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Y a-t-il un axe discret Le Pen-Mélenchon?

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Article écrit pour Atlantico.

Dans le discours politique, le non-dit est souvent beaucoup plus lourd de sens que le dit. On le vérifie dans la performance Le Pen-Mélenchon, à Lyon, de ce week-end, qui fait entendre sa petite musique de silence extrêmement intéressante.

Le Pen-Mélenchon, un axe objectif de coopération

Mathématiquement, l’un et l’autre ont intérêt à se retrouver au second tour.

Pour Marine Le Pen, Mélenchon est le meilleur des adversaires de second tour. C’est en effet lui qui offre les meilleures chances de gagner, faute de pouvoir reconstituer un « front républicain » optimal. Dans l’hypothèse où Marine Le Pen affronterait Fillon, elle aurait en effet peu de chance d’attirer à elle une majorité. Cette difficulté est la même dans l’hypothèse d’un Macron. Avec Hamon, le jeu est plus ouvert, mais le boulevard le plus large s’ouvre avec Mélenchon.

Pour Mélenchon, la situation est exactement la même. C’est avec Marine Le Pen au second tour, s’il y arrivait, qu’il aurait le plus de chance de gagner. Dans toutes les autres hypothèses, il peut supposer qu’une majorité se portera sur son adversaire.

Donc, en théorie des jeux, l’axe Le Pen-Mélenchon fonctionne parce que l’un et l’autre ont intérêt à se faire la courte échelle pour réussir.

Macron, l’ennemi commun

Mathématiquement toujours, Le Pen-Mélenchon ont un ennemi objectif commun: Emmanuel Macron. Si le fake du gouvernement profond parvenait au second tour, il aurait en effet intérêt à affronter l’un des deux.

Soit que Macron affronte Mélenchon, et il fera le plein des voix de droite, tout en empiétant fortement sur le parti socialiste. Soit qu’il affronte Marine Le Pen, et il fera le plein des voix de la gauche qui vote PS et mordra fortement sur l’électorat républicain.

Le Pen et Mélenchon ont donc un intérêt objectif à viser Macron comme l’ennemi  public numéro un. Et ils ne s’en privent pas.

Dans le cas de Mélenchon, les attaques sont frontales. Son discours de Lyon en a donné la confirmation. Le Chavez germanopratin connaît son bout de gras par coeur. Dans le cas de Marine Le Pen, l’attaque frontale interviendra dans un second temps, lorsque la candidature Fillon sera définitivement écartée.

Un second tour détonnant

Sur le fond, outre que la probabilité d’un second tour Le Pen-Mélenchon existe depuis le début de la campagne, elle provoquerait forcément un séisme violent dans le paysage politique. Elle obligerait en effet les électeurs à choisir entre Charybde et Scylla: soit des réformes étatistes, soit des réformes étatistes. Soit une rupture brutale avec l’Union Européenne, soit une autre rupture brutale avec l’Union Européenne.

On imagine immédiatement la perplexité qui s’emparerait de l’opinion publique ce jour-là, et l’aventure à laquelle la France se promettrait.

La situation serait d’autant plus complexe que ni Mélenchon ni Marine Le Pen n’aurait la possibilité de dégager facilement une majorité parlementaire aux législatives. Le pays pourrait devenir ingouvernable…

Cette perspective, peu prise au sérieux dans la nomenklatura parisienne, est pourtant donnée gagnante par différents sondages menés sur Internet. Les amateurs de sondages d’opinion devraient s’en méfier…

Le pacte tacite Le Pen-Mélenchon

Du coup… Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. Et Marine Le Pen préfère concentrer ses attaques contre les « candidats » du système. Elle vise volontiers Macron ou Fillon, et évite soigneusement de viser Mélenchon.

C’est probablement la principale leçon de la campagne électorale. Il y a, bien entendu, le clivage gauche-droite. Mais il y a surtout le conflit entre les candidats du 3% (dont Macron) qui veulent rester dans l’Union et préserver le « système », d’un côté, et les candidats de la rupture avec ce fameux 3%. Sur ce point, Mélenchon et Le Pen multiplient les convergences.

De Laval à Thorez, il ne manque parfois qu’un Doriot.

Peut-être le premier tour de la présidentielle nous le rappellera-t-il…

9 commentaires

  1. Rodolphe dit

    Des hypothèses. .. certains flics du 93 ont déjà le résultat de l érection présidentielle et ont mis en application la politique sécuritaire :soigner la violence avec le viol à 10cm de matraque (la profondeur du prochain gouvernement ). Une autre hypothèse plausible : une érection à un seul tour. Le peuple votant prend son pied dès le premier coup à 50.91%. Ça vous fait rire? Mai n est pas trop loin.

  2. Citoyen dit

     » un axe discret  » ?
    Je ne sais pas où se situe l’axe discret. Mais il y en a un qui est beaucoup moins discret …
    Entre un micron qui tente de donner l’impression qu’il marche sur les eaux …. Et un merluchon qui tente de faire croire qu’il a le don d’ubiquité !! … Mais si ! (et deux merluchons en même temps, à des endroits différents, c’est déjà un banc de poissons) …. C’est que la campagne vole déjà très haut ! On atteint déjà des sommets … On se demande ce que le nouveau Jospin, pardon Hamon (Hé oui, les trotskos ont remis la main sur le PS), va bien pouvoir trouver pour se hisser à la hauteur de la concurrence ? Il va pouvoir se vêtir en pape pour donner l’absolution ….
    Quant à Laval, Thorez, et Doriot, ils étaient (ou venaient) tous les trois de gôche …. Peut être pas un hasard …

  3. Stephane dit

    Habitant dans un ancien village industriel dont les usines sont en friche. Voilà le tableau: vote socialo-communiste pour les municipales depuis 40 ans, vote FN à tous les autres échéances électorales.

  4. Citoyen aussi dit

    « Du coup… Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. »

    ah ah ah.. Le gars débarque dans la même ville qu’elle avec un coup de com’ sans précédent ( on aime ou pas, au moins tout le monde en a parlé), et ne peut s’empêcher de la démonter dans chacun de ses meetings. Sauf à Lyon, une fois n’est pas coutume. Mais comme il avait axé son discours principalement sur la culture, comment aurait-il pu parler d’avantage de Marine. Hum Hum..

  5. Jiff dit

    Avoir le « choix » entre Mapine le Ren et Méchencon, c’est une idée qui m’avait traversée l’esprit il-y-a un bout de temps mais qui s’était presque éteinte dans un coin de neurone, mais elle est revenue dare-dare avec les gentillesses poliotiques actuelles qui entraînent le changement de géométrie que chacun peut observer.

    Si la première réaction était plutôt: « je vote pour Air Canada », la seconde était plutôt de l’amusement, ainsi qu’un secret espoir. En effet, il-y-a de fortes chances que si l’abattage des veauxle choix éclairé des français se portaient sur l’un ou l’autre de ces aimables esthètes, un choix, cette fois-ci, vraiment éclairé (au nucléaire, bien sûr) ne leur donnerait absolument aucune majorité parlementaire et rendrait donc ce pays ingouvernable, possibilité abordée succintement par notre hôte.

    Mais serait-ce une si mauvaise chose que ça dans le fond ?
    Quand on regarde ce qui s’est passé, par exemple, en Belgique, ça ne parait pas si sûr, car un pays « ingouvernable » utilise généralement son parlement à expédier les affaires courantes, auxquels peu s’opposent, et pas grand chose de plus.

    Nous aurions donc un pays fonctionnant au ralenti (ça rafraîchirait les cervelles des mabouls de bercy) qui ne prendrait plus aucune décision majeure, et c’est là que ça devient intéressant ! Car pendant que tous ces gogols seraient au repos forcé, ou plus exactement utiliseraient 100% de leur neurone (commun) à phosphorer sur la façon de faire d’habiles croche-pattes au kandenface pour ne pas que le public s’en aperçoive, nul ne voterait plus les torrents de diarrhées législative et réglementaire qui empoisonnent la vie de ceux qui aimeraient travailler avec plus d’un mois de visibilité devant eux – et qui sait, peut-être même que les ponctionnaires feraient une grêve du zèle…

    Imaginons même que ça dure tout un quinquénat, vous imaginez le bonheur: 5 années de calme et de sta-bi-li-té, autant parler de l’Arlésienne ou de l’identité du soldat inconnu (quoique, le 2nd étant allemand…). Poussons le bouchon encore un peu plus loin: les entreprises de toutes tailles auraient les coudées franches pour rechercher de nouveaux marchés et, qui sait, peut-être même se mettre à exporter, une fois les marchés trouvés; évidemment, se développant, il-y-a des chances qu’elles embauchent. Les toutes petites entreprises, elles, prospéreraient là où elles excellent, dans le tissu local; le tout finissant par bénéficier tant aux entrepreneurs qu’à leurs employés – en un mot comme en cent, tout roulerait sur de l’huile et tout le monde recommencerait à bien respirer.

    Mais bon, je rêve tout éveillé malheureusement, car en fait d’huile, c’est entre celle de ricin et et celle de foie de morue que les français auront le choix, et fort malheureusement, quelque soit celle qu’il choisissent, vous verrez qu’ils finiront par en redemander.

    Ça +45 ans qu’on va vers un mur qu’on n’aperçoit toujours pas (quoique), mais cette fois-ci, tout comme le dernier essai de notre glorieuse, démokratik et populaire sncf, si chère au portefeuillecœur des français, le prochain virage pourrait bien nous être fatal à tous; dommage, avec un enseignement digne de ce nom [revenons aux 60’s un peu toilettées, ça marchait bien en ce temps-là] et un décrassage en profondeur des divers codes, lois réglements et normes (je parle des débiles, certains sont quand même bons et d’autres nécessaires), on pourrait, non-pas retrouver la prospérité d’avant 1981, mais tout du moins avoir des conditions presqu’aussi bonnes, charge à nous de faire ce qu’il faut pour faire avancer le schimilmili, le schmimil…

    • Citoyen dit

      Voila, c’est une bonne façon de voir les choses.
      Quant au mur, si on ne l’a pas encore rencontré, c’est qu’il recule à la même vitesse qu’on s’en approche, grâce au QE de Draghi.
      Le jour où le QE s’arrête, le mur, on le prend.

  6. Rodolphe dit

    Tiens le plan S de la droite est renvoyé au tribunal… imaginez pour quel motif… le plan À a brassé du vent hier en pensant que des excuses semi plates vont adoucir le juge d instruction. Il est naïf ou il nous prend pour des tomates… dire que les fanatiques de la goche vont élire celui qui a brisé le code du travail. Le temps de ce qu’ on appelle la 5ème république est compté. Nous allons vivre des blocages et des frandes jusqu’à l entrée à l école de mes jumeaux

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