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Marine Le Pen renoncera-t-elle à sortir de l’euro pour être élue?

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Il suffisait de voir le discours de Marine Le Pen à Lille ce dimanche pour flairer le danger qu’elle représente pour les autres candidats. Avec évidence, elle « est dans » l’exercice et se positionne déjà dans la prise de pouvoir. Sa rhétorique est victorieuse et s’adresse habilement à tous les courants de l’opinion qu’elle est susceptible de mobiliser. Entre les messages envoyés aux indépendants, les ovations réservées à nos soldats et les appels à la grandeur retrouvée de la France, la présidente du Front National continue son travail de présence quasi-psychique auprès de toutes les zones refoulées d’un narcissisme français meurtri depuis plusieurs décennies par un discours européiste.

La perspective grandissante d’une victoire du Front National

Si, à Paris, la résistance à Marine Le Pen reste forte, l’adhésion n’en est que plus forte dans le reste de la France. Beaucoup de Français interprètent en effet la réaction nobiliaire que nous vivons comme une réaction parisienne à la décentralisation. Plus les Parisiens résistent au Front National, plus les provinciaux ont la conviction que Marine Le Pen claquera le beignet des aristocrates qui les oppriment.

C’est d’ailleurs ici que se trouve le tour de force de la présidente du Front National. Cette Parisienne de naissance, héritière et représentante des banlieues les plus chics est parvenue à incarner la France abandonnée. Elle peut chaleureusement dire merci à tous ceux qui la diabolisent, elle et sa famille, depuis des années. Sans ce rejet constant, son rôle de composition aurait été beaucoup plus difficile à jouer…

Il n’en reste pas moins qu’on la sent bien monter, cette vague de deuxième tour qui emportera sur son passage les ultimes réticences à une stratégie de rupture.

Qui Marine Le Pen peut-elle fédérer?

Dans la pratique, Marine Le Pen est en effet susceptible de fédérer trois types de population dont la conjonction a toutes les chances de la mettre en tête du premier tour.

Un premier groupe rassemble les frontistes convaincus, les « éternels », déjà fidèles à son père. Ceux-là sont les nationalistes ordinaires, globalement hostiles à l’immigration et partisans d’un retour à un ordre moral traditionnel. Très souvent, ils sont rejoints par les laissés-pour-compte de la révolution numérique et de la « mondialisation », ce monstre à plusieurs têtes que personne n’a véritablement vu, mais qui nourrit tous les relents nostalgiques.

Un deuxième groupe ne se reconnaît pas dans cette révolution morale, mais appelle de ses voeux à une stratégie de rupture politique profonde. Ceux-là pensent, pour des raisons circonstancielles, qu’il faut sortir de l’euro, voire de l’Europe, et qu’il faut un bon coup de dégagisme pour remettre le pays en ordre.

Un troisième groupe est plus hypothétique. Il rassemble, pour aller vite, tous ceux qui parient sur un épuisement de la Vè République, qui appellent de leurs voeux à un renouveau, mais qui sont indécis vis-à-vis des propositions économiques de Marine Le Pen. Pour cette frange de l’opinion, les recettes du Front National sont loin d’être une tasse de thé, mais l’exaspération vis-à-vis des institutions est telle que le vote Front National peut paraître le vote utile.

En revanche, pour une part importante de ces derniers, Marine Le Pen continue à proposer des solutions qui sont de véritables épouvantails.

Quelle stratégie pour Marine Le Pen au premier tour?

Pour Marine Le Pen, ce rassemblement de voix est une gageure. Il suppose de ne pas se tromper dans l’ordre des opérations.

Au premier chef, la présidente du Front National a besoin de rassembler son noyau dur. De ce point de vue, ses propositions sur l’Europe, d’ailleurs postées en numéro un dans le programme, sont essentielles et emblématiques. C’est avec elles que Marine Le Pen compte bien acquérir son ticket pour le deuxième tour. Le pari qui est fait ici est de fédérer l’euroscepticisme comme d’autres l’ont réussi en Europe, notamment UKIP en Grande-Bretagne.

Pour y parvenir, Marine Le Pen a structurellement besoin d’ossifier son discours anti-communautaire. On notera toutefois que, dans ses engagements présidentiels, elle demeure relativement évasive:

Retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique). Pour cela, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d’un référendum sur notre appartenance à l’Union européenne. L’objectif est de parvenir à un projet européen respectueux de l’indépendance de la France, des souverainetés nationales et qui serve les intérêts des peuples.

