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Mois : mars 2017

Tabuteau, l’homme qui défend la sécu et aime l’industrie pharmaceutique

Didier Tabuteau, comme le professeur Grimaldi, aime se confondre en sorties tonitruantes sur les vertus de la sécurité sociale. En janvier 2017, il s’est par exemple fendu d’une tribune avec Martin Hirsch, patron de l’Assistance Publique, sur les vertus de la sécurité sociale universelle, sans organisme complémentaire. Mais… la prise de position, comme celle de Grimaldi d’ailleurs, mérite une étude un peu plus approfondie.

Tabuteau et ses rengaines sur la sécurité sociale

Sa tribune de janvier 2017 est pleine de remarques d’une humanisme touchant. Comme dans le cas de Grimaldi, la rhétorique fait finalement appel à la fameuse solidarité, qu’on adore:

Une telle réforme <l’absorption des complémentaires par l’assurance-maladie> écarterait tout risque de remise en cause ou de grignotage de notre système de solidarité face à la maladie

Et voilà, on a compris, la sécurité sociale, c’est la solidarité. Cette idée baroque, qui ne correspond à rien d’autre qu’à une antienne religieuse proche de l’Ave Maria après une relation adultérine, est le point Godwin du débat sur la santé publique. Quand on est à cours d’arguments pour expliquer que la nationalisation, malgré le harcèlement moral à l’hôpital public, malgré le climat social détestable qui y règne, malgré la dégradation des soins, c’est le nirvana, on explique que cette mesure est imposée par la solidarité.

Tabuteau, l’homme de Kouchner?

Officiellement, Didier Tabuteau est conseiller d’Etat (un corps qui a fondé la sécurité sociale), responsable de la chaire Santé à Sciences Po et responsable de l’institut universitaire Droit et Santé. Cela fait beaucoup pour un seul homme, mais supposons.

Accessoirement, ces occupations actuelles cachent un curriculum vitae un tout petit plus compliqué encore… Ainsi, en 1992, Didier Tabuteau devient directeur de cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. Ensuite, il devient le premier directeur général de l’Agence du Médicament, créée en 1993. Il occupe ce poste pendant 4 ans…

Ces pages de sa biographie lui valent aujourd’hui le titre de Kouchner boy.

Tabuteau et le Mediator

En tant que directeur général de l’Agence du Médicament entre 1993 et 1997, Didier Tabuteau, qui nous joue du pipeau sur la sécurité sociale, a quand même eu à connaître d’un dossier épineux: celui du Médiator. Dans un très sérieux rapport sénatorial rédigé par Marie-Thérèse Hermange en 2011, on lira ces phrases étonnantes sur l’autorisation de mise sur le marché de ce médicament (AMM) qui a tué plusieurs milliers de malades:

Lors de la validation de la 8ème tranche le 1er février 1991, l’indication relative au diabète a été maintenue.

Puis la commission d’AMM, réunie le 3 février 1995, a estimé que le bénéfice thérapeutique n’était pas établi pour cette indication, faute d’études suffisantes. Pourtant, pour des raisons qui échappent à votre mission commune d’information, l’AMM n’a pas été modifiée en ce qui concerne l’indication relative au diabète, dans l’attente d’une nouvelle étude de l’entreprise.

Le renouvellement d’AMM de 1997

Lors du renouvellement d’AMM en 1997, la firme a déposé un projet de nouvelle notice, dont rendent compte les échanges de l’entreprise avec la direction de l’évaluation de l’Afssaps. Alors qu’une première lettre indiquait, le 16 avril 1997, que la démonstration d’efficacité était insuffisante pour le diabète, un deuxième courrier, daté du 4 août 1997, informe de la possibilité de maintenir l’indication relative au diabète. La décision de 1995 a ainsi été annulée « de façon incompréhensible » selon les inspecteurs de l’Igas, en l’absence de réunion de la commission d’AMM.

Le Sénat pointe donc qu’en février 1995, la commission d’autorisation de mise sur le marché du Médiator estime que les bénéfices du Médiator ne sont pas établis, mais l’Agence du Médicament ne modifie pas les conditions de l’autorisation délivrée à ce médicament, « pour des raisons qui échappent » aux sénateurs.

Il semblerait logique d’interroger le directeur de l’époque sur cette ténébreuse affaire, ce fameux Tabuteau qui dénonce le rôle toxique des complémentaires santé et vante les bienfaits de la sécurité sociale.

La justice protège-t-elle le conseiller d’Etat Tabuteau?

Là où l’embarras vient, c’est évidemment dans la façon dont l’enquête sur le Mediator est menée. On retrouvera, dans le précieux Figaro Santé, quelques questions qui tombent sous le sens:

Il est le grand absent. À la fois de l’enquête Igas (Inspection générale des affaires sociales) et de l’information judiciaire. Toujours au centre du terrain, Didier Tabuteau, premier directeur de l’Agence du médicament, n’a pourtant jamais été inquiété. Pourquoi? Le 8 février 2012, à 9 h 43, Anne Castot, alors chef du service de la gestion des risques et de l’information sur les médicaments, appelle une amie de l’Agence. Cette dernière lâche: «Dis donc, j’ai appris aussi des trucs sur Didier Tabuteau, ce n’est pas quelqu’un d’une virginité totale.»

L’homme, aujourd’hui membre du Conseil d’État, est un «Kouchner boy». Il était son directeur de cabinet au ministère de la Santé avant de devenir le premier directeur de l’Agence du médicament, de 1993 à 1997. Il était donc en poste à des dates clés de l’histoire du Mediator: quand la molécule de Servier est mise sous enquête et quand les anorexigènes sont retirés du marché. En octobre 1995, Didier Tabuteau signe la fin du Mediator dans les préparations magistrales – celles réalisées à la demande par le pharmacien en mélangeant plusieurs molécules. Mais, pour une raison incompréhensible, le médicament reste en vente dans les officines. Mediapart avait montré (le 16 avril 2011) que le 23 octobre 1995 Didier Tabuteau avait écrit au directeur général de la santé, Jean-François Girard. Sa note montre très clairement que l’Agence du médicament est alors tout à fait consciente des propriétés anorexigènes du Mediator. (…)

Le rapport de l’Igas rendu public le 15 janvier 2011 fait – opportunément? – l’impasse sur la période Tabuteau à l’Agence. Pour résumer, l’Igas a bâti toute sa démonstration sur une seule faute originelle: la dissimulation par Servier de la nature amphétaminique du Mediator. (…)

La grande habileté de Xavier Bertrand, ministre de la Santé au moment où éclate le scandale, en 2010, a été de choisir Aquilino Morelle comme inspecteur Igas pour la mission. L’ancienne plume de Lionel Jospin est un vieil ami de Didier Tabuteau. Ensemble, ils ont écrit un ouvrage intitulé La Santé publique, sorti en juillet 2010. Tous deux enseignent à Sciences Po au sein de la chaire santé, dont le responsable n’est autre que Didier Tabuteau. Or, le rapport Igas servira de trame à l’information judiciaire.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. C’est ainsi que la justice, comme l’administration, protège le conseiller d’Etat Tabuteau. Pourtant, on peut imaginer que quelques questions seraient intéressantes à poser sur les « raisons qui échappent » pour lesquelles Tabuteau a maintenu l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament qui posait question.

