Accueil » Archives pour janvier 2017

Mois : janvier 2017

La France, ce bathyscaphe dernier cri qui descend toujours plus bas

Ces derniers jours, le bathyscaphe France a battu un nouveau record de descente dans les profondeurs sous-marines. À chaque élection présidentielle, on se dit qu’on ne peut plus descendre plus bas (on se l’était dit fin 2011, on se l’est redit en décembre, quand Hollande a renoncé à combattre), et chaque fois on s’aperçoit qu’il est toujours possible de se surpasser et de franchir encore quelques paliers hyperbares.

La gauche en pleine décomposition

Parce que, mine de rien, l’élection de Benoît Hamon n’a pas vraiment réglé les problèmes. Certes, le Parti Socialiste dispose désormais d’un champion pour descendre dans l’arène. Certes, Bernard Cazeneuve lui accordera son soutien si et seulement si il endosse le bilan du gouvernement, ce qui semble mal parti (et annonciateur d’une prochaine vague de défections). Mais, comme on pouvait s’y attendre, l’hémorragie vers Macron commence.

Pierre Bergé n’a pas hésité à se rallier ouvertement au jeune Emmanuel. Les réformateurs du PS devraient suivre.

À sa gauche, Hamon trouve un Mélenchon qui devrait aussi faire de la résistance. Cela ne signifie pas, évidemment,  que l’union ne pourra se faire. En revanche, elle ne se fera pas toute seule et de l’eau coulera sous les ponts avant qu’elle ne se réalise.

Bref, trois gauches courent en parallèle vers la présidentielle. À ce stade de la compétition, on se souvient forcément de 2002.

Fillon en équilibre précaire

La grande innovation de l’élection de 2017, par rapport à celle de 2002, c’est évidemment l’état de la droite, qui est beaucoup moins vaillante qu’elle ne devrait l’être. L’audition, hier, par la police judiciaire, pendant cinq heures, de son candidat officiel, constitue un précédent qu’on peut appeler un bouleversement inédit.

Le pari fait par Fillon est que la justice le blanchira rapidement pour lui ouvrir la voie de l’élection présidentielle. La question est de savoir dans quel état il se trouvera à ce moment-là. Tout laisse à penser que la campagne des Républicains va se transformer en chemin de croix. Les révélations annoncées demain dans le Canard Enchaîné risquent de mettre la droite au pied du mur: soit elle passe outre les accusations et explique une bonne fois pour toutes que, même mis en examen, Fillon sera son candidat, soit elle l’empêche de se présenter. Mais se reposer à chaque dossier de presse la question de la légitimité de Fillon à continuer le combat n’empêchera pas l’homme de figurer sur la ligne de départ. En revanche cela l’empêchera de mener campagne et de gagner l’élection.

Bientôt la curée de Macron

Les officines qui orchestrent la déstabilisation de François Fillon devraient attendre que la vague de ralliements à Macron (consécutive à l’élection de Hamon à la primaire) soit achevée pour lâcher les bombes sur le chouchou des médias. Les premiers tirs d’ajustement ont commencé. Les réseaux sociaux ont par exemple commencé à ressortir les petites anecdotes de la carrière Macron, en attendant le feu sur sa campagne.

Au passage, l’intéressé vient d’annoncer que son programme serait prêt début mars. Six semaines avant l’élection? c’est pas un peu beaucoup ça?

La désintégration du débat démocratique est en cours

Bref, ce qu’on a appelé à une époque le débat démocratique s’est transformé en longue plongée dans les profondeurs des poubelles. Je veux bien qu’on m’explique que les dissidents (dont ce blog fait partie) sont de dangereux démagogues, populistes, etc. N’empêche: je préfère mon populisme à leur « élégance ».

Paradis fiscaux: comment le RSI s’y enrichit avec l’argent des entrepreneurs

Article mis à jour le 22 février à 12h45 en accord avec le RSI.

Les paradis fiscaux sont, officiellement, le refuge des méchants capitalistes qui s’enrichissent en échappant à l’impôt. Mais en grattant dans la vie de notre bon régime social des indépendants, chargé d’une mission de service public par l’article L 611-3 du Code de la Sécurité Sociale, on s’aperçoit qu’il s’adonne sans vergogne au même sport. Mais avec l’argent des entrepreneurs.

Le RSI, administrateur d’Amundi

Premier point d’étrangeté: en 2014, le Régime Social des Indépendants, ès-qualité, a obtenu un siège au conseil d’administration de la société Amundi, structure de gestion d’actifs créée par deux banques insoupçonnables: le Crédit Agricole et la Société Générale. Les indépendants seront heureux d’apprendre que des liens aussi étroits unissent leur régime de protection sociale, obligatoire et monopolistique, à des banques commerciales et d’investissement.

Si certains ont un doute, on trouvera une mention de cette nomination dans le règlement de l’OPCVM Amundi Euroland Convertibles:

Fin 2014, le conseil d’administration de l’OPCVM a donc connu quelques changements majeurs, avec cette arrivée triomphale du RSI.

L’étrange représentant du RSI au conseil d’administration

Les lecteurs les plus vicieux du rapport annuel de l’OPCVM ne manqueront pas de relever cette étrange information donnée en page 14 sur ce fameux Jean-Luc ***, démissionnaire, qui cède sa place au RSI:

*** (passage supprimé en accord avec le RSI, l’intéressé ayant été victime de menaces personnelles que ce blog ne peut cautionner)

Traduction: Jean-Luc ***, administrateur d’Amundi, a perdu son mandat au cours de l’exercice pour reprendre un autre mandat au titre d’Amundi. Il est subitement devenu représentant du RSI. Et, au passage, on notera sur sa page Linkedin:

*** (passage supprimé en accord avec le RSI, l’intéressé ayant été victime de menaces personnelles que ce blog ne peut cautionner)

Du coup, on ne comprend pas trop la combine: le directeur des placements financiers du RSI siégeait au titre d’Amundi dans le conseil d’administration de l’OPCVM qui investit une partie des fonds du RSI.

En tout cas, et sans chercher de complication, cette affaire n’est pas simple.

Des investissements dans les paradis fiscaux

En effeuillant le rapport annuel de cet OPCVM qui gérait 200 millions de dépôts en 2015, on va de surprise en surprise. Officiellement, le fonds ne concerne que l’Euroland. Mais la liste des « instruments » montre une réalité un peu différente.

On trouve par exemple cette petite synthèse des opérations:

paradis fiscaux paradis fiscaux

Ben oui, vous l’ignoriez sans doute, mais l’Euroland intègre désormais les Emirats Arabes Unis, les îles Caïmans et Jersey. Accessoirement, les deux derniers sont des paradis fiscaux… où l’argent du RSI peut prospérer en toute bonne conscience.

C’est vrai que l’évasion fiscale est une activité tout à fait louable quand on est chargé d’une mission de service public.

Les placements incongrus du RSI

Au passage, on notera que l’OPCVM qui gère les fonds du RSI a placé les dépôts dans des structures tout ce qu’il y a de plus honnête.

Par exemple, Siem Industries est un conglomérat norvégien immatriculé aux Iles Caïmans. C’est donc bien une entreprise de l’UE! On dira la même chose de la société émiratie Aabar, qui possède par exemple la Falcon Private Bank, spécialisée dans les services aux familles les plus riches. Et que dire de Gabriel Finance, spécialisé dans l’immobilier de luxe?

Le monde est merveilleux… le RSI met parfois des entrepreneurs en faillite pour récupérer un argent qui sert à financer des entreprises tout à fait en rapport avec l’objet social du régime. Comme on le voit.

Présidentielle 2017: la Super-Bowl (puantes) commence vraiment

Qu’y a-t-il de commun entre le football américain et l’élection présidentielle française? La Super-Bowl (puantes) bien sûr, un concentré de haine et de trahisons en tous genres, qui transforme le débat démocratique en pugilat quotidien. Avec la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, la Coupe 2017 devrait être un grand cru.

Les boules puantes que Hamon devra surmonter

Pendant plusieurs années, Hamon a joué la mouche du coche dans les pattes de la majorité présidentielle, empoisonnant singulièrement la vie du Président sortant. Il serait bien naïf de croire qu’un Hollande qui n’a plus rien à perdre (et qui souhaite probablement une malédiction pour cinq générations à tous ceux qui lui ont donné des coups de poignard dans le dos) en restera là. On peut même imaginer qu’il réserve quelques chiens à la chienne de Hamon.

Pêle-mêle, on citera les désertions organisées en faveur de Macron, mais aussi les révélations qui ne devraient pas tarder sur les amours clandestines de Benoît Hamon avec le grand capital (par sa femme interposée). Et quelques esprits malicieux iront aussi chercher, cela ne fait aucun doute, sur le sens très variable de la laïcité qui caractérise le personnage et son entourage.

Les boules puantes que Hamon lancera

Mais le candidat Hamon ne sera pas en reste de boules puantes. Dans sa besace, on devrait en trouver quelques-unes qui réjouiront ses adversaires politiques.

Quelques-unes d’entre elles viseront Mélenchon. On se souvient que l’appareil politique du parti communiste a voté contre un ralliement au Chavez de Saint-Germain-des-Prés. Le Parti Socialiste dispose en effet de la faculté destructrice de présenter des candidats dangereux partout où les communistes sont présents. Voilà qui fait réfléchir. Hamon ne devrait pas manquer d’agiter ce foulard pour fragiliser son adversaire de gauche (les Italiens diraient même son sinistre adversaire).

Ce qu’on ignore, ce sont les boules puantes dont Hamon dispose sur Macron. Il n’est pas du tout impossible qu’il en existe, surtout que les deux hommes ont fréquenté Bercy, même si cette fréquentation fut différée. Rappelons que le prédécesseur de Macron, Montebourg, soutient Hamon. Le monde politique est décidément petit.

Les boules puantes de Fillon ne sont pas finies

François Fillon a eu le privilège de bénéficier de quelques primeurs dans la récolte des boules puantes. Les affaires de Pénélope sont désormais bien connues.

Pour l’instant, le candidat des Républicains est parvenu à gérer l’hémorragie qui guette au vu de l’ampleur prise par les événements. La question sera de savoir dans quelle mesure il pourra tenir dans la durée. L’épreuve qui s’annonce promet en effet d’être rude. Les rumeurs de nouvelles révélations dans le prochain Canard Enchaîné emplissent tout Paris, et, selon la plus grande des vraisemblances, Fillon ne manque pas d’ennemis pour déterrer des cadavres au demeurant de petite taille, mais instrumentalisés sans vergogne.

Des boules puantes au Front National aussi

Dans l’affaire des assistants fictifs au Parlement Européen, le Front National prend aussi sa part de boules puantes. Alors qu’une information judiciaire devrait être ouverte sur ce dossier, le secrétariat général du Parlement lui demande de rembourser sans délai une somme de 340.000 euros.

Là aussi, on peut imaginer que ce n’est qu’un début…

Macron devrait prochainement concentrer les tirs

Reste, bien entendu, la fête à Macron qui devrait commencer bientôt, sur des thèmes déjà connus. Entre ses conflits d’intérêt et le financement opaque de sa campagne, on peut imaginer que les tentations sont grandes pour déterrer quelques dossiers bien pourris et fétides. On guettera attentivement la une des journaux dans les prochaines semaines pour savoir quels cadavres sont lâchés en pâture.

Toutefois, le bon sens voudrait que le candidat socialiste prenne le temps de s’installer et de trouver le la avant de pilonner Macron.

La République du Super-Bowl

Cette campagne fraîche et bien odorante devrait donc divertir les amateurs de choux gras. Le spectacle servira-t-il la cause de la République? Pas sûr, pas sûr.

Présidentielle 2017: la Super-Bowl puantes commence vraiment

Qu’y a-t-il de commun entre le football américain et l’élection présidentielle française? La Super-Bowl (puantes) bien sûr, un concentré de haine et de trahisons en tous genres, qui transforme le débat démocratique en pugilat quotidien. Avec la victoire de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, la Coupe 2017 devrait être un grand cru.

Les boules puantes que Hamon devra surmonter

Pendant plusieurs années, Hamon a joué la mouche du coche dans les pattes de la majorité présidentielle, empoisonnant singulièrement la vie du Président sortant. Il serait bien naïf de croire qu’un Hollande qui n’a plus rien à perdre (et qui souhaite probablement une malédiction pour cinq générations à tous ceux qui lui ont donné des coups de poignard dans le dos) en restera là. On peut même imaginer qu’il réserve quelques chiens à la chienne de Hamon.

Pêle-mêle, on citera les désertions organisées en faveur de Macron, mais aussi les révélations qui ne devraient pas tarder sur les amours clandestines de Benoît Hamon avec le grand capital (par sa femme interposée). Et quelques esprits malicieux iront aussi chercher, cela ne fait aucun doute, sur le sens très variable de la laïcité qui caractérise le personnage et son entourage.

Les boules puantes que Hamon lancera

Mais le candidat Hamon ne sera pas en reste de boules puantes. Dans sa besace, on devrait en trouver quelques-unes qui réjouiront ses adversaires politiques.

Quelques-unes d’entre elles viseront Mélenchon. On se souvient que l’appareil politique du parti communiste a voté contre un ralliement au Chavez de Saint-Germain-des-Prés. Le Parti Socialiste dispose en effet de la faculté destructrice de présenter des candidats dangereux partout où les communistes sont présents. Voilà qui fait réfléchir. Hamon ne devrait pas manquer d’agiter ce foulard pour fragiliser son adversaire de gauche (les Italiens diraient même son sinistre adversaire).

Ce qu’on ignore, ce sont les boules puantes dont Hamon dispose sur Macron. Il n’est pas du tout impossible qu’il en existe, surtout que les deux hommes ont fréquenté Bercy, même si cette fréquentation fut différée. Rappelons que le prédécesseur de Macron, Montebourg, soutient Hamon. Le monde politique est décidément petit.

Les boules puantes de Fillon ne sont pas finies

François Fillon a eu le privilège de bénéficier de quelques primeurs dans la récolte des boules puantes. Les affaires de Pénélope sont désormais bien connues.

Pour l’instant, le candidat des Républicains est parvenu à gérer l’hémorragie qui guette au vu de l’ampleur prise par les événements. La question sera de savoir dans quelle mesure il pourra tenir dans la durée. L’épreuve qui s’annonce promet en effet d’être rude. Les rumeurs de nouvelles révélations dans le prochain Canard Enchaîné emplissent tout Paris, et, selon la plus grande des vraisemblances, Fillon ne manque pas d’ennemis pour déterrer des cadavres au demeurant de petite taille, mais instrumentalisés sans vergogne.

Des boules puantes au Front National aussi

Dans l’affaire des assistants fictifs au Parlement Européen, le Front National prend aussi sa part de boules puantes. Alors qu’une information judiciaire devrait être ouverte sur ce dossier, le secrétariat général du Parlement lui demande de rembourser sans délai une somme de 340.000 euros.

Là aussi, on peut imaginer que ce n’est qu’un début…

Macron devrait prochainement concentrer les tirs

Reste, bien entendu, la fête à Macron qui devrait commencer bientôt, sur des thèmes déjà connus. Entre ses conflits d’intérêt et le financement opaque de sa campagne, on peut imaginer que les tentations sont grandes pour déterrer quelques dossiers bien pourris et fétides. On guettera attentivement la une des journaux dans les prochaines semaines pour savoir quels cadavres sont lâchés en pâture.

Toutefois, le bon sens voudrait que le candidat socialiste prenne le temps de s’installer et de trouver le la avant de pilonner Macron.

La République du Super-Bowl

Cette campagne fraîche et bien odorante devrait donc divertir les amateurs de choux gras. Le spectacle servira-t-il la cause de la République? Pas sûr, pas sûr.

Trump a-t-il signé l’arrêt de mort de Facebook?

Trump vient de faire un très sale coup à Facebook (et à quelques autres réseaux sociaux), passé inaperçu en France compte tenu des péripéties de notre campagne électorale. Il y a fort à parier qu’il ait donné le coup d’envoi d’un processus long du jeu duquel l’Europe pourrait utilement tirer son épingle.

Trump et l’Executive Order sur la sécurité intérieure

Le 25 janvier, Trump a pris un Executive Order sur la sécurité intérieure des États-Unis, intitulé « Enhancing Public Safety in the Interior of the United States » (renforcement de la sécurité publique à l’intérieur des Etats-Unis). Ce décret commence très fort par ces phrases appelées à devenir emblématiques du mandat de Trump:

Interior enforcement of our Nation’s immigration laws is critically important to the national security and public safety of the United States. Many aliens who illegally enter the United States and those who overstay or otherwise violate the terms of their visas present a significant threat to national security and public safety.  This is particularly so for aliens who engage in criminal conduct in the United States.