On notera que la proposition est celle d’une négociation précédant un referendum qui pourrait déboucher sur un Frexit. Voilà qui donne de beaux gages à ses troupes historiques, sans insulter une inflexion future.

Quelle stratégie au second tour?

Dans l’hypothèse (probable) où Marine Le Pen obtiendrait son ticket pour le deuxième tour, commenceraient pour elle deux semaines folles où elle aurait à rassembler au-delà de son camp sans fâcher (complètement) son camp. Dans la pratique, elle devra rassembler les voix portées sur les candidats « divers droite » (Dupont-Aignan, Asselineau), soit un probable 5 ou 6%, peut-être un peu plus si un premier report s’effectue de Fillon vers Dupont-Aignan.

Si Marine Le Pen obtient 25% au premier tour, elle peut donc espérer flirter autour des 32% au second tour sans effort. Si Mélenchon n’est pas qualifié, elle pourra là encore bénéficier d’un report de quelques points venant de son camp. Bref, dans une fourchette haute (mais réaliste), Marine Le Pen pourrait alors compter sur un réservoir « naturel » d’environ 38% des voix.

Il lui resterait alors à viser une fourchette de 12 à 16 points venant des Républicains, soit une part importante de ceux-ci. L’enjeu consistera alors à opérer une inflexion du discours et des propositions en direction de l’électorat coeur de François Fillon.

Les obstacles à cette stratégie

Pour Marine Le Pen, la situation sera délicate, dans la mesure où elle devra opérer un retournement idéologique en tendant la main à un électorat massivement libéral et bien décidé à diminuer les dépenses publiques. Surtout, ce segment d’électeurs n’est pas forcément animé de sentiments très heureux vis-à-vis de l’Allemagne ou du capitalisme à l’anglo-saxonne, mais il est attaché aux réformes de structure et ne tient pas particulièrement à sortir de l’Union Européenne. Pour ceux-là, le discours anti-euro de Marine Le Pen risque d’être une pierre d’achoppement.

Dans ces conditions, la présidente du Front National n’aura guère le choix: elle devra tendre la main pour les faire venir à elle. Le bon sens consistera alors à annoncer une alliance de gouvernement avec les Républicains, à partir d’une plate-forme programmatique incluant le renoncement à la sortie de l’euro. Ce virage à 180° sera la condition de la prise de pouvoir, avec, probablement, des zakouskis monétaires destinés à rassurer ses propres troupes.

Le programme de Marine Le Pen prêt pour ce retournement

De façon astucieuse, la façon dont les engagements présidentiels de Marine Le Pen permettent de façon assez subtile d’imaginer un retournement de ce genre. Sur la question européenne, Marine Le Pen ne s’est fixé aucune obligation de réussite. Le moment venu, rien ne l’empêchera donc de proposer un maintien lâche dans l’Union et la zone euro, sous réserve que les contraintes budgétaires soient assouplies.

Mais tout cela, évidemment, n’a de sens que si et seulement si Marine Le Pen atteint le second tour et ne d’oppose pas à un candidat républicain.

12 commentaires

  1. Magnifique analyse qu’on ne peut qu’approuver !
    Le 3ème groupe est particulièrement bien vu, et se manifestera dans toute sa splendeur lors d’un deuxième tour annoncé contre Macron.
    J’en ferais partie, avec d’autres. La victoire de Le Pen élue des républicains devrait effrayer tous les « libéraux » tentés par l’aventure Hollande bis avec Macron: cela ne marchera pas et débouchera sur le chaos qui sera considéré désormais nécessaire aux évolutions françaises.

    Ce scénario, visé évidemment par la dame et son entourage, est rendu encore plus vraisemblable encore par l’idée géniale du référendum sur l’Europe, qui rendra le vote Le Pen contre Macron encore plus facile !

    Ainsi donc c’est Fillon ou rien et c’est vous qui voyez. Le choix Fillon Le Pen c’est au PREMIER tour !!!

  2. Citoyen dit

    « Si, à Paris, la résistance à Marine Le Pen reste forte, l’adhésion n’en est que plus forte dans le reste de la France. » …
    Ben voilà ! …. Le Boboland n’est pas la France … Enfin, quand on dit le Boboland, il faut le dire vite … A ce jour, le Boboland ressemble de plus en plus à une poubelle multi-ethnique …. Mais bon, au milieu, il reste tout de même quelques bobos, qui s’accrochent comme des berniques désespérées, à un Paris imaginaire d’il y a quelques décennies.
    « … continue à proposer des solutions qui sont de véritables épouvantails. » …. C’est là sa difficulté, où une partie de l’électorat potentiel, devra faire des choix dans l’ordre des priorités …

  3. Oblabla dit

    « Un troisième groupe est plus hypothétique… mais l’exaspération vis-à-vis des institutions est telle que le vote Front National peut paraître le vote utile. »
    Vous avez raison de parler de ce groupe qui fera le succès ou l’échec de MLP. L’exaspération existe vis-à-vis des institutions mais SURTOUT vis-à-vis des socialistes et de hollande. Et ce groupe ne veut pas entendre parler de l’arrivée d’un hollande bis pour 5 ans avec une équipe constituée des socialistes bobos que l’on subit depuis 30 ans.
    L’issue du second tour de cette élection viendra d’eux. Que vont-ils faire: voter pour hollande bis? S’abstenir, voter blanc? ou voter MLP?
    J’en fais partie et franchement je ne sais pas ce que je vais faire.
    En tout cas je ne redoute plus MLP et le FN car je pense que l’élection d’un hollande bis sera un désastre équivalent pour ce pays.
    Ce troisième groupe a conscience que 5 ans de Macron c’est la poursuite du blocage du pays et de la régression pour ouvrir la porte de l’Elysée en grand à MLP en 2022. Donc pourquoi ne pas en finir tout de suite avec la gauche et l’oligarchie au pouvoir, quitte à déboucher avec MLP sur une destruction créatrice à la Schumpeter : effondrement politico-économique dès mai 2017 avec MLP et reconstruction du pays avec des nouveaux venus dès la fin 2017…

    • Fuyez pauvres fous... dit

      En 2022 candidat démocrate musulman à 20% (démographie oblige), soutenu au 2eme tour par les socialistes et les verts.
      Avec accès aux armes nucléaires, c’est Israël qui va bien rigoler.
      12000 riches ont quitté la France en 2016, et la moitié des milliardaires est partie 35 au total…
      Les juifs fuient en masse.
      Fuyez pauvres fous…

  4. Evariste dit

    Pour ma part, pas question de voter pour reprendre cinq années de socialo-hollandisme. Pas question. Autrement dit, je voterai Fillon au premier tour, et au second tour ça dépendra bien sûr des candidats qualifiés mais il ne fait aucun doute que Macron est pire que Le Pen.

  5. Pas de souveraineté nationale sans souveraineté monétaire ; à un moment ou un autre le « 3eme groupe » comprendra cela et commencera à réfléchir vraiment à ce qu’il perdrait en perdant un euro couteux et instrument d’asservissement.

  6. Pierre dit

    Réduire l’attraction grandissante du FN… à du « narcissime »… franchement ? ! Et quid du « rôle de composition » de Marine… C’est de l’insulte, comme on fait -bêtement- avec le Front depuis 40 ans, pas de l’analyse.

    L’ouvrier abattu et au rebut, l’indépendant perclus de dettes et de cotisations, le flic qui a en marre d’être humilié, les petites gens qui ne supportent plus le multiculturalisme imposé, l’invasion migratoire, la violence quotidienne (car ils n’ont pas les moyens de se réfugier dans le 6ème arrondissement de Paris, eux), les gens qui ont compris que l’UE est un camps de concentration et que l’Euro, la Chine dans l’OMC les ont ratiboisés, etc… liste non exhaustive… voilà des problématiques concrètes !

    On est dans le réel là, pas dans le fantasme, ou la bobologie ou des bleus à l’âme.

    Le FN est crédible car son programme est différent, ontologiquement différent.

    L’électeur avec encore 2 neurones connectés comprend peu à peu que tous les autres candidats… qui sont européistes… ne sont au fond que les gardes-chiourme du camps de concentration.

    De la « gauche » à la « droite »… tous des vendus à Bruxelles, tous des employés et des clients de Bruxelles (Juncker et toute sa bande de mafieux dégénérés). Or on ne peut RIEN FAIRE en demeurant dans le camps !

    Il est quand même ahurissant que des gens intelligents et avec un peu d’éducation continuent de penser le contraire.

    Seule le retour à la pleine et entière souveraineté permettrait de nous sortir d’affaire.

    C’est une condition sine qua non… Tout le reste en découle. Tout le reste est subordonné.

    Avec Fillon, Hamon, Macron et tous les lelurons, vous restez des taulards. Ca c’est une certitude.

    Avec le FN et la sortie de l’UE/Euro… vous avec la possibilité de redevenir des hommes libres et de faire une politique différente (sans garantie de succès, bien entendu).

    Le choix est évident pour qui utilise sa raison, et pas l’émotion.

    Bref, Marine au premier tour, et Marine au second tour…

    Mais 2017, les Français n’ont pas encore souffert. Encore cinq de ans de sida mental avec Fillon/Macron, et alors tout sera possible.

    Rendez-vous en 2022.

    • @Pierre Comme beaucoup vous pensez qu’on aura encore un petit sursis.
      Vous avez tort: ce sera Fillon ou Le Pen.
      Dans le cas de Fillon, on aura un gros changement, un très gros.
      De quoi remettre la France à flot: l’état du pays au sortir des vacances sera radicalement différent, car
      toute la macronésie va suivre, et les gens vont tout simplement se mettre à bosser. Y a de quoi faire et l’appel
      d’air des dérèglementations multiples convertira tout le monde au business. Y aura même un boulot monstre, et utile
      pour tout ce qui touche au syndicalisme: négocier le temps de travail va occuper toute une classe sociale !
      Si par malheur Macron est au 2 ème tour, votre souhait sera réalisé, et Le Pen sera élue (je voterai pour elle). Simplement ce sera
      le désordre total, la droite explosée, la gauche dans tous ses états et une situation à l’espagnole le temps que les
      taux remontent. Un grand foutoir, sans doute des violences et on verra bien si cela se stabilise ou pas à grand coups
      de cohabitation heureuse. Ca ça peut être stable un ou deux ans, le temps de la vraie ruine, et du départ de l’Allemagne de l’Union.
      Chacun pourra alors rouler pour sa gueule, et vous serez content…
      Je le répète, tout ça c’est maintenant. A nous de voir.

      • Pierre dit

        François… votre champion a perdu toute crédibilité… Vous vous obstinez. « Un très gros changement » ? !

        Je réitère l’évidence : ça fait 30 ans (oui trente ans) que les uns (de gauche) et les autres (de droite) attendons, espérons des « réformes ».

        Et ça fait 30 ans qu’il ne se PASSE RIEN (rien dans le bon sens du moins).

        Il vous faut quoi de plus pour accepter ce simple fait ?

        Et là, en 2017, il faudrait encore croire qu’un petit politicien professionnel et crapuleux comme Fillon… subitement se serait transmuté en cador, en homme providentiel et que tout désormais serait possible ?

        Personnellement, j’utilise ma raison, et j’évite de m’obstiner contre les faits : il faut maintenant en finir, c’est à dire oui précipiter le CHAOS.

        Oui la « vraie ruine » comme vous dites. Oui la fange. Oui le fond de la cuvette. Et allègrement encore !

        Au moins cela ouvre le jeu : après le chaos, on repartira ou pas. Mais cela ouvre le jeu, vous comprenez ?

        Avec Fillon, on prolongerait simplement le nimportnawak, en clair : le status quo. La petite mort. L’agonie perpétuelle.

        Répétons-le : la France n’a pas besoin de « réforme », elle a besoin d’une révolution.

        Il faut en FINIR bon sang. Arrêtez avec les demi mesures, les compromis, les espoirs absurdes (toujours, systématiquement démentis par les faits et l’histoire).

        Et prenez le Réel par le col ! Ca fait peur, mais quand faut y aller, faut y aller.

        • Je vous donnerai raison si Fillon n’est pas au deuxième tour. Il est le seul qui empêchera ce que vous souhaitez et qui
          est inéluctable dès cette année sauf si. Bien sur l’histoire me donnera raison encore une fois. Si vous le voulez bien…

  7. serge dit

    Je dirais qu’il existe un quatrième groupe, peut-être une transversale des 3 premiers cités par EV. Ceux qui pensent que MLP n’a pas plus que ses adversaires de programme qui tienne la route. Tous ont soit « amendé » leurs textes initiaux (suit les sondages coco!), soit une part, moyenne ou forte, de points inapplicables sans une grosse prise de risque qu’aucun ne voudra prendre. Dans le cadre du vote MLP, le plus clivant au sens des médias habituels, l’objectif est de susciter un point de bascule et une complète recomposition du paysage. L’intérêt est ne pas retrouver un parlement dont la majorité ressemblerait à 2002-2012 (beurk) ou 2012-2017 (re-beurk), synonyme de même gestion des 5 prochaines années. Notre pays ne s’en remettrait pas. Et en pensant, en filigrane, que si ce choc ne se produit pas, il est probable que la suite soit plus hard…

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