit çà et là, l’évidence de cette réforme pourrait donc bénéficier d’un soutien large dans la société, pour peu que le principe en soit présenté et défendu de façon transparente.

… mais combattue par des pseudo-libéraux

On regrettera toutefois que le principe d’un remplacement de la sécurité sociale par le revenu universel ait trouvé des pourfendeurs chez les « libéraux ». La rationalité de cette opposition de mauvais aloi m’échappe encore, et repose sans doute sur des biais autres.

Toujours est-il qu’il est incompréhensible que des individualités auto-proclamées libérales s’échinent à combattre une réforme fondamentale de la sécurité sociale, outil anti-libéral par excellence. À ma grande stupéfaction, j’ai donc découvert que des think tanks qui restent très discrets sur leur financement menaient un combat contre une réforme trop ambitieuse de la protection sociale, en donnant de généreux coups socialisants de poignard dans le dos de la responsabilité individuelle.

Dans cette approche étatiste, le revenu universel devient une usine à gaz qui produit une augmentation massive de la pression fiscale destinée à développer une politique d’aide sociale, souvent couplée à une correction des effets sociaux prétendus néfastes de la révolution numérique.

Le gloubi-boulga de Terra Nova

Cette lutte suicidaire des libéraux en faveur d’un développement de l’étatisme et de la pression fiscale a produit ce qui devait arriver: le think tank Terra Nova a parfait le tableau en proposant de remplacer les minima sociaux par un minimum unique appelé revenu minimum décent.

Il ne s’agit plus ici de défendre une vision économique vertueuse où la société civile perçoit les justes dividendes de son effort et reprend en main sa propre protection. Il s’agit d’une mesure de simplification administrative ciblée sur les bas revenus qui passeraient tous à 750 euros par mois. Bien entendu, Terra Nova se garde bien de chiffrer précisément le coût de cette mesure pour les finances publiques, déjà gavés d’impôts.

En revanche, Terra Nova peut désormais se réclamer du soutien des « libéraux », notamment de Génération Libre, dont, rappelons-le, le leader, le très mondain Gaspard Koenig, est exilé à Londres.

Un petit retour en France (annoncé après le Brexit, fruit d’un obscurantisme vulgaire des nationalistes qu’il déteste) lui permettrait pourtant de constater que l’augmentation de la pression fiscale qu’il prône n’est en rien libérale.

Comment les « libéraux » ont préparé l’augmentation des impôts

Reste qu’après le rapport Sirugue sur le même sujet, il est à peu près acquis que la fusion des minima sociaux dans un revenu minimum d’existence aura lieu, et c’est nous qui la paierons.

On regrettera une fois plus le dramatique positionnement tactique des « libéraux » qui ont prêté la main à cette mesure étatique, avec leurs petits airs aristocratiques de ceux qui savent et qui défendent la modernité.

11 commentaires

  1. yoananda dit

    Je n’ai pas bien compris cette phrase :
    « Il s’agit d’une mesure de simplification administrative ciblée sur les bas revenus qui passeraient tous à 750 euros par mois.  »

    ça veut dire que tout le monde à droit à 750€ par mois no matter what ? (principe du revenu universel)
    ou bien seulement qui ont droit à des minima sociaux (et la, on n’est plus du tout dans l’universel, retour dans les mesure compensatoires de la pauvreté, toujours un peu honteuse, toujours un peu pousse à la paresse) ?
    et ces 750€ on en fait ce qu’on veut ou bien ils sont automatiquement reversés à une caisse d’assurance étatique ? (avec les fonctionnaires faut se méfier des coups fourrés).

  2. Ikomal dit

    Je crois que votre titre résume et explique bien l’opposition de certains libéraux au RU : ils la voyaient arriver inévitablement, la transformation de la bonne idée libérale en couche supplémentaire de socialisme (ou capitalisme de connivence, ou capitalisme d’Etat, appelez ça comme vous voulez) .

    Je n’ai rien contre l’idée qu’il existe un patrimoine national, Château de Versailles, routes, lignes de chemins de fer, etc. , mais je doute fort que les 15% du PIB qu’il représente, ça soit du net. C’est plutôt du brut, dont il faut déduire les frais d’entretien, qui sont particulièrement lourds. Versailles ne gagne pas d’argent.
    Et surtout, si il reste un bénéfice net, il n’est pas actuellement inemployé. Dans vos 15%, il y a par exemple le service rendu des routes, que les usagers payent via les taxes sur l’essence pour un total supérieur au frais d’entretien du réseau, et l’état encaisse et utilise déjà la différence. C’est bien joli de décider que ça va dorénavant aller au financement des risques de la vie, mais ça sert déjà à autre chose, dont il faudra alors décider de se passer, ou de financer autrement, et nous voilà gros Jean comme devant.

    Pas la peine de commenter les délires de Terra Nova, ils sont irrécupérables.

  3. assylias dit

    Je doute fort que Génération Libre approuve la proposition de Terra Nova. Il ne faut par ailleurs pas, selon moi, mélanger les propositions du MFRB et de GL. Chez GL, c’est revenu universel + flat tax (et individualisation de l’imposition) + suppression d’aides: RSA, prime pour l’emploi, allocations familiales, etc. + suppression de taxes: IRPP, CSG, cotisations sociales non contributives, taxes sur les salaires et IS + suppression de « niches fiscales » (PEL, Livret A, assurance vie etc.). En ce sens leur projet, qui a l’avantage de ne pas créer d’effets de seuil, ne semble pas si éloigné du vôtre dans l’esprit (mais bon, the devil is in the details comme on dit).

  4. Pierre dit

    Les vrais libéraux, les purs et les durs (moi… 😉 ) poussent la tactique encore plus loin.

    Lorsque la mafia qui se fait appeler « Etat » ou « collectivité publique »… volera 100 % des richesses produites, alors le parasite crèvera. Soulèvement, destruction créatrice, et quelque chose de réellement neuf pourra advenir.

    Dès lors, toute hausse de la rapine est bonne à prendre : elle tend l’élastique de la société jusqu’à son point de rupture.

    Y compris la hausse de la rapine indirecte (un acteur privé devant augmenter ses propres prix, pour compenser la rapine « publique »). Exemple : hier, on nous annonce hausse des assurances habitation…. 4 %. C’est la faute aux inondations ma bonne dame…

    Ce matin, paf, création d’une taxe sur…. les poids lourds lors de leur immatriculation (la créativité des mafieux n’a aucune limite, à part arithmétique : 100 %).

    Chaque jour donc, cette limite des 100 % se rapproche (en y intégrant l’endettement), le noeud coulant se serre.

    Personnellement, j’approuve donc le revenu universel et tous les hochets et autres sextoys que tous ces dégénérés inventent.

    Avec des frontières ouvertes aux quatre vents du sud…. ce sera parfait ! Et surtout ce sera rapide.

    C’est ça la magie de machins comme Terra Nova : ils creusent leur propre tombe avec une constance et une énergie frappantes.
    😉

  5. La décision de Hollande vient de tomber: il ne sera pas candidat à sa succession !
    Depuis des semaines, le blog  » Sleazy Caricatures » et le livre de son chroniqueur  » Sleazy Hollande » reçu et lu par le chef de l’état qui a répondu par une lettre qui n’avait aucun doute quant à sa décision.
    lire absolument le dernier article qui fait la liste des autres artistes montrant clairement que Hollande ne pouvait se présenter ni à la primaire de gauche ni directement face aux Français.
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/
    2016/12/hollande-rentre-en-correze.html

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