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Mois : mars 2017

L’ENFER C’EST LES AUTRES, SAUF SI T’ES AU RSI, par Valéry Bonneau

Article initialement paru sur le blog de Valéry Bonneau.

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

Comment la présidentielle réalise le scénario dont on ne voulait surtout pas

Après cinq ans de déclin hollandiste, on avait rêvé un scénario de sursaut. Face à l’érosion française qu’on constate sur tous les fronts (sociaux, économiques, culturels, scolaires), face à ce lent déclin du pays comme un vieux rafiot qui s’enfonce dans les eaux sans qu’on n’y prenne garde (et un jour on a les pieds mouillés, on se demande pourquoi), on attendait un débat, un affrontement idéologique, une controverse sur les moyens d’en sortir. Et patatras… rien de tout cela, mais un déluge d’immondices et de promesses gratuites faites au petit bonheur la chance dans l’espoir de séduire qui les agriculteurs, qui les entrepreneurs, qui les enseignants.

Bref! tout ce qu’on ne voulait pas!

Comment en sommes-nous arrivés là? De la réaction nobiliaire et de ses petits secrets

Après la primaire des républicains, on aurait pu imaginer le meilleur. Le débat d’idées était lancé. On pouvait contester le fond, certes, mais on s’apprêtait à entendre des arguments. La primaire socialiste elle-même n’a pas déçu. Benoît Hamon portait un projet qui avait sa cohérence, et qui laissait espérer une délibération collective sur des projets de société.

Puis sont venues les affaires, dont le rythme de divulgation et de reprise par les médias a confirmé ce qu’on pressentait: dans l’ombre, des « indics » avaient décidé de balancer des dossiers pour changer la donne. Et, progressivement, les affaires ont saturé le débat jusqu’à rendre impossible toute ouverture sur les sujets d’intérêt général.

Ici se met en place une mécanique infernale où l’on mesure les inconvénients d’un ordre médiatique subventionné par l’Etat et détenu par quelques grandes fortunes. Là où les propriétaires des journaux auraient pu imposer un code de bonne conduite et recentrer le débat, chacun y est allé de sa contribution à l’immondice (au nom, bien entendu, de la lutte contre la démagogie et le populisme). Avec un objectif tacite: éviter de donner à un candidat la légitimité nécessaire pour réformer la société.

L’absence de débat de fond a mécaniquement profité à celui qui n’avait pas de programme

Il y a évidemment deux lectures possibles de cet engouement médiatique pour la fange et de cette aversion pour le débat démocratique. L’une est de dire qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait laisser faire. L’autre est d’admettre que l’absence de débat sur les programmes a fait le jeu de celui qui n’avait pas de programme. Et que, l’un dans l’autre, on a continué à faire de la politique comme avant: pour soutenir le copain dont la seule ambition est de rester copain avec tout le monde, la meilleure façon était d’amuser la galerie avec des affaires crapuleuses et d’occulter ainsi le vide de sa vision.

Et ça a marché! Macron a réussi l’exploit d’occuper le devant de la scène médiatique sans faire une proposition concrète au petit peuple. Il a produit une sorte de document programmatique, mais si vague qu’il veut tout et rien dire. Et il s’abstient savamment de l’évoquer lorsqu’il est en public. Jamais on a vu une telle duperie avec la complicité d’autant de bien-pensants.

L’usurpation de démocratie à laquelle nous assistons est une bombe à retardement

Donc, imaginons qu’un jour les élections auront lieu et qu’un candidat sera élu. On peut en parler au conditionnel, puisque le Canard Enchaîné d’hier évoquait les voix de droite comme de gauche qui s’apprêtaient à plaider pour un report de l’élection (en s’appuyant notamment sur l’état de santé de François Fillon, réputé « empêchable »). Ce jour-là, il faudra bien prendre des mesures, des décisions, organiser une politique concrète. Or, quel Français peut aujourd’hui considérer qu’il a bénéficié d’une information suffisante et suffisamment éclairante sur les programmes des candidats?

En dehors des mises en examen et des soupçons généralisés qui pèsent sur chacun d’eux, la connaissance des idées est devenue chose accessoire.

Et voilà une bombe à retardement. Soyons honnêtes: en dehors du programme de François Fillon, qui a annoncé des baisses drastiques de fonctionnaires, et de celui de Marine Le Pen, qui a annoncé l’inverse mais entend bien s’en prendre aux immigrés, et partiellement de celui de Mélenchon, qui annonce des augmentations de dépenses et des mesures économiques brutales pour les entreprises, le débat n’a guère permis d’en savoir plus.

Le jour J, donc, en particulier celui des augmentations d’impôt pour financer les promesses, le réveil citoyen risque d’être très douloureux.

Un pas de plus vers une aventure inattendue

Alors que la présidentielle de 2017 devait permettre un sursaut, elle confirme donc que la France s’englue plus que jamais dans un immobilisme opaque, où les décisions sont prises sans qu’on les comprenne. Et sans qu’on ne voit leur rapport avec l’intérêt général.

Les électeurs de Fillon voteront-ils ou non Marine Le Pen au second tour?

Quel choix les électeurs de Fillon feront-ils si leur candidat n’est pas présent au second tour et si leur choix doit ou non se porter sur Marine Le Pen? Cet article offre une sorte de micro-trottoir sur le sujet, qui conclut à une forte indécision…

Petit souvenir d’Alsace

Après ma soirée en Alsace, j’ai interrogé deux personnes qui avaient assisté à ma conférence. Ces deux quidam avaient eu des fonctions de chefs d’entreprise dans la région, mais étaient désormais retraités. Tous les deux ont manifesté la même gêne vis-à-vis du candidat républicain, en assurant immédiatement que les affaires n’auraient pas d’impact sur leur vote. Unanimement, l’ambition économique et réformatrice du programme de Fillon a justifié à leurs yeux une absolution, ou en tout cas une indulgence vis-à-vis des faits évoqués dans la presse.

En grattant un peu, on pouvait quand même comprendre que l’idée de recevoir des costumes gratuits offerts par Robert Bourgi en plein Pénelopegate les a désarçonnés. Paradoxalement, on peut penser que cette affaire des costumes les a plus perturbés que les affaires de Pénélope.

Sur le fond, ces électeur « naturels » et convaincus donnaient peu de chance à leur candidat de passer le cap du premier tour. Je les ai sentis réservés sur la possibilité ou non de voter Marine Le Pen au second tour.

La vraie impopularité de Marine Le Pen dans l’électorat gaulliste traditionnel

Une discussion au fil de l’eau avec une nonagénaire bon pied bon oeil, bourgeoise parisienne lectrice du Figaro Magazine m’a révélé une dimension plutôt inattendue: l’impopularité profonde de Marine Le Pen dans l’univers gaulliste traditionnel. La présidente du Front National est jugée trop « carnassière ». Le mot dit bien toute la profondeur du ressenti gaullien face à la famille nationaliste, et toute la difficulté de la dédiabolisation du Front National.

Selon toute vraisemblance, une absence de François Fillon au second tour conduira cet électorat à l’abstention… À bon entendeur…

Les milieux économiques profondément divisés

Dans les milieux économiques, le doute est beaucoup plus profond, et d’autant plus compliqué à dissiper que l’aveu d’un vote Le Pen reste encore très souvent un tabou.

Dans cet univers, quatre groupes se distinguent.

Il y a d’abord ceux que l’affaire du Penelopegate a immédiatement écoeurés. Ceux-là ont rejoint, avec armes et bagages et depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron. Ce dernier les rassure en partie par sa proximité avec le grand capital, et son style « nouveau » séduit.

Parmi ceux qui sont restés fidèles à Fillon, la perspective d’un second tour Macron-Le Pen divise.

Certains se sentent plutôt proches d’Emmanuel Macron même si les flous programmatiques du candidat et les ralliements massifs du Parti Socialiste les gênent. Ils voient bien qu’il y a du hollandisme en Macron, mais l’aspect « moderne » du personnage tempère leur réticence. C’est au fond l’homme du moindre mal et, là encore, sa proximité avec les milieux d’affaires rassure.

D’autres seraient prêts à voter Marine Le Pen, même si ce choix reste encore dissimulé par souci des convenances. Cette inclination est surtout marquée dans l’aile catholique traditionnelle, de goût plutôt royaliste et méfiante vis-à-vis de la tradition gaullienne. Mais on y trouve un certain nombre de décideurs exaspérés par l’étranglement fiscal en cours et convaincus que le Front National constituera un électrochoc salutaire.

Un dernier lot dont les proportions sont encore mal connues se réfugiera probablement dans une abstention résignée, pour ainsi dire mélancolique. Mais leur rejet du Front National est aussi fort que leur rejet du macronisme.

Une masse variable de votes Le Pen selon les hypothèses du deuxième tour

Pour l’instant, le recours à l’abstention est surtout évalué selon l’hypothèse d’un deuxième tour Macron-Le Pen, largement « fabriqué » par les medias. Une approche du pays réel laisse plus dubitatif sur l’ampleur réel du vote Macron, et rien n’exclut que Fillon soit au second tour. Pour l’instant, toutefois, ses soutiens peuvent lui faire le reproche de trop répondre au dénigrement dont il est l’objet et de ne pas porter assez clairement les réformes qu’il propose.

Dans les autres hypothèses – celle où ni Macron, ni Fillon, ne passeraient le cap du premier tour, le poids de l’abstention ou du vote Le Pen seraient probablement à réévaluer. Ainsi, dans le cas de figure d’un second tour Hamon-Le Pen ou Mélenchon-Le Pen, il est probable que le poids de l’abstention grossirait du fait de l’absence de Macron, et que le report de voix en faveur de Marine Le Pen serait parallèlement plus net.

Pour le Front National, l’hypothèse d’un second tour avec Mélenchon constituerait donc une aubaine…

Assurance chômage: les partenaires sociaux croient à la victoire de Macron

Les partenaires sociaux craignent-ils, plus que la peste, la victoire d’Emmanuel Macron aux prochaines élections présidentielles? La conclusion pour ainsi dire miraculeuse d’un accord sur l’assurance chômage le laisse penser.

Macron, fléau des partenaires sociaux?

Rappelons-le, Emmanuel Macron a d’ores et déjà pris une ligne jacobine qui agace voire inquiète les organisations syndicales. Ses annonces, qui portent notamment sur une véritable réforme systémique de la sécurité sociale, ont commencé à faire craindre le pire: une remise en cause du paritarisme de gestion.

C’est dans ce contexte d’angoisse que les partenaires sociaux ont remis sur le métier la négociation de la convention d’assurance-chômage, dont le déficit est abyssal.

Les annonces de Macron sur le chômage

Concernant l’assurance-chômage, Emmanuel Macron a proposé une fiscalisation de l’assurance chômage, c’est-à-dire son étatisation. Voilà qui signifierait la fin du petit sketch triennal de la renégociation de la convention. En signant une nouvelle convention triennale avant la présidentielle, les partenaires sociaux imaginent donc bloquer pour trois ans toute réforme systémique… en cas de victoire de Macron.

C’est comme ça qu’il faut comprendre l’empressement soudain des partenaires à signer un texte qui laisse à désirer. Nécessité fait loi! Bien entendu, la conviction qu’une signature entre partenaires sociaux permettra d’éviter une mesure politique expéditive est illusoire. Mais elle a le mérite de compliquer singulièrement une décision qui émanerait d’un jeune président fraîchement élu. Pour ce dernier, le coup de force contre les partenaires sociaux sera beaucoup plus compliqué désormais.

L’angoisse cachée du MEDEF

Au passage, il ne faudrait pas sous-estimer, dans cet empressement, l’angoisse qui a saisi le MEDEF face au risque immédiat que représente une victoire d’Emmanuel Macron. Ce dernier a en effet annoncé qu’il entendait étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants. Oui, mais alors que faire de la Garantie Sociale Chômage (GSC) gérée par l’AGS, association fondée en 1973 par le CNPF?

C’est pour cette raison que le MEDEF a concédé une augmentation (temporaire) des cotisations chômage aux organisations syndicales. Le mouvement patronal accepte donc d’enchérir les charges qui pèsent sur les entreprises pour sauver une gestion paritaire dont il tire profit…

La fragilité de la convention chômage

Signalons encore une fois l’extrême fragilité de l’ensemble de ce dispositif. Les partenaires sociaux n’ont en effet respecté aucune des procédures de mise en concurrence de l’UNEDIC pour gérer le régime chômage, ce qui est contraire au code du Travail et au droit communautaire. Rien que par amusement, donc, un bon contentieux permettrait de faire tomber le château de cartes.

La France insoumise survivra-t-elle à Mélenchon?

Mon interview par Atlantico sur la situation de Mélenchon.

Si Jean Luc Mélenchon n’emportait pas cette élection présidentielle, et dans le cas où il ne se représenterait pas en 2022, quel avenir peut-on imaginer pour le capital accumulé par le candidat de la France Insoumise ?

Vous posez l’éternel problème des courants de pensée sans parti politique, ce qui correspond au choix initial de Mélenchon de se couper à la fois du parti communiste et du parti socialiste. C’est une forme de césarisme de gauche qui s’organise autour de ce tribun hors pair, mais qui a toujours maltraité les appareils politiques à force de vouloir en tirer le meilleur parti. N’oublions pas qu’à une époque Mélenchon fut le leader de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, aux côtés de Dray. Ce dernier a su s’assagir et se rattraper aux branches du hollandisme. Mélenchon a fait, pour sa part, le choix de la rupture après une allégeance à Mitterrand dans les années 80. Les deux hommes ont donc, à certains égards, des parcours inversés. Et c’est bien le paradoxe Mélenchon qui est à l’oeuvre. Le bonhomme adore parler d’action collective, de construction révolutionnaire, de mouvement social, mais il est le plus bonapartiste de tout le paysage français, en ce sens qu’en dehors de lui son mouvement n’existe pas. Sur ce point, il a perdu l’an dernier son âme damnée François Delapierre, décédé prématurément et qui était le seul, parce qu’il « pensait Mélenchon » avec lucidité, à pouvoir donner vie au mouvement après le départ du chef. Ceux qui suivent, les Corbière, les Coquerel, les Autain, e sont pas calibrés pour lui succéder et sont de toute façon trop opportunistes pour faire vivre un mouvement durable. On ne tardera pas à la voir. On assistera donc progressivement à la dilapidation des acquis mélenchoniens.

N’y a–t-il pas un risque qu’il se passe à terme la même chose que pour François Bayrou en 2007 ? A savoir une forte baisse dans son électorat ?

​Exactement! C’est toute la difficulté, redisons-le, d’un mouvement politique taillé autour des hommes et des femmes et non autour des idées. Les personnalités expriment à un moment, avec leur charisme personnel, une sorte de veine naturelle dans l’opinion publique. De même qu’il existe une sensibilité démocrate chrétienne en France que Bayrou a su exprimer un moment, il existe une veine révolutionnaire plutôt jacobine en France que Mélenchon incarne aujourd’hui mais qu’il n’incarnera plus demain car son moment sera passé. C’est en ce sens que les partis politiques participent de la démocratie. Par leur existence, par leur structuration, ils pérennisent des expressions politiques en dehors des gens qui les forment, et leur durée de vie est bien le signe que les idées survivent aux gens qui les portent. Ce n’est pas pour cette raison que les partis sont éternels. L’opinion publique évolue et elle rebat régulièrement les cartes, ce qui oblige à repenser les partis en question. Il n’en reste pas moins que, au-delà de leurs responsables, les partis subsistent, même si on peut noter la difficulté pour eux d’exister durablement en dehors des clivages historiques. Le Front National est le seul parti qui puisse aujourd’hui se targuer d’avoir bousculer le jeu du PS et des Républicains pendant plusieurs décennies.

Pourrait-il y avoir une porte ouverte au Parti Socialiste pour occuper cet espace plus à gauche ?

​N’oublions pas que Mélenchon est issu du PS. Il y dirigeait la gauche socialiste avec Julien Dray et quelques autres, dont la majorité s’est raccrochée opportunément aux branches du hollandisme. Il y côtoyait Gérard Filoche, qui est resté au PS, trop conscient des risques que présentait une aventure à la Mélenchon. Certains se souviendront même qu’au tournant des années 2000, Emmanuelli et Mélenchon avaient songé quitter le pays pour créer un nouveau parti ou un nouveau mouvement. Finalement, seul Mélenchon a choisi, plusieurs années après, de tester cette aventure. Il ne serait donc pas absurde que certains des « insoumis » actuels reviennent au bercail une fois le gourou parti. Certains y pensent probablement et ont très vraisemblablement commencé à poser quelques fondamentaux en ce sens. La question se posera en effet très vite après les élections: comment continuer un mouvement après Mélenchon si Mélenchon perd. La question sera posé avec d’autant plus d’acuité si Mélenchon fait un score décevant. En revanche, s’il crée la surprise au premier tour (ce qui n’est pas exclu), les données du problème seront très différentes et une dynamique nouvelle risque bien de submerger le parti socialiste.

Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Ah! les recasages! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple: à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel

Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.

Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)

Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.

Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité

On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.

En vrac, on notera donc:

  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin dans un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Les méfaits écologiques du Vegan illustrés par l’INRA

L’INRA vient de consacrer une étude à l’élevage et à la consommation de viande. Cette étude revient sur quelques idées fausses concernant l’élevage et ses méfaits écologiques.

Les généralisations abusives

Elles consistent à mettre toutes les formes d’élevage « dans le même panier ».

Par exemple, les émissions de gaz à effet de serre sous forme de méthane sont parfois attribuées à l’élevage en général, alors qu’elles concernent essentiellement les « rots » des ruminants.

En outre, que ce soit sur le plan environnemental ou sur le plan du bien-être animal, on ne peut pas considérer de la même façon des systèmes aussi différents que, par exemple, les « feed lots » américains – où les bovins sont engraissés rapidement dans des parcs avec du maïs – et les élevages de bovins dans les pâturages de montagne.

Feed lot américain. © Wikipedia Commons
Feed lot américain© Wikipedia Commons
Bovins pâturant dans les alpages du Parc National du Mercantour (Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence).. © Inra, SLAGMULDER Christian
© Inra, SLAGMULDER Christian

 

Les simplifications

Les chiffres doivent être maniés avec précautions… Dans l’idéal, il conviendrait de préciser chaque fois les méthodes et les conditions d’obtention de ces chiffres et d’en relativiser la portée et la signification. Quelques exemples :

– L’eau consommée par l’élevage : que prend-on en compte ?

Observation par satellite du cycle de l'eau.. © Inra, Jean-Pierre Lagouarde Inra
Observation par satellite du cycle de l’eau.© Inra, Jean-Pierre Lagouarde Inra

On trouve très fréquemment le chiffre de 15 000 litres d’eau consommée pour produire un kg de viande. Mais ce chiffre, obtenu par la méthode de « water footprint » (empreinte eau) englobe l’eau bleue (eau réellement consommée par les animaux et l’irrigation des cultures), l’eau grise (eau utilisée pour dépolluer les effluents et les recycler) et l’eau verte (eau de pluie). Or cette méthode a été conçue pour des sites industriels et ne tient pas compte des cycles biologiques. En réalité 95% de cette empreinte eau correspond à l’eau de pluie, captée dans les sols et évapotranspirée par les plantes, et qui retourne de fait dans le cycle de l’eau. Ce cycle continuera même s’il n’y a plus d’animaux. La communauté scientifique considère qu’il faut entre550 à 700 litres d’eau pour produire 1kg de viande de bœuf. En eau utile (1), il faut50 litres.

– Les gaz à effet de serre (GES) : comparer des chiffres comparables

Extrait d’une plaquette affirmant que l’élevage rejette plus de CO2 que les transports.. © Inra, Patricia Guerrini, Jean-Antoine Prost
Extrait d’une plaquette affirmant que l’élevage rejette plus de CO2 que les transports.© Inra, Patricia Guerrini, Jean-Antoine Prost

On compare souvent des chiffres non comparables ! C’est ce qui se passe quand on affirme que l’élevage rejette plus de GES (14,5%) que le secteur des transports (14%) en oubliant que ces deux chiffres sont obtenus par des méthodes différentes ! Le calcul pour l’élevage émane de la FAO, sur le modèle des analyses de cycle de vie, qui inclut  diverses dimensions de l’élevage (2). Alors que le calcul pour les transports, qui émane du GIEC, ne prend en compte que les émissions de GES des véhicules en circulation (3). Par la méthode d’analyse de cycle de vie, cette valeur serait beaucoup plus élevée.

