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Faut-il accorder une indemnité chômage aux entrepreneurs?

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Dans le cadre de la présidentielle, l’idée traîne d’accorder une indemnité chômage aux entrepreneurs. Elle est en particulier promue par Emmanuel Macron, qui défend l’idée très floue d’une sorte de statut unique au regard de l’assurance chômage: celle-ci pourrait bénéficier à tout le monde, y compris aux salariés qui démissionnent. Sous couvert d’une réforme originale et plutôt ouverte, le projet comporte certaines interrogations qu’il n’est pas inutile de soulever et de mesurer pas à pas.

Le chômage est-il un risque assurable?

Un point doit d’abord être souligné: il porte sur le bon sens économique qu’il y aurait à « privatiser » l’assurance chômage. L’expression est maladroite dans la mesure où l’UNEDIC, qui chapeaute l’indemnisation du chômage, est déjà une institution privatisée. Si sa dette bénéficie de la garantie de l’Etat, elle est l’une des institutions paritaires les plus éloignées des pouvoirs publics. C’est donc un abus de langage de parler de sa privatisation.

En revanche, l’idée de supprimer son monopole est parfois évoquée: elle suggère que les salariés pourraient s’affilier à des régimes autres que l’Unedic pour s’assurer contre le chômage.

Il faut rappeler ici l’extrême frilosité des « assureurs privés » vis-à-vis de ce risque qu’ils jugent souvent non assurables. Le chômage (des salariés en tout cas) est en effet marqué par ce que les mathématiciens appellent la « co-variance »: lorsqu’une entreprise lance un plan de licenciement, c’est souvent parce qu’une crise sévit qui frappe toutes les entreprises. Le risque chômage n’est donc pas aléatoire… Et les assureurs n’aiment pas ça.

De ce point de vue, le risque chômage ne peut donc être pensé de façon simpliste.

Les entrepreneurs face au chômage

Il est vrai que le chômage des entrepreneurs est atypique par rapport à celui des salariés. Par nature, les entrepreneurs sont exposés de façon très différente à ce risque, dans la mesure où il est lié à la défaillance de leur activité. De ce point de vue, il n’échappe pas à la covariance (et aux cycles économiques), mais celle-ci est plus discrète ou mieux maîtrisée que celle des salariés.

Donc… l’idée de fondre les entrepreneurs et les salariés dans un régime unique apparaît quand même comme une aberration mathématique. Un régime unique risque de constituer un nouvel impôt déguisé pour les entrepreneurs, qui seront probablement contributeurs nets du système. Il s’agit d’un prélèvement supplémentaire, qui ne dira pas son nom, pour abonder le régime déficitaire des salariés.

La question du financement de la caisse unique

C’est bien ici tout le sujet de l’accès des entrepreneurs au régime unique de chômage. On imagine tous que la contrepartie de l’accès au chômage sera la participation à son financement. Dans quelle condition ce financement s’organisera-t-il? La propension macronienne à créer des régimes uniques où les entrepreneurs paient pour les salariés, et où les salariés du privé paient pour les fonctionnaires, risque de se révéler beaucoup plus coûteuse qu’il ne veut bien le dire.

Pour les entrepreneurs, l’accès au chômage serait catastrophique s’il se soldait par des contributions supérieures aux prestations délivrées en cas de réalisation du risque. Et c’est sur ce point que le programme à la présidentielle doit être éclairci.

Le « marché » existe sur le risque chômage des entrepreneurs

C’est pourquoi la décision la plus sage serait sans doute de laisser les entrepreneurs s’organiser. Ils en ont déjà la faculté puisque le risque chômage « privé » est un marché relativement mûr pour eux. Des produits existent comme la GSC, à coût probablement moindre à celui de l’Unedic dans sa version future. La souscription de ces contrats est libre.

On notera par ailleurs que les entrepreneurs peuvent d’ores et déjà s’affilier librement à l’Unedic. Il est assez singulier d’imaginer que cette faculté devienne une obligation au nom de la protection des entrepreneurs. Ceux-ci sont suffisamment responsables pour choisir leur destin par eux-mêmes. Sauf bien entendu, à vouloir faire rentrer au chausse-pieds de nouveaux contributeur à un régime qui accumule plusieurs milliards de dettes chaque année.

9 commentaires

  1. Pierre dit

    Entendu ce matin sur BFM un pseudo « syndicaliste » FO parlant du paritarisme de gestion et de l’UNEDIC.

    Pour pépère y’a pas de problème de dettes ou de déficit car… « c’est cyclique » (il a lu sans doute ce mot dans les pages saumon du Figaro en 2008) !

    Personne pour lui faire remarquer que… le « cycle » commençait à devenir un peu long, non ?

    Et citant un rapport d’un organisme bidule, d’ici 2024 la dette de l’UNEDIC (30 myards ! une paille) serait RESORBE, mais oui !

    Non seulement le régime serait excédentaire, mais en plus sa dette accumulée serait résorbée.

    C’est magique.

    C’est FO.

    C’est le « paritarisme » à la française, où des glands, des noeuds absolus gèrent des dizaines de milliards, sans avoir 3 neurones interconnectés.

    Le niveau intellectuel étant aussi bas, on peut imaginer qu’une nationalisation à la Macron serait un moindre mal.