Tabuteau et l’industrie pharmaceutique

Tout ceci pose évidemment la question des relations particulières entre la technostructure et la haute d’administration de la santé. Didier Tabuteau, ancien directeur de cabinet de Kouchner, est cité plusieurs fois dans les récits du lobbying pharmaceutique.

Ainsi, le Journal du Dimanche, en 2013, écrit-il à propos de Cahuzac;

Daniel Vial <réputé être le principal lobbyiste de l’industrie pharmaceutique dans les années 90> met à profit cette période pour se constituer un carnet d’adresses phénoménal pour un fils d’agriculteurs provençaux.(…) Il a prospéré dans l’univers de la pharmacie par hasard, poursuit encore Tesson, ce n’était pas son milieu, mais dans les années 1990, il était très lié avec les acteurs clés du secteur, Cahuzac, mais aussi Didier Tabuteau, et surtout Bernard Kouchner. » Didier Tabuteau a été le directeur adjoint de cabinet de Claude Évin (1988-1991), directeur de cabinet de Kouchner de (1991-1993 puis de 2000 à 2001) et directeur de l’agence du médicament (1993-1997). Marque d’estime, Bernard Kouchner a remis la Légion d’honneur à Daniel Vial en 2001.

Amusant non?

Dans le Nouvel Obs de l’époque, on trouve aussi cette enquête:

Son job, c’était de repérer les jeunes pousses prometteuses. Il les invitait chez lui, autour d’un café ou dans un restaurant étoilé. Parlait de son goût pour l’art contemporain, de ses amitiés avec Adjani, Rampling ou Rostropovitch. Dissertait sur l’économie de la santé, mais sans jamais aborder frontalement un dossier. Ce dandy bronzé, au regard voilé par un léger strabisme, a toujours eu l’air de ne pas y toucher. Voilà comment il s’est lié avec tant de hauts fonctionnaires à la réputation sans tache, dont Didier Tabuteau, le fondateur de l’Agence du Médicament, ou encore Noël Renaudin, l’ex-président du Comité économique des Produits de Santé, chargé, à partir de 1995, de fixer le prix des produits pharmaceutiques, mission jusque-là dévolue aux services du ministre.

La chaire Santé de Sciences-Po et l’industrie pharmaceutique

Depuis ces années sulfureuses, Didier Tabuteau dit qu’il s’est rangé des voitures. Voici ce qu’il a déclaré à la mission parlementaire du Sénat sur le Mediator, dont nous citons le rapport d’information ci-dessus:

je dirige la chaire « Santé » à Sciences Po, laquelle bénéficie du mécénat de sociétés comme Ipsen, Sanofi-Aventis, Abbott France

Voilà qui va mieux en le disant.

Didier Tabuteau aime la sécurité sociale, mais il aime aussi l’industrie pharmaceutique…

Le diabétologue Grimaldi, défenseur de la Sécu, et ses liens avec l’industrie du sucre

Le diabétologue André Grimaldi ne manque pas une occasion de défendre la sécurité sociale, qu’il présente comme un « élément fort du pacte social français qui rassemble des gens de droite comme de gauche ». On adore ce genre de sortie heureuse, optimiste, où tout le monde s’aime et se tient par la barbichette dans un euphorie universelle. Mais… grattons un peu.

Grimaldi et ses pétitions

Déjà, en 2013, Grimaldi avait lancé une pétition « pour sauver la Sécu ». Il y écrivait, avec d’autres:

La Sécurité sociale a eu pour ambition pendant un demi-siècle de permettre aux malades d’être soignés sans qu’il ne leur en coûte (trop) tout en cotisant en fonction de leurs ressources. (…) Depuis une décennie, au lieu de renforcer la lutte contre les dépenses injustifiées et de donner un nouvel élan au service public de l’assurance maladie, le choix a été fait de transférer progressivement la prise en charge des soins courants (c’est-à-dire hors hospitalisation et hors affections de longue durée ALD) vers les assurances dites «complémentaires» (mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs privés à but lucratif). Aujourd’hui, la Sécurité sociale ne rembourse plus qu’environ 50 % des soins courants et bien moins encore pour les soins d’optique, dentaires et d’audioprothèses. Si l’on poursuit dans cette voie, la protection sociale ne prendra bientôt plus en charge que les patients les plus démunis et les malades les plus gravement atteints.

Ah! lutter contre les dépenses injustifiées et donner un nouvel élan au service public de l’assurance maladie! on adore.

En 2016, il écrit, toujours avec d’autres:

Pour maintenir la solidarité entre les bien portants et les malades, entre les plus jeunes et les plus vieux, entre les personnes ayant des niveaux de revenus différents, la Sécurité sociale doit continuer à rembourser non seulement les affections graves et les maladies de longue durée mais aussi les soins courants, préventifs et curatifs , dès lors qu’ils sont justifiés et que les traitements prescrits ont une efficacité démontrée.
Les économies doivent être faites sur les traitements inefficaces, les prescriptions injustifiées et les hospitalisations évitables (soit plus de 20% des dépenses), sur le prix parfois exorbitant et non justifiable des médicaments et dispositifs médicaux nouveaux, sur le coût de la gestion du système de santé (les frais de gestion des mutuelles et compagnies d’assurances représentent 20% de leur chiffre d’affaires contre 6% pour la Sécurité sociale).

Ben oui! il ne faut surtout pas que la sécurité sociale se désengage d’un certain nombre de traitements. On comprend bien…

Le faux nez de la solidarité

Bien entendu, on le notera, ces combats généreux sont menés au nom de la solidarité avec les plus pauvres. C’est forcément pour protéger les plus faibles qu’on aime la sécurité sociale, selon une distinction binaire facile à comprendre: sécurité sociale = service public = défense des plus pauvres. En revanche, organismes complémentaires = entreprise privée = grands méchants qui défendent les riches.

Solidarité, c’est le mot magique qu’il faut prononcer quand on veut justifier les coups de force les plus absurdes (car, rappelons-le, personne ne propose de remettre en cause la prise en charge des maladies graves, mais il est de bon ton de le faire croire à tout bout de champ: il n’est de meilleure rumeur que celle qu’on fait courir soi-même)

Le diabétologue Grimaldi et le sucre

Dans la foulée, le diabétologue Grimaldi aime bien donner des interviews qui me rassurent, car elles sont très déculpabilisantes. Moi, qui adore le sucre, quand je le lis, je me dis que je suis très loin du diabète. Par exemple, cette interview donnée au Figaro et publiée le 7 février 2012, sous le titre évocateur « Il ne faut pas diaboliser le sucre ». Chouette! on en redemande.

Voici notamment ce qu’il y déclare:

Le Pr André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, met en garde contre cette «diabolisation» excessive. «Les complications engendrées par un excès de sucre concernent essentiellement les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour, et risquent le surpoids», souligne-t-il. Mais les Américains sont bien plus concernés par la surconsommation de ces boissons que la France, Antilles exceptées, souligne-t-il.

Ouf! le grand professeur qui défend la solidarité et la sécurité sociale nous dit qu’on peut boire des sodas sans inquiétude, pourvu qu’on en boive moins de trois litres par jour. On va bien relire cette phrase hallucinante:  « les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour ». Donc, tu bois deux litres de Coca-Cola sucré par jour, et tu ne risques pas le diabète.

Le même Grimaldi ajoute:

Selon le Pr Grimaldi, le fructose ne peut être tenu directement responsable de l’hypertension, des maladies cardio-vasculaires ou du diabète, car ces complications découlent elles-mêmes le plus souvent d’un surpoids. Or, rappelle le diabétologue, «quand on interroge les Français, on s’aperçoit que le problème vient plutôt du fait qu’ils mangent trop gras et boivent trop d’alcool, pas forcément qu’ils consomment trop de sucre» (…) Au final, «il ne faudrait surtout pas que cette étude donne l’impression que l’on va régler le problème du diabète dans le monde en interdisant les bonbons aux enfants ou le gâteau occasionnel», résume le diabétologue.

On respire!

Le diabétologue Grimaldi reçoit le prix Benjamin Delessert

En farfouillant un peu, on tombe sur ce document tout à fait curieux publié par l’institut Benjamin Delessert, très discret sur son financement et sur sa présidence. Il s’agit du compte-rendu de la journée annuelle de nutrition organisée par ledit institut. Ce tableau mérite un intérêt particulier:

Comme on le voit, en 2009, André Grimaldi a reçu le prix Benjamin Delessert, dont le montant n’est pas divulgué, sauf erreur de notre part, au public.

On notera que l’institut Benjamin Delessert remet aussi des prix de recherche d’un montant de 10.000€, dont le comité scientifique décidant l’attribution, en 2004, était composé de la façon suivante:

Comme on le voit, la proximité d’André Grimaldi avec l’institut Benjamin Delessert n’est pas nouvelle.

Mais qui finance l’institut Benjamin Delessert?

L’institut Benjamin Delessert est une association loi 1901 très discrète sur son activité administrative et sur sa gouvernance. On sait cependant que le siège de l’association se trouve au 23 avenue d’Iéna, à Paris. Quand on consulte les Pages Blanches, on trouve quelques autres institutions prestigieuses:

Et encore:

On imagine que le professeur Grimaldi a bien dû se rendre compte, dans ses visites à l’institut dont il a reçu le prix, qu’il était logé dans un immeuble très très proche de l’industrie sucrière.

L’institut Benjamin Delessert fait l’éloge du sucre

D’ailleurs, l’institut Benjamin Delessert est spécialement dévoué à l’éloge du sucre. C’est d’ailleurs pourquoi il porte ce nom! Voici l’explication donnée par l’institut lui-même:

Vive le sucre, donc!

L’institut Benjamin Delessert, création de l’industrie du sucre

Dans le document de 2010 déjà cité, on trouve d’ailleurs cette interview passionnante:

Ben voilà, fallait pas chercher plus loin! L’institut Benjamin Delessert a été créé en 1976 par l’interprofession sucrière pour peser sur les discours officiels en matière de nutrition. Et c’est donc cet institut qui nourrit des liens affectueux avec le diabétologue Grimaldi qui nous parle d’améliorer la prise en charge sanitaire en France par la solidarité et la sécurité sociale.

C’est une structure totalement dédiée au « lobbying » du sucre auprès de l’opinion publique. Comme le dit le président de l’interprofession, tout cela est transparent et légitime. D’ailleurs, les comptes de l’association ne sont pas publiés. Transparence oblige!

De là à penser que le professeur Grimaldi, lorsqu’il veut « dédiaboliser » le sucre, ait maille à partir avec l’industrie sucrière… En tout cas, on peut penser que ses plaidoyers pour le remboursement des maladies diverses et variées dont s’occupe la sécurité sociale aujourd’hui s’expliquent aussi par l’obsession de ne pas voir d’organismes complémentaires mettre de l’ordre dans ces mélanges de genre.

Mais cela ne se peut, Grimaldi défend la sécurité sociale et la solidarité.

Fillon a définitivement atteint le point Chirac

François Fillon a atteint le point Chirac, celui où plus aucune attaque sur la probité n’atteint la personne. L’affaire de ses costumes en donne la preuve.

Les costumes de Fillon, la nouvelle boule puante inoffensive?

Il paraît que Fillon s’est fait offrir des costumes de luxe pour une somme globale de 50.000 euros, pendant plusieurs années. Le donateur est anonyme (probablement pas pour Fillon, mais pour le commun des mortels). L’affaire est présentée comme un nouveau scandale, mais elle ne semble pas affecter la campagne à ce stade.

Pourtant, et à certains égards, elle soulève plus de questions que l’emploi de Pénélope. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens, qui reçoivent des costumes à plus de 5.000 euros et qui trouvent ça naturel? Là encore, on se met dans la peau d’un chef d’entreprise qui reçoit des cadeaux de ce genre. L’administration fiscale ne tarderait pas à lui demander des comptes pour savoir s’il s’agit ou non d’avantages en nature non déclarés.

Visiblement, François Fillon ne connaît pas les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs.

Dans le même temps, on peut quand même se demander qui balance la boule puante.

Qu’appelle-t-on le point Chirac?

Bref, on sait maintenant que Fillon a atteint le point Chirac, celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat. Le candidat des Républicains est désormais tellement blindé après le Penelopegate, que deux camps immuables et irréconciliables: ceux qui considèrent que, quoiqu’il arrive ou quoiqu’il dise, il est un pourri. Et ceux qui considèrent que, quoique ses détracteurs inventent sur lui, il est victime d’un complot.

C’est, rappelons-le, dans cette configuration que Chirac a gagné la présidentielle de 2002. Sa réputation était absolument exécrable, et, entre les scandales des frais de bouche, des emplois fictifs et des valises de liquide qui lui étaient apportées par des seconds couteaux, plus personne ne pouvait avoir le moindre doute sur la distance sibérienne qui le séparait de l’honnêteté. Malgré tout, 80% de Français ont voté pour lui au second tour.

L’atteinte de ce point s’explique largement par l’intensité outrancière du feu subi par Fillon au mois de février sur la situation professionnelle de sa femme. Désormais, il a franchi un cap. L’opinion s’est forgée, sur ce compte, une idée qui ne peut plus bouger. Toute affaire nouvelle ne fait que confirmer l’opinion forgée auparavant.

Quelle est l’origine politique du point Chirac?

Dans certains pays, spécialement au nord de l’Europe, aucun homme politique n’aurait pu survivre à ce genre d’affaires. La démission en aurait été la seule issue.

En France, il existe une tolérance tout à fait différente vis-à-vis des dérapages des élus. Elle trouve probablement ses racines dans l’Ancien Régime. On a tous en mémoire l’affaire Fouquet, du nom de « ministre des Finances » de Louis XIV qui fut emprisonné pour corruption. La cause de sa chute ne tenait pas à la corruption elle-même, mais à l’ampleur symbolique qu’elle avait prise. Les fêtes de Fouquet étaient plus riches que celles du Roi lui-même.

Ainsi va l’esprit courtisan en France. Historiquement, les élus, qui ont succédé à la noblesse, considèrent qu’ils ont le droit de se « servir » et l’opinion publique ne leur en garde pas forcément rancune. D’une certaine façon, c’est cet obscur souvenir d’une tolérance vis-à-vis de la prévarication des nobles que les Français convoquent lorsqu’un point Chirac est atteint.

Y a-t-il un délitement caché de l’opinion publique?

Reste à savoir si cette apparente passivité vis-à-vis d’un François Fillon au-delà du point Chirac cache un délitement en profondeur de son électorat. Au-delà de son simple cas, les boules puantes qu’il se prend sur sa probité détériorent-elles encore un peu plus l’adhésion des citoyens au régime et les poussent-elles à des votes de rupture? à des stratégies dangereuses pour la démocratie?

Nul ne le sait à ce stade.

La réponse affligeante des sbires d’Asselineau à mon article

Après mon article de ce matin sur Asselineau, qui avait le bon goût de dénoncer la stigmatisation dont le bonhomme est l’objet, voici les messages sur Twitter que je reçois de « l’économiste » de ce parti qui cultive la paranoïa:

 

Les jeux compliqués d’Asselineau

Manifestement, en dehors de son président, l’UPR manque singulièrement de main-d’oeuvre éclairée. Dommage pour les opposants à l’Union Européenne.

Je me permets du coup de citer un échange de mail lunaire que j’avais eu avec l’UPR l’an dernier:

Il se trouve que j’ai un jour assisté, dans mon tourisme politique, à une réunion avec Asselineau qui m’a laissé perplexe. Bref, j’accepte la rencontre, en précisant que je connais Asselineau et l’ai déjà rencontré… et je reçois ce message.

Et là, tu comprends que le gars, il a un ego tellement surdimensionné qu’il ne prend même pas le temps ou le soin de te contacter directement.

Je n’ai pas donné suite à cette demande alambiquée parce que j’ai passé l’âge des prises de tête. Mais, m’entendre rétorquer aujourd’hui, de la part de ces esprits labyrinthiques, à une argumentation politique qu’elle s’expliquerait par une jalousie vis-à-vis d’Asselineau parce que, en 2002, je suis sorti 67è (je crois, me souviens plus bien) du classement de sortie de l’ENA alors que, en 1985, Asselineau était sorti deuxième…. on mesure immédiatement que le premier problème de l’UPR, c’est sa capacité à nouer un débat rationnel.

Et je pratique l’euphémisme.

Pourquoi François Asselineau est-il accusé d’être complotiste?

Dans la galaxie des « petits candidats » à la présidentielle, le cas de François Asselineau mérite d’être traité avec une attention particulière, dans la mesure où le président de l’Union Populaire Républicaine (UPR) est assez emblématique des impasses auxquelles la réaction nobiliaire (ce mouvement où les élites du pays utilisent de faux arguments pour se crisper sur leurs privilèges) conduit le débat public.

Comment les thuriféraires officiels du régime montent la garde contre Asselineau

La semaine dernière, par exemple, Thomas Legrand, chroniqueur politique sur la matinale de France Inter, et à ce titre thuriféraire rétribué par le contribuable pour aboyer chaque fois qu’un trouble-fête approche du château, a prononcé cette phrase hallucinante à l’heure de la plus grande écoute radio du pays:

Quelque part à droite de la droite, nous aurons aussi peut-être un conspirationniste avec François Asselineau, qui est sur le point d’avoir ses parrainages.

Moi, je serais Asselineau, j’attaquerais illico en diffamation. Sur le fond, Thomas Legrand a tout à fait le droit de mettre en doute les idées d’Asselineau, développées dans d’interminables conférences où le bonhomme écoute sur surmoi impérial parler à la plèbe des ignorants (c’est le côté gourou rasoir d’Asselineau, qui ne s’arrange pas avec l’âge). En revanche, l’exécuter auprès de millions d’auditeurs en lançant une accusation stigmatisante sans aucune explication ne relève que de l’intention de nuire sans base factuelle sérieuse.

La question est donc de savoir pourquoi des journalistes du service public s’amusent à vider un chaudron d’huile bouillante du haut des remparts assiégés sur un Asselineau qui n’est pourtant pas le plus dangereux des assaillants.

La paranoïa anti-média d’Asselineau

Dans la foulée en effet, Asselineau se met à nourrir une paranoïa anti-média qui, comme beaucoup de paranoïas, se nourrit de fragments de réalité. De fait, Asselineau est boycotté par les organes de propagande subventionnés et, de fait, Asselineau a raison de dire que son mouvement bénéficie d’une exposition médiatique infiniment inférieure à ce qu’elle devrait avoir, notamment en comparaison de groupuscules gauchistes ou sociaux-démocrates comme Nouvelle Donne, qui dépassera à peine les 100 parrainages à la présidentielle.

Faut-il pour autant en déduire qu’il existe une consigne tacite dans la communauté des journalistes bien pensants (si proche des chauffeurs de taxi) pour l’exclure lui, et pas les autres? Le penser reviendrait à passer à côté de la vraie nature du phénomène, dont l’observation permet de mieux comprendre le déclin de ce pays.

En France, sans prétention, Asselineau a mauvaise réputation

François Asselineau, inconnu du grand public, présente une particularité dont il ignore sans doute lui-même qu’elle est la cause de son malheur: il est inspecteur général des finances, ancien élève de l’ENA, défroqué sur le tard. Le fait qu’il ait recueilli suffisamment de parrainages pour être candidat à la présidentielle est d’ailleurs amusant, puisque, avec lui, sept candidats ont désormais les signatures nécessaires, dont trois énarques (Macron, Dupont-Aignan et Asselineau) et, parmi eux, deux inspecteurs généraux des finances. Un duel d’inspecteurs généraux des finances Macron-Asselineau, ça a de la gueule.

Pourquoi Asselineau, comme Dupont-Aignan, sont-ils régulièrement stigmatisés et tournés en dérision dans les organes de propagande officielle, alors que Macron est adulé ou, en tout cas, courtisé? Parce que ce sont des énarques qui ont abandonné les positions officielles de l’énarchie. Ils se trouvent donc sous le feu des critiques de ceux qui détestent la technostructure, et sous les critiques des énarques qui n’aiment pas les renégats.

Ainsi se fabriquent les mauvaises réputations (dont il faut rappeler qu’elles sont plus dures à entretenir qu’à acquérir – être sulfureux n’est pas donné à tout le monde!): la noblesse française ne manque jamais de petits lèche-cul, parfois énarques d’ailleurs, pour relayer tout le mal qu’il faut penser de ces nobles qui défendent le peuple. Ces salisseurs professionnels n’ont souvent pour seule compétence que cette faculté de dégueulasser les autres et de monter ainsi la garde pour leurs maîtres. Toutes les approximations et les insinuations sont alors bonnes pour discréditer le bouc-émissaire désigné. « Vous comprenez, il est proche de l’extrême-droite », « Vous savez, avec tous les problèmes qu’il a! » (bien entendu, il n’en a aucun, mais on suggère qu’un mal mystérieux l’atteint, entre la folie schizoïde et la pédophilie).

Son hostilité au couple franco-allemand et à l’atlantisme lui joue des tours

Au coeur de la fâcherie contre Asselineau, on trouve deux idées aussi chaudes que le réacteur de Fessenheim par les jours de grand froid en Alsace: la mise en cause du couple franco-allemand et la critique de l’atlantisme. On le sait, depuis les années 50, tous ceux qui remettent en cause la doxa officielle sur la place de la France dans le monde et qui soutiennent la vision d’Ancien Régime (celle de l’époque où la France existait autrement que comme l’ombre d’elle-même) sont condamnés au pilori et attachés en place de grève pour recevoir les crachats des passants.

Ainsi, toute critique contre les phrases comme « la France n’est plus rien sans l’Europe », « le couple franco-allemand est indispensable à l’Europe », « l’Europe a garanti la paix », « l’Allemagne a tourné la page du nazisme », et autres antiennes à répéter quinze fois chaque matin pour se punir d’avoir regretté l’époque où une baguette coûtait un franc et pas un euro, donne lieu à une accusation officielle de blasphème sous au moins l’une de ses variantes.

La dernière à la mode est celle de complotisme: si tu trouves bizarre que l’Europe interdise la vente d’animaux vivants sur les marchés du dimanche au motif qu’ils seraient dangereux pour la santé, mais que la Commission européenne n’ait pas pipé mot quand elle a reçu un rapport prouvant que Volkswagen truquait les test diesel (infiniment plus mortels pour la collectivité), alors tu es complotiste. Forcément, tu t’interroges sur les responsabilités individuelles des fonctionnaires qui ont fauté. C’est donc que tu crois à un complot.

Comme le programme d’Asselineau est truffé de remises en cause de la doxa officielle sur l’Europe, la critique vient facilement aux chiens de garde, qu’ils aient une carte de presse ou le titre de conseiller communication dans une cabinet ministériel. Sachez-le, Asselineau est complotiste! Il est du même bois que ceux qui attendent une invasion de martiens, qui pensent que le protocole des Sages de Sion est un document historique et, pour un peu, on soutiendrait qu’il nie l’existence de la Shoah.

Ainsi procède la propagande officielle déléguée à des Thomas Legrand, dont on peut dire que sa chronique est comme l’urine d’un chien qu’on sort le matin (mais on pourrait dire la même chose du Decodex de Samuel Laurent). Elle n’a pas de consistance, elle est chargée en sucres artificiels, elle est fétide, mais elle laisse toujours des traces et en plus, comme elle est couverte par une carte de presse, elle est labellisée par le ministère de la Culture.

Gaullisme, que de crimes on commet en ton nom

Cette stratégie de l’élite française qui consiste à combattre un Asselineau non sur le champ des idées mais sur celui de la diffamation est totalement absurde. Il suffit en effet d’écouter Asselineau pour comprendre que ses idées sont inoffensives.

Que propose, en effet, Asselineau, sinon de sortir de l’Union Européenne pour recréer la France des années 60, celle où les banques étaient nationalisées, et où notre économie, détruite par l’occupation allemande, fut rebâtie à partir d’une proliférations de services publics dont plus aucun Français ne supporterait le retour. Car la critique du libéralisme à bon dos, mais qui supporterait encore ce système où toute décision bancaire est prise par Bercy, et spécialement par le corps des inspecteur des Finances dont Asselineau est issu?

Car il ne s’agit pas d’autre chose. Asselineau est nostalgique de l’époque où son corps d’origine était tout-puissant et décidait de tout en France. Il a compris, à juste titre, que l’intégration dans l’Union Européenne remet en cause ce capitalisme français de connivence où l’Etat et les grands intérêts privés se tiennent par la barbichette pour gouverner le pays en toute opacité. Certes, ce que propose l’Union à la place de ce système n’est pas mieux. Mais, contrairement à ce que l’élite croit, Asselineau n’est pas un dissident. Il est pour un retour à l’Ancien Régime républicain, fondamentalement étatiste et grand consommateur de services publics.

En outre, Asselineau se satisfait très bien des frontières de 1815, celles qui ont durablement affaibli la France. Asselineau déteste la colonisation, il déteste le projet impérial qui sommeille dans les désirs encore incandescents de l’opinion publique. Asselineau aime une petite France.

En ce sens, Asselineau est une sorte de gaulliste intégriste. Du fondateur de la cinquième république, il a retenu la lettre et pas l’esprit.

Pas de quoi fouetter un chat, ni inventer un complot.

J’ai passé une soirée avec En Marche et je me suis bien amusé

Hier soir, j’étais invité à une soirée d’En Marche à l’Entrepôt. Jean-Marie Cavada venait y parler d’Europe. Sympathiquement, un membre du comité local m’a inscrit et m’a suggéré d’assister à la séance. J’ai accepté en indiquant que ce serait pour moi un grand plaisir touristique.

En Marche et les codes bobos chics parisiens

Les Parisiens connaissent l’Entrepôt. C’est un lieu bobo assez agréable à fréquenter, un spot comme on dit quand on est dans le milieu. La pinte de bière blonde trop sucrée y coûte 7,5 euros. Pour un Belge dans mon genre, c’est ruineux, selon le bon principe en vigueur qui veut qu’on commence à s’amuser à partir d’un litre ou un litre et demi de bière. Et là, tout de suite, tu comprends qu’être macronien à Paris, ça a un prix. Tu n’es pas à la réunion du NPA où tout le monde compte ses sous pour s’acheter une pils au goût de pisse de vache. Ici, la bière a aussi le goût de pisse de vache, mais elle ne vient pas de République Tchèque. Elle vient d’une brasserie « artisanale » du Nord de la France où on lui a rajouté du sucre pour faire oublier le goût de la pisse de vache. Du coup, les prix grimpent: il faut bien payer les charges.

Bref, je me prends ma pinte et je m’assieds au fond de la salle pendant la passation des consignes. Ici, pas question de s’organiser façon assemblée générale de la CGT, ou bouillonnement des Verts, avec des trolls (probablement payés par les renseignements généraux en lousdé) qui te plombent ta réunion. Ici, tu dois poser tes questions sur Twitter et un écran placé à côté du pupitre où l’invité parle les relaie, cahin caha, au milieu d’une foule d’autres questions qui tombent sans cesse sur le fil. Tu comprends vite que, sous couvert d’organisation et de modernité, tu es face à une organisation qui ne débat pas, et qui le cache à peine.

