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Les infos utiles cachées par la présidentielle

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Article écrit pour Atlantico

La campagne pour les présidentielles a occulté quelques informations importantes qu’il n’est pas inutile d’avoir à l’esprit pour comprendre la suite des événements.

Le relèvement des taux prévu en fin d’année

Peu à peu, l’inflation remonte vers sa ligne de flottaison fixée à 2% par les traités. Bon, personne ne sait trop si cette remontée est effective, mais elle est décrite par les statistiques officielles. Voilà qui tombe bien! l’écrasement des taux pratiqué par la BCE met les épargnants allemands (et les autres accessoirement) en rogne et dans un état de stress maximal. La pression des institutions financières pour une remontée des taux est forte.

Les marchés sont aujourd’hui à peu près convaincus que la Banque Centrale Européenne entamera ces manoeuvres à la fin de l’année 2017. Ce laps laisse le temps aux investisseurs et aux Etats de préparer leur réaction.

Pour la France, qui vit fondamentalement à crédit, et sur qui la baisse des taux a produit le même effet qu’une dose de cocaïne sur un clubber, la dissipation de ce cette drogue dure risque d’avoir un vrai impact dépressif. La remontée des taux signifie aussi un renchérissement du crédit… La vie sans réforme de structure risque de devenir beaucoup plus compliquée, et la charge de la dette entamera un cycle haussier.

Pour le prochain président, les facilités des années Hollande devraient être bel et bien finies. Il va falloir vraiment agir.

Vers une dangereuse guerre des changes?

Parallèlement, l’ordre mondial entame une phase tout à fait désagréable. La réunion des ministres des Finances du G20 jeudi dernier l’a montré. Les représentants des Etats participants se sont écharpés sur le recours à la dévaluation compétitive. Ils ont finalement accepté ce texte:

« Nous répétons qu’une volatilité excessive et des mouvements désordonnés des taux de change peuvent avoir des implications préjudiciables pour la stabilité économique et financière ».

« Nous serons en contact étroit sur le marché des changes. Nous confirmons nos engagements précédents sur les taux de change et notamment que nous nous abstiendrons de toute dévaluation compétitive et que nous n’emploierons pas les taux de change à des fins concurrentielles. »

Il ne faut pas se louper dans le décodage de ce charabia en apparence vide. Le G20 est désormais placé sous la pression trumpienne du protectionnisme et de la dévaluation du dollar. Trump a très bien compris qu’un dollar élevé pénalise ses exportations. Le G20 semble avoir obtenu un report d’une stratégie de dévaluation du dollar.

En revanche, le G20 a fait chou blanc sur le protectionnisme. Elle est désormais loin l’époque où les nations célébraient le libre-échange comme espérance pour toute l’humanité. L’ordre mondial glisse sans hâte mais avec détermination vers du chacun chez soi confinant parfois à un affrontement larvé.

L’Allemagne s’assume comme puissance européenne dominante

La même semaine, une rencontre injustement qualifiée de surréaliste en France a permis à Donald Trump de mettre quelques petites choses au clair avec Angela Merkel. En particulier, il a expliqué que l’Allemagne ne payait pas assez pour sa défense ni pour la protection militaire apportée par les Etats-Unis. La chancelière a approuvé ce point de vue.

Là encore, il faut décoder les idées implicites dans ces prises de position. Jusqu’ici, il était admis que l’Allemagne devait être une puissance démilitarisée. Rappelons que ce que Trump appelle la protection accordée à l’Allemagne est aussi une occupation en bonne et due forme. Cette doctrine passe. L’Allemagne est désormais appelée à s’émanciper.

Pour la France, l’évolution en profondeur de la situation mérite réflexion. Le déclin français est désormais une donnée handicapante dans un couple qui ne vit plus la triangulation avec la Grande-Bretagne au sein de l’Union Européenne.

L’inertie de l’élite française face à ces infos

Face à ces nouveaux déterminants qui deviendront particulièrement visibles en 2018, l’élite française a, comme toujours depuis une trentaine d’années, un temps de retard et un immobilisme angélique inquiétant.

Peu d’énarques admettent les bienfaits de la désinflation compétitive et occultent complètement la supériorité de l’Allemagne due à sa compétitivité hors prix. La technocratie française reste donc aveuglément adepte d’un euro fort et risque de suivre sans complexe la BCE lorsque celle-ci acceptera sans broncher les dévaluations du dollar orchestrée par l’équipe Trump.

De même, l’admiration béate de l’élite française pour le couple franco-allemand, sans avoir compris l’évolution profonde de celui-ci depuis la réunification, risque d’accélérer les tensions internes en France contre un ordre européen déséquilibré.

Les langues de bois officielles en plein tourment

On terminera cette rapide revue d’actualité en signalant un article de la revue Nature Climate Change, qui attribue la fonte de la banquise à une activité humaine dans une proportion allant de 30 à 50%. Une remarque du texte fait sourire:

« Si ce phénomène naturel cessait ou s’inversait dans un proche avenir, nous assisterions à un ralentissement de la tendance à la fonte rapide, voire verrions la banquise s’étendre de nouveau », écrit le principal auteur de l’étude, Qinghua Ding, de l’Université de Californie.

Sur le long terme, l’accumulation des gaz à effet de serre constituera un facteur de plus en plus dominant, écrit-il dans un courriel.

Là encore, lisons entre les lignes: le scientifique qui a étudié la fonte de la banquise considère que l’activité humaine sera dominante dans le phénomène « à long terme ». Autrement dit, la part de l’activité humaine est aujourd’hui secondaire dans le recul des glaces. Cette donnée, volontiers niée par la théorie du réchauffement climatique dû au gaz de serre, avait déjà été avancée en 2013 et avait fait polémique.

7 commentaires

  1. Jiff dit

    « l’inflation remonte vers sa ligne de flottaison fixée à 2% par les traités. »

    Mettre dans des traités (fixes) quelque chose qui, par essence (sans plomb;), est lié aux variations des économies locales et internationales, ne serait-il pas quelque chose d’idiot ? – d’autant que l’inflation étant la ruine des pauvres, ça donne un éclairage différent sur qui dirige réellement l’europe.

    « le G20 a fait chou blanc sur le protectionnisme. »

    Il-y-a deux questions que je me pose depuis longtemps: est-ce si catastropporibb d’avoir du déficit extérieur ? Et si oui, pour quelles raisons ?

    « risque d’accélérer les tensions internes en France contre un ordre européen déséquilibré. »

    Si cela devait également précipiter la disparition de l’euro, ne serait-ce pas un mal pour un bien ? Et est-ce que ce bénéfice n’éclipserait pas les inconvénients ?

    « Cette donnée, volontiers niée par la théorie du réchauffement climatique dû au gaz de serre, […] polémique »

    Il-y-a un chercheur français (je ne me rappelle plus son nom), spécialiste des gaz et loin d’être siphonné qui dit que selon ses constatations, l’augmentation do CO2 dans la composition de l’air suit le réchauffement et pas l’inverse – par ailleurs, les satellites servant à l’agronomie enregistrent un foisonnement de verdure (un peu normal, le CO2 faisant partie de la photosynthèse.)
    La notion de réchauffement climatique ne servirait-elle pas plutôt certains (très gros) intérêts qui prennent une grasse commission dans les histoires de quotas et autres grenouillages fait sur le dos de la planète ?

  2. Citoyen dit

    « Pour le prochain président, les facilités des années Hollande devraient être bel et bien finies. Il va falloir vraiment agir. »
    Et comme aucun des prétendants n’est disposé à agir, à la hauteur de ce qu’il faudrait … ce pays va continuer à s’enfoncer, en accélérant, en direction du mur vers lequel il se dirige …

  3. La remontée des taux qui se profile de plus en plus clairement justifie totalement les réformes de structures urgentes que la France doit mettre en place immédiatement (dés cet été). Cela sera la garantie de l’acceptation d’un déficit qui sera de toutes façons important en 2018.
    Toute alternative au programme de Fillon est dangereuse. Celui de Macron par exemple, qui se contente de poursuivre l’attentisme qu’il a fait installer en 2012 et qu’il a encouragé pendant toute la période est catastrophique: il est la garantie de la livraison de la France aux FMI et troikas diverses à brève échéance.
    Quand à ceux qui en profitent pour se réjouir de cette bonne occasion de quitter l’Europe, l’Euro et l’histoire et bien ce sont des fous furieux masochistes !

    • gérard dit

      Si Fillon était élu,il ne ferait qu’augmenter les prélèvements obligatoires,ce qui tuerait l’économie encore un peu plus.Mais rassurons nous,les autres feront aussi pareil

  4. Pierre dit

    Très belle synthèse : on aurait pu y ajouter les problématiques géo-politiques, et… énergétiques.

