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Mois : décembre 2016

Valls se prépare à une campagne en creux

Le discours de candidature de Manuel Valls a apporté deux certitudes ce soir.

La première est que la gauche devrait se trouver dans la position peu confortable de la force qui défend un bilan et une continuité. Dans le cas du Premier Ministre, ce jeu constituera une véritable prouesse, dans la mesure où l’on peine à discerner l’inspiration générale, la cohérence du quinquennat Hollande.

La deuxième est que Valls bâtira sa campagne en creux. Il devrait même se contenter de dire tout ce qu’il ne fera pas plutôt que d’annoncer ce qu’il fera: non, il diminuera pas le nombre de fonctionnaires, non, il ne les fera pas travailler 39 heures, non, il ne réformera pas la sécurité sociale, non, il ne remettra pas en cause le vivre ensemble, etc.

D’une certaine façon, Valls va naviguer nez au vent en prenant le contrepied des propositions de Fillon, sauf sur un point: lui aussi annonce une baisse d’impôts pour les « classes moyennes », en prenant bien garde d’expliquer comment elle sera financée. Là où Fillon a fixé une ambition impériale, Valls se réfugie dans une ligne immobiliste.

Il n’est pas sûr qu’il ait beaucoup le choix, mais il n’est pas sûr non plus que cette ligne soit gagnante.

Valls obligé d’improviser une campagne

Même s’il a pu psychiquement se préparer à l’échéance, Valls doit malgré tout aujourd’hui improviser une campagne avec les moyens du bord. Plombé par son bilan, il devrait peiner à faire émerger un projet cohérent et novateur. Le temps lui manquera en tout cas pour le formaliser. En outre, une campagne, c’est tout de même une mobilisation, des militants, des gens qui y croient. Là encore, le Premier Ministre part de loin (même s’il part de moins loin que Hollande s’il s’était présenté).

Le défi est colossal.

Valls attendu au tournant par ses petits copains

À peine sorti du bois, Valls s’est essuyé de puissants tirs d’artillerie de la part de tous ses amis. Depuis Mélenchon et son entourage jusqu’à Macron, en passant par Montebourg et Aurélie Filipetti, Valls a reçu la curée, notamment à la suite de son appel à l’unité à gauche. Selon toute vraisemblance, sa campagne pour la primaire, si elle a lieu, sera extrêmement dur.

Gérard Filoche n’a par exemple pas hésité à déclarer que le discours de candidature de Valls était « à gerber ». Le ton est donné…

Ira-t-il à la primaire?

On peut même s’interroger sur l’intérêt, pour Valls, de concourir à la primaire, alors que ses principaux challengers, Macron et Mélenchon, ont refusé de s’y soumettre. Dans ces conditions, le bon sens pour Valls serait d’au moins griller immédiatement la politesse à Montebourg en squizzant l’étape primaire et en torpillant ainsi toute candidature socialiste adverse.

Restera ensuite à convaincre les écologistes et les radicaux de gauche de rentrer dans le rang, et à croiser les doigts pour que le candidat Macron s’effondre en cours de route. S’agissant de Macron, on peut même penser que Valls lui a réservé quelques boules puantes qui devraient l’affaiblir.

La campagne anti-idées

Pour le reste, le Premier Ministre devrait mener une campagne essentiellement tactique. Jouant à la fois sur la fonction d’épouvantail de Fillon et de Le Pen, il devrait tenter de rassembler en tenant les propos les moins risqués et les moins clivants possibles. Pas question de proposer des idées, mais plutôt éviter les coups et rassembler tous ceux qui espèrent encore un moment d’oxygène et d’hallucination avec les réformes douloureuses.

Bref, une campagne sous contrainte, une campagne obligée, une campagne tactique, loin du rêve que ses adversaires se promettent de vendre…

Italie: l’Europe s’offre une nouvelle crise

En Italie, la démission de Matteo Renzi après l’échec de son referendum sur ses réformes constitutionnelles ouvre une nouvelle crise interne et une nouvelle période d’incertitude. Et si l’Italie se rebellait contre la politique de maîtrise budgétaire imposée par l’Union? Et si l’Italie donnait le pouvoir au mouvement Cinque Stelle qui veut un referendum sur la sortie de la zone euro?

Qu’il est difficile de réformer une Constitution…

Matteo Renzi voulait supprimer le bicaméralisme en Italie, en réduisant le Sénat à un rôle secondaire et en limitant sa composition à 100 membres. Son projet de réforme est puissamment rejeté. Voilà qui en refroidira plus d’un qui voudrait réaliser une opération de ce genre en France.

On le regrettera, évidemment. Il ne suffit pas de proposer une diminution du nombre d’élus pour remporter un triomphe aux élections. Curieusement, aucun commentateur français n’a relevé le « populisme » de la réforme de Renzi et son échec.

Le chômage plus élevé en Italie qu’en France

Quand Renzi est arrivé au pouvoir, en février 2014, le taux de chômage selon Eurostat avait atteint les 12,7%. Près de trois ans plus tard, il est toujours à 12,4%. Le déficit public est toujours sous les 3%. Entretemps, Matteo Renzi a baissé les impôts. Il a aussi mis en place un plan de relance, dont il demandait (en vain) l’amplification au niveau européen.

Il peut, au passage, remercier François Hollande qui l’a lâché dans toutes les négociations avec Angela Merkel.

Les banques italiennes, grandes perdantes du referendum

Au-delà de Renzi, ce sont les banques italiennes qui perdent le plus dans ce referendum. Ce sont elles qui détiennent les deux tiers des créances douteuses de la zone euro. Autrement dit, elles sont assises sur un baril de poudre, qui pourrait faire exploser l’économie mondiale. Que les Italiens choisissent Cinque Stelle pour succéder à Renzi, qu’un referendum soit organisé sur la sortie de l’Italie hors de la zone euro, voire hors de l’Union Européenne, et plus personne ne pariera un kopek sur la survie de l’économie italienne loin du filet de sécurité apporté par la Banque Centrale Européenne.

La chute des sociaux-démocrates européens

Longtemps, François Hollande s’est appuyé sur les sociaux-démocrates européens, et singulièrement sur l’Italie, pour essayer de contrecarrer les visées politiques d’Angela Merkel. Avec le départ de Renzi et sa propre débâcle électorale, Hollande a non seulement creusé la tombe du socialisme français, mais aussi celle du socialisme européen. En Italie comme en France, ce socialisme réaliste qui ménage la chèvre budgétaire et le chou social subit une cuisante défaite.

L’Europe de crise en crise

Après le Brexit, rien n’exclut donc que l’Europe ne connaisse une crise de grande ampleur, liée à une rupture avec l’Italie. Les dégâts seraient beaucoup plus fâcheux cette fois, puisque l’Italie fait partie des pays fondateurs de l’Union. Même si cette éventualité est loin de se réaliser, on constatera que la réforme institutionnelle de Renzi rejetée par referendum visait à limiter l’instabilité gouvernementale. C’est manifestement raté…

Une année en plein roulis pour l’Union

Le départ de Renzi lance officiellement le départ d’une année très compliquée pour l’Union (encore plus compliquée que les années précédentes). Aujourd’hui, Manuel Valls démissionne et cède la place à un gouvernement de transition. En janvier, l’arrivée de Trump à la Maison Blanche risque de provoquer quelques importants remous. En mars, la Grande-Bretagne lancera officiellement le Brexit. En mai, les élections en France apporteront leur lot d’incertitudes, suivies de législatives qui pourraient ne pas être calmes. En septembre, Angela Merkel sera confrontée aux urnes.

Plus que jamais, l’incertitude domine le monde.

Viadeo et le capitalisme de connivence

Viadeo a fait faillite, et la faillite coûte environ 30 centimes € par Français, grâce à la brillante politique d’investissement menée par la BPI. Les pouvoirs publics ont en effet brûlé près de 20 millions € dans deux prises de participation douteuses au sein de ce réseau social français dont les chances de réussir étaient pourtant très incertaines.

Viadeo, brève histoire d’un échec

Viadeo est une sorte de cousin germain de Linkedin. Né en 2004 sous le nom de Viaduc, Viadeo prend son envol en 2007 sous la conduite de Dan Serfaty. En décembre 2013, Viadeo emploie 300 personnes à travers le monde.

Linkedin est né à la même époque. L’un est toujours en vie, l’autre vient de déposer le bilan. Encore un ratage français dans la compétition mondiale.

Le capital français marche à l’envers

Sur le fond, la mécanique qui condamne Viadeo est bien connue. Essentiellement développé sur fonds propres, le réseau français a besoin de cash pour se développer. Il fait donc payer les clients par avance (ce qui limite sa compétitivité) quand son concurrent américain Linkedin peut largement recourir à la gratuité, fort d’investissements apportés par les capital-riskers. C’est ici qu’on mesure le poids du capitalisme de connivence en France: ennemi du risque, il peine à porter des projets à long terme et s’intéresse essentiellement aux projets matures, ou aux amis qui vous veulent du bien.

Le business model « fermé » de Viadeo le condamne à ne pas dépasser les frontières françaises, et à subir un lent étranglement par son concurrent américain.

Le risque capitalistique et Linkedin

Pour mémoire, Linkedin a largement bénéficié d’une forte prise de risque de la part des fonds américains d’investissement. Dès 2003, le fonds Séquoia met près de 5 millions $ dans l’opération. En 2004, Greylock Partners met 10 millions $. On ne voit évidemment pas la vie de la même façon ni l’avenir de son entreprise quand on lève plusieurs millions $ par an.

La différence entre les capitalismes est ici: les 10 millions € levés auprès de la BPI par Viadeo arrivent près de 10 ans après la levée de Linkedin…

Viadeo en 2012: chronique d’un ratage annoncé

En 2012 (cinq ans après la création du réseau…), le Fonds stratégique d’investissement, précurseur de la BPI, met une première ligne de 10 millions € dans Viadeo.

« Viadeo est un champion français de l’internet, qui s’inscrit dans une dynamique de forte croissance et que le FSI a choisi d’accompagner pour accélérer son développement dans le marché mondial attractif, mais compétitif, des réseaux sociaux professionnels », commente de son côté Jean d’Arthuys, directeur et membre du comité exécutif du FSI.

En 2012, Viadeo affiche un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros, soit près de 20 fois moins que Linkedin, créée en même temps. Viadeo réalise la quasi-totalité de son chiffre d’affaires en France et ne monétise aucun abonnement à l’étranger.

Errare humanum est, perseverare diabolicum

En 2014, la BPI ajoute 8,5 millions d’euros, sans l’afficher directement, à l’occasion de l’introduction de Viadeo en bourse. Autant l’investissement de 2012 pouvait se comprendre, autant celui de 2014 obéit à des déterminants mystérieux.

En effet, comme l’indique alors Sébastien Laye, Viadeo a « cashburné » près de 14 millions € en 2013, soit 50% de son chiffre d’affaires. Au premier trimestre 2014, le chiffre d’affaires diminue de près de 5%. La situation ne s’annonce donc pas sous les meilleures auspices…

C’est pourtant à ce moment que la banque publique décide de réinvestir…

La BPI et le capitalisme de connivence

Quelle est la logique de la politique d’investissement de la BPI? Personne ne le sait. Elle n’est pas expliquée. On sait juste que la BPI s’appuie sur un comité exécutif qui semble prendre, avec l’argent des contribuables, des décisions discrétionnaires, voire arbitraires.

Son investissement de 8,5 millions dans l’introduction en bourse de Viadeo de 2014 (qui permet à l’entreprise française de lever 22 millions d’euros, dont 40% d’argent public…) illustre bien le caractère très opaque de sa stratégie. Les mauvais esprits (dont le mien) ne manqueront pas de déplorer, une fois de plus, l’esprit de connivence qui marque le capitalisme français, avec sa manie de mélanger les structures publiques et les structures privées pour financer des arrangements incompréhensibles.

La France est-elle en train de manquer la révolution numérique?

Si l’on admet l’hypothèse que la révolution numérique repose d’abord sur la capacité du capital traditionnel à financer des activités à haut risque… la réponse est donnée. Viadeo, avec ses levées tardives à un moment où son business model était déjà très mal en point, en constitue un superbe exemple.

L’angoisse de l’entrepreneur face à la survie du RSI sous Fillon

Qu’il faille supprimer le monopole du RSI, à défaut de supprimer le RSI lui-même, ne fait aucun doute pour n’importe quel entrepreneur… La question est de savoir si un Fillon devenu président de la République (hypothèse non encore vérifiée) oserait ou non envoyer ce signal essentiel aux travailleurs indépendants. Car, en matière de « libéralisme », il y a souvent loin de la coupe aux lèvres, surtout en France.

Le RSI, une arme d’asservissement de la société…

Le RSI a pris forme en 2005, sous l’impulsion des conseillers d’Etat Bas et Dutreil, alors ministres d’un gouvernement de « droite ». La création de ce bastringue concluait un processus historique long. En 1945, les dangereux maniaques (conseillers d’Etat) qui inventent le régime universel de sécurité sociale projettent d’y absorber les indépendants. Mais, en 1947, face à la mobilisation de ceux-ci, le gouvernement renonce.

Mais l’objectif tacite reste, pour le gouvernement profond, d’asservir la totalité de la société en la fondant dans un régime unique de dépendance (dont seuls les fonctionnaires seront exonérés) où des revenus aléatoires donnent quand même lieu à des cotisations fixes. Dans cette vision globale du monde, portée par quelques hauts fonctionnaires qui ne seront jamais travailleurs indépendants et qui en méprisent les problématiques, la société française doit être organisée autour d’un statut unique, celui d’assuré social.

… qui continue l’oeuvre de javellisation des indépendants

Entre les complications réglementaires et la normalisation à outrance des activités, la création du RSI ajoute une source supplémentaire de précarisation du travail indépendant en France. La précipitation avec laquelle le régime fut créé en constitue un indice: tout a été fait pour rendre la vie des indépendants impossible.

Le graphique suivant, publié par l’INSEE, montre utilement l’inquiétante évolution de la situation:

entrepreneur

La France comptait 4,5 millions d’indépendants en France en 1970. Elle en compte 2,5 millions aujourd’hui. Parmi ceux-ci, il faut intégrer les 500.000 auto-entrepreneurs dont le statut est récent. En réalité, la France ne compte plus que 2 millions d’indépendants, hors les auto-entrepreneurs. L’invention du RSI a donc consolidé une tendance existante.

Le petit tableau suivant résume très bien la dernière situation démographique connue dans ce domaine.

entrepreneur

Parmi les très exactement 1,924 million d’indépendants, le revenu mensuel moyen se situe à 2600€. Ces chiffres moyens incluent les professions médicales. Mais… dès que l’on retire cette catégorie, on trouve des revenus très inférieurs.

Par exemple, dans la construction, le revenu mensuel moyen des indépendants est de 2300€. Dans les services aux particuliers, il tombe à moins de 1500€. Ces chiffres témoignent de la grande misère patronale qui sévit en France.

L’entrepreneur face à la précarité

L’INSEE a le bon goût de donner des éléments précis sur les dégâts infligés par la crise dans le monde des entrepreneurs. Le petit tableau ci-dessous:

entrepreneur

Ce graphique permet de repérer facilement les groupes de population qui ont vu leurs revenus baisser entre 2006 et 2011. C’est notamment le cas de tous les artisans et des commerçants artisanaux comme les coiffeurs. Pour tous ces gens, l’arrivée du RSI a sonné le glas: non seulement ils ont dû faire face à une sévère baisse d’activité due à la crise de 2008, mais la mise en place d’un régime unique de sécurité sociale a accru leurs difficultés par un système de cotisations cycliques qui a fait couler un grand nombre d’entre eux.

Le RSI, épouvantail de l’entrepreneur

Ce qui devait arriver arriva: le RSI est devenu le repoussoir absolu pour l’entrepreneur, le symbole de la mesure technocratique absurde, aveugle, intrusive, et qui empoisonne la vie de ceux qui la subissent.


Le RSI : le cauchemar des petits patrons

Désormais, l’obsession de tous ceux qui ont une activité indépendante consiste à sortir du RSI. Là, ce sont les acteurs de l’économie collaborative qui tremblent dans leurs braies à l’idée d’y être soumis. Ici, c’est un artisan qui se bat pendant des années pour annuler un redressement du régime. Là encore, c’est une grande marche à travers la France. Pour l’entrepreneur, c’est tout sauf le RSI!

Supprimer le monopole du RSI

Une mesure salutaire, indispensable, pour limiter la pénalisation de la prise de risque par les indépendants en France est de supprimer le monopole du RSI. Il ne s’agit pas de supprimer le RSI en tant que tel. Il s’agit seulement d’offrir à ses adhérents la possibilité de s’assurer ailleurs. Simple, efficace, rapide.

Fillon osera-t-il prendre cette mesure?

Pour l’instant, Fillon propose, sur le RSI, un gloubi-boulga très loin du compte:

le RSI est un échec  et nous allons le réformer de fond en comble. Cette réforme passera par la création de la Caisse de Protection des Indépendants.

Mais non Monsieur Fillon, il ne faut pas perdre de temps à réformer le RSI de fond en comble. C’est une machine trop lourde, trop complexe, pour être réformée. Il faut la laisser mourir de sa belle mort en permettant à tous ceux qui veulent la quitter de s’assurer ailleurs. Et pour ce faire, il suffit d’une loi comportant un seul article:

Article premier: nul n’est contraint de cotiser au régime social des indépendants.

Et le tour est joué.

François Fillon osera-t-il enjamber les technocrates rétrogrades qui l’entourent pour adopter cette mesure simple? Les entrepreneurs peuvent peser en ce sens, en s’organisant bien…

Le faux débat sur les 500.000 fonctionnaires à supprimer

Article écrit pour Atlantico.

Le candidat Fillon a-t-il en partie gagné la primaire sur sa promesse de supprimer 500.000 emplois de fonctionnaires? Ce chiffre emblématique nourrit en tout cas d’ores et déjà une polémique, à laquelle participe le Président de la République, qui constitue une sorte de tarte à la crème des programmes électoraux. Et comme d’habitude, revient cette agaçante polarisation sur la question du nombre, et ce silence sur la performance des fonctionnaires. Celle-ci est pourtant au coeur du débat.

La gauche et son impasse sur la réforme de l’Etat

Depuis plusieurs dizaines d’années, la gauche porte une certitude: la question de l’Etat et de la fonction publique se limite à une question de moyens et de nombre. Mais le sujet essentiel de la performance du service public, de la productivité des fonctionnaires et du pilotage de la réforme de l’Etat ne se pose pas. Ces gros mots-là ne se prononcent pas en public.

On rappellera ici que la question de la productivité a fait l’objet d’une savante censure lorsque la question du salaire s’est posée.

Les fonctionnaires sont-ils fainéants ou mal organisés?

Très longtemps, la gauche a d’ailleurs combattu l’idée de diminuer le nombre de fonctionnaires en la présentant comme populiste. Elle sous-tendrait que les fonctionnaires sont des fainéants, ou des paresseux, et elle serait donc clivante. Dans la foulée, on trouve une masse de témoignages de fonctionnaires qui expliquent qu’ils travaillent beaucoup et qu’ils sont toujours débordés. Donc, vous voyez bien que c’est populiste de dire qu’il y en a trop!

Mais à quoi servent vraiment les missions des fonctionnaires débordés? Et peut-on mieux les organiser? Ces questions élémentaires ne sont évidemment jamais posées.

Une qualité de service cataclysmique

Pourtant, les évidences sont là. La France compte aujourd’hui 5 millions de fonctionnaires et la qualité du service public diminue chaque jour. Je prends ici quelques exemples glanés au hasard des jours et des publications.

Progressivement, les préfectures se mettent à admettre les prises de rendez-vous… par Internet. Ce retard dans le basculement numérique est ahurissant, puisque, dans le même temps, la préfectorale ferme ses guichets d’accueil du public dans les sous-préfectures. Voilà un bel exemple d’une mesure de réorganisation pensée sans prendre en compte l’intérêt du citoyen, c’est-à-dire le service rendu au « client ». Qu’ils attendent deux ou trois heures s’il le faut! Ils n’ont sans doute que cela à faire.

On ne dira jamais ici la productivité perdue dans les entreprises du fait de la désorganisation extrême des services pour étrangers dans ces mêmes préfectures. Combien de salariés étrangers doivent s’absenter pendant de longues journées pour quémander des papiers?

Mais tout cela n’est rien, bien entendu, en comparaison de la situation affolante de notre école publique, où la violence quotidienne fait rage.

Le service public prend l’eau et tout cela n’est certainement pas dû à un manque de moyens. Il faudrait juste que les hauts fonctionnaires pilotent leurs services en mettant la qualité de service au coeur de leurs préoccupations.

Le management, ce dernier zeste de citron purgé par la gauche

L’hôpital et la police ont donné les exemples les plus aboutis de la disparition totale de toute culture managériale dans le service public.

Du côté de la police, le collectif qui a défilé dans les rues au mois d’octobre a montré comment la « base » se sent abandonnée et incomprise par sa hiérarchie. L’incompétence et la surdité du management, toujours prêt à stigmatiser ceux qui disent ce qu’il n’a pas envie d’entendre, et toujours à côté des vrais problèmes: ce fléau pourrit aujourd’hui le service public et fait croire que tout peut se résoudre par une augmentation des moyens. Augmentez les impôts et ne nous demandez pas d’encadrer nos services!

Le même constat pourrait être dressé à l’hôpital, où le maintien des 35 heures permet aux personnels d’égrener de longues plaintes contre une impossible organisation du travail, en évitant savamment d’aborder la question des volumes colossaux de congés attribués aux personnels.

Les insiders savent pourtant qu’une grande partie du naufrage administratif s’explique par l’inexistence savamment construite du management administratif.

La productivité des fonctionnaires, le sujet de demain

Face à toutes ces situations d’urgence, l’illusion consiste à croire que l’immobilisme et la bienveillance vis-à-vis des dysfonctionnements constituent des solutions d’avenir. On voit bien la tentation à gauche, qui est de ménager des fonctionnaires pour sauver son patrimoine électoral en répétant: « Pourvu que ça dure ». Mais les dysfonctionnements du service public, dus à un excès de recrutements médiocres et à un encadrement défaillants, sont autant de handicaps pour le pays tout entier.

Songeons à la mise en place prochaine du prélèvement à la source, un sinistre annoncé pour toutes les entreprises, qui repose sur un principe simple: allégeons les tâches des agents du fisc pour préserver la paix sociale… en chargeant la barque des entrepreneurs.

Préserver les fonctionnaires, c’est sacrifier le pays.

UPA, UNAPL: quand le CESE protège les mariages blancs

Tôt ou tard, dans la grande et indispensable régénération de la vie publique française, il faudra bien prendre en main de façon carrée et démocratique la question de moins en moins acceptable des connivences qui se développent à l’abri des regards au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), créé en 1946 par la funeste IVè République. Tout le monde le sait, le palais d’Iéna est le lieu de tous ceux qui se tiennent par la barbichette et continuent à l’envi, au nom de la recherche d’un consensus démocratique, d’un nécessaire rôle des corps intermédiaires (mais nécessaire à quoi?), les combinazioni qui font, au jour le jour, la montée du « populisme ».

L’UPA et l’UNAPL: un mariage blanc au CESE

Un superbe exemple de ces combinazioni est donné par le mariage blanc décidé en urgence par deux organisations patronales dont les présidents se côtoient au jour le jour au CESE.

D’un côté, l’Union des Professions de l’Artisanat (UPA), présidée par Jean-Pierre Crouzet, est, de longue date, à la recherche d’adhérents pour justifier sa représentativité au niveau national. Sur décision historique du gouvernement (ah! la désignation des élus par le pouvoir politique dans la démocratie sociale, ça marche quand même mieux que l’élection!), l’UPA est en effet l’une des trois organisations patronales autorisées à négocier des Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI). À ce titre, l’UPA perçoit une part substantielle des fonds du paritarisme. Son problème est qu’elle compte très peu d’adhérents… et qu’elle est marginalisée par le duo MEDEF-CGPME.

De l’autre, l’Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL), qui regroupe un patchwork improbable de professions bien connues comme les médecins ou les avocats (mais aussi les géomètres-experts, les experts comptables, etc.). L’UNAPL est présidée par Michel Chassang, ancien président de la CSMF, le principal syndicat de médecins habitué à signer des conventions scélérates avec le gouvernement en échange de généreuses subventions. Problème de l’UNAPL: elle a des adhérents, mais n’est pas reconnue comme représentative, et ne bénéficie donc pas des fonds du paritarisme.

Et bizarrement, ceux qui ont l’argent mais pas d’adhérents viennent de décider de se marier en urgence avec ceux qui ont des adhérents mais pas d’argent.

Un mariage blanc entre deux boîtes noires

Si les gens de bon sens savent que la fusion en urgence de l’UPA et de l’UNAPL ne correspond à aucun autre projet qu’une combinazione en opportunité pour gagner de l’argent et de la représentativité (on se réjouit par avance des discussions plénières entre les psychiatres et les plombiers, entre les avocats et les maçons, dans les assemblées générales de la nouvelle entité), ce mariage blanc ne surprend personne, puisque chacune des composantes est une véritable boîte noire habituée à transgresser allègrement les règles de la République.

Ainsi, l’UNAPL héberge par exemple les avocats, profession traversée par la délicieuse affaire de la CREPA, qui nous vaut une affaire en diffamation lancée par une présidente paritaire, Gisèle Lapouméroulie, soutenue par une nébuleuse parasitaire (dont le cabinet Parlons Social, qui s’était réjoui de cette procédure). Problème: depuis le lancement de cette procédure, l’autorité prudentielle (ACPR) a condamné la CREPA à une amende colossale du fait des agissements de la présidente. Rappelons au passage que le fils de la présidente s’est pris plus de 700.000 euros de commissions dans des dossiers immobiliers confiés par sa mère. Les salariés des cabinets d’avocat seront heureux de savoir à quoi et surtout à qui servent leurs cotisations.

Mais concernant l’UNAPL, on peut aussi mentionner les conditions dans lesquelles les syndicats de médecins signent ou non les conventions fixant les objectifs de dépenses par spécialité. En cas de signature, l’Etat les subventionne. Sinon, couic!

Ce mécanisme explique largement pourquoi la profession de médecin est aujourd’hui accablée par les complexités administratives: les syndicats financés par l’Etat ont consciencieusement signés, en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes, tous les textes fonctionnarisant leurs adhérents.

Un mariage blanc tout à fait illégal

Entre gens habitués à négocier le bout de gras en dehors des règles mais au nom de la démocratie sociale, l’UNAPL et l’UPA ont annoncé leur mariage quelques jours avant le 15 décembre, date fatidique pour demander la reconnaissance de représentativité. Et comme cette date porte sur les effectifs des organisations syndicales de l’année écoulée, l’UNAPL et l’UPA ont décidé d’une fusion à titre rétroactif!

On appréciera la capacité des membres du CESE à respecter les règles de la République dont ils forment l’un des corps constitués. Les contrats rétroactifs conclus in extremis pour bénéficier d’une mesure financière en opportunité, c’est probablement la meilleure publicité qui pouvait être donnée à la démocratie sociale, tant adulée par l’inoubliable François Hollande…

Comment les membres du CESE violent la démocratie

Au passage, ce mariage en urgence constitue une sorte de concentré parfait de toutes les violations qu’un mouvement patronal peut porter aux règles démocratiques. Ainsi, la fusion des deux confédérations s’est faite sans aucune consultation des membres. Formellement, il aurait fallu une assemblée générale extraordinaire de l’UPA et de l’UNAPL, après un vote spécifique de chacune des entités composant ces organisations, pour que la fusion soit valide.

Dans le mariage blanc proposé par les membres du CESE, on s’assied allègrement sur ces petits détails qui empoisonnent la démocratie sociale: vous comprenez bien, mon cher Monsieur, que si on se met à demander l’avis de tout le monde, on ne s’en sort plus! la démocratie sociale, c’est fait pour rapporter du pognon, mais pour faire participer les adhérents aux décisions collectives.

On se demande bien, d’ailleurs, comment réagiront les médecins qui veulent se libérer de la sécurité sociale (et du RSI), en découvrant qu’ils appartiennent désormais à une organisation qui est présidée par des gens qui administrent consciencieusement le RSI et les URSSAF (l’UPA constituant le principal syndicat patronal ami de ces organismes qui étranglent les entreprises). Personnellement, j’aurais du mal à encaisser un système où je paie des cotisations à un mouvement qui se contredit à ce point…

Violer la démocratie, une habitude artisanale

Précisons que Jean-Pierre Crouzet, président de l’UPA, a de longue date l’habitude de déshonorer le corps constitué auquel il appartient en se livrant à des pratiques totalement ahurissantes au regard de la démocratie.

On en rappellera quelques-unes ici:

Si l’on voulait illustrer la toxicité du CESE pour la République et ses principes, on n’irait donc pas chercher ailleurs que chez Jean-Pierre Crouzet les preuves qui vont bien.

François Hollande a sous-estimé son bilan

Dans sa déclaration de non-candidature (une belle innovation dans la Vè République, une de plus de la part de ce Président!), François Hollande a dressé un bilan sommaire de son quinquennat: remise en marche du pays, rétablissement des comptes publics, baisse du chômage, élargissement des libertés (avec le mariage pour tous). En l’écoutant, on se demandait pourquoi il était impopulaire.

En fait, cette impopularité s’explique parce qu’il n’a pas assez vanté toutes ses réalisations. Je me propose donc de les rappeler, histoire que François Hollande ne se dise pas que tous les Français ont été ingrats avec lui.

Des comptes publics brillamment tenus…

François Hollande a vanté le rétablissement des comptes publics sous son quinquennat. Mais il n’a pas mis en valeur la subtile technique qu’il a utilisée pour y parvenir.

C’est vrai que François Hollande a diminué le déficit public d’environ 20 milliards, soit 1 point de PIB. Rappelons que l’engagement de la France était une diminution de plus de 2 points. Mais supposons. Pour parvenir à ces 20 milliards d’économies annuelles, Hollande a agi tout en finesse: les dépenses de l’Etat sont passées de 365 milliards fin 2011 à près de 372 milliards fin 2015. Elles étaient de 377 milliards fin 2014. Hollande n’a donc pas baissé la dépense publique! En revanche, les recettes de l’Etat sont passées de 275 milliards en 2011 à à près de 300 milliards fin 2015.

Autrement dit, et pour le seul budget de l’Etat, Hollande a augmenté les impôts de près de 10% pour réduire le déficit, sans toucher à la dépense. 25 milliards de plus ponctionnés sur l’économie française, soit plus de 1 point de PIB, elle est pas belle la vie? Un beau bilan en effet…

Des obligations réglementaires à foison

Quant aux comptes sociaux, Hollande les a, paraît-il, ramenés à l’équilibre. Mais il n’explique pas clairement, là encore, la voie suivie pour y arriver.

Ainsi, pour ce qui concerne les retraites, il a réussi la prouesse d’allonger la durée de cotisations dans la foulée de ce que Sarkozy avait fait, en lâchant, en contrepartie, le fameux compte pénibilité que tous les chefs d’entreprise adorent. Grâce à cette concession, tous les salariés de France font l’objet d’une paperasse supplémentaire qui dégoûte définitivement de recruter. Sans compter que le compte pénibilité encourage les salariés à choisir des postes pénibles, au lieu de les en prévenir.

Dans le domaine de la maladie, Marisol Touraine a suivi une méthode encore plus subtile pour diminuer le déficit: elle a gelé le montant des consultations et écrêté partout où elle le pouvait les remboursements. La situation est telle que, pour des soins complexes (notamment des greffes de main), les Français vont se soigner aux Etats-Unis. Dans le même temps, elle a asséché les comptes des laboratoires pharmaceutiques.

Bref, elle a réduit les déficits en diminuant autoritairement les tarifs, sans bouger le petit doigt sur l’ouverture des données de santé ou sur l’organisation désastreuse de l’hôpital.

L’implosion scolaire et universitaire française

Dans son discours, François Hollande a aussi vanté les mérites de sa politique en matière scolaire.

Une très belle réussite en effet: le quinquennat Hollande s’est limité à créer des postes (60.000, officiellement) pour occuper les élèves. Il n’a pas jugé nécessaire de préciser que le niveau du recrutement a atteint des planchers effrayants, qui expliquent la faillite absolue de l’école publique en France, soulignée à chaque classement de l’OCDE.

Il faut dire que Hollande a soigneusement évité de toucher aux sujets qui fâchent: la gestion des enseignants, déléguée au syndicat communiste FSU qui fait régner la terreur dans les établissements et sabote toute amélioration du système scolaire, l’autonomie des établissements, sujet maudit par excellence, qui est bloquée et permet à des enseignants toxiques d’échapper au contrôle citoyen.

Sur le plan universitaire, rappelons aussi que la France en est arrivée à tirer au sort les étudiants en médecine, ce qui, en soi, constitue une sorte de quintessence incarnée de notre naufrage.