Tout le pouvoir, en réalité, est concentré entre les mains du coordonnateur, qui tient la réunion et choisit les questions qui seront posées à la fin, dans un ordre de son choix et selon des critères connus de lui seul. C’est vraiment que c’est beaucoup moins bordélique que dans les assemblées habituelles. Mais, quand tu es dans la salle, tu comprends que tu n’es pas acteur, mais spectateur. C’est plus policé, plus aristocratique. Tu n’es pas dans la vulgarité de la démocratie.

Cavada et En Marche, là, tu te marres

Derrière le pupitre, Cavada commence son oraison sur l’Europe. Elle est balancée en deux idées simples, ponctuées de phrases comme: « Je ne flagorne pas. Emmanuel a tout simplement des idées excellentes. Je suis tout à fait d’accord avec lui, je ne supporte plus les partis. » Tu comprends donc que le gars va à la soupe et espère un poste dans le prochain gouvernement, autour de deux arguments simples.

Le premier argument colle à la peau de Cavada comme un pantalon de cuir à une dominatrice dans une soirée sado-masochiste: l’Europe, c’est bien, parce que c’est la paix, et en plus ça nous permet de nous endetter à bas prix. Quand tu écoutes Cavada, l’OTAN, ça n’existe pas, la guerre froide ça n’a jamais existé, et la paix, c’est grâce au traité de Rome. Jamais le gars ne te dit que, en 1981, Mitterrand a pris son bâton de pèlerin pour expliquer que le parapluie nucléaire américain était indispensable à notre survie. Dire cela, ce serait du populisme complotiste (on va y venir). C’est tout juste s’il concède qu’il n’y a pas d’armée européenne et que, par les temps qui courent, ce serait mieux qu’il y en ait une.

Le deuxième argument est encore plus puissant que le premier: c’est le point Godwin systématique et immédiat. Si tu n’es pas d’accord avec Cavada et sa vision béate de l’Europe, c’est que tu es un crypto du Front National et que tu prépares un nouvel Holocauste. Tu comprends: lui, il est du côté de l’élite, des gens intelligents qui pensent avec des raisonnements complexes et élaborés. Toi, tu es un rigolo, un guignol, un populiste et, en réalité, un fasciste avec des idées frustes.

J’avais déjà expérimenté cette méthode confondante sur un plateau de la Chaîne Parlementaire. En bon courtisan (habitué à faire des gâteries aux puissants sous la table pendant le repas), Cavada ne te dit jamais les choses en face. Mais, dans le couloir, en sortant, je l’avais entendu tancer le journaliste qui m’avait invité en lui soutenant que j’étais du Front National et qu’il était scandaleux que la Chaîne Parlementaire donne un temps de parole au Front National.

La diabolisation du Front National, un business qui marche

Il faut bien comprendre ici la nécessité structurelle, pour un Cavada, d’avoir un Front National dans l’espace politique. Quand, comme lui, ta pensée politique se résume à deux idées, tu as besoin d’un repoussoir, d’un bouc-émissaire, pour exister. Sans le bouc-émissaire, tu es obligé de penser, parce que le débat est libre. Pour ligoter la démocratie et garder une emprise sur le débat, tu as besoin de pouvoir dire: « Vous, Monsieur, vous faites le jeu du Front National », puis de passer à l’étape suivante qui est: « Vous ne pensez pas comme moi, donc vous êtes du Front National, donc vous êtes fasciste ».

Contrairement à ce qu’on croit, la progression du Front National n’est pas née du Front National lui-même. Elle a été savamment orchestrée par l’élite parisienne pour justifier la mise sous contrôle de l’opinion publique. Sauf que les mecs, maintenant, comprennent qu’ils ont joué aux apprentis sorciers et que les petits enfants que nous sommes choisissent de plus en plus souvent de désobéir à leurs prétendus maîtres.

Mais que diable Macron va-t-il faire dans cette galère?

Le plus surprenant, c’est la fracture profonde entre cette vieille façon de faire de la politique, qui est dictée par la réaction nobiliaire (Cavada n’hésite pas à sortir des phrases gerbantes comme: « Moi qui viens d’un milieu modeste, je sais que le peuple n’a pas toujours raison et qu’il a besoin d’être éclairé par une élite »), et le dynamisme souvent enthousiaste des équipes locales d’En Marche. De toutes parts, j’entends la satisfaction de ceux qui participent à l’aventure et qui me disent en quoi ils en sont heureux.

Dans la pratique, Macron n’a d’ailleurs rien inventé. Il fait le boulot que les partis politiques devraient faire par nature: recueillir les idées des militants et les utiliser pour en faire un programme. Beaucoup de militants d’En Marche sont d’ailleurs des déçus des autres partis, qu’il s’agisse des Républicains, de l’UDI ou du PS. Toutes ces bonnes volontés ont cherché leur bonheur dans l’engagement politique et se sont heurtées, tôt ou tard, à la vraie nature des partis politiques et à cet étouffant système de clientèle qui veut qu’un parti soit une mafia au service de ses dirigeants: soit tu rentres dans la combine, soit tu pars, mais l’intérêt général, tu oublies.

Toute la difficulté de Macron sera tôt ou tard de convertir en énergie politique opérationnelle l’enthousiasme de ces déçus de la politique traditionnelle. Pour ce faire, Macron doit (on le voit avec la visite d’un vieux crocodile comme Cavada) composer avec les ingrédients de l’ancienne machine. Qui absorbera l’autre? qui dissoudra les effets de la partie adverse? L’avenir nous le dira, mais Macron et son équipe resserrée doivent avoir conscience que, s’ils devaient décevoir leurs militants de la première heure, c’est l’hypothèse d’une réforme des institutions par l’intérieur et sur un mode centriste qui sera définitivement balayée.

Quand Hamon rétropédale vers les démons historiques de la gauche

Ah vraiment! Quand on écoute Hamon, on ne peut pas s’empêcher de se dire que, parfois, ne pas être alourdi par une famille politique (cas d’Emmanuel Macron), qui vous demande de porter fièrement toutes les névroses qu’elle se traîne depuis des générations, ça aide. Accusé de ne pas assumer le bilan désastreux de François Hollande, et limité par les vieux fantasmes sociaux d’une gauche abimée par le temps, Hamon donne consciencieusement des coups de hache dans les points les plus intéressants de son programme, pour un bénéfice politique qui sera à peu près nul.

Comment Hamon a transformé le revenu universel en nouvelle aide sociale pour riches

Cette semaine, Benoît Hamon s’est d’abord ingénié à tuer son projet de revenu universel, en le transformant en nouvelle aide sociale. Il faut dire que le projet qu’il avait lancé à la cantonade en décembre coûtait très cher et mettait la France en position de sortir de la zone euro s’il avait dû se réaliser sous la forme qu’il avait évoquée. Et, à moins d’assumer le glissement de notre beau pays vers une forme assumée d’Union Soviétique moderne, on voyait mal comment il pouvait préserver être porté dans le cadre de nos institutions.