〈Le renforcement intérieur de nos lois nationales sur l’immigration est éminemment important pour la sécurité nationale et l’ordre public aux États-Unis. De nombreux étrangers qui entrent illégalement aux États-Unis et ceux qui restent sur le territoire au-delà de la durée autorisée ou qui violent d’une façon ou d’une autre les règles de leurs visas constituent une menace significative pour la sécurité nationale et l’ordre public. Ceci est particulièrement vrai pour les étrangers qui observent une conduite criminelle aux États-Unis.〉

Tout est dit…

Les dispositions spécifiques sur la vie privée

La lecture du décret vaut son pesant de cacahuètes. On retiendra notamment l’article 14 « Vie privée »:

Agencies shall, to the extent consistent with applicable law, ensure that their privacy policies exclude persons who are not United States citizens or lawful permanent residents from the protections of the Privacy Act regarding personally identifiable information.

〈Les services de l’État, dans les limites autorisées par les lois en vigueur, s’assureront que leurs procédures excluent des protections apportées par la loi sur la vie privée pour tout ce qui touche aux informations personnelles identifiables les personnes qui ne sont pas citoyennes américaines ni résidentes permanentes légales des protections de la loi sur la vie privée.〉

Et toc!

Les réseaux sociaux dans le collimateur

Concrètement, donc, les non-Américains et ceux qui ne bénéficient pas de la Green Card, se voient retirer les protections de la vie privée apportées par la loi américaine. L’enjeu porte bien entendu sur l’analyse des données privées qui transitent sur Internet. Les services américains viennent de recevoir un blanc-seing pour l’analyse sans limite de toutes nos données.

Une guerre déclarée à l’Europe

Voilà qui pose quand même un petit problème. La CNIL française par exemple se réjouissait l’an dernier du règlement européen sur la protection des données personnelles paru au JOUE le 4 mai 2016. Celui-ci précise dans son article 44:

Un transfert, vers un pays tiers ou à une organisation internationale, de données à caractère personnel qui font ou sont destinées à faire l’objet d’un traitement après ce transfert ne peut avoir lieu que si, sous réserve des autres dispositions du présent règlement, les conditions définies dans le présent chapitre sont respectées par le responsable du traitement et le sous-traitant, y compris pour les transferts ultérieurs de données à caractère personnel au départ du pays tiers ou de l’organisation internationale vers un autre pays tiers ou à une autre organisation internationale. Toutes les dispositions du présent chapitre sont appliquées de manière à ce que le niveau de protection des personnes physiques garanti par le présent règlement ne soit pas compromis.

Le règlement prévoit l’interruption du transfert de données vers un pays qui ne respectent plus la réglementation européenne. Les États-Unis par exemple.

Les démocraties fragilisées par les lois sur le renseignement

Qu’on ne se frotte pas les mains tout de suite. Pareille mésaventure pourrait très bien arriver à la France. Avec sa loi sur le renseignement, rien n’exclut qu’un changement de majorité, ou de gouvernement, ou de régime, n’aboutisse à légaliser les mêmes effets… Valls et Cazeneuve en porteront la responsabilité première. Ce ne fut pas faute de le dire.

La nécessité d’un Internet européen

Première leçon à tirer de ce bouleversement: l’Europe peut soudain prendre conscience de la nécessité d’un Internet qui lui soit propre. Aujourd’hui, Internet est conçu comme un immense aimant qui attire toutes les données personnelles européennes vers les clouds américains. On mesure le danger que ce talon d’Achille représente aujourd’hui pour l’ensemble de l’économie européenne.

La nécessité d’un Facebook européen

Autre point majeur: les réseaux sociaux américains vont devenir de plus en plus suspects et, tôt ou tard, feront l’objet d’un bad buzz. Pour l’Europe, c’est une opportunité. La construction d’un réseau « sain » et protégé, respectueux des libertés publiques, pourrait devenir un élément d’attractivité fort.

4 raisons pour lesquelles Fillon doit rester, même mis en examen

Article écrit pour Atlantico

Après l’exorde de François Fillon sur le Penelopegate, tous les Français ont entendu que le candidat renoncerait à sa candidature s’il était mis en examen. Le geste (appelé chez les Grecs: brûler ses vaisseaux) est héroïque, mais il est quand même très dangereux.

Certes, François Fillon avait attaqué Nicolas Sarkozy durant la campagne aux primaires en rappelant la phrase du général De Gaulle sur les candidats à la présidentielle mis en examen. Certes, François Fillon a bâti sa campagne sur sa probité.

Tout ceci justifie qu’il se drape aujourd’hui dans une dignité qu’on trouvera mal placée. Il n’a pas hésité à déclarer, sur TF1, qu’une mise en examen serait une atteinte à son honneur. Oui, mais enfin, s’il suffit en France de mettre, sous un prétexte ou un autre, une personne en examen pour la mettre en retrait de la société, la manoeuvre serait décidément très tentante! Dans une société de plus en plus judiciarisée et mise sous surveillance (ce qui était moins le cas sous De Gaulle), on mesure le levier que représenterait la mise en examen pour détruire un rival politique ou un ennemi.

Reste la question de fond: la mise en examen de François Fillon justifierait-elle son retrait?

Cette idée parait en contradiction singulière avec quelques bonnes raisons contraires, qu’il est nécessaire de rappeler ici.

Fillon, un puissant rempart contre l’isolationnisme de Trump

Replaçons quand même la question des présidentielles dans leur contexte: le premier sujet que devra traiter le prochain président de la République sera celui du nouvel ordre du monde construit par Donald Trump. Cela ne signifie pas que les sujets de probité personnelle n’ont aucune importance, ni qu’il faut les occulter. Mais enfin, reconnaissons qu’il vaut mieux un président mis en examen pendant la campagne pour une affaire d’emploi fictif mais capable d’en imposer aux Américains, plutôt qu’un président propre sur lui mais sans autorité face aux logiques biscornues de Donald Trump.

Sur ce point, la stratégie de balance proposée par Fillon avec la Russie constituera un atout important.

Pour un rééquilibrage des relations avec l’Allemagne

Le prochain président ne devra pas seulement entamer une relation bilatérale compliquée avec le Président des Etats-Unis. Il devra aussi tenir le manche du couple franco-allemand, où, depuis 2012, la France est fortement minorée. Pendant cinq ans, François Hollande a accepté une soumission coupable à Angela Merkel en échange de l’indulgence de celle-ci vis-à-vis des dérives budgétaires et de l’immobilisme français.

Sur ces points, François Fillon apporte une ligne intéressante qui porte de nombreuses promesses. On voit mal qui, dans ses rivaux à la présidentielle, est capable de faire mieux. Veut-on passer à côté d’une chance historique pour une affaire d’emploi fictif à 4.000 euros?

Pour de vraies réformes internes

On le sait tous, l’inversion des relations avec l’Allemagne passe forcément par des réformes décisives en France. Certains interprètent ce préalable comme une marque de dévotion ou de soumission à nos voisins. C’est faux bien entendu. Le sujet n’est pas de s’abaisser pour plaire, mais de se réformer pour se relever. Il n’est pas sûr que François Fillon soit l’élément indispensable de ce relèvement, mais il est en revanche absolument certain qu’aucun autre candidat ne propose un tel programme, y compris parmi les Républicains.

Il est donc indispensable là encore que Fillon reste candidat.

La transparence pour gérer la question de la probité

Reste que, si François Fillon devait être mis en examen, nous ne pourrions ignorer cette occurrence, qui est toxique pour l’ensemble de la démocratie. Elle montre que la classe politique française n’est pas allée assez loin pour se mettre au niveau des attentes démocratiques exprimées par les opinions publiques. Sur ce point, l’insupportable refrain du populisme entonné par les élus et répétés par les médias subventionnés dès que le droit de suite reconnu à chaque citoyen sur les élus par la Déclaration de l’Homme de 1789 est mis en oeuvre pèse lourd dans la balance. Nos élus feraient moins de résistance à la démocratie et accèderaient plus volontiers aux pétitions citoyennes, nous n’en serions pas là.

Sur ce point, à quelque chose boule puante est bonne. La meilleure façon que François Fillon peut encore avoir de surmonter la crise qu’il traverse consiste à prendre le taureau par les cornes. Le bon sens impose ici d’acter les dangers des pratiques opaques en vigueur. Le candidat Fillon a tout intérêt à ajouter à son programme des dispositions drastiques sur le contrôle des élus par les citoyens.

Seul le grand bond en avant de la transparence pour renouveler en profondeur les pratiques politiques peut sauver la candidature de Fillon.

Penelopegate: l’Odyssée de Fillon ne fait-elle que commencer?

Le Penelopegate est, en vingt-quatre heures, devenu le sujet de conversation qu’on aborde forcément dans un dîner. Pour Fillon, qui avait gagné sa petite guerre de Troie en novembre de façon un peu inattendue, le coup est plus rude qu’on aurait pu le croire au premier abord. Il n’est en effet ni le premier ni le dernier homme politique épinglé sur les petits (ou gros) avantages qu’il a retirés du système. Dans son cas, la situation est toutefois plus compliquée que celle d’un Chirac, rendu populaire par ses multiples exemples de prévarication: Fillon était encore vierge en matière de mise en cause personnelle et il en avait même fait (grave erreur!) un thème de campagne. Il bénéficiera donc moins que Jacques Chirac, ou François Mitterrand, ou Nicolas Sarkozy, d’un contre-effet positif de cette affaire dans l’opinion.

Le Penelopegate, ou le chant des sirènes aristocratiques

Sur le fond, le Penelopegate n’est compréhensible que si l’on a à l’esprit la loi des 10.000 euros. En France, il y a ceux qui ont un train de vie mensuel à quatre chiffres, qui font partie (personne ne le leur dira les yeux dans les yeux, mais c’est pourtant un principe de base qui distingue les élites et les petites gens) du Tiers, et ceux qui ont train de vie à cinq chiffres, qui sont plus ou moins pris sérieux et qui ont le droit de la ramener. Pour un élu, il faut faire feu de tous bois pour passer dans le club recherché des cinq chiffres, sans quoi on doit courber l’échine devant les puissants et accepter la condition dégradante de petit baron de province.

Fillon connaissait parfaitement cette loi et a fait, comme beaucoup d’autres, ce qu’il fallait pour rester dans les rangs de la noblesse républicaine.

Même les plus fillonolatres reconnaîtront qu’il l’a fait avec maladresse. En faire des tartines dans les medias people sur le mode du « ma femme ne travaille pas » alors qu’elle touche un salaire confortable d’attachée parlementaire s’appelle se tirer une balle dans le pied. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que le pire arriverait tôt ou tard en s’offrant ce petit mensonge.

Si Fillon s’était contenté de céder aux sirènes aristocratiques en se faisant un train de vie à plus de 10.000 euros par mois grâce au salaire de sa femme, personne n’en aurait parlé.

Le timing est parfait

Le Penelopegate ne remonte pas à aujourd’hui. L’affaire dure depuis de nombreuses années, mais c’est en octobre 2016 que Fillon a tiré parti de l’oisiveté officielle de sa femme dans la campagne électorale. Mais les révélations n’interviennent que trois mois plus tard… Manifestement, ce n’est pas à une boule puante que nous avons affaire, mais à un missile téléguidé. L’opération est préméditée et programmée de longue date. Elle ressemble à un superbe travail de professionnel.

On imagine que Fillon doit bien avoir une idée de l’auteur de ce coup tordu.

Première salve d’un barrage d’artillerie?

Assez curieusement, la justice s’est immédiatement emparée du dossier et le parquet financier a ouvert une enquête préliminaire. L’information ne manque pas de faire sourire. La justice se montre d’ordinaire beaucoup moins allante et motivée sur des dossiers plus nets et plus importants. Quelle utilité y avait-il, juste avant le débat entre Valls et Hamon, de procéder à ce genre d’opération?

Le Penelopegate a toutes les allures d’une opération de déstabilisation à l’approche de la désignation du candidat socialiste. Bien malin celui qui est capable d’en deviner les effets politiques futurs. Dans tous les cas, on peut affirmer qu’elle est, à un degré ou à un autre, une mauvaise opération pour Fillon.

La question est de savoir quels sont les autres missiles téléguidés qui doivent tomber sur son camp.

De prochaines révélations sur sa société de conseil?

Les révélations du Canard sont tellement bien orchestrées, et le travail est tellement propre, que tout laisse à penser à une mise en bouche. Le plus probable est que d’autres « révélations » suivent, notamment sur les activités de conseil menées par François Fillon depuis 2012. Rien n’est sûr, bien entendu, mais on sent les loups tapis dans l’ombre, et prêts à bondir pour disqualifier celui qui reste le favori des élections présidentielles.

On fait confiance à Fillon pour renvoyer la pareille à ses adversaires, et les premières démonstrations sur les frais de bouche de Macron promettent de belles séances d’amusement.

Reste que le candidat Fillon peut s’apprêter à rentrer dans une séquence désagréable qui risque de lui porter préjudice et qui pourrira le débat politique pendant un certain temps.

Petit manuel de déstabilisation

Tout ceci nous ramène aux pratiques de déstabilisation courantes durant les campagnes électorales, mais probablement particulièrement exacerbées en 2017 compte tenu des enjeux exceptionnels de cette année.

Fillon est un favori relativement gênant et la vigueur de la polémique qui prend le prouve. Sur le plan intérieur, son ambition de supprimer 500.000 emplois de fonctionnaires lèse l’appareil d’Etat qui n’a pas dit son dernier mot. Sur le plan européen, il plaide pour un rééquilibrage (salutaire) des relations franco-allemandes. Sur le plan international, sa position plutôt russophile déplaît forcément aux Etats-Unis. L’homme dispose donc d’ennemis puissants, qui s’accommoderaient mieux d’un Valls.

Pour ceux qui se complaisent à voir une France affaiblie, abattre Fillon peut donc être une opération utile.

On ne voit donc pas pourquoi la campagne de dénigrement s’arrêterait maintenant.

Chic! les premières boules puantes de la campagne…

Avec le Penelopegate, ce sont les premières boules puantes de la campagne présidentielle qui sont écrasées dans un coin et là on se dit: chic! le mois de mai approche, l’hiver se termine, ça sent le printemps, avec cette douce odeur de purin qui envahit les narines et qui asphyxie un peu comme un parfum trop lourd. Pour un peu, on en redemanderait.

Le Penelopegate, c’est quoi?

Difficile d’y échapper ce mercredi matin: la femme de François Fillon aurait été rémunérée par son mari, puis par son suppléant, pour un emploi fictif pendant une dizaine d’années. Au total, 600.000 euros en dix ans se seraient évanouis de la poche du contribuable vers la poche de l’épouse. L’affaire est plutôt microscopique par rapport à la norme politique, mais elle embarrassera sans doute son camp.

Je trouve que ce point-là n’est toutefois pas le plus cocasse. On apprend à l’occasion de ces révélations du Canard Enchaîné que Pénélope Fillon aurait trouvé quelques menues monnaies à la Revue des deux Mondes, possédée par Marc Ladreit de Lacharrière, présenté comme ami de la famille. L’information est divertissante. Cet homme d’affaires est une sorte de Droopy de la République: on le trouve derrière toutes les portes. Il est accessoirement compagnon de Véronique Morali.

Décidément, le monde est petit.

Dans ce dossier, Fillon devrait bénéficier de la doctrine habituelle qui rend les Français très philosophes vis-à-vis de cette attaques rituelles au moment des élections.

À gauche aussi ça chauffe

Si la droite devrait se réveiller avec une bonne gueule de bois, la gauche n’est pas vraiment en reste. Entre Hamon et Valls, le ton monte en effet, et on se demande dans quel état ils seront au lendemain du second tour.

Sur le revenu universel, Valls a déclaré:

« Quand on propose 350 milliards d’euros même à l’horizon d’un quinquennat, c’est irréaliste », a-t-il déclaré. « Quand on bâtit le succès de sa campagne sur cette idée-là, alors on est en effet un marchand de sable, un marchand d’illusions, parce que ça va créer des désillusions ».

Hamon n’a pas du tout apprécié cette qualification de « marchand de sable », qui illustre assez bien la rupture profonde entre la gauche de gouvernement et la gauche rêveuse. Si Hamon devait gagner et imposer cette idée de revenu universel, on voit mal comment Valls pourrait la faire sienne après ces quelques paroles.

On pourrait proposer un ring de boxe comme décor pour le prochain débat entre eux.

Les victimes collatérales de la primaire de gauche

Compte tenu du grand flou dans la participation au scrutin, le PS a renoué officiellement avec sa tradition de magouille électorale qui avait valu quelques belles disputes entre Ségolène Royal et Martine Aubry. C’était drôle à l’époque, déjà. Pour Christophe Borgel, grand manitou de la primaire, tout ce joyeux désordre sonne comme un désaveu définitif. Heureusement que personne ne le connaît!