    Mais répétons-le : peu importe la ou les « réformes »… le but du jeu est d’accroître la rapine.

    Donc vous paierez.

    Vous paierez avec Fillon ou Macron, Hamon etc.

    Certains paieront moins que d’autres, bien entendu, mais au global vous allez payer, car c’est votre fonction.

    Et cette fonction de serf, au fond, sied parfaitement à une large majorité de la population.

  2. Souvent présenté comme un « libéral » Macron ne l’est en fait pas du tout.
    On a bien toutes les caractéristiques de l’impuissance hollandaise (Macron = Hollande) à faire tout et son contraire, c’est à dire rien.
    Votre permanente description de ce point au sujet de Macron est remarquable: RSI dans le régime général, chômage aux entrepreneurs, démission qui donne droit au chômage, suppression du paritarisme, tout cela est cohérent, et parfaitement étatiste: tout le monde au chômage, donc asservi à l’état.
    Cela est ce que pense TOUTE la gauche du travail: une activité de loisir sociale, financée par l’emprunt et appelée à disparaitre au profit des robots. Sur ce sujet, Macron imite et marque Hamon, on ne sait jamais… Un ectoplasme vicelard ce type.

  3. Rodolphe dit

    A mon avis la solution la plus simple et la plus juste est de créer une caisse chômage pour tous à l in star de la sécu qui assure un revenu raisonnable mais toujours inférieur à un salaire pour tout chômeur. Elle sera financée par la baisse du nombre drastique d élus de la rapine

    • Jiff dit

      Le collectivisme relève au mieux de la confusion de l’esprit, et ça n’est certainement pas la solution (voyez l’urss, le Vénézuela, Cuba, …) Et penser qu’un seul remède guérirait tous les maux, c’est de la folie pure, car les besoins de chacun sont différents.

  4. Citoyen dit

    « Faut-il accorder une indemnité chômage aux entrepreneurs? »….
    En Socialie, oui … Et c’est logique, puisque le principe même de la Socialie, est de prélever un maximum, pour justifier la redistribution, en s’étant goulûment engraissé au passage (ce qui, à l’origine, est le but du jeu).
    En pays libéral, non … puisque les entrepreneurs préfèrent assurer eux-même ce risque, par le simple fait qu’il leur coûtera bien moins cher.

    • Jiff dit

      Et précisons au passage que ce type de discussion ne pouvait-être que franco-français, car chez les autres, il n’y-a bien souvent qu’un seul et même statut, ce qui explique certainement les quantités moindres de ponctionnaires dans le reste de l’europe – et, ô bonheur, les ponctionnaires y sont tout autant sur un siège éjectable que le privé; bizarrement, ils sont sensiblement moins arrogants qu’ici… (et je ne vous parle même pas de la qualité de service, vous pleureriez.)

  5. SERGIO dit

    Nous savons bien que tous les entrepreneurs (j’en suis un) sont foncièrement individualistes, les faire cotiser à un régime obligatoire
    c’est les priver de leur liberté (qu’ils ont choisi) et les voler encore un peu plus.
    Cette idée ne peut germer que dans la tête d’un type qui ne connait rien à la mentalité d’un patron, c’est à dire un énarque bobo, socialo.

    • Jiff dit

      « c’est à dire un énarque bobo, socialo. »

      D’abord, vous-avez fait une faute: c’est « socialaud » ;-p)
      Ensuite, et fort malheureusement, il n’y-a a pas que la gauche droitisé qui empoisonne la vie des entrepreneurs, a droite gauchisée aussi, et même plus que les autres quand on observe le déroulement de l’Histoire sur les derniers 40 ans.
      C’est sans doute le syndrôme du petit chef (« c’est moi qui commande, et les autres obéissent », revoyez les vidéos de tous ces guignols lorsqu’il s’est agit de restreindre les libertés du citoyen au nom de la lutte contre le terrorrisme officiellement, et officieusement parce que le polytocard moyen crêve de trouille dès qu’un mouvement de foule un peu important a lieu; c’est que devant l’assemblée, il-y-a plus de piques que de têtes de nœuds à l’intérieur et que la seule chose qu’il connaissent tous sur le bout des doigts, c’est l’histoire de la révolution…) ou la volonté de laisser une trace dans l’Histoire.

      Et tout cela est relativement logique: mêmes écoles = même formatage – sans compter un mépris plus ou moins affiché, mais en tout cas flagrant, pour tout ce qui n’est pas régalien et ors de la république; par exemple, les crédits alloués à la francophonie dans le monde fondent chaque année, tandis que nos voisins d’en-face forment des enseignants en anglais à tour de bras (750,000 il-y-a quelques années à l’unique destination de l’Inde, excusez du peu.)

      Tout ça pour dire que Marais ou XVIème, seul l’habillage change, mais qu’à l’intérieur, c’est copie conforme – et il *faut* que les gens comprennent absolument cela; prenez de la hauteur en laissant les petits détails s’estomper, vous verrez que le panorama est extrêmement monotone et que ça ne date pas d’hier.

      • sergio dit

        Socialaud comme salaud ?… c’est pas gentil…
        D’accord pour dire que la droite gaulliste est la championne de la centralisation et de la bureaucratie.

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