Une méthode simple aurait consisté à financer le revenu universel en le substituant à notre coûteuse sécurité sociale. Hamon avait d’ailleurs tenu des propos en ce sens, en accord avec la Fondation Jean-Jaurès. Cette formule aurait correspondu à un véritable renouvellement des idées de gauche, en créant de nouvelles solidarités totalement neutres pour les finances publiques.

Malheureusement, Hamon est rattrapé par les vieux démons de la gauche pour qui l’intervention de l’Etat doit être en expansion permanente, et pour qui 56% de PIB consacré aux dépenses publiques, ce n’est pas encore assez. L’ultra-libéralisme est à nos portes!

Donc Hamon propose désormais un revenu universel qui consiste en réalité en une prime d’activité augmentée, porteuse d’aberrations extravagantes. Ainsi, les étudiants qui travaillent en perdront le bénéfice, en revanche, les fils à papa dont les parents financent les études y auront droit. Comment, au nom de la solidarité, les vieux démons de gauche deviennent les principaux facteurs agissants de la reproduction sociale et de la sélection par l’argent.

Charité bien ordonnée… comme on dit dans la gauche caviar.

Hamon a tort de ne pas renoncer aux vieux schémas idéologiques

Pour le reste, Benoît Hamon continue à propager le fantasme d’un libéralisme hurlant, phase préparatoire au fascisme de Marine Le Pen. Quand on entend ça, on a envie de lui dire: Pépère, renonce à la vulgate marxiste de l’UNEF où tu as commencé ta carrière, et regarde la réalité sans tes oeillères de syndicaliste étudiant.

Macron est en effet tout sauf un libéral. Il est l’homme du capitalisme de connivence qui veut, sous un emballage remarketé, continuer un système qui prend l’eau. Marine Le Pen est une étatiste de premier ordre. Dans les deux cas, il n’y a pas l’once d’un soupçon de libéralisme qui pointe. Et, répétons-le, avec 56% de PIB étatisés, on n’est pas prêt de le voir arriver, le loup libéral.

Il vaudrait mieux déplacer le clivage sur d’autres lignes, mon cher Benoît, pour décoder le paysage politique.

Tiens! prenons les dépenses publiques. Il y a bien aujourd’hui deux types de projet. D’un côté, le projet Fillon qui, à une époque, a préconisé leur baisse drastique. De l’autre, tous les autres projets qui sont porteurs d’au mieux une stabilisation de la dépense publique dans le PIB, mais plus généralement de leur augmentation.

Prenons un autre clivage: la réduction du pouvoir de la technostructure. Là, on trouvera partiellement des pistes chez les uns ou les autres (peut-être au Front National d’ailleurs). Mais pour le reste, Macron appartient au même univers que Hamon: la présidentielle doit conforter l’emprise d’une aristocratie d’Etat sur un système qu’elle suce jusqu’à la moëlle.

Les portes ratées du slalom Hamon

Que n’eussions-nous béni le projet Hamon s’il avait réinventé la gauche. S’il avait proposé de nouvelles solidarités et une baisse des dépenses publiques. S’il avait proposé une rupture dans la gouvernance et les institutions tout en augmentant leur caractère démocratique. S’il avait proposé de nouvelles libertés pour tous, au lieu de nouvelles couches de réglementations, qui sont aux citoyens de la République ce que la pâtée est au canard en phase de gazage: une oxydation lente des neurones et des muscles avant la phase terminale des libertés.

Le RSI réclame 1,5 million € à un coiffeur

On retrouvera dans l’Union cette information sur le coiffeur rémois élu meilleur professionnel de son département en 2017: le RSI lui réclame la modique somme de 1.470.477€, avec ce commentaire amusant du quotidien:

L’attitude de sa banque, qui, selon lui, a débité cette somme de son compte, est tout aussi incompréhensive. M. Clément s’est naturellement retrouvé à découvert. Il a reçu un courrier de son agence lui réclamant des frais de rejet.

Non, la performance du RSI ne s’améliore pas

Contrairement aux délires de la commission théodule chargée par le gouvernement de dire que le RSI s’améliore, il est donc évident que c’est bien le contraire qui se produit. La performance du RSI stagne. Et le taux de satisfaction des indépendants le montre: il reste désespérément stable, proche de la ligne de flottaison des 50% (selon un sondage non publié qui montre le rejet dont le régime est l’objet).

Surtout, le RSI se montre incapable d’organiser une relation client satisfaisante, limitant les dégâts causés par ses erreurs monumentales et manifestant sa volonté de s’amender. S’agissant des relations avec un coiffeur artisanal, qui n’est pas équipé our faire

Les entrepreneurs doivent remporter la bataille idéologique

Les entrepreneurs sont politiquement démunis face à ce fléau. Aliénés par la complexité administrative qui les étouffe, ils n’ont matériellement pas le temps de se liguer pour défendre leurs intérêts, comme les fonctionnaires peuvent par exemple le faire. Pourtant, leur seule issue est d’obtenir la fin du monopole du RSI et la liberté de s’affilier chez l’assureur de leur choix.

Le monopole de l’UNEDIC est-il plus solide que celui du RSI?

Les partenaires sociaux discutent actuellement d’une convention chômage. Mais, à y regarder de plus près, à la lumière des contentieux du RSI et de la récente décision de la Cour de Cassation, il serait tout à fait imaginable de contester l’affiliation prétendument obligatoire des salariés à Pôle Emploi, gestionnaire du régime chômage chapeauté par l’UNEDIC. L’affaire ne manque pas de piment.

Petit rappel sur le monopole du RSI

Nombreux sont aujourd’hui ceux qui contestent le monopole du RSI. Ce sujet compliqué donne lieu à de nombreuses « intox » sur la notion de mutuelle, sur lesquelles nous ne reviendrons pas. En revanche, la question mérite d’être posée sur le fond. La loi créant le RSI précise en effet ce texte énigmatique:

<ces caisses sont des> organismes de droit privé chargés d’une mission de service public

Sans rentrer dans le débat de spécialiste, on notera juste que la notion d’organisme de droit privé chargé d’une mission de service public mériterait une précision juridique nouvelle. Quelle est le statut exact de cet organisme? C’est ce qu’on aimerait trouver dans un texte de loi quelconque.

Là encore, pour aller vite, on a un sujet compliqué à traiter ici. Parce que, d’un coté, un service public, on sait à peu près de quoi il s’agit. Un organisme de sécurité sociale, déjà beaucoup moins, mais le législateur a eu le bon goût de préciser que les caisses nationales étaient des établissements publics nationaux à caractère administratif. Cette forme-là est un objet identifié.

En revanche, l’organisme privé chargé d’une mission de service public, c’est quand même beaucoup plus bizarre. Pour le comprendre, il faut remonter au droit communautaire qui a synthétisé les différentes formes de service public de l’Union Européenne par la notion baroque de service d’intérêt économique général. Le RSI en est un, mais la notion, mal commode pour les Français, n’a pas de véritable existence juridique en dehors du droit communautaire.

C’est précisément sur ce fondement que les adversaires du RSI attaquent.

Le monopole de l’UNEDIC en question

Pour le coup, le monopole actuel de l’UNEDIC sur l’allocation chômage apparait bien plus fragile que celui du RSI, et mériterait d’être étudié de près.

Pour simplifier le dossier, là encore, disons que le principe de l’allocation chômage ne relève pas du code de la sécurité sociale (donc du régime communautaire réservé à celle-ci), mais du code du travail. Celui-ci ne mentionne pas l’existence de l’UNEDIC en tant que telle, mais précise qu’il existe un « gestionnaire du régime » choisi par les partenaires sociaux.

Les quelques citations qui suivent replaceront le sujet dans son contexte:

Article L5422-13 

Sauf dans les cas prévus à l’article L. 5424-1 <il s’agit des administrations, qui échappent miraculeusement au monopole!>, dans lesquels l’employeur assure lui-même la charge et la gestion de l’allocation d’assurance, tout employeur assure contre le risque de privation d’emploi tout salarié, y compris les travailleurs salariés détachés à l’étranger ainsi que les travailleurs salariés français expatriés.

L’adhésion au régime d’assurance ne peut être refusée.

Article L5427-1

Les parties signataires de l’accord prévu à l’article L. 5422-20 confient la gestion du régime d’assurance chômage à un organisme de droit privé de leur choix.

Le service de l’allocation d’assurance est assuré, pour le compte de cet organisme, par l’institution mentionnée à l’article L. 5312-1 <en l’espèce, Pôle Emploi, qui, pour le coup, est créé par la loi>.

 On le voit, la loi prévoit expressément que les partenaires sociaux peuvent choisir librement l’organisme gestionnaire qui leur convient.

Pourquoi le choix de l’UNEDIC est extrêmement contestable

Reste à savoir si le choix de l’UNEDIC est conforme aux lois de notre bonne vieille République, et surtout au droit communautaire. Et là, on tombe sur un os, encore clairement expliqué par la Cour de Cassation cette semaine. Celle-ci se penchait sur les magouilles en vigueur dans la branche de la boulangerie, qui a choisi AG2R comme assurance santé unique en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes.

La Cour de Cassation a rappelé qu’un Etat membre pouvait tout à fait instaurer un monopole au nom de la solidarité, à condition que les modalités de choix de l’organisme gestionnaire soient conformes aux obligations de publicité prévues par l’article 56 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne. Cette obligation découle d’une décision préjudicielle de la Cour de Luxembourg du 17 décembre 2015…

Depuis ce 17 décembre fatidique, l’eau a coulé sous les ponts de la jurisprudence française pour expliquer en quoi la publicité autour de ces choix d’organismes gestionnaires devait être sérieuse et loyale.

Le gouvernement peut-il raisonnablement étendre la prochaine convention?

Dans le cas des jurisprudences évoquées, le Conseil d’Etat, comme la Cour de Cassation, ont invalidé les arrêtés d’extension, pris par le gouvernement, sur des accords de branche négociés par des partenaires sociaux. Les cours souveraines ont considéré que le gouvernement ne pouvait pas conférer une autorité publique à des textes privés qui n’étaient pas conformes au droit communautaire.

Il se trouve que la mécanique des négociations Unedic est la même! les partenaires sociaux négocient (cette fois au niveau interprofessionnel), et le gouvernement étend.

Oui, mais alors… comment étendre s’agissant de l’Unedic, ce que le Conseil d’Etat et la Cour de Cassation viennent de retoquer s’agissant d’une branche professionnelle?

Voilà un joli sujet de contentieux…

Déluge de boules puantes pour Emmanuel Macron

Après la Blitzkrieg déclenchée contre François Fillon en janvier, c’est au tour d’Emmanuel Macron de passer sur le grill. Les boules puantes, comme on pouvait s’y attendre quand le Penelopegate a commencé, touchent le camp Macron à quelques encablures du scrutin. Pour l’ensemble du pays, la phase qui s’ouvre est délicate dans la mesure où les institutions devront prouver leur impartialité dans un contexte alourdi par les affaires qui frappent la droite.

L’affaire French Tech Night

En 2016, Business France a confié à Havas, sans appel d’offres, une soirée, la French Tech Night, à Las Vegas, pour un coût de près de 400.000 euros. Selon toute vraisemblance, une enquête confiée à l’Inspection Générale des Finances en décembre par Michel Sapin pourrait aboutir à qualifier les faits de délit de favoritisme.

L’ensemble de cette petite affaire est sorti ce matin dans le Canard Enchaîné. Reste à voir si le Parquet s’en saisira.

L’affaire du conseiller santé de Macron payé par Servier

Le 7 mars, un conseiller santé de Macron, Jean-Jacques Mourad, cardiologue de son état, a quitté l’équipe de campagne après des révélations sur ses liens financiers avec la laboratoire Servier. Les mauvaises langues noteront que Mourad Jean-Jacques est le frère Mourad Bernard, banquier proche de Drahi qui a intégré l’équipe de Macron en octobre.

Amusant, non?

L’affaire du patrimoine de Macron

Des questions peut-être plus fâcheuses portent sur la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron, que la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique ne publie pas (plus? certains soutiennent l’avoir consultée sur le site il y a quelques semaines). Le journal Le Monde, désormais bien connu pour son attachement à l’ordre moral, s’ingénie à en minimiser la portée, ce qui est un signe infaillible d’une difficulté. Quand c’est flou, il y a un loup!

Dans la pratique, l’affaire est assez simple: les revenus mobiliers déclarés par Macron ne paraissent pas en rapport avec le patrimoine (moyen) qu’il déclare. Ce qui intrigue, c’est que cette bombe potentielle ne fait l’objet d’aucune opération de déminage de la part de l’équipe de Macron. Celle-ci est restée silencieuse sur les questions posées par la presse (notamment par Le Monde).

Macron dans le collimateur de Wikileaks?

D’autres boules puantes tomberont-elles dans le jardin de Macron avant les élections présidentielles? Personne ne le sait précisément, bien entendu… Mais Julian Assange a annoncé de prochaines révélations dans Wikileaks sur les relations entre Macron et Hillary Clinton. Bien sûr, rien n’exclut que ces affirmations relèvent de l’intox. Toutefois… la rumeur persiste d’une déstabilisation extérieure du candidat Macron, ourdie par un complot étranger.

Il faudra voir, dans les prochains jours, si ce risque se réalise.

Macron plombé par les ralliements des éléphants socialistes?

Pire que les boules puantes, on trouvera peut-être les relations d’amitiés et les ralliements en cours des éléphants socialistes. Pour le candidat de la « révolution » et du renouvellement de la vie politique, ces marques de soutien pourraient se révéler beaucoup plus collantes et encombrantes que le reste.