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Comment la présidentielle réalise le scénario dont on ne voulait surtout pas

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Après cinq ans de déclin hollandiste, on avait rêvé un scénario de sursaut. Face à l’érosion française qu’on constate sur tous les fronts (sociaux, économiques, culturels, scolaires), face à ce lent déclin du pays comme un vieux rafiot qui s’enfonce dans les eaux sans qu’on n’y prenne garde (et un jour on a les pieds mouillés, on se demande pourquoi), on attendait un débat, un affrontement idéologique, une controverse sur les moyens d’en sortir. Et patatras… rien de tout cela, mais un déluge d’immondices et de promesses gratuites faites au petit bonheur la chance dans l’espoir de séduire qui les agriculteurs, qui les entrepreneurs, qui les enseignants.

Bref! tout ce qu’on ne voulait pas!

Comment en sommes-nous arrivés là? De la réaction nobiliaire et de ses petits secrets

Après la primaire des républicains, on aurait pu imaginer le meilleur. Le débat d’idées était lancé. On pouvait contester le fond, certes, mais on s’apprêtait à entendre des arguments. La primaire socialiste elle-même n’a pas déçu. Benoît Hamon portait un projet qui avait sa cohérence, et qui laissait espérer une délibération collective sur des projets de société.

Puis sont venues les affaires, dont le rythme de divulgation et de reprise par les médias a confirmé ce qu’on pressentait: dans l’ombre, des « indics » avaient décidé de balancer des dossiers pour changer la donne. Et, progressivement, les affaires ont saturé le débat jusqu’à rendre impossible toute ouverture sur les sujets d’intérêt général.

Ici se met en place une mécanique infernale où l’on mesure les inconvénients d’un ordre médiatique subventionné par l’Etat et détenu par quelques grandes fortunes. Là où les propriétaires des journaux auraient pu imposer un code de bonne conduite et recentrer le débat, chacun y est allé de sa contribution à l’immondice (au nom, bien entendu, de la lutte contre la démagogie et le populisme). Avec un objectif tacite: éviter de donner à un candidat la légitimité nécessaire pour réformer la société.

L’absence de débat de fond a mécaniquement profité à celui qui n’avait pas de programme

Il y a évidemment deux lectures possibles de cet engouement médiatique pour la fange et de cette aversion pour le débat démocratique. L’une est de dire qu’on n’y pouvait rien et qu’il fallait laisser faire. L’autre est d’admettre que l’absence de débat sur les programmes a fait le jeu de celui qui n’avait pas de programme. Et que, l’un dans l’autre, on a continué à faire de la politique comme avant: pour soutenir le copain dont la seule ambition est de rester copain avec tout le monde, la meilleure façon était d’amuser la galerie avec des affaires crapuleuses et d’occulter ainsi le vide de sa vision.

Et ça a marché! Macron a réussi l’exploit d’occuper le devant de la scène médiatique sans faire une proposition concrète au petit peuple. Il a produit une sorte de document programmatique, mais si vague qu’il veut tout et rien dire. Et il s’abstient savamment de l’évoquer lorsqu’il est en public. Jamais on a vu une telle duperie avec la complicité d’autant de bien-pensants.

L’usurpation de démocratie à laquelle nous assistons est une bombe à retardement

Donc, imaginons qu’un jour les élections auront lieu et qu’un candidat sera élu. On peut en parler au conditionnel, puisque le Canard Enchaîné d’hier évoquait les voix de droite comme de gauche qui s’apprêtaient à plaider pour un report de l’élection (en s’appuyant notamment sur l’état de santé de François Fillon, réputé « empêchable »). Ce jour-là, il faudra bien prendre des mesures, des décisions, organiser une politique concrète. Or, quel Français peut aujourd’hui considérer qu’il a bénéficié d’une information suffisante et suffisamment éclairante sur les programmes des candidats?

En dehors des mises en examen et des soupçons généralisés qui pèsent sur chacun d’eux, la connaissance des idées est devenue chose accessoire.

Et voilà une bombe à retardement. Soyons honnêtes: en dehors du programme de François Fillon, qui a annoncé des baisses drastiques de fonctionnaires, et de celui de Marine Le Pen, qui a annoncé l’inverse mais entend bien s’en prendre aux immigrés, et partiellement de celui de Mélenchon, qui annonce des augmentations de dépenses et des mesures économiques brutales pour les entreprises, le débat n’a guère permis d’en savoir plus.

Le jour J, donc, en particulier celui des augmentations d’impôt pour financer les promesses, le réveil citoyen risque d’être très douloureux.

Un pas de plus vers une aventure inattendue

Alors que la présidentielle de 2017 devait permettre un sursaut, elle confirme donc que la France s’englue plus que jamais dans un immobilisme opaque, où les décisions sont prises sans qu’on les comprenne. Et sans qu’on ne voit leur rapport avec l’intérêt général.

