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Mois : avril 2017

Gauche et révisionnisme: non, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir grâce au suffrage universel!

Le suffrage universel est-il dangereux, au point qu’il faille éclairer l’opinion sur ses choix électoraux (et surtout la mettre en garde contre des choix « populistes ») ? Un mythe accrédite cette croyance: l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler par les urnes, cette tarte à la crème du révisionnisme historique de gauche, qui justifie un encadrement idéologique d’une opinion publique présentée comme capable du pire. Vous comprenez, si on les laisse seuls face aux urnes, ils risquent de se faire piéger par des populistes façon Adolf Hitler! Donc, il faut les guider!

Le problème est évidemment que l’histoire allemande prouve le contraire et montre comment Adolf Hitler ne serait jamais arrivé au pouvoir si le suffrage universel avait été la seule source de légalité dans l’Allemagne des années 30.

De la République de Weimar (petit rappel pour les Français)

Pour ceux que l’histoire allemande laisse un peu froids, rappelons juste qu’en 1919, après l’effondrement du deuxième Reich, l’Allemagne se dote d’un régime démocratique appelée République de Weimar. Ces événements sont mal connus en France. Par exemple, peu de Français savent que l’Allemagne n’existait pas avant 1871 et la proclamation de ce deuxième Reich à… Versailles.

Bref, le 9 novembre 1918, le Reich s’effondre et une assemblée constituante se réunit dans la ville de Weimar, dans un immense désordre nourri par l’espoir d’une révolution bolchevik. Cette république fonctionne avec un président élu pour 7 ans, un chancelier et une assemblée élue à la proportionnelle intégrale.

Hitler n’a jamais été majoritaire dans les urnes

Dans les années 20 (après un coup d’Etat raté en 1922), Adolf Hitler monte son fameux NSDAP, le parti national-socialiste allemand du travail, connu en France sous le nom de parti nazi. On retrouvera sur Wikipedia cet excellent graphique qui rappelle le score obtenu par le parti au cours des innombrables élections qui ont secoué la vie politique allemande de l’entre-deux-guerres:

Comme on le voit, le parti nazi n’atteindra jamais la majorité parlementaire. Jusqu’aux élections de 1932, il ne pèse même pas 20% des voix, c’est-à-dire beaucoup moins que le Front National dans la France d’aujourd’hui. Jusqu’en 1928, cinq ans avant l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir, il est même quasi-groupusculaire.

L’échec d’Adolf Hitler à l’élection présidentielle de 1932

En 1932, le maréchal Hindenburg doit remettre son mandat présidentiel en jeu. Hitler est candidat face à lui. Il obtient 30% au premier tour contre 49% à Hindenburg. Au deuxième tour, Hindenburg emporte l’élection avec 53% des voix contre 36% à Hitler (et 10% au communiste Thälmann). Là encore, il est faux de dire qu’Adolf Hitler serait arrivé démocratiquement au pouvoir.

Certes, les législatives qui suivent ce scrutin présidentiel apportent 37% de voix au parti nazi, mais celui-ci entame une décroissance dans les mois qui suivent. Nous sommes en tout cas très loin d’une accession au pouvoir par le suffrage universel.

Hitler est arrivé au pouvoir à cause des divisions de la gauche

De septembre 1930 (moment où le parti nazi devient le premier parti d’Allemagne) à janvier 1933 (moment où Hindenburg fraîchement réélu choisi Hitler comme chancelier, c’est-à-dire comme Premier Ministre), l’histoire politique de l’Allemagne est celle d’une longue résistance du centre droit allemand à la solution Hitler.

Pour comprendre pourquoi Hindenburg se résigne à confier aux nazis le soin de former un gouvernement, il faut suivre les forces en présence.

Aux élections de novembre 1932 (provoquée, de fait, par les nazis), la composition du parlement est la suivante:

Mathématiquement, une coalition de gauche et du centre détenait la majorité absolue capable d’appuyer un gouvernement sans les nazis. Si, lorsque Hindenburg a proposé, dans la foulée de ces élections qui marquent la décrue des nazis, à von Schleicher de monter un gouvernement d’union nationale, les sociaux-démocrates n’avaient pas fait capoter l’opération, Hitler ne serait jamais parvenu au pouvoir.

Face à l’impossible union des forces politiques allemandes sans les nazis, Hindenburg se résout à appeler Hitler à la Chancellerie en janvier 1933… en prenant la précaution de le flanquer d’un vice-chancelier, von Papen, qui sera vite débordé par Hitler.

Le suffrage universel n’est donc pas coupable de l’accession de Hitler au pouvoir

Prenons bien garde à ne pas laisser planer de doute sur la sagesse des peuples lorsqu’ils votent…

En tout cas, non, Bertrand Delanoé, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes. Stop à cette manie de mettre en doute la démocratie.

Dupont-Aignan face au bannissement oligarchique injustement appelé Front Républicain

Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant Front Républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front: l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France.

La rente du front républicain

Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis.

Le danger que le front républicain fait peser sur la démocratie

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon!), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres: Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc.

François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir.

Le Front National est-il oui ou non anti-démocratique?

Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936! L’article L232-1 du Code de la Sécurité Intérieure dispose notamment:

Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait : (…)

6° Ou qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence

Si les partis en place considèrent que le Front National entre dans cette catégorie, que le ministre de l’Intérieur applique la loi et qu’il ordonne la dissolution de ce parti. Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique.

Comment le bannissement du Front National a affaibli nos institutions

Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger.

Pour s’en rendre compte, il suffit de lire ce graphique sur le nombre de voix recueillies au premier tour par les candidats du second tour:

Source: www.entreprise.news

En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages.

Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour.

Sans la liberté de blâmer…

Le bannissement, ce réflexe témoin de la réaction nobiliaire…

Les infortunes suicidaires du front républicain tiennent à son esprit, qui déplaît à la majorité. Personne, sur le fond, n’est dupe! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple: bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire.

On retrouve ici la tradition du « Ridicule » de l’Ancien Régime très bien mise en scène par Patrice Leconte. Tout ce qui, non seulement ne se conforme pas, mais met en danger, la machine bien huilée destinée à servir les intérêts de l’élite est condamné à être broyé. Facialement, la démocratie existe. En profondeur, elle est foulée aux pieds par l’esprit de parti et de cour qui pétrifient tous ceux qui ne rentrent pas dans la « combine ».

… qui insupporte une majorité grandissante de Français

Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante.

Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque.

Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui?

Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime.

Et si l’on revenait à la démocratie?

La stratégie du front républicain, qui consiste en bout de course à marier les carpes et les lapins pour rester seuls à table contre tous les nouveaux arrivants, menace dangereusement nos libertés publiques. D’abord, elle fonctionne par la multiplication des interdits liberticides. Ensuite, elle relativise les divergences d’opinion au profit d’une coalition d’intérêts