Le quinquennat le plus liberticide de tous les temps

Parallèlement, le quinquennat de François Hollande restera comme le plus liberticide de tous les temps. La prorogation interminable de l’état d’urgence, la loi renseignement, les interventions du CSA, ont considérablement réduit le champ des libertés dans la société française. Dans la pratique, François Hollande a ouvert la voie à un fichage généralise de la population française, ponctué par le fameux TES, le fichier centralisé qui permet à l’Administration de tout savoir sur les Français sans le moindre effort, et sans véritable contrôle.

Sur ce point, Hollande a fait très fort, en nommant des personnalités comme Cazeneuve à des postes où l’oeuvre d’étranglement a permis de régler son sort à tout ce qui pouvait échapper au contrôle de la police.

Et on n’évoquera pas ici les interventions probables de Christiane Taubira dans les procédures judiciaires.

Les cadeaux faits aux puissants

François Hollande a aussi évoqué son intervention bienfaisante dans la réglementation financière. Là encore, on se gausse. La loi de séparation des activités bancaires a en effet consisté à cantonner moins de 5% des activités risquées dans des véhicules sans commune mesure avec une séparation effective entre activité d’investissement et activité de dépôt.

Incidemment, Hollande a laissé Bercy mener toutes les opérations les plus ahurissantes dont les puissants pouvaient rêver. Cela va, bien entendu, de l’autorisation donnée par Macron à Patrick Drahi pour le rachat de SFR, jusqu’à une multitude de mesures techniques inconnues du grand public, mais qui sont autant de cadeaux à la finance dont il s’était déclaré l’ennemi.

Par exemple, Bercy a systématiquement surinterprété les directives communautaires dans un sens favorable aux grands acteurs financiers. Mais on pourrait évoquer aussi les mesures discrètes de la loi Sapin 2, ou le rétablissement des désignations, poussé par Jean-Marc Germain avec la complicité du gouvernement, qui constitue un véritable crime contre la libre concurrence et un cadeau royal aux assureurs capitalistes.

Le naufrage diplomatique français

Enfin, terminons par le plus beau des piliers qui illustrent ce bilan: l’action diplomatique.

Sur le plan européen, Hollande a réussi l’exploit de ne rien obtenir pour la France, sauf une sorte d’indulgence vis-à-vis de notre paresse à réformer. Pour le reste, la France s’est montrée incapable de peser face à l’Allemagne et, plus que jamais, la France est absente de Bruxelles. Cet abandon explique largement pour quelle raison l’Allemagne a décidé seule d’ouvrir les frontières de l’Union aux migrants, et pour quelle raison le français n’est plus une langue de travail sur le continent.

Sur le plan international, la France a par ailleurs perdu toutes les batailles qu’elle a engagées, en dehors de la COP 21. Elle a par exemple choisi de faire la guerre à Bachar el-Assad, affaiblissant ainsi le premier rempart dressé contre l’islamisme.

Rétrospectivement, François Hollande peut donc se targuer de superbes réalisations… Dommage qu’il soit si modeste.

Le revenu universel: d’une idée libérale à un projet socialisant

J’étais invité ce matin sur Sud Radio par Philippe David (et Sophie Favier) pour débattre du revenu universel. Le think tank Terra Nova, proche du Parti Socialiste, vient en effet de publier sous la plume de François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, un rapport sur le revenu minimum décent.

L’occasion était donc donnée de revenir sur un sujet déjà abondamment traité sur ce blog.

Le revenu universel, une idée libérale

Rappelons d’abord de quel raisonnement libéral participe le revenu universel.

D’abord, il existe une fraction non négligeable du produit intérieur brut (PIB) qui relève du bien commun. Les études estiment qu’environ 15% de la richesse nationale provient directement d’une création de valeur assurée par la collectivité, notamment par le patrimoine immatériel. Par exemple, pour prendre le cas de la France, la richesse créée par la fréquentation du château de Versailles trouve son origine dans une accumulation patrimoniale qui appartient à la nation tout entière. Il est donc normal que cette part de la richesse nationale soit redistribuée à la nation, soit une somme d’environ 300 milliards d’euros.

Divisée par le nombre d’habitants, cette somme équivaut à un revenu annuel d’environ 5.000 euros par tête, soit un revenu mensuel d’environ 450 euros.

L’idée d’attribuer cette somme à chaque Français, de sa naissance à sa mort, procède bien d’une vision libérale de la société, puisqu’il s’agit de rémunérer l’effort et de supprimer la rente.

Le revenu universel doit remplacer la sécurité sociale

La question récurrente consiste à savoir où trouver cette somme de 300 milliards d’euros. Vient-elle en plus ou en moins de la pression fiscale actuelle?

Le bon sens consiste à expliquer que le revenu universel, qui n’est autre qu’une redistribution de la part de richesse nationale correspondant au bien commun, vaut système de protection universelle contre les risques de la vie. Ce que la collectivité produit pour le bien commun, elle le reçoit pour assurer sa propre providence.

Si le revenu universel se substituait aux 150 milliards de dépenses santé non liées aux affections longue durée, et à la dépense retraite, on retrouverait, grosso modo, la dépense actuelle de sécurité sociale. La mise en place du revenu universel pourrait donc s’opérer à pression socio-fiscale constante, étant entendu que sa mise en place permettrait de diminuer fortement les cotisations sociales et donc permettrait de recréer de la compétitivité pour les entreprises.

Une idée reprise par une assiette large d’acteurs sociaux…

On notera que cette idée simple, efficace, claire, vertueuse, de transformer notre système peu performant de sécurité sociale en un dispositif d’assurance obligatoire, mais avec un libre choix de l’assureur, financé par la richesse nationale, répond aux prescriptions d’un grand nombre d’acteurs.

Par exemple, la fondation Jean Jaurès, proche du parti socialiste, s’en est fait l’écho. Des chercheurs belges l’ont également rejointe. Contrairement à ce qu’on lit çà et là, l’évidence de cette réforme pourrait donc bénéficier d’un soutien large dans la société, pour peu que le principe en soit présenté et défendu de façon transparente.

… mais combattue par des pseudo-libéraux

On regrettera toutefois que le principe d’un remplacement de la sécurité sociale par le revenu universel ait trouvé des pourfendeurs chez les « libéraux ». La rationalité de cette opposition de mauvais aloi m’échappe encore, et repose sans doute sur des biais autres.

Toujours est-il qu’il est incompréhensible que des individualités auto-proclamées libérales s’échinent à combattre une réforme fondamentale de la sécurité sociale, outil anti-libéral par excellence. À ma grande stupéfaction, j’ai donc découvert que des think tanks qui restent très discrets sur leur financement menaient un combat contre une réforme trop ambitieuse de la protection sociale, en donnant de généreux coups socialisants de poignard dans le dos de la responsabilité individuelle.

Dans cette approche étatiste, le revenu universel devient une usine à gaz qui produit une augmentation massive de la pression fiscale destinée à développer une politique d’aide sociale, souvent couplée à une correction des effets sociaux prétendus néfastes de la révolution numérique.

Le gloubi-boulga de Terra Nova

Cette lutte suicidaire des libéraux en faveur d’un développement de l’étatisme et de la pression fiscale a produit ce qui devait arriver: le think tank Terra Nova a parfait le tableau en proposant de remplacer les minima sociaux par un minimum unique appelé revenu minimum décent.

Il ne s’agit plus ici de défendre une vision économique vertueuse où la société civile perçoit les justes dividendes de son effort et reprend en main sa propre protection. Il s’agit d’une mesure de simplification administrative ciblée sur les bas revenus qui passeraient tous à 750 euros par mois. Bien entendu, Terra Nova se garde bien de chiffrer précisément le coût de cette mesure pour les finances publiques, déjà gavés d’impôts.

En revanche, Terra Nova peut désormais se réclamer du soutien des « libéraux », notamment de Génération Libre, dont, rappelons-le, le leader, le très mondain Gaspard Koenig, est exilé à Londres.

Un petit retour en France (annoncé après le Brexit, fruit d’un obscurantisme vulgaire des nationalistes qu’il déteste) lui permettrait pourtant de constater que l’augmentation de la pression fiscale qu’il prône n’est en rien libérale.

Comment les « libéraux » ont préparé l’augmentation des impôts

Reste qu’après le rapport Sirugue sur le même sujet, il est à peu près acquis que la fusion des minima sociaux dans un revenu minimum d’existence aura lieu, et c’est nous qui la paierons.

On regrettera une fois plus le dramatique positionnement tactique des « libéraux » qui ont prêté la main à cette mesure étatique, avec leurs petits airs aristocratiques de ceux qui savent et qui défendent la modernité.

Inversion de la hiérarchie des normes: notre QPC

On a beaucoup parlé de l’inversion de la hiérarchie des normes (ce blog l’évoque depuis 2014!). Face aux risques prétendus que les accords d’entreprise représenteraient, certains ont plaidé pour une inversion en faveur des branches professionnelles. Même le candidat Macron est favorable à cette solution.

La catastrophe des branches professionnelles

Cette solution de renforcement des branches professionnelles constitue une véritable catastrophe pour les petites et moyennes entreprises. Elle sonne comme un retour au corporatisme de l’Ancien Régime, au moment où il faut moderniser l’économie française et la libérer de ses carcans obsolètes. Là encore, les lecteurs de ce blog savent de quelles truanderies la branche professionnelle est à la fois le prétexte et le réceptacle.

Inverser la hiérarchie des normes au profit des branches, c’est confier le destin de nos entreprises à une boîte obscure où le pire règne en maître.

La branche, royaume du conflit d’intérêt

La Question Prioritaire de Constitutionnalité déposée par Tripalio interroge la constitutionnalité de l’article L 911-1 du Code de la Sécurité Sociale. Cet article autorise les branches à négocier des régimes de protection sociale complémentaire, sans aucun garde-fou.

Dans la pratique, les branches ont souvent utilisé cette faille pour accorder sans contrôle des monopoles à un assureur qui finance, en contrepartie, les organisations syndicales. L’accord de branche se transforme alors en levier pour faire vivre une bureaucratie syndicale coupée du terrain, au détriment de la libre concurrence et de la liberté contractuelle des entreprises (chaque entrepreneur se voit imposer un contrat d’assurance qu’il n’a ni choisi ni négocié).

Cette généralisation du conflit d’intérêt est un scandale absolu.

La branche, servante du grand capital

Rappelons que les accords de branche ainsi négociés au profit d’un assureur unique sert généralement à nourrir discrètement les fonds propres de l’assureur bénéficiaire de l’accord. Celui-ci pratique en effet une surtarification du contrat: le supplément de tarif lui permet d’améliorer ses fonds propres.

C’est ainsi que la justification mensongère donnée à ces accords monopolistiques: protéger les très petites entreprises, faire oeuvre de solidarité, n’est que le faux nez d’un système sidérant où les syndicats de branche signent des accords qui enrichissent les assureurs sur le dos des salariés, en se prenant, au passage, une commission sur le chiffre d’affaires.

Dans le sud de l’Italie, cette pratique a un nom, et elle est illégale.

Il est temps qu’en France, ce système cesse.