    Oui, les prochaines années seront rock-and-roll, en espérant que cela ne se transforme pas en Requiem…

    Revenons toutefois sur l’intox des taux. Car c’est une intox. Une gigantesque intox.

    La FED a augmenté… certes… mais un tout petit peu… et après une durée stupéfiante de taux 0, et malgré des signaux pas très bons…

    Il s’agissait de :
    -renforcer la crédibilité de la FED (rappel : dès mai 2009… le clown Obama nous parlait des « green shoots », c’est à dire la pseudo recovery).
    A force de dire que tout va bien (souvenez la campagne de Clinton) : la FED est obligée de mettre -un peu- raccord ses mots avec ses actes.

    -et préparer… techniquement… les futures… baisses !

    Eh oui. On doit anticiper le prochain cycle dépressif qui sera encore plus violent. Il faudra du mou pour pouvoir « baisser ».

    Ajoutons des objectifs secondaires :
    -pourrir la présidence de Trump
    -redonner un peu de thune aux banques et institutions financières (assurances etc.)

    Donc : on augmente les taux pour de très nombreuses raisons, mais absolument pas pour la RAISON OFFICIELLE (« l’économie va bien, donc j’augmente mes taux »), et de toutes les façons dans des proportions qui demeurent ridicules.

    C’est encore plus caricatural en Europe. La BCE ne pourra pas laisser filer les taux. Ils nous feront éventuellement quelques +0.25 points pour rire, mais pas plus de 3. Et en fait 0.

    Les QE seront renforcés, d’autres acronymes dissimulant des injections massives, seront forgés par la BCE… Inévitable. Les pseudo yeux noirs pas contents des Allemands est un enfumage absolu.

    Il ne peut pas y avoir un retour aux tendances historiques des taux longs. C’est strictement impossible. Inutile de répéter ici la pétaudière financière sur laquelle nous sommes assis.

    La question est aussi idiote qu’intelligente : pourquoi voulez-vous que ces gens, qui sont le système, qui vivent du système… s’amusent à détruire le même système en… augmentant réellement les taux ? !

    Voir autant de gens « faire comme ci » est étonnant.

    Et prouve bien que la discussion est totalement biaisée.

    Nous vivons dans une gigantesque hallucination collective, mâtinée de 1984 orwélien (« la guerre c’est la paix »).

    On est au-delà du « fake news » : on est de plain pied dans la démence absolue.

  5. Hilario dit

    Votre lecture sur le changement climatique est trop sélective. Vous devriez jeter un coup d’oeil sur un tableau des dates de récolte en France depuis 1300 ici (via http://www.notrickszone.com) http://cms.unige.ch/sciences/terre/news/articles/Guillet_etal_NGEO_2017.pdf – les dates changent fréquemment, mais il n’y a aucune preuve d’un refroidissement ou une tendance de réchauffement, et aucune corrélation discernable avec l’emissions de gaz à effet de serre dans l’âge industriel.

  6. serge dit

    L’inflation à 2% et le déficit à 3% sont quand même des chiffres tout à fait stupides, bien à l’image de quelques fonctionnaires hors sol de Bruxelles, très éméchés qui plus est quand ils ont sorti cela. Et savoir que l’INSEE chez nous pond des chiffres très très louches depuis pas mal d’années fait qu’il est difficile de savoir où on en est vraiment. Donc constater que 2% est bien ou pas bien… La remontée des taux, lilliputienne, est la seule manière que tous ces gentils banquiers « centraux » ont de décaler l’explosion générale. Bref, de permettre au 1% de finir de convertir en biens « durables » ce qui a été piqué avant grand reset. Le G20, c’est les US, là aussi, et si Trump dit qu’il fait du protectionnisme, le communiqué final ne le mentionne plus comme action caca boudin. C’est dire que leur avis est « éclairé ». Auquel cas de mes réflexions précédentes, il est sans aucun intérêt de voir ce que peuvent bien penser nos élites, vu qu’ils participent tous à chacun de ces raouts internationaux qui nous appauvrissent plus à chaque session.
    Pour ma part, je pense que le réchauffement climatique est vrai. Pour ne pas rentrer dans un débat sans grand intérêt, je me focalise exclusivement sur la baisse de puissance du Gulf Stream. Quelle que soit la cause, c’est ce qui va nous affecter en premier vu que l’on est sur la trajectoire des mouvements.

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