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2017, année de la révolte pour les indépendants?

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Article écrit pour Atlantico

Pour tous les indépendants, la situation économique et sociale devient explosive: bouleversements liés à la révolution numérique, baisse tendancielle du chiffre d’affaires pour ceux qui passent à côté, carcans réglementaires multiples pour ceux qui y participent, prolifération de normes toxiques qui favorisent les grands groupes capitalistiques au détriment des petits acteurs. Dans ce contexte, quelques combats majeurs pourraient donner lieu à l’émergence d’une révolte d’autant plus aiguë ou intense que la présidentielle apporte peu de perspectives sur ce sujet.

Le RSI, cette bombe à retardement dont le compte-à-rebours continue

Première révolte imminente: le rejet du RSI. Malgré les dénis officiels, le régime social des indépendants est mal en point et son absorption programmée par le régime général n’arrange rien à l’affaire. Le RSI existe depuis plus de 10 ans et les dysfonctionnements insupportables de cette usine à gaz s’ajoutent à sa malfaçon initiale: comment imaginer qu’un système de protection inspiré de la sécurité sociale pour les salariés puisse satisfaire les indépendants?

Pour les indépendants, la mise en concurrence libre du RSI paraît un objectif atteignable…

Le prélèvement à la source, une nouvelle bombe à retardement

Avec sa validation par le Conseil Constitutionnel, le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu des personnes physiques constitue une nouvelle bombe à retardement pour les indépendants, et plus particulièrement pour ceux qui commettent la folie de recruter des collaborateurs. Dans la pratique, les employeurs devront se substituer aux agents des impôts pour appliquer et interpréter une réglementation fiscale qui n’a fait l’objet d’aucune simplification préalable pour faciliter sa mise en place.

Les erreurs d’application seront sanctionnées par de lourdes pénalités, prises sur les fonds de l’entreprise… En contrepartie de cette externalisation des missions de l’administration, Bercy n’annonce aucune suppression d’emplois.

La DSN, une opération de propagande bien menée

Officiellement, la déclaration sociale nominative est une oeuvre de simplification dans la vie des entreprises, puisqu’elle consiste à centraliser sur un flux informatique mensuel unique les différentes déclarations préexistantes. Dans la pratique, la mise en oeuvre se fait sans pilotage en temps réel. Derrière les communiqués triomphalistes, se cachent des ratages dont personne ne parle encore, mais qui ne tarderont pas à faire scandale. Pour les petites et moyennes entreprises, le passage à la DSN pourrait se révéler redoutable.

Et toujours les délires de la pénibilité

Prélèvement à la source et DSN ne sont que les faces nouvelles de l’iceberg. Pendant ce temps, les affaires… et le poison continuent. On ne présente plus celui de la pénibilité, qui vampirise les entrepreneurs pour un résultat totalement contraire à l’intérêt des salariés. Rappelons qu’en 2011, la France a été championne européenne des accidents du travail mortels juste après la Roumanie, et qu’en 2012, elle l’a été juste après le Portugal pour les accidents non mortels.

En permettant aux salariés exposés à des travaux pénibles de partir plus tôt à la retraite, la France met en place un système qui encourage la pénibilité au lieu de la prévenir (comme les autres pays européens l’ont fait).

Quelle révolte les indépendants doivent mener

Pour les indépendants, le quinquennat Hollande ne se conclut pas seulement par une mise en slip en place de grève du fait de la pression fiscale exponentielle. Les cinq ans qui viennent de s’écouler se sont aussi traduits par un alourdissement colossal de la réglementation et des contraintes dont on ne mesurera l’effet qu’avec le temps. La généralisation du tiers payant pour les médecins constitue probablement l’une des innovations les plus caricaturales de cette période, puisqu’elle transforme peu à peu les professions libérales en « banquiers » des assurés sociaux.

La révolte des indépendants doit, en 2017, s’atteler à cette tâche vitale qui est l’inversion de la courbe bureaucratique: moins de règles, dématérialisation des actes administratifs et gains de productivité dans le service public sont vitaux pour que les indépendants arrêtent de consacrer une part grandissante de leur temps à répondre à des questions sans fin de l’administration. Et pendant tout ce temps où le chef d’entreprise n’est pas à ses affaires, son résultat souffre.

Comment mener la révolte

Pour parvenir à leurs fins, les indépendants doivent conclure une alliance tactique spontanée et, partout où ils le peuvent, se rassembler dans des collectifs dont le mot d’ordre est celui de l’inversion de la courbe bureaucratique. Il faut arrêter de compter sur les autres pour y parvenir, et il faut prendre son propre destin en mains.

Cette révolte citoyenne est désormais vitale. C’est la seule arme utile pour forcer les politiques à prendre conscience de l’urgence, à les conduire aux mesures de salut public qui rétabliront l’initiative privée en France. Sans cela, les élus continueront à se laisser porter par la facilité en laissant les fonctionnaires gouverner le pays à leur place.

10 commentaires

  1. « Sans cela, les élus continueront à se laisser porter par la facilité en laissant les fonctionnaires gouverner le pays à leur place. »

    Vous faites une erreur logique.

    Les politiciens ne laissent pas les fonctionnaires gouverner à leur place, ce sont eux-mêmes des fonctionnaires. Il n’y a pas d’un coté les politiciens, de l’autre les fonctionnaires. Il y des deux cotés des fonctionnaires. Il n’y a pas d’opposition.

    Ce que les fonctionnaires font de leur propre chef, avec l’aval tacite des politiciens, c’est ce que les politiciens auraient fait eux-mêmes s’ils avaient été plus francs.

    C’est pourquoi nous sommes dans l’impasse et que rien ne peut sortir de bon de notre calasse dirigeante. Je suis de plus en plus convaincu que, si sursaut il y a, il nous sera imposé de l’extérieur (sortie de l’Italie de l’Euro par exemple).

  2. Mapz dit

    Bonjour . Je suis médecin généraliste en secteur 1 avec 2 secrétaires à mi temps et un associé depuis 20 ans.
    Entre l explosion des charges ,les contraintes administratives medicales et l’organisation de notre cabinet médical avec les contraintes administratives en pleine explosions inerantes à une petite entreprise , je peux vous assurer que nous n’en pouvons plus.
    Les gouvernements successifs et en particulier Hollande ont massacré la liberté.
    Nous sommes pris entre le marteau de la sécurité sociale et l’enclume des administrations . La surcharge administrative est invraisemblable.
    Nous avons envisagé le deconventionnement et là vous tombez dans le RSI et son incohérence.
    Il n y a pas de solution actuellement sauf d’arrêter d’être » liberal’ et de se planquer dans une structure de soins où vous êtes salariés.
    Plus aucune installation de la part des jeunes medecins , une attente des patients pour un rendez vous d’une semaine à 10 jours en Médecine générale et de deux à trois mois dans les autres spécialités. Je travaille en banlieue parisienne et pas dans une campagne perdue.Je fais cimquante heures par semaine. Je continue car j’aime mes patients . Mais j’ai déjà réfléchi à arrêter . J ai envisager de partir travailler ailleurs. La Suisse ou le Canada. Ou dans une structure de soins. J ai 51 ans. Je discute beaucoup avec mes patients qui sont artisans commerçant chefs d entreprises de pme ou tpe. Ils sont tous écoeurés.
    Les autres n’ont pas conscience de cette France qui travaille et qui elle aussi souffre .
    Pour faire la révolution, il faut avoir le temps. Nous avons le nez dans le guidon tous les jours et si vous relevez la tête ,vous prenez une claque.
    Les syndicats sont aux ordres car payés par l’état.
    Tout est verouillé.
    Sur ce:
    Bonnes fêtes.

    • Oblabla dit

      Docteur, vous avez évoqué les seules solutions réalistes: « Mais j’ai déjà réfléchi à arrêter . J ai envisagé de partir travailler ailleurs. La Suisse ou le Canada. Ou dans une structure de soins. » Donc, soit vous vous soumettez, en gros vous vous couchez en allant dans une structure de soins, ou vous arrêtez ou vous relevez la tête et partez à l’étranger.
      Moi j’ai choisi l’étranger car je suis convaincu que pour la France « game is over », c’est foutu car le système est complètement bloqué et vérolé et va continuer à dévorer les forces vives du pays pendant une ou deux décennies avant de s’effondrer et permettre une sorte de destruction créatrice. Pas le temps, ni les moyens d’attendre…

    • gérard dit

      En attendant vous avez obtenu pour les généralistes une revalorisation de 2 euros par consultation sur le dos des gens.Et je ne connais aucun médecin qui soit au RSA.Et ne venez pas me raconter qu’un généraliste fait du 25 euros de l’heure:il me semble qu’il arrive a prendre 3 clients minimum par heure et que les charges sociales sont payées par l’état si vous etes conventioné,non?Je ne connais aucune catégorie qui ait été augmentée de 8% en pleine crise économique .

  3. Ils ne peuvent pas continuer à agir dans dans la crapulerie. c est le temps de la fin pour eux !
    ce  »génocide » d’indépendants arrive à sa fin….. mais il ne faut pas baisser les bras. Si vous n’y croyez plus
    qui va y croire ? sans espoir on est plus rien. alors gardez la confiance car nous y sommes
    MDI soutien peux préparer et/ou assurer votre défense ! combat contre le RSI et les tribunaux de Commerce –
    Nous sommes sur la bonne route pour les anéantir !
    Notre page Facebook MOUVEMENT DE DEFENSE DES INDEPENDANTS :
    https://www.facebook.com/mdi.Michel.Hervault/?fref=ts

    • GRATALOUP dit

      j’ai besoin de vous , j’ai vendu mon affaire en 2009 en difficulté depuis 2007.
      en 2013 le RSI me RACKET 5000 euros avec un huissier qui me dit que tout est régler.
      une partie des cotisations concerne les années 2006, 2007, 2008 .
      je pense en avoir finis avec ces mafieux,car il s’agit vraiment d’un système pourrie.
      je reçoit de nouveau en 2014 soit 7 ans après une contrainte pour ce coup ci 2007, 2008, et 6 mois 2009
      pour infos en 2009 j’ai déclarer 3000 euros de revenus je devrais payer 1500 euros.
      je fais opposition a contrainte et je suis donc convoqué le mercredi 14 JUIN au tribunal de Vienne.
      ont me réclame ce coup ci 6574.93 euros.
      pour la même période .
      chez eux la prescription n’existe pas ?
      comment me défendre?
      Merci pour vos conseils.

      ROSA GRATALOUP

  4. gérard dit

    Eric,votre article a toute ma sympathie.Je suis moi meme affilié au rsi.Mais il faut bien comprendre que les grasses protections sociales de certains doivent etre payés par d’autres.Et ces autres sont en majorité électorale.Les indépendants ne peuvent pas se défendre parce qu’ils consacrent leur temps et leur énegie a défendre leur entreprise.J’envisage moi meme de partir a l’étranger et de me reformer a une autre activité(j’ai 57 ans).Mon activité en France tient encore,mais avec de plus en plus d’efforts et de concurrence déloyale(travail au noir) souvent de la part des nantis.Ceux qui se font bouffer en France c’est les jeunes et les petits indépendants,cad les forces vives.Ce sont eux qui émigrent.Cela en dit long sur l’avenir du pays….

  5. Citoyen dit

    « Il faut arrêter de compter sur les autres pour y parvenir, et il faut prendre son propre destin en mains. »….
    C’est bien de ça qu’il s’agit ….
    Avec mes meilleurs vœux pour 2017, cher Eric, il est a craindre que les indépendants ne soient à la fois, pas assez organisés (individualisme inhérent au fait d’être indépendant) et par assez nombreux mobilisés, pour peser sur le système … Et donc la révolte n’est pas pour demain… Tout comme « l’inversion de la courbe bureaucratique », qui aurait pour effet de prendre le pain dans la bouche de ceux qui en vivent grassement …. Autant essayer de retirer un os dans la gueule d’un molosse !
    Dans ce cas, un bon début, dans l’intérêt de tous, pour prendre son propre destin en main, consiste à ce que chacun mette en place son économie parallèle, comme bouée de sauvetage personnelle et collective, avec pour vision finale de mettre à bas ce système inique, qui ne peut se réformer de l’intérieur. La seule option : le mettre à terre.

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