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Valls se prépare à une campagne en creux

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Le discours de candidature de Manuel Valls a apporté deux certitudes ce soir.

La première est que la gauche devrait se trouver dans la position peu confortable de la force qui défend un bilan et une continuité. Dans le cas du Premier Ministre, ce jeu constituera une véritable prouesse, dans la mesure où l’on peine à discerner l’inspiration générale, la cohérence du quinquennat Hollande.

La deuxième est que Valls bâtira sa campagne en creux. Il devrait même se contenter de dire tout ce qu’il ne fera pas plutôt que d’annoncer ce qu’il fera: non, il diminuera pas le nombre de fonctionnaires, non, il ne les fera pas travailler 39 heures, non, il ne réformera pas la sécurité sociale, non, il ne remettra pas en cause le vivre ensemble, etc.

D’une certaine façon, Valls va naviguer nez au vent en prenant le contrepied des propositions de Fillon, sauf sur un point: lui aussi annonce une baisse d’impôts pour les « classes moyennes », en prenant bien garde d’expliquer comment elle sera financée. Là où Fillon a fixé une ambition impériale, Valls se réfugie dans une ligne immobiliste.

Il n’est pas sûr qu’il ait beaucoup le choix, mais il n’est pas sûr non plus que cette ligne soit gagnante.

Valls obligé d’improviser une campagne

Même s’il a pu psychiquement se préparer à l’échéance, Valls doit malgré tout aujourd’hui improviser une campagne avec les moyens du bord. Plombé par son bilan, il devrait peiner à faire émerger un projet cohérent et novateur. Le temps lui manquera en tout cas pour le formaliser. En outre, une campagne, c’est tout de même une mobilisation, des militants, des gens qui y croient. Là encore, le Premier Ministre part de loin (même s’il part de moins loin que Hollande s’il s’était présenté).

Le défi est colossal.

Valls attendu au tournant par ses petits copains

À peine sorti du bois, Valls s’est essuyé de puissants tirs d’artillerie de la part de tous ses amis. Depuis Mélenchon et son entourage jusqu’à Macron, en passant par Montebourg et Aurélie Filipetti, Valls a reçu la curée, notamment à la suite de son appel à l’unité à gauche. Selon toute vraisemblance, sa campagne pour la primaire, si elle a lieu, sera extrêmement dur.

Gérard Filoche n’a par exemple pas hésité à déclarer que le discours de candidature de Valls était « à gerber ». Le ton est donné…

Ira-t-il à la primaire?

On peut même s’interroger sur l’intérêt, pour Valls, de concourir à la primaire, alors que ses principaux challengers, Macron et Mélenchon, ont refusé de s’y soumettre. Dans ces conditions, le bon sens pour Valls serait d’au moins griller immédiatement la politesse à Montebourg en squizzant l’étape primaire et en torpillant ainsi toute candidature socialiste adverse.

Restera ensuite à convaincre les écologistes et les radicaux de gauche de rentrer dans le rang, et à croiser les doigts pour que le candidat Macron s’effondre en cours de route. S’agissant de Macron, on peut même penser que Valls lui a réservé quelques boules puantes qui devraient l’affaiblir.

La campagne anti-idées

Pour le reste, le Premier Ministre devrait mener une campagne essentiellement tactique. Jouant à la fois sur la fonction d’épouvantail de Fillon et de Le Pen, il devrait tenter de rassembler en tenant les propos les moins risqués et les moins clivants possibles. Pas question de proposer des idées, mais plutôt éviter les coups et rassembler tous ceux qui espèrent encore un moment d’oxygène et d’hallucination avec les réformes douloureuses.

Bref, une campagne sous contrainte, une campagne obligée, une campagne tactique, loin du rêve que ses adversaires se promettent de vendre…

13 commentaires

  1. rodolph dit

    La scène politique française ressemble à un jeu d echec (au sens premier) avec un fou à droite et un autre à gauche, … un nain à droite (sako) et un nain issu de la gauche degauchiesie. J espère qu’ il finira rapidement comme Paul bismith avec le charisme en moins

  2. Hermodore dit

    Valls n’est pas moins désavoué que Hollande par une très grande majorité de Français, à commencer par ceux qui veulent voter à gauche.
    Il n’est que le débris de cette Gauche qui vient de voler en éclat et qui ne se reconstruira plus jamais: le mirage égalitaire vient de s’évanouir et c’est bien là l’effet Fillon le plus spectaculaire.
    Les médias, qui sentent, confusemment, car la lucidité est depuis longtemps bannie de leur méthodologie, que le vent est en train de tourner, ne soutiendront pas le dépositaire du bilan calamiteux laissé par l’audacieux (quand on pense qu’il avait osé se qualifier ainsi) pleutre qui vient de capituler devant le verdict des urnes.
    Comme vous le soulignez fort bien, quels arguments pourra-t-il avancer pour convaincre une opinion déjà très défavorable? Il sera jugé comme aussi immobiliste que son dernier « employeur » puisqu’il ne dispose d’aucun projet d’envergure pour remuer les électeurs. Je ne lui donne même pas 10% des votes, s’il parvient jusqu’au scrutin…

  3. Citoyen dit

    C’est sûr qu’il faut être gonflé pour oser se présenter à cette élection, quand on vient de piller le pays pendant près de cinq ans. Mais il est vrai que, quand on a subi une hontectomie très jeune, suivie d’une ablation de la décence, tout est possible… Il n’y a plus de limites. Et comme chacun sait quand on a passé les bornes, il n’y a plus de limites !
    Ceci dit, le départ du roquet procure quelques animations de chaises musicales chez les clowns, … chez les clowns ou plutôt chez les nuisibles qui est un terme plus approprié. Une bonne partie de rigolade en perspective.

  4. Citoyen dit

    On pensait avoir touché le fond …. Hé bien, non !
    Avec le cazevide qui vient remplacer le roquet, on creuse encore plus bas.
    D’ailleurs, certains prétendent que si l’on continue de creuser à cette cadence, on peut arriver à déboucher de l’autre coté !
    Mais bon, jusque-à ce jour, personne n’a été assez abruti pour essayer de le vérifier.

  5. Valls est un jeune con étranger. Il a la prétention de l’étranger, habitué à se faire respecter des timides. Vous êtes naturalisé ? Comme c’est bien ! Il a pris ses habitudes et ne réalise pas l’antipathie dont il fait l’objet. Tout comme Sarkozy, dont il a la même complexion et la même prétention. Un loubard interlope. Dieudonné ! Dieudonné !

  6. Citoyen dit

    Plus la primaire s’approche, plus la rigolade pointe à l’horizon.
    Le petit caudillo à du mouron à se faire …
    Ils ont dû remuer la vase trop fort à Solférino, les détritus remontent à la surface.
    On annonce Peillon (payons) candidat !
    Ne manque plus que des Moscovici, Désir et quelques autres pour que la fresque soit complète.
    Pour sûr, ça ne va pas manquer de sel !

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