7 commentaires

  1. yoananda dit

    « Comment en sommes-nous arrivés là? »
    Vous décrivez, mais n’expliquez pas.
    L’explication c’est la démographie, la biologie entre autres qui nous la fournissent.
    Administration kafkaïenne et pléthorique, vieillissement, dévirilisation et déféminisation, immigration invasive, islam agressif, culte de la culpabilité (colonialisme, collaboration, religion shoatique), consumérisme et mercantilisme, atomisation sociale, ségrégation.
    Le pays n’est plus gouvernable, plus réformable, plus souverain, au milieu d’un ensemble civilisationnel dont le seul projet est la fuite en avant prométhéenne dans le transhumanisme, gangrené par l’altruisme pathologique qui ouvre grand ses portes au masses tiers-mondistes.

    Les romains ne savaient pas quand leur empire était en plein effondrement. Il observeraient comme nous en se demandant « pourquoi ça allait mal, comment on en était arrivé la, pourquoi les routes n’étaient plus aussi bien entretenues, etc… »
    Notre système éducatif s’effondre. Notre dette explose. La cohésion nationale s’effrite.

    LA FRANCE EST EN PLEIN EFFONDREMENT.

    C’est un processus. Ce sont des boucles de rétroaction positives qui se sont enclenchées et qu’on ne peut pas inverser juste en le voulant. Le capital social se détériore de jours en jours.

    Les élections ne sont qu’une étape.

  2. Pierre dit

    Assiste t-on réellement à une aggravation de la situation ?

    Vous parlez de « usurpation de démocratie »… comme si c’était la grande nouveauté 2017.

    Pourtant, et ne pour ne remonter que quelques années en arrière : Marine Lepen en 2012 = 6,4 millions de suffrages au 1er tour de la présidentielle = 2 députés !

    Ou encore le référendum européen de 2005…

    Et quid des « programmes » ? Euh… la Folle du Poitou avait-elle un « programme » en 2007 ? Et Hollande en 2012 ? « Mon ennemi c’est la finance ». C’était un « débat de fond » ?

    Je me mets à la place des millions de gogos qui ont cru à son « programme ».

    Bref, rien de neuf sous le soleil. Nous avons tous une mémoire de poisson rouge… donc tout nous semble neuf… La campagne de 1981 fut également très dure, les camps étaient excités au fer rouge. Et il y avait des « affaires » (les diamants de Bokassa).

    La campagne 2017 est.. « normale » dans l’anormalité. C’est tout ce système mafieux qu’il faut abattre, au lieu à chaque fois d’espérer, d’analyser les « programmes ».

    Dans son infinie ingénuité de maître du monde arrogant, Macron a lâché le morceau : en effet, les « programmes » n’ont aucune importance, et ne servent qu’à se faire élire, pour ensuite violer, revioler et violer encore la volonté populaire, pour finalement servir sa tribu, son groupe mafieux.

    Et ça fait trente ans que cela dure.

    Et pourtant, vous êtes un adulte, hautement éduqué, ayant pris quand même – j’allais écrire « malgré tout »- un peu la tangente avec le système, mais vous continuez de réagir selon des inférences gravées dans votre intellect, des réflexes en fait : « je cherche le programme, et j’analyse le programme, afin de pouvoir déterminer mon vote ».

    C’est, avouons-le, assez fascinant.

    • Citoyen dit

      « Dans son infinie ingénuité de maître du monde arrogant …  » … ça ne vous rappelle rien ? …. J6M … Jean-Marie Messier … maître du monde …. et lui aussi, énarque inspecteur des finances ….

    • yoananda dit

      bravo
      J’ajoute: nous vivons dans une république bananière. Il y a des livres qui en parlent, ça commence à sortir. Nous ne faisons pas mieux que les pays d’afrique, vraiment pas.
      Il serait temps de cesser les réflexes d’anciens colons et de voir la situation pour ce qu’elle est: catastrophique.
      Oui, pour l’instant le pays tient encore debout.

  3. Je ne crois pas que les « affaires » orchestrés par et pour ce que vous dites aient tant que cela occulté les débats nécessaires. Elles les ont surtout transformé: ce qui intéresse les gens c’est l’accusation diffamatoire qui réussit. Ou pas.
    Car Emmanuel Hollande a encore un peu de souci à se faire, il a des ennemis et des contradicteurs. Qui va gagner selon vous? Demandent les sondages.

  4. serge dit

    Mais, malgré les affaires (très classiques au demeurant), on a eu les débats… Simplement, portés par la même bande de glands qui nous polluent depuis plusieurs décennies, ils se résument aux mêmes arguments. En gros plus d’Etat, plus d’intégration européenne, plus de dette. Pas besoin d’y passer 15 jours. C’est parfaitement inutile de décliner 50 ou 100 mesures qui, si elles ne sont pas contradictoires entre elles, seront évacuées en rase campagne sur la base de « pas de bol » ou « Bruxelles nous l’interdit ». Même Macron, qui avait annoncé un non programme pour faire tweet/djeune/novateur finit par donner des « grands axes » encore plus cons ou vicieux que ses adversaires. Oui, bien sûr, on ne voulait pas de ce scénario mais notre système monarchique aggravé de la libre circulation des biens et des personnes imposée, ne permet pas beaucoup d’échappatoire. Restent les phases d’éruption cutanée récurrente quand les gueux n’ont plus d’issue…

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