Accueil » En route pour la même chienlit que 1958?

En route pour la même chienlit que 1958?

Cet article a été lu 9528 fois

Tout le monde se souvient de la chienlit de 1968. Mais il en est une, que l’on croyait conjurée, écartée, impossible à revoir: celle de 1958. En suivant les développements quasi-horaires maintenant de la campagne hostile à François Fillon, on se demande pourtant si le destin de la Vè République n’est pas de finir comme sa prédécesseuse. Plus d’un trait commun accentue en effet les ressemblances entre ces deux soeurs.

La chienlit des impossibles majorités parlementaires

Et tout d’abord, bien entendu, c’est l’absence de majorités parlementaires qui frappe dans les deux cas. La IVè République fut balayée parce que le jeu des partis y rendait impossible la décision politique, faute de majorités à l’Assemblée. Avec François Hollande, le groupe socialiste a montré qu’un parti pouvait être (largement) majoritaire mais incapable de décider.

Le mouvement des frondeurs est parvenu, pendant cinq ans, à rendre impossible l’exercice du pouvoir, jusqu’à forcer Manuel Valls à dégainer le 49-3 pour faire passer une loi que son adversaire, à la primaire, se promet de détricoter. C’est quand même inédit…

Le phénomène n’est pas seulement anecdotique. Il prouve le malaise général de notre constitution qui donne des pouvoirs mal calibrés à des minorités. En lui-même, le groupe des frondeurs a prouvé que le régime de la Vè République n’était plus qu’une mécanique sans âme. Certes, il permet de dégager des majorités formelles. Mais les partis qui concourent à l’exercice ne représentent plus rien… en tout cas plus aucune idéologie vivante dans l’opinion.

La culture de l’opacité est devenue insupportable à l’opinion

Dans l’affaire Fillon, les réponses apportées par le candidat aux questions de l’opinion, pourtant simples (votre femme a-t-elle oui ou non occupé un emploi fictif?), ont montré la rupture profonde entre les décideurs politiques et les citoyens qui les ont élus.

N’importe quel citoyen est soumis à d’innombrables contrôles qui l’obligent chaque jour à justifier de sa situation professionnelle: contrat de travail, droit du travail, formalités multiples, rendent impossible la situation où on ne sait plus très bien si l’on dispose ou non d’un contrat de travail en miroir à sa rémunération. Le fait que François Fillon puisse expliquer haut et fort qu’il a employé sa famille sans se souvenir de ces « détails » (alors qu’il est très méchamment attaqué par la presse sur ce sujet) montre bien le décalage majeur, fondamental, entre la perception commune du monde et celle de nos responsables politiques.

Ce décalage oppose le monde de la transparence sur toute chose dans laquelle le citoyen ordinaire vit, et celle de l’opacité qui continue à régner dans la classe dirigeante. Cette opposition n’est plus acceptée par l’opinion.

La dangereuse chienlit, la grande menace pour nos libertés

Je regardais hier le Quotidien de Barthès, et, comme beaucoup de Français, j’ai assisté éberlué à l’évacuation manu militari à la demande du Front National des journalistes qui ne plaisent pas à Marine Le Pen. Il est évidemment difficile de ne pas voir que, dans la chienlit qui règne, cette extrémité-là nous guette, et paraîtra à l’opinion infiniment préférable au grand bordel qui existe par ailleurs.

C’est précisément ce qui inquiète aujourd’hui. Le désordre tel qu’il se présente ouvre des boulevards, y compris à des gens dangereux, y compris à des gens qui détestent la liberté de la presse, y compris à des gens qui donnent des claques aux élus qui ne leur plaisent plus. Derrière l’affaire Fillon, ce sont aujourd’hui nos libertés publiques qui sont fragilisées, et cette fragilité vient beaucoup plus vite qu’on ne le croit.

Un coup serait-il salutaire?

La question est bel et bien ouverte… Comme en 1958. On n’y croyait pas. L’histoire et son éternel recommencement…

11 commentaires

  1. Pierre dit

    J’aime vos scénarios… Mais franchement un « coup »… 😉

    Avec nos 3 blindés, notre porte-avion nucléaire façon courant alternatif (6 mois en mer, 6 mois en réparation), nos 10 hélicos et nos centaines de généraux médaillés de rien, ainsi que les pioupous qui patrouillent devant les mosquées (ben oui faut quand même pas stigmatiser) avec des flingues sans balles ?

    Soyons sérieux.

    Et le chef, se serait qui ? Imaginez Bayrou comprenant « pronunciamiento militaire » comme une marque de pâtes italiennes…

    La France de 2017 c’est ça : une fumisterie sous un mélange de LSD et d’amphétamine.

    En revanche, vous avez raison en sentant monter la colère, le bordello et in fine un pays ingouvernable.

    Les résultat de mai 2017 puis des législatives, mécontenteront tout le monde. Et le pays continuera à s’enfoncer.

