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Quel impact pour la retraite par points d’Emmanuel Macron?

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Emmanuel Macron a proposé hier un programme qui soulève beaucoup de questions, tant il est émietté et fragmentaire. L’une des mesures les plus significatives (et probablement la mesure la plus forte, en réalité, dans ce programme) est le passage à un système de retraite par points. Cette réforme, pratiquée en Suède et en Italie, fera sans doute couler beaucoup d’encre. Au stade où nous en sommes (c’est-à-dire en l’absence de précisions réalistes de la part du candidat sur ses intentions), voici les principaux points de risques ou d’alerte qu’elle mérite.

Une réforme inévitable

Rappelons d’abord les grands principes qui expliquent pourquoi cette réforme est inévitable dans tous les pays industrialisés. Le retraite par points fonctionne sur un modèle assez proche des régimes complémentaires en France: chaque mois, les salariés cotisent à un régime. Chaque cotisation équivaut à une somme de points. Le point a une valeur actuarielle. Donc, la somme de points équivaut à un capital retraite (souvent qualifié de « notionnel »). Avec ce capital, le salarié peut choisir de partir plus ou moins tôt à la retraite. Plus il part tôt, moins la rente qu’il percevra sera élevée.

Ce système permet donc de laisser chacun libre de partir à l’âge de son choix.

Les contradictions d’Emmanuel Macron

Le problème dans cette réforme ambitieuse et qui pourrait être consensuelle tient aux contradictions qu’Emmanuel Macron a d’ores et déjà étalées sur ce sujet en 24 heures, et qui laissent craindre le pire au moment de la mise en place du dispositif. Dans un premier temps, Macron a en effet expliqué qu’un euro cotisé donnerait lieu au même montant de retraites pour tous, avant de se raviser en expliquant que cette règle ne serait pas appliquée:

Emmanuel Macron précise toutefois que les taux de cotisation pourront rester différents dans le nouveau système. « Par exemple, les indépendants pourront continuer à cotiser moins que les salariés et à avoir en conséquence une pension de retraite moindre : ils ont souvent constitué, en parallèle, une épargne qui peut être par exemple leur fonds de commerce et servira à leur assurer un revenu », justifie-t-il. Ce qui introduit des éléments de complexité. « Les spécificités de certains régimes ne disparaîtront pas. Les règles de base seront les mêmes pour tous, mais les taux de cotisation ou les conditions d’âge pourront différer, en raison notamment des caractéristiques des métiers », est-il écrit dans le programme.

Bref, ce sera un régime universel – mais qui n’aura d’universel que le nom. Pour le reste, les régimes spécifiques continueront à exister. D’ores et déjà, le programme du candidat apparaît ici comme une vaste mascarade et une opération de pur marketing.

Le problème des fonctionnaires

Il existe une bonne raison pour que Macron se ravise sur son projet. L’alignement selon le principe (désormais démagogique, puisque non mis en place) du: « pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous! » pose un immense problème pour les fonctionnaires. Ceux-ci bénéficient d’une part employeur beaucoup plus importante que les salariés du privé. Or, cette part employeur est financée par l’impôt. Sans le savoir, les salariés du privé apportent donc une contribution importante aux fonctionnaires.

Ce différentiel rend complexe l’universalisation des régimes de retraites. On se délecte d’ailleurs par avance des débats qui interviendront, où l’on verra les fonctionnaires, grands défenseurs de la sécurité sociale, lutter pied à pied pour ne pas l’intégrer parce qu’elle est beaucoup moins favorable que leur propre régime.

La mort programmée de l’AGIRC ARRCO

Il faudra voir si Macron amendera également son projet sur un autre morceau difficile à avaler: celui de l’absorption de l’AGIRC et de l’ARRCO par le régime général. Dans un système universel, on voit mal en effet pour quelle raison les régimes complémentaires continueraient à subsister, dans la mesure où ils fonctionnent déjà comme le régime projeté par Emmanuel Macron, mais où ils ne profitent qu’à une partie des cotisants (les salariés du privé). Là encore, tout l’enjeu sera de savoir jusqu’où le candidat Macron entend faire de son programme autre chose qu’une somme de slogans ou de mesures d’habillage.

Dans l’hypothèse où Macron mettrait en oeuvre la réforme systémique projetée de longue date dans les cénacles qui s’intéressent à ces sujets, il devrait acter une réforme en profondeur du paritarisme de gestion en coupant les organisations syndicales d’une part de leur financement (puisque les groupes de protection sociale adhérant aux fédérations AGIRC-ARRCO sont largement des pompes à phynances pour les syndicats, y compris patronaux).

Pas sûr qu’il ait envie de mener son combat compliqué. Il constitue pourtant la contrepartie logique du régime universel.

Fiscalisation par la CSG ou pas?

Une autre question sur le sujet porte sur la fiscalisation des recettes de la sécurité sociale. Le bon sens voudrait qu’Emmanuel Macron, conformément à certains de ses propos, engage un processus, s’il était élu, de fiscalisation des recettes de la sécurité sociale, seule façon de rééquilibrer durablement la part des cotisations patronales. Cela suppose en revanche d’augmenter l’effort fourni par les cotisants… puisque le volume global de contribution sociale généralisée sera supérieure au volume actuel des cotisations.

Là encore, le candidat Macron sera soumis à l’épreuve de la cohérence.

Pilotage ou pas des retraites?

Pour le reste, l’intérêt majeur de la réforme notionnelle repose sur la capacité de pilotage du système. Un système à cotisations et prestations définies, comme le système français, est une machine infernale. Il empêche le financeur de diminuer ses engagements, puisque le montant des pensions est fixé à l’avance, et il limite les possibilités d’augmenter ses provisions, puisque le financement est également connu à l’avance. Un système par points est supposé être plus maîtrisable, dans la mesure où la valeur du point capitalisé par les cotisants peut être contrôlée par le pilote.

Reste que la Suède, qui avait prévu une baisse des retraites en cas de problème financier, n’a jamais pu mettre en oeuvre ce mécanisme…

14 commentaires

  1. Citoyen dit

    A défaut d’avoir des idées sur un quelconque programme, le micron fait son marché dans des idées qui trainent sur la table depuis des lustres.
    A ce stade, la question n’est pas de savoir si ces idées sont bonnes où mauvaises, mais s’il serait en capacité de les mettre en œuvre …. Et là, il y a matière à se tordre de rire …

  2. Rodolpho dit

    Comme je disais déjà récemment sur le personnage (rappelons qu’il est issu de la haute finance) il va faire un laboratoire pour jeune ambitieux téléguidé… les officines vont lui dicter les idées plus au moins bonnes et lui d’un sourire d’adolescent il ira vendre ça au peuple puis se rétracter au fur et à mesure que les tergiversations des français sondés arrivent à ses oreilles (je pense à son amis Bayrou: peut être il l’a intégré dans son équipe pour faire la parabole).

    La bonne nouvelle c’est que la droite la plus bête au monde va peut être (je l’espère) éjecter le Fillon suicidaire (qui voit des lumières…). il était temps sinon la droite risque de disparaître du radar.

    • Macron est un incompétent démagogue. Sa réorganisation est d’autant plus ridicule qu’elle ne règle bien sur rien du gouffre qui continue de se creuser. Hors du passage de l’âge à 65 puis 67 boum ! Qui ne comprends pas ça est un con, un abruti, un salaud et un pourri.
      Quand Fillon, Rodolpho, il va gagner: on en a tous vraiment marre !

      • woops dit

        Il faut libérer les esprits avant de libérer les corps comme disait un écrivain américain du 19 eme siècle. Certes je ne fréquente pas la droite catho mais la droite si et j entends chaque jour le dégoût et je ne parle pas de ceux dans étiquette qui en marre de la goche

    • Evariste dit

      « la droite la plus bête au monde va peut être (je l’espère) éjecter le Fillon »

      C’est ce que préconisent tous les socialistes, jusqu’à Mélenchon.
      Le résultat de la primaire a été très clair, le règlement l’est aussi, Fillon n’a rien fait d’illégal (contrairement à Juppé par exemple, mais là ça ne dérange apparemment pas les médias ni nos camarades socialistes).
      Pour ma part, si LR ne présentait pas Fillon mais un autre candidat, mon vote se porterait sur un autre parti de droite. Et je pense que nous serions nombreux à faire cela.

      • woops dit

        Vous mon cher bien tomber dans le piège du ps et co. J avoue qu’ils sont plus malins et plus vicieux que vous (gens de droite) . Ils vous retournent comme des crêpes comme ils ont fais avec le Front depuis les années 80 (un épouvantail à second tour). Triste constat. Prenez de la hauteur vous verez plus clair

      • Realiste4 dit

        Affirmer que l emploi est fictif sans preuves n est pas normal mais lui donner son innocence sans que l enquête et jugement soit fais c est pas mieux .

    • Stephane dit

      La bonne nouvelle est que la droite la plus bête et couarde du monde se démarque de Fillon. C’ est de bonne augure pour la suite, ce seront de potentiels frondeurs en moins lors des législatives. Une raison de plus pour voter Fillon. Il faut juste rappeler que le bonhomme n’ est pas encore mis en examen, il a aussi eu l’ honnêteté et la force de ne pas éviter le vocabulaire qui fâche. Vous vouliez de la transparence?

  3. gérard dit

    Un autre point n’est pas évoqué:la moyenne des retraites versées est supérieure a la moyenne des salaires.Sachant que ces retraites sont calculées sur un pourcentage des salaires versés on voit le disfonctionement.L’avantage d’un nouveau système clair de retraites permettrait de mieux pister les détournements des syndicats.Idem pour la formation,une reprise en main par l’état empecherait les syndicats et autres de se servir

  4. Citoyen dit

    Et pour la retraite de son mentor à 36000, qui avoue n’avoir jamais rien fait pour la mériter …. il fait quoi le micron ? il lui retire des points ?

    « Ceux-ci bénéficient d’une part employeur beaucoup plus importante que les salariés du privé. Or, cette part employeur est financée par l’impôt. Sans le savoir, les salariés du privé apportent donc une contribution importante aux fonctionnaires. »
    Croyez-vous vraiment, que ceux du privé n’aient pas conscience qu’ils paient aux fonctionnaires des retraites qu’ils ne peuvent pas s’attribuer à eux-mêmes ??…. A part les neuneus … peut-être … mais les autres en sont parfaitement conscients.

  5. Raymond dit

    La véritable raison de cette volonté de passage à un système par points c’est d’imposer un partage des droits à la retraite en cas de divorce quel que soit le cas de divorce. De sorte que l’immense majorité des hommes qui divorce perdront une part importante de leur future retraite et seront pénalisés jusqu’à leur mort pour avoir fait l’erreur de se marier. Cette loi sera retroactive. Elle ne s’appliquera aussi aux anciens mariages. Pourtant les droits à la retraite sont des biens propres et non des biens communs comme l’indique l’article 1404 du code civil ainsi que plusieurs arrêts récents de la cour de cassation. Donc tout ceci se fera au mépris des règles de l’état de droit et les hommes ayant commis l’erreur de se marier en seront les principales victimes.

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