Les fausses bonnes idées

– Supprimer l’élevage réduirait le gaspillage des ressources et l’empreinte carbone de notre alimentation80% des aliments donnés aux animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. Source : Global Livestock Environmental Assessment Model, FAO.. © Inra
80% des aliments donnés aux animaux d’élevage ne sont pas consommables par l’homme. Source : Global Livestock Environmental Assessment Model, FAO.© Inra

 C’est oublier que plus de 70% de la ration des ruminants est composée de fourrages (herbe, foin, ensilage, enrubannage) non consommables par l’homme, et que cette herbe provient de prairies qui ont un fort potentiel de fixation du carbone. Des résultats comparables ont été observés en France (4).

C’est oublier aussi que les aliments concentrés utilisés pour les monogastriques (porcs, volailles) et les herbivores valorisent les résidus de cultures et les sous-produits des filières végétales destinées à l’alimentation humaine ou aux biocarburants (tourteaux, sons, drèches, etc).

– Réduire drastiquement la consommation des produits animaux améliorerait la santé de l’homme

L’exemple des USA est éclairant sur l’effet négatif d’une politique de stigmatisation de la viande : entre 1971 et 2010, la préconisation des autorités de santé américaine de réduire les graisses animales dans les régimes alimentaires a conduit à une augmentation du sucre dans l’alimentation. La prévalence de l’obésité aux USA est passée de 14,5 % à 30,9 % sur cette même période, et en 2012, les diabètes de type 2 touchaient un américain sur dix. La recommandation de réduire les graisses animales a été aujourd’hui purement et simplement supprimée (5).

Seuls de forts excès de consommation de viande peuvent être défavorables à la santé, en termes de risques cardiovasculaires et de risques de cancer du côlon (voir article 3).

En revanche, il semble raisonnable de diminuer le ratio protéines animales/protéines végétales (en poids) qui est, dans notre alimentation occidentale, supérieur  aux recommandations nutritionnelles internationales (voir article 3). Cette évolution de nos régimes vers moins de viande pourrait aussi avoir un effet bénéfique pour l’environnement (voir article 7).

– Le sol serait mieux utilisé pour la culture de végétaux que pour l’élevage d’animaux

Dire que l’élevage utilise 70% des terres agricoles n’est pas faux, mais on doit préciser aussitôt qu’il s’agit essentiellement de terres non labourables composées de prairies et de zones herbeuses (6).

De plus, plusieurs études conduites avec l’Inra démontrent les bénéfices environnementaux des prairies. Leurs sols sont plus riches en biomasse microbienne et en biodiversité que les sols des cultures. Ils stockent plus de carbone, sont 20 fois moins sensibles à l’érosion et filtrent mieux les eaux (7). Plusieurs projets de recherche européens (8) ont montré que le stockage de carbone des prairies compense l’équivalent de 30 à 80% des émissions de méthane des ruminants. Des travaux récents du Cirad viennent d’étendre ces résultats aux zones d’élevage subtropicales. Les prairies renferment aussi une diversité floristique favorisant les populations de pollinisateurs.

– Remplacer la consommation de viande par des substituts de viande tels que la viande artificielle ou les insectes

La fabrication de viande artificielle in vitro est présentée comme une solution pour bénéficier de la valeur nutritionnelle de la viande en se passant d’élevage. Cependant, ce procédé n’est pas au point pour l’instant. Il est énergétiquement très coûteux et utilise massivement des molécules qui sont par ailleurs interdites en élevage (hormones, facteurs de croissance, antibiotiques, etc.), ce qui conduit à s’interroger sur la pertinence sanitaire, culturelle et environnementale de cette voie d’innovation (voir article 4).

Quant à la consommation d’insectes, elle ne dépasse pas 10% des apports alimentaires dans le pays qui en consomme le plus (Zimbabwe). Elle semble plutôt destinée pour l’instant à contribuer à l’alimentation des animaux domestiques.

(1) Eau utile : quantité d’eau dont est privée la ressource (eau consommée), pondérée par un facteur de stress hydrique régionalisé : la perte d’un litre d’eau n’a pas le même impact dans le désert qu’en montagne par exemple.

(2) Dont la production des aliments et intrants, transformation des aliments, transports, consommation d’énergie etc.

(3) Les émissions liées à la fabrication des véhicules et à l’extraction, raffinage et transport du pétrole, notamment, ne sont pas prises en compte, alors qu’elles le seraient dans une démarche de cycle de vie.

(4) B. Rouillé et al. OCL 2014, 21(4) D404. DOI: 10.1051/ocl/2014017

(5) Dietary Guidelines for Americans 2015-2020 – 8th edition.

(6) Les terres émergées se répartissent actuellement en 31% de prairies et zones herbeuses, 11% de terres cultivées, 41% de forêts et zones arbustives, 17% autres usages (FAO, 2010). Les surfaces en herbe représentent donc 74% des terres agricoles (31%/42%).

(7) Programme Genosol.

(8) Programmes Nitro Europe (2006-2011) http://www.nitroeurope.eu/, Animal Change (2011-2015). Lire l’article.

Patrimoine: mais où sont passés les millions de Macron?

Décidément, et contrairement à ce qu’en dit la Haute Autorité de Transparence de la Vie Publique, le patrimoine d’Emmanuel Macron n’en a pas fini de semer le doute. Pour tous ceux que les affaires usent et agacent, un petit retour aux faits s’impose.

Macron redressé fiscalement en 2016

Si Emmanuel Macron n’avait pas été redressé fiscalement l’an dernier, les choses seraient sans doute beaucoup plus claires. Or, voici ce que le grand journal complotiste Le Monde avait publié à l’époque:

le patrimoine de M. Macron a dépassé le seuil auquel un foyer fiscal est assujetti à l’ISF, soit 1,3 million d’euros. Le ministre restant dans la première tranche du barème de l’ISF, il devra payer 1 % du montant de son patrimoine supérieur à 1,3 million d’euros.

L’affaire avait alors été révélée par Mediapart: l’épouse d’Emmanuel Macron, la désormais célèbre Brigitte, possède une maison au Touquet d’une valeur d’1,3 million €. De son coté, le ministre alors en exercice avait acquis un appartement d’une valeur proche de 900.000€ à Paris, mais avec des emprunts déductibles du patrimoine assujetti. Tout ceci est évidemment légal, mais montrait que le couple Macron disposait d’un patrimoine très supérieur à 1 million d’euros.

Un patrimoine devenu inexistant en 2017

Ce qui frappe, c’est que, un an plus tard, le candidat Macron fait une déclaration sans aucun patrimoine immobilier.

Si cette situation peut se comprendre par le fait que la maison du Touquet appartient à sa femme et n’a donc pas à figurer sur sa déclaration personnelle, et par le fait que le ministre a vendu son appartement personnel à Paris, la facilité déconcertante avec laquelle la HATVP a considéré que tout cela était normal soulève quand même quelques questions.

Initialement, Macron a en effet affirmé avoir financé, en 2007, l’achat de son appartement à Paris uniquement par de l’endettement auprès de son futur témoin de mariage Henri Hermand. Emmanuel Macron a eu la malchance de perdre cet ami et de ne pas devoir rembourser totalement la somme due. Selon des calculs approximatifs, on peut estimer qu’il restait 200.000 euros à rembourser au moment du décès.

Selon Le Monde, le futur ministre contracte ensuite deux prêts: l’un de 600.000€ pour refinancer l’achat de sa résidence principale, en 2012, et l’autre de 350.000 euros, en 2011, pour des travaux de résidence secondaire.

En 2016, Macron vend son appartement parisien acheté entièrement à crédit. L’appartement vaut plus de 900.000 euros. Que fait-il de cette somme? Il rembourse ses prêts? Pas complétement, puisqu’il est toujours débiteur d’environ 250.000€ auprès du Crédit Mutuel (prêt contracté pour les travaux dans la résidence secondaire de sa femme, dont il a remboursé 90.000€).

Il semblerait donc qu’Emmanuel Macron ait liquidé le prêt de 600.000 € contracté en 2012. Reste une différence d’au moins 300.000€ avec la valeur marchande du bien dont on pourrait imaginer que la HATVP s’empare. Mais, manifestement, c’est trop petit pour intéresser cette instance. En tout cas, elle ne figure pas dans les comptes.

En outre, Emmanuel Macron n’a pas non plus remboursé sa pantoufle de plus de 50.000€.

Les jolies avances sur droits d’auteur d’Emmanuel Macron

En plus de ces petits avantages, on remarquera quand même qu’Emmanuel Macron a annoncé une créance de près de 300.000 euros sur les droits d’auteur de son ouvrage Révolution.

On est content pour lui. Mais tout cela montre que, pour un futur Président de la République, l’épargne et le patrimoine ne sont pas des données brutes de l’existence. Le candidat affiche en effet une épargne liquide d’environ 300.000€. Globalement, donc, on peut penser que l’ancien ministre des Finances est un grand dépensier. Mais on aurait quand même jugé utile d’avoir quelques renseignements complémentaires.

Anticor a bien protégé Macron

Comme nous l’indiquions, donc, Anticor, l’association pleine d’accointances avec la gauche, a utilement protégé Macron en saisissant la HATVP sur sa déclaration de patrimoine pour mieux dégonfler la baudruche. Elle a permis, en tendant une perche monumentale, de légitimer sans question des opérations financières qui ont permis au candidat Macron de passer de l’ISF en 2016 à un patrimoine immobilier nul en 2017, après avoir gagné quelques millions d’euros en très peu de temps.

Voilà une habileté dont Fillon aurait pu faire preuve: faire porter par ses amis des requêtes en apparence hostile, mais qui permettent d’éviter aux abcès de s’infecter. Bien joué!

Les malheurs judiciaires de l’URSSAF auront-ils un effet sur le RSI?

L’URSSAF connaît plein de malheurs judiciaires ces temps-ci, et si ça se trouve, leurs résultats conjugués pourraient bien affaiblir un peu plus le monopole du RSI.

L’URSSAF face à Uber: une mauvaise opération

On se souvient que l’URSSAF avait, de son propre chef, poursuivi Uber en demandant la requalification des relations entre la plate-forme et les chauffeurs. Pour Uber, il existe un lien de subordination de ceux-ci envers celle-là, ce qui devrait causer la reconnaissance d’un contrat de travail et l’assujettissement des revenus des chauffeurs aux cotisations de sécurité sociale.

Pas de chance, le tribunal des affaires de sécurité sociale a débouté, il y a dix jours, l’URSSAF. Celle-ci avait oublié de soumettre son appel de cotisations à Uber au principe du contradictoire. C’est quand même bête, quand on est chargé d’une mission de service public, d’oublier les principes généraux du droit qui protègent les justiciables…

L’URSSAF s’est pourvue en appel. La suite au prochain épisode, donc.

En attendant, le travail indépendant sur les plate-formes numériques est toujours reconnu en tant que tel.

La légalité des TASS en suspens devant le tribunal des conflits

Prochainement, le tribunal des conflits devrait statuer dans un litige opposant une entreprise au tribunal des affaires de sécurité sociale. C’est le Conseil d’Etat qui l’a saisi par un arrêt du 4 novembre 2016.

Dans son arrêt, le Conseil d’Etat a en tout cas reconnu l’illégalité de l’arrêté de 1969 qui fixe la composition des commissions de recours gracieux des TASS.

l’article 6 de l’arrêté du 19 juin 1969 est entaché d’illégalité en tant qu’il détermine la composition des commissions de recours amiable des unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales.

Pour le reste, il a saisi le tribunal des conflits de la délibération de novembre 2011 de l’URSSAF de Paris fixant la composition de la commission de recours amiable pour 2012. On attend l’arrêt ultime avec impatience…

Quel impact pour le RSI?

Pour le RSI, cette situation judiciaire est inconfortable.

S’agissant de Uber, la procédure pourrait, à long terme, déboucher sur une jurisprudence fâcheuse et de principe. Si la justice reconnaissait la subordination des travailleurs des plate-formes vis-à-vis de celles-ci, la RSI perdrait durablement sa compétence sur l’économie numérique. Tous ceux qui travaillent sous le statut d’auto-entrepreneur (et donc cotisant au RSI) deviendraient en effet des salariés relevant du statut général.

En nombre, les volumes concernés sont marginaux, mais l’effet de principe est bien là.

Concernant le TASS, l’affaire est un peu plus fâcheuse. Pour le RSI, une reconnaissance finale d’illégalité des TASS, ou même une simple reconnaissance d’illégalité de la composition des commissions de recours gracieux, pourrait coûter très cher. Elle donnerait lieu à une floraison de recours partout en France qui affaiblirait définitivement la position de l’opérateur vis-à-vis des plaignants qui sont passés par cette procédure.

La décision finale du tribunal des conflits et ses motivations sera donc suivie de près.

Pour le RSI, ça sent le sapin

En bout de course, la situation juridique du RSI est exposée à tant de risques qu’elle risque bien d’appeler à une clarification lors de la prochaine législature. Il faudra suivre de près l’évolution prochaine de la situation, dont on peut imaginer qu’elle interviendra dès la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018.

On peut en tout cas imaginer que, face au nombreux contentieux auxquels le RSI est aux prises, le législateur ne pourra accepter longtemps l’instabilité juridique dans laquelle le régime des indépendants se trouve.

Marine Le Pen renoncera-t-elle à sortir de l’euro pour être élue?

Il suffisait de voir le discours de Marine Le Pen à Lille ce dimanche pour flairer le danger qu’elle représente pour les autres candidats. Avec évidence, elle « est dans » l’exercice et se positionne déjà dans la prise de pouvoir. Sa rhétorique est victorieuse et s’adresse habilement à tous les courants de l’opinion qu’elle est susceptible de mobiliser. Entre les messages envoyés aux indépendants, les ovations réservées à nos soldats et les appels à la grandeur retrouvée de la France, la présidente du Front National continue son travail de présence quasi-psychique auprès de toutes les zones refoulées d’un narcissisme français meurtri depuis plusieurs décennies par un discours européiste.

La perspective grandissante d’une victoire du Front National

Si, à Paris, la résistance à Marine Le Pen reste forte, l’adhésion n’en est que plus forte dans le reste de la France. Beaucoup de Français interprètent en effet la réaction nobiliaire que nous vivons comme une réaction parisienne à la décentralisation. Plus les Parisiens résistent au Front National, plus les provinciaux ont la conviction que Marine Le Pen claquera le beignet des aristocrates qui les oppriment.

C’est d’ailleurs ici que se trouve le tour de force de la présidente du Front National. Cette Parisienne de naissance, héritière et représentante des banlieues les plus chics est parvenue à incarner la France abandonnée. Elle peut chaleureusement dire merci à tous ceux qui la diabolisent, elle et sa famille, depuis des années. Sans ce rejet constant, son rôle de composition aurait été beaucoup plus difficile à jouer…

Il n’en reste pas moins qu’on la sent bien monter, cette vague de deuxième tour qui emportera sur son passage les ultimes réticences à une stratégie de rupture.

Qui Marine Le Pen peut-elle fédérer?

Dans la pratique, Marine Le Pen est en effet susceptible de fédérer trois types de population dont la conjonction a toutes les chances de la mettre en tête du premier tour.

Un premier groupe rassemble les frontistes convaincus, les « éternels », déjà fidèles à son père. Ceux-là sont les nationalistes ordinaires, globalement hostiles à l’immigration et partisans d’un retour à un ordre moral traditionnel. Très souvent, ils sont rejoints par les laissés-pour-compte de la révolution numérique et de la « mondialisation », ce monstre à plusieurs têtes que personne n’a véritablement vu, mais qui nourrit tous les relents nostalgiques.

Un deuxième groupe ne se reconnaît pas dans cette révolution morale, mais appelle de ses voeux à une stratégie de rupture politique profonde. Ceux-là pensent, pour des raisons circonstancielles, qu’il faut sortir de l’euro, voire de l’Europe, et qu’il faut un bon coup de dégagisme pour remettre le pays en ordre.

Un troisième groupe est plus hypothétique. Il rassemble, pour aller vite, tous ceux qui parient sur un épuisement de la Vè République, qui appellent de leurs voeux à un renouveau, mais qui sont indécis vis-à-vis des propositions économiques de Marine Le Pen. Pour cette frange de l’opinion, les recettes du Front National sont loin d’être une tasse de thé, mais l’exaspération vis-à-vis des institutions est telle que le vote Front National peut paraître le vote utile.

En revanche, pour une part importante de ces derniers, Marine Le Pen continue à proposer des solutions qui sont de véritables épouvantails.

Quelle stratégie pour Marine Le Pen au premier tour?

Pour Marine Le Pen, ce rassemblement de voix est une gageure. Il suppose de ne pas se tromper dans l’ordre des opérations.

Au premier chef, la présidente du Front National a besoin de rassembler son noyau dur. De ce point de vue, ses propositions sur l’Europe, d’ailleurs postées en numéro un dans le programme, sont essentielles et emblématiques. C’est avec elles que Marine Le Pen compte bien acquérir son ticket pour le deuxième tour. Le pari qui est fait ici est de fédérer l’euroscepticisme comme d’autres l’ont réussi en Europe, notamment UKIP en Grande-Bretagne.

Pour y parvenir, Marine Le Pen a structurellement besoin d’ossifier son discours anti-communautaire. On notera toutefois que, dans ses engagements présidentiels, elle demeure relativement évasive:

Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique). Pour cela, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne. L’objectif est de parvenir à un projet européen respectueux de l’indépendance de la France, des souverainetés nationales et qui serve les intérêts des peuples.

On notera que la proposition est celle d’une négociation précédant un referendum qui pourrait déboucher sur un Frexit. Voilà qui donne de beaux gages à ses troupes historiques, sans insulter une inflexion future.

Quelle stratégie au second tour?

Dans l’hypothèse (probable) où Marine Le Pen obtiendrait son ticket pour le deuxième tour, commenceraient pour elle deux semaines folles où elle aurait à rassembler au-delà de son camp sans fâcher (complètement) son camp. Dans la pratique, elle devra rassembler les voix portées sur les candidats « divers droite » (Dupont-Aignan, Asselineau), soit un probable 5 ou 6%, peut-être un peu plus si un premier report s’effectue de Fillon vers Dupont-Aignan.

Si Marine Le Pen obtient 25% au premier tour, elle peut donc espérer flirter autour des 32% au second tour sans effort. Si Mélenchon n’est pas qualifié, elle pourra là encore bénéficier d’un report de quelques points venant de son camp. Bref, dans une fourchette haute (mais réaliste), Marine Le Pen pourrait alors compter sur un réservoir « naturel » d’environ 38% des voix.

Il lui resterait alors à viser une fourchette de 12 à 16 points venant des Républicains, soit une part importante de ceux-ci. L’enjeu consistera alors à opérer une inflexion du discours et des propositions en direction de l’électorat coeur de François Fillon.

Les obstacles à cette stratégie

Pour Marine Le Pen, la situation sera délicate, dans la mesure où elle devra opérer un retournement idéologique en tendant la main à un électorat massivement libéral et bien décidé à diminuer les dépenses publiques. Surtout, ce segment d’électeurs n’est pas forcément animé de sentiments très heureux vis-à-vis de l’Allemagne ou du capitalisme à l’anglo-saxonne, mais il est attaché aux réformes de structure et ne tient pas particulièrement à sortir de l’Union Européenne. Pour ceux-là, le discours anti-euro de Marine Le Pen risque d’être une pierre d’achoppement.

Dans ces conditions, la présidente du Front National n’aura guère le choix: elle devra tendre la main pour les faire venir à elle. Le bon sens consistera alors à annoncer une alliance de gouvernement avec les Républicains, à partir d’une plate-forme programmatique incluant le renoncement à la sortie de l’euro. Ce virage à 180° sera la condition de la prise de pouvoir, avec, probablement, des zakouskis monétaires destinés à rassurer ses propres troupes.

Le programme de Marine Le Pen prêt pour ce retournement

De façon astucieuse, la façon dont les engagements présidentiels de Marine Le Pen permettent de façon assez subtile d’imaginer un retournement de ce genre. Sur la question européenne, Marine Le Pen ne s’est fixé aucune obligation de réussite. Le moment venu, rien ne l’empêchera donc de proposer un maintien lâche dans l’Union et la zone euro, sous réserve que les contraintes budgétaires soient assouplies.

Mais tout cela, évidemment, n’a de sens que si et seulement si Marine Le Pen atteint le second tour et ne d’oppose pas à un candidat républicain.