Dans la foulée, l’appareil PS lui-même n’apparaît guère grandi, d’autant que la participation définitive n’a probablement pas atteint le 1,5 million attendus.

Pourvu que le deuxième tour mobilise plus les foules… sinon on voit mal ce qui pourra rester de cette maison qui sombre. Il devrait bientôt y avoir un immeuble à acheter rue de Solférino.

Une recomposition rapide vers Macron?

Parmi le ventre mou du PS, la ligne Hamon est clivante. Certains auraient pu s’accommoder de Montebourg, mais la stratégie Hamon, marquée en interne par un activisme assez sectaire de ses troupes, ne passera pas. Hamon vainqueur fera fuir une moitié du PS (ce qui concédons-le ne suffit pas forcément à faire peur) vers Macron. La question est inversement de savoir si Valls vainqueur fera fuir l’autre moitié vers Mélenchon.

Dans tous les cas, la présidentielle de 2017 devrait porter un vilain coup à un PS déjà moribond. La machine inventée par François Mitterrand pour gagner les présidentielles aura survécu à son fondateur pendant une grosse vingtaine d’années. Les héritiers du patriarche ont mangé la grenouille.

Macron bientôt rejoint par tous ceux qui ont des semelles de plomb?

Dans les semaines à venir, En marche! devra donc trancher sur sa politique d’asile vis-à-vis des transfuges du PS, puisque la victoire de Hamon est tout à fait probable. Macron qui se sent pousser des ailes se trouvera face à un beau dilemme. Dire non à ces ralliements qu’il attend depuis des mois serait politiquement suicidaire car, tôt ou tard, il aura besoin de troupes aguerries. Mais dire oui, c’est ralentir sa marche en accueillant auprès de lui des gens alourdis par d’épaisses chaussures de plomb. Une aubaine pour la droite!

Que faire?

L’angoisse de l’entrepreneur face à la rupture conventionnelle

Article écrit pour Atlantico.

Selon le ministère du Travail, près de 33.000 salariés ont bénéficié, chaque mois, en moyenne, d’une rupture conventionnelle. Pour mémoire, en décembre 2016, Pôle Emploi a enregistré 13.000 licenciements économiques et 27.000 fins de missions d’intérim. En France, on rompt donc trois fois plus le contrat de travail à l’amiable qu’on ne licencie économiquement. Tout l’enjeu est de savoir si les entrepreneurs doivent se réjouir ou non de l’émergence de ce mode de rupture du contrat.

La rupture conventionnelle, une réussite…

Souvenons-nous! en janvier 2008, les partenaires sociaux signent un accord national interprofessionnel sur le modernisation du marché du travail qui crée un nouveau mode de rupture du contrat de travail: la rupture conventionnelle. Soumise à une homologation par l’administration du travail, échappant au contrôle des prud’hommes, la rupture permet d’éviter le recours formel au licenciement pour faute lorsqu’un employeur et un salarié souhaitent mettre fin au contrat de travail d’un commun accord et sans renoncer aux indemnités conventionnelles.

Neuf ans plus tard, le recours à la rupture conventionnelle s’est banalisé. En apparence, tout le monde peut donc se féliciter de cette invention.

… qui devait éviter la judiciarisation des rapports professionnels

De fait, souvenons-nous de l’époque où la rupture du contrat de travail était forcément un traumatisme, spécialement pour les cadres. Quand il s’agissait de rompre, il fallait monter un dossier de faute avec une transaction cachée pour que l’affaire ne se termine pas aux prud’hommes. Le salarié qui perdait son job convenait alors de l’indemnité transactionnelle qu’il percevait en contrepartie de son renoncement à toute procédure contentieuse.

Pour tous ces cas délicats, la rupture conventionnelle a dédramatisé les enjeux en permettant à chacun de se séparer sur un constat d’échec assorti d’un petit cadeau de départ, sans être obligé de saisir les prud’hommes pour faire pression sur l’employeur.

L’envers du décor

Reste que, malgré ces apparences faciles, le véritable portrait de la rupture conventionnelle est un peu plus complexe. Depuis son invention, en effet, et malgré son succès fulgurant, l’activité des prud’hommes ne faiblit pas et les délais d’attente ne cessent de s’y allonger. Ainsi, selon le rapport Lacabarats de 2014, la durée moyenne d’attente de traitement des affaires aux prud’hommes était proche d’un an, soit deux fois plus que dans les autres tribunaux. Cette durée moyenne ne cesse de s’allonger.

En volume, les prud’hommes avaient reçu 200.000 affaires nouvelles en 2009. En 2016, ce chiffre est tombé à 185.000 environ, mais, en 2013, il était monté à 205.000.

Les 400.000 ruptures conventionnelles annuelles n’ont donc pas fondamentalement permis une déjudiciarisation du licenciement.

La rupture conventionnelle est-elle favorable aux salariés ou aux employeurs?

Lors de son invention, la rupture conventionnelle était volontiers présentée comme une facilité accordée aux employeurs.

Dix ans plus tard, on s’aperçoit qu’elle n’a pas exactement produit les effets escomptés. Le fait qu’elle n’ait pas vraiment diminué la conflictualité des procédures de licenciement « sec » montre qu’elle ne constitue pas à proprement parler une alternative aux ruptures contentieuses du contrat de travail. Le salarié qui conteste son licenciement continue à traîner son employeur devant les tribunaux.

En revanche, la rupture conventionnelle a couvert les besoins d’une autre catégorie: celle qui regroupe les salariés désireux de quitter leur emploi, sans que l’employeur n’en partage forcément le désir. Pour tous ceux-là, le recours à la démission paraissait jusqu’ici exclu ou peu souhaitable du fait de l’absence d’indemnités. La rupture conventionnelle leur donne la possibilité de « sortir du bois » en espérant décrocher un petit jackpot au moment du départ.

Un nouveau droit du salarié?

Un petit sport s’est donc répandu parmi les salariés, et que les employeurs peuvent rapidement repérer. Il consiste, lorsqu’on n’est plus en période d’essai et qu’on oeuvre dans un métier en tension, à demander à son employeur une rupture conventionnelle plutôt que de démissionner. Lorsque l’employeur a le malheur de refuser l’opération, le salarié commence rapidement à jouer le pourrissement (arrêt maladie, excès de zèle, conduite désagréable) jusqu’à ce que l’employeur cède.

La logique sous-jacente est simple à comprendre: la rupture conventionnelle est un droit du salarié, et l’employeur qui la refuse est un exploiteur. Contrairement au mythe répandu, la rupture conventionnelle n’est pas automatiquement à l’initiative du patron. Ce renversement logique n’avait pas forcément été imaginé en 2008, lors du lancement de la rupture.

Le casse-tête de la rupture personnelle du contrat

L’invention de la rupture conventionnelle a donc produit des effets pervers en cherchant une réponse astucieuse à la vraie question de la flexibilité du contrat de travail. Là où les concepteurs de l’idée imaginaient apporter de la souplesse, ils ont à de nombreux égards et dans un éventail large de cas apporté de la rigidité.

Ignoraient-ils complètement les risques afférents à leur solution?

De fait, le licenciement personnel pose deux questions majeures. L’une, adressée par la rupture conventionnelle, est celle de la judiciarisation de l’opération et des risques afférents. On a vu que l’homologation par l’administration du travail a constitué une réponse maladroite et même ratée à ce problème. L’autre est celle du coût et du délai de l’interruption du contrat de travail. Sur ce point, la rupture conventionnelle ne dispense pas l’employeur de devoir chercher un terrain d’entente avec le salarié pour régler les modalités de son départ.

Pourquoi les employeurs sont timides sur ce sujet

Il existe une raison structurelle pour laquelle les employeurs et leurs syndicats n’ont pas, en 2008, cherché à instaurer une véritable flexibilité dans la rupture du contrat individuel de travail et pour laquelle ils sont restés à la croisée des chemins. Là encore, les préjugés et les fantasmes poussent à imaginer qu’une simplification du licenciement individuel profite forcément aux patrons. Et c’est vrai que, dans un certain nombre de cas, l’éviction rapide d’un salarié insuffisant peut susciter des envies. Mais celles-ci sont immédiatement suivies par un sentiment plus mitigé.

La simplification du licenciement implique aussi, par parallélisme des formes, une simplification de la démission. Faciliter le départ d’un salarié est ambivalent, et pour un certain nombre de salariés, pouvoir partir vite et en toute légalité peut constituer une tentation dangereuse pour l’ensemble de l’entreprise.

Que devient celle-ci en effet si, comme dans la loi travail récemment adoptée en Belgique, le salarié peut quitter son poste en huit jours? La transmission de savoir-faire, de formation, devient soudain beaucoup plus compliquée…

La question délicate des métiers en tension

Dans les métiers en tension, une flexibilité trop poussée constitue donc une prise de risque importante pour les employeurs, et c’est pour cette raison que les représentants patronaux dans les négociations n’ont pas porté de solutions extrêmes sur le sujet. S’il est souhaitable de faciliter le départ de salariés qui posent problème, il n’est pas souhaitable d’accorder la même facilité à ceux qu’on veut garder. D’où le vice originel de la rupture conventionnelle qui a encourage à la recherche de solutions négociées en accordant un véritable levier aux salariés, mais qui prend bien garde à ne pas faciliter les départs unilatéraux.

On retrouve ici la dualité du marché du travail en France. D’un côté, les métiers très flexibles où le turn-over n’est ni un problème ni une menace. De l’autre, les métiers à forte valeur ajoutée où le départ inopiné d’un salarié constitue une perte sèche qui met les employeurs en difficulté. Voilà un beau cas de figure où la définition des règles de rupture devraient relever des accords de branche…

En attendant, l’employeur qui reçoit la visite d’un salarié pour parler « rupture conventionnelle » est rarement rassuré sur son sort.

Comment le RSI veut supprimer les petites mutuelles

Le RSI ne se contente pas de maltraiter ses « bénéficiaires ». Il entend aussi participer à la grande oeuvre de diminution du nombre de petites mutuelles en France en retirant à celles-ci leur agrément pour gérer les dossiers maladie (organismes dits conventionnés).

La convention d’objectifs et de gestion 2016-2019 signée avec la direction de la sécurité sociale ne s’en cache pas.

Pour mémoire, voici les organismes conventionnés habilités aujourd’hui à gérer les prestations maladie du régime. Comme l’indique l’IGAS, le fonctionnement de ces organismes ne pose pas problème:

Sur ce sujet, la Convention 2016-2019 mentionne ceci:

On le voit: le RSI a signé avec l’Etat un accord prévoyant un changement de réglementation qui limitera le nombre d’organismes conventionnés. Comme toujours, la technique utilisée consiste à réglementer la taille des organismes conventionnés pour éliminer les « petits ».

Officiellement, en 2019, il ne devrait demeurer que trois organismes conventionnés, ce qui suppose le retrait de conventionnement à un certain nombre de petites mutuelles. Celles-ci devront donc accepter des transferts de personnels, des réductions de taille, voire des licenciements…

Cette mesure est purement idéologique. Personne ne se plaint de la qualité de service des organismes concernés. Comme toujours… quand quelque chose marche malgré sa petite taille,  il vaut mieux le casser en créant des gros machins. Comme si la priorité du RSI était de ruiner les petites mutuelles.

L’idéologie du « jardin à la française » devrait donc coûter très cher aux indépendants.