  2. scaringella dit

    Nul besoin de coup d’état. Tout les sytème escroc mis en place depuis la révolution par
    les marchands s’effondre et comme par hasard le religieux monte. Et d’une religion
    carrément sévère … Quoi de mieux pour faire tenir tranquille les gueux.
    Un autre scénario bien plus probable.

  3. Rodolph dit

    D’habitude pessimiste sur l’avenir de ce pays mais la dernière nouvelle des hauts de seine me donne un brin d’espoir. Enfin un petit réveil forcé à cause ou grâce à l’affaire de notre profiteur (à la tête d’un état en faillite et d’une famille prospère…) notre Balkany a pris la porte et commence à déchirer les tracts de François.

    C’est l’occasion pour faire le grand ménage et ouvrir une page blanche et surtout propre. Il y a du boulot

  4. Mapz dit

    Les médias et leurs patrons , les social bobos et la horde de hauts fonctionnaires veulent nous imposer macron.
    Personne ne touchera à leur bébé et il sera élu. A lui ensuite de payer. Vous connaissez aussi bien que moi ce capitalisme de connivence .
    Je ne crois en rien à la chien lit. Les travailleurs sont tétanisés. Ils sont massacrés fiscalement et ont peur du chômage et de la précarité.
    Personne ne bouge. Regarder le nombre d’attentat et aucune réaction. Même le Fn veut sa part du bout du gâteau.
    Le seul espoir est la montée des taux long et l’explosion de l’euro pour enfin reconstruire un système de liberté. Mais à quel prix.?

  5. yoananda dit

    La presse libre? Ou ça ou ça?
    En France? hahaha la bonne blague.
    Faut-il rappeler les subventions qui maintiennent ce corps de métier sous perfusion?
    Faut-il rappeler qui possède la presse (les 5 ou 6 familles)?
    Mais à la rigueur on s’en fiche.
    Faut-il rappeler, surtout, la désinformation sur, un peu au hasard, la Syrie, la crise bancaire, Trump, l’immigration, l’islam, l’Ukraine (pour ne parler que de sujets récents) …
    Nous avons une presse digne de la pravda d’URSS.

    Alors, comme dirait l’autre, qu’une poignée de presstitués se fassent refouler, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.
    Les libertés publiques … idem. Il ne faut pas l’exercer trop fort notre « liberté publique ».

  6. xc dit

    Bon, on va changer le mode d’élection des parlementaires pour que la majorité absolue soit toujours détenue par un seul parti qui, ainsi, n’aura pas besoin de chercher des alliances. Pour que ce parti ne soit pas lui-même divisé, il n’aura qu’un seul élu, mais dont la voix vaudra le nombre de voix correspondant à la majorité absolue, donc sans possibilité de partager son vote. Les parlementaires d’opposition seront autorisés à rester chez eux.
    Ce sont les parti qui sont nuls, changer de Constitution ne servira à rien.

  7. serge dit

    Ma foi, je pencherais plus pour les jacqueries d’un passé plus lointain. Les constats sociaux s’en rapprochent, en terme de pauvreté, de sous-emploi et d’indifférence agressive des dirigeants s’apparentant à des fermiers généraux. La grande différence est que les moyens employables, tout en étant les mêmes (les têtes des énarques des impôts sur des piques par exemple), sont beaucoup plus efficaces qu’auparavant, avancement scientifique et instruction obligent. Et que les forces de répression sont plus diluées et hésitantes. Ce qui semble quand même surprenant, malgré la capacité d’auto-aveuglement dont font montre nos « élites », est qu’ils ne perçoivent pas les symptômes annonciateurs. Surtout que les sources d’information sont multiples, simples d’accès et non soumises au seul blocage de courrier/cheval qu’un représentant de l’Etat dans une province en léger trouble pouvait appliquer, à l’époque.

  8. Votre inquiétude est parfaitement juste. Le niveau de faiblesse et d’absurdité à quoi nous a mené la présidence Hollande justifia dés 2012 des renversements de gouvernement et une remise en cause immédiate et effective d’un pouvoir qui avait presque immédiatement cessé d’être légitime. Seule l’incroyable solidité de la constitution permit à la minable chiffe gluante que fut la présidence française de se maintenir. Nous avons piaffé, vomi tous les jours, hurlé en silence et joué le jeu jusqu’au bout. Jusqu’à la primaire qui se déroula comme il le devait.
    On ne peut pas nous voler un changement de pouvoir que tout justifie, tout impose et que tout nécessite, c’est trop tard. Alors soit un pouvoir acceptable est mis en place en Mai, soit il y aura de graves problèmes, dés cette année. Il ne s’agira pas de chienlit, mais de quelque chose de plus grave. On n’en peut plus: la gauche, sa morale, ses journaux, ses télés, ses média, son inconséquence, son aveuglement nous sortent par les yeux. Marche ou crève et mort aux cons !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *