Accueil » Comment les Républicains trumpisent l’élection présidentielle

Comment les Républicains trumpisent l’élection présidentielle

Cet article a été lu 3775 fois

C’est probablement à leur insu que les dirigeants républicains trumpisent l’élection présidentielle et font le jeu, malgré eux, de François Fillon. Carbonisé il y a encore quelques jours, l’intéressé devrait désormais connaître une dynamique tout à fait inattendue dans sa campagne: celle du résistance au « système ».

Rien de mieux qu’une ordalie pour trumpiser une campagne

En droit germanique, les accusations les plus graves donnaient lieu à une ordalie, c’est-à-dire au jugement de Dieu. Un tableau de Dirck Bouts, peintre flamand de la Renaissance montre d’ailleurs comment l’ordalie pouvait se matérialiser. En l’espèce, une femme voulant prouver l’innocence de son mari décapité pour meurtre s’empare d’une barre de fer rougi et subit l’épreuve de la vérité.

Durant ces dernières semaines, c’est bien cette épreuve de la vérité qu’a subie François Fillon. Accusé peu ou prou d’enrichissement, lessivé par une campagne de dénigrement et de déstabilisation sans relâche dans l’ensemble des médias, le bonhomme est toujours debout, vivant, et même vivace. En pays franc, les esprits ne manquent pas d’être frappés par cette résistance qui rappelle obscurément l’ordalie germanique. Sans que ce réflexe ne soit forcément conscient d’ailleurs, la constance de François Fillon dans l’épreuve vaut tacitement preuve d’innocence.

En tout cas, pour le « peuple de droite », et même au-delà, le fait que la voix de Fillon continue à clamer son innocence malgré les souffrances médiatiques est un signe qui frappe les esprits et pourrait, dans la durée, renverser la vapeur du train qui semblait devoir l’écraser.

Ce faisant, la campagne présidentielle n’est plus une bataille de projets, elle devient le conflit des volontés. Elle se transfigure. Elle se situe désormais au-delà des idées, dans une sorte d’affrontement très nietzschéen entre ceux qui calculent leur existence et ceux qui affirment leur liberté par-delà le bien et le mal. D’un côté le système et sa conspiration des médiocres. De l’autre, un homme seul dont la survie incarne la résistance dont beaucoup attendaient l’incarnation.

Fillon désormais détaché des principes moraux

Ce qui frappe dans la métamorphose dont le candidat Fillon donne le spectacle, c’est son émancipation par rapport aux critères classiques de la morale. Les affaires avec sa femme sont pour ainsi dire dépassées, presque banalisées ou rendues caduques. Pendant plusieurs semaines, elles gênaient mais ne suffisaient pas, dans son camp, à discréditer le programme. Désormais, elles sont comme minorées, ou validées, par l’héroïsme du personnage.

On y verra volontiers l’effet direct de la disproportion déraisonnable entre la faute commise par l’impétrant et la sanction infligée: battage médiatique quotidien, opérations judiciaires, trahisons multiples, concert de casseroles comme une persécution à chacun de ses déplacements. La ficelle a semblé grosse: il s’agissait d’abattre un homme, de le clouer collectivement au pilori. La réaction était trop longue, trop forte, trop orchestrée pour ne pas apparaître tôt ou tard comme une manipulation du « système », qui a commis la maladresse simultanée de vouloir abattre Marine Le Pen.

Donc, les deux favoris de la présidentielle étaient déstabilisés comme par enchantement au moment où Emmanuel Macron avait besoin d’espace, dans la foulée des primaires socialistes. Même si rien ne prouve qu’il y ait eu malice, l’enchaînement des circonstances a discrédité chacune des manoeuvres entreprises.

Et voilà comment même une mise en examen (qui n’est pas encore acquise) paraîtra désormais dérisoire et inopérante dans cette campagne. La haine est allée trop loin pour être encore audible. La réaction naïve de Fillon a fait long feu: elle a laissé la place à une résistance inoxydable.

Vers un combat du peuple contre le système?

À quelque chose, donc, malheur est bon. Fillon a traversé un enfer qui lui vaut aujourd’hui un paradis: celui du combat mené par ceux qui veulent des réformes incisives contre l’immobilisme français. Son passage ce matin à la CPME lui a valu un triomphe. Si certains trouvaient son programme trop brutal et pouvaient craindre les blocages qu’il causerait, le doute est dissipé maintenant. La capacité de résistance, l’obstination, l’acharnement même de Fillon ne sont plus à démontrer.

Après ce bain dans l’acier, Fillon a changé de stature et de dimension. Il reçoit le blanc-seing de la réforme libérale. Plus personne n’a de doute sur ce qu’il sera capable de mener à bien.

De ce point de vue, le dépassement dont il vient de donner l’exemple bouleverse le rapport de force, et tout laisse à penser que la campagne commencer vraiment maintenant. Fillon est celui qui a survécu au « système ».

Dans le terrain de jeu du Front National

Paradoxalement, donc, les affaires Fillon et le Penelopegate devraient affaiblir le Front National qui n’a désormais plus le privilège de la lutte anti-système. Marine Le Pen incarnait une version à la fois étatiste et sulfureuse de la dissidence. Désormais, et avec le soutien acquis ce soir du bureau politique des Républicains, Fillon apparaît comme le vainqueur d’un bras de fer où il a imposé une image de dissident réformateur libéral et crédible.

Le jeu des présidentielles est probablement relancé. Comparé au programme de Fillon, le programme de Macron fera désormais pâle figure, sans convaincre une majorité à gauche.

12 commentaires

  1. scaringella dit

    Fillon a montré qu’il en a dans le pantalon, contrairement à la plupart des autres qui se couchent et qui couchent, que ce soit avec
    bruxelles/reich/usa. Le problème de Fillon va être de continuer avec son programme, sans l’amender pour sois-disant « rassembler »
    la droite. La seule chose à rassembler c’est le peuple, mais jouer le peuple, la nation, le pays, les français d’abord est une attaque
    directe contre la doxa maçonnique/universaliste/démocratique/européenne/mondialiste etc … Bref Fillon joue avec sa vie au sens
    propre car en face « on » est capable de tout et surtout du pire. Car Fillon peut être président alors que la LaPeine ne peut pas l’être
    car elle perd tjrs au dernier tour. Saura-t-il résister/prendre-le-risque de la mort? La sienne ou celle de ses proches?

  2. rodolphe dit

    Nous avons compris que vous etes un soutien feroce du programme liberal proposé par fillon d où votre soutien plus au moins pragmatique. Votre interet personnel est dans la ligne economique vendue par fillon et vous reprochez aux autres de soutenir leur propre interet avec le macroneconomie … bref c est votre droit mais avez vous pense qu un president gouverne avec une assemblee de deputes que fillon r
    isque de ne pas l avoir voire d affronter des frondeurs pour qu on se retrouve dans un pedalo dont le volant est droite ( tiens l anglaize peut servir de driver)

  3. Hv dit

    Très bien vu, Éric ! Si les preuves endurcissent, l’homme est désormais en béton armé ! Vivement que le débat s’engage à présent sur le fond pour qu’il puisse, enfin, à l’image de son passage devant la CPME, dérouler son programme, le seul programme qui tienne la corde !

  4. lanaspre dit

    En effet ce soir ,les nuages,comme hier à Paris, semblent se dissiper apres la tempete. Maintenant la campagne avec les programmes doit s imposer et FF de dérouler le sien sans rien renier pour faire plaisir à je ne sais quel apparatchik sous pretexte de son poids politique potentiel car alors on serait en droit une fois de plus de dire que les promesses n engagent que ceux qui les ecoutent.

  5. SERGIO dit

    A Rodolphe.
    Mon pauvre monsieur, cela ce saurait s’il y avait une autre possibilité de sortir ce pays de la m….., qu’un programme LIBERAL …
    Où préféreriez vous vivre, en Corée du Nord, à Cuba, en Colombie ou en Suisse, en Australie, en Nouvelle Zélande ?
    Soyez honnête, répondez …

    • rodolphe dit

      Il y a liberal et liberal… les usa ne sont pas et n ont jamais ete socialo (le communisme est un crime chez eux et je sais de quoi je parle ayant deja bosser la bas…) les pays du golfe sont liberal (peut c est le modele a suivre… pour vous). Au dela du modele economique et social a mettre en application c est le personnage qui n est pas a la hauteur (5 ans 1er sinistre de sarko resultat zero integral. Ah ok il decouvre que maintenant la recette… ) votre fillon s accroche pour zauver sa peau et son train de vie tres peu liberal (puisque il pompe dans la caisse des deniers publics pour nourir sa pauvre famille… ). Il suffit pas d avoir un pur sang pour etre un vrai chevalier…
      mais il peut compter sur vous… pour lui faire croire ca

  6. Guillaume_rc dit

    Excellent article

    3 remarques :

    1 – « à leur insu les dirigeants républicains trumpisent l’élection présidentielle ». Les dirigeants de droite sont surtout constant dans leur manque de courage.
    Et c’est ce que je reproche le plus à la Droite (et je ne suis pas le seul) : depuis 40 ans elle se couche devant la moindre injonction de la gauche et des médias (pléonasme). Avec le résultat catastrophique que l’on connaît.

    2 – Les casseroles. Même Olivier Duhamel, qu’on ne peut suspecter de dérive droitière, a déclaré sur Lci, que les concerts de casseroles étaient le fait d’une infime minorité et qu’il serait temps que les médias passent à autre chose, à commencer par les programmes. Hélas, il n’a guère été entendu.

    3 – @ Rodolphe – Est-ce qu’il vous est possible de penser qu’on peut être libéral par conviction ? Vous ne parlez que d’intérêt mais je pense que notre hôte et un certain nombre d’entre nous sommes convaincus qu’un programme libéral sera bénéfique au plus grand nombre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *