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Premier débat de marquage à la culotte présidentielle

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Le premier débat entre les cinq candidats favoris de la présidentielle ne devrait fondamentalement pas bouleverser la donne dans la course à l’Elysée. Il est plus marqué par une série de marquages à la culotte entre chacun des participants, sans qu’il soit possible de dire si l’un ou l’autre aurait pris de l’avance sur les autres.

Un débat d’observation

En soi, la nouvelle n’a rien d’étonnant. La forme même de ce type de débat contraint de fait à limiter les confrontations individuelles et tend à figer chacun sur des positions balisées à l’avance. La présence de cinq orateurs oblige à des approches transversales et collégiales, où chaque thème est abordé après le suivant dans le respect global d’un temps de parole où aucun candidat n’a intérêt à gaspiller de précieuses secondes en harponnant ses contradicteurs.

C’est donc à peine si l’on a entendu Jean-Luc Mélenchon interpeler Marine Le Pen ou François Fillon, et si l’on a entendu Marine Le Pen interpeler Emmanuel Macron. L’exercice se prête peu à ces dérapages.

On ajoutera qu’il peut exister un véritable danger à jouer la carte de la polémique dans ces émissions. La présidentialisation d’un candidat ne passe pas forcément par une entrée dans la mêlée.

Marine Le Pen et Fillon évitent le pire

Les amateurs de saignée resteront donc sur leur faim. En particulier, les affaires ont été peu évoquées. Marine Le Pen et François Fillon s’en tirent à bon compte.

À de nombreux égards, François Fillon peut sortir satisfait de cette séquence audio-visuelle où il a pu parler économie et projet sans être renvoyé à ses scandales personnels. Beaucoup de Français auront vu un candidat déterminé, doté d’une vision économique et convaincu de la nécessité de la mettre en place sans état d’âme. Cette vision s’est détachée notamment sur la question de la sécurité où l’ancien Premier Ministre a répété de façon assez courageuse que la création de postes supplémentaires ne pouvait être la seule façon de répondre à la montée du terrorisme.

De son côté, Marine Le Pen a au moins pu savourer sa participation à un débat qui marquait la fin de sa diabolisation. Il y a quelques mois encore, la perspective d’occuper le même plateau de télévision que ses adversaires ne coulait pas de source. Son discours a-t-il convaincu les indécis? Rien ne le prouve, mais elle a en tout cas montré qu’elle n’avait pas commis de faux pas.

Attention à la présidentialisation de Hamon

Certains commentateurs ont pointé la relative discrétion de Benoît Hamon. Celle-ci peut l’avoir servi. Hamon, sans rien perdre de sa pugnacité, a en effet montré qu’il pouvait se situer au-dessus de la mêlée et modérer ses propositions pour éviter de diviser. Auteur de piques contre Marine Le Pen, il a assumé avec une certaine audace une ligne plutôt islamophile sur la laïcité, affirmant qu’il fallait protéger le droit des femmes à porter le voile.

Il n’est pas sûr que cette sortie le réconcilie avec les féministes, mais elle a marqué une vraie différence du candidat socialiste sur la question identitaire.

Macron et les spéculations de la presse

La performance d’Emmanuel Macron est probablement celle qui donnera lieu aux appréciations les plus divergentes. Certains organes de presse ont d’ores et déjà clamé qu’il avait été le plus convaincant. Dans la pratique, le candidat d’En Marche a donné peu d’idées ou annoncé peu de mesures concrètes. À plusieurs reprises, il s’est même livré à des passes d’armes avec Marine Le Pen et à quelques pics contre François Fillon ou Benoît Hamon, dont il n’est pas sûr qu’elles aient contribué à sa présidentialisation durable.

Il faudra voir dans la durée si ce type de stratégie est porteur.

Mélenchon tel qu’en lui-même

Reste la prestation de Jean-Louis Mélenchon, qui n’aura surpris personne. Moqueur, parfois drôle, rôdé au débat, Jean-Luc Mélenchon a occupé la scène, déversant sans relâche ses idées post-prolétariennes sur l’opinion. Là encore, de là à penser qu’il a convaincu, il existe une marge. La saturation du temps de parole et les points remportés dans les duels ne sont pas forcément garants de popularité.

13 commentaires

  1. Au sujet de Macron, il faut noter qu’il se prit des gifles humiliantes de toutes parts: ce qui en fit définitivement le gosse battu horripilant de la présidentielle. Ses pleurnicheries de milieu et de fin de débat l’illustrent très bien. A cran et stressé comme un une petite fille, il prit sur lui les accusations de Hamon et toutes les autres, devançant l’appel, se déclarant fier de son métier de banquier sans qu’on ne lui demande rien. Ses petites dents de rapace prêt à être président pour accéder enfin au pinacle de sa profession furent un aveu, un signe, une image culte.
    Mais il faut noter que fut révélé tout de même, plus qu’un marquage à la culotte, un léchage constant de Fillon: à quatre reprises au moins il approuva le maitre. Habilité ou soumission ? Manifestement il rêve de mettre le costume de Papa, et sa véhémente dénégation de sa présence (il était trop jeune) lors de la lutte socialiste contre la réforme des retraites de 2002 suscita un regard amusé, puissant et parfaitement clair de Fillon qui se contenta, nettement, de moquer l’imitation faite par Macron des scandinaves: ils ont tous DEJA la retraite à 65 ans.
    Une humiliation caractérisée de mon point de vue, suivie par une empoignade en pleine rue, au sujet des trente cinq heures: sans suppression de la durée légale, pas de négociation, évidemment.
    Mais cela ne fut rien par rapport à la fessée que lui administra la mère Le Pen. Que le seul rempart contre le FN se fasse déchirer de la sorte par ce qu’il « serait » chargé de contenir fut particulièrement éclairant: « c’est le vide sidéral », « jamais vous ne tranchez ». C’est bien l’impression que tout le monde avait et Le Pen a représenté la France à cette occasion, elle s’y addressa à l’occasion et elle avait raison. Le coup fut à mon avis fatal et le sémillant prétentieux, les joues et le reste tout rouge en bégaya jusqu’à la fin. La honte.

    Au sujet de l’immigration. On vit la gauche de toujours, celle qui n’a pas encore compris. Macron sembla brièvement le plus intelligent: tout comme Hollande en 2012, il fit des allusions à une « régulation » et à des « frontières ». Il fut giflé par Fillon par un puissante critique de son soutien à Merkel et renvoyé à son hypocrisie. La droite affirma alors l’ampleur de ce qui doit être fait et la sortie de Le Pen sur la question exprima parfaitement ce qui pourrait bien lui donner la victoire face à Macron si les tenants du dernier rempart passent le premier tour.
    Surpris, étonnés, tétanisés, les tenants de la gauche ne dirent mot. Ca bafouilla dans le clientélisme. Au passage, il faut noter l’importance de l’évenement: à une heure de grande écoute, Fillon parla d’interdire administrativement salafistes et frères musulmans et Le Pen d’interdire l’UOIF… Se passer de l’un ou l’autre serait vraiment une grande occasion manquée.
    Pour moi c’est plié, les choses sont claires.

    • Oblabla dit

      J’aimerais que vous ayez raison sur toute la ligne, mais je ne suis pas aussi optimiste que vous sur le déroulé de ce débat. Ce qui est le plus gênant est le fait que Macron ait réussi souvent à passer entre les gouttes et à maintenir le flou pour ne pas dire sa vacuité dans beaucoup de cas de figures.
      On risque d’en avoir la confirmation dans les prochains sondages, si tant est que les sondages soient un thermomètre fiable…

  2. Remy dit

    Je suis choqué par l’incompétence des deux présentateurs de TF1
    La question de la dette et de la réduction des déficits publics n’a pas été clairement abordée alors que cela devrait être un des thèmes majeurs de cette campagne
    La question de la sortie de l’euro et ses conséquences ont été superficiellement évoquées
    A la place, nous avons eu droit à un débat des années 70-80 où la gauche empilait les dépenses sans compter et sans contradiction réelle
    Même Macron s’en est ému
    Pour finir, je dirais que je verrais bien Macron en premier ministre de Fillon, histoire qu’il apprenne le métier.Il a semblé bien jeune et inexpérimenté hier

  3. Evariste dit

    « [Hamon] a assumé avec une certaine audace une ligne plutôt islamophile sur la laïcité, affirmant qu’il fallait protéger le droit des femmes à porter le voile. »

    Quelle audace ? Hamon caresse simplement son électorat dans le sens du poil.

    Macron : pas clair mais plein de principes et de dogmes, peu de choses concrètes…
    C’est flou… cela me rappelle quelqu’un !

  4. Rodolphe dit

    Encore moi et ça concerne le roublard du gouvernement :
    C’est bien ce que j’explique depuis des semaines. De l’extreme droite à l’extreme gauche, au delà des postures politiques de façade, toute cette classe politique est membre d’un seul et unique parti le TPMP : Tout Pour Ma Pomme. Un commentaire emprunté du figaro

    • Evariste dit

      Les députés qui font ce genre de chose sont sans doute bien plus nombreux que ce que nous croyons.
      Quand c’est le conjoint ou les enfants qui sont employés, « l’affaire » peut sortir dans la presse (mais ne sort pas dans la grande majorité des cas, car il n’y a rien d’illégal).
      Quand c’est un copain, une cousine, un amant, une maîtresse… « l’affaire » est quasi-indétectable.
      Maintenant que la gauche (pas seulement la classe politique mais aussi la plupart des journalistes et les juges du SM) a utilisé à fond « l’affaire Fillon » pour raison politicienne, elle est embêtée par l’effet de bord Le Roux : ce n’est pas cher payé.

  5. Guillaume_rc dit

    Marine Le Pen « a en tout cas montré qu’elle n’avait pas commis de faux pas »

    Je ne sais pas ce qu’il vous faut.

    Je connais des personnes tentées par le vote Le Pen à cause de (grâce à ?) son discours sécurité/identité.
    Ils ont entendu ses propositions débiles en matière d’économie et ils ont compris l’impasse.

  6. Citoyen dit

    « La forme même de ce type de débat contraint de fait à limiter les confrontations individuelles et tend à figer chacun sur des positions balisées à l’avance. » …
    Effectivement, c’est le principe même de ce type de débat qui pose question (débat que je n’ai d’ailleurs pas vu). Le ballet contraint, imposé par la forme du débat, où chacun répond à un thème choisi par des journaleux, dans un temps presque imposé, si tout le programme de l’émission veut être respecté, conduit à bâcler le fond.
    Au mieux, le seul intérêt de ce type de débat, correspond à l’attente de ce que les spectateurs viennent chercher … du sang sur les murs … et montre l’aptitude de chacun à recharger son six coups en cadence …
    Et comme je n’ai pas vu, je ne me prononcerais pas sur la prestation des uns et des autres.

  7. Lapin rose dit

    Ce qui est inquiétant, c’est qu’on n’aura plus ce genre de débat avant les élections. Les deux prochains, ce sera à 12 donc inutile de s’attendre à quoi que ce soit — 5 minutes par candidat, que peut-on dire à part réexprimer une profession de foi déjà connue; celui qui cherche l’antagonisme aura du mal, le temps de parole ne le permet pas.

    Fillon était en retrait, pas très incisif (certains disent « sage, mesuré ») — ce n’est pas ce que ses supporters attendaient de lui. Macron s’en est le mieux sorti, même s’il a confirmé son côté mou/hollandisme bis (« je suis d’accord avec M. Fillon / M. Mélenchon »). Je vois difficilement comment Fillon peut s’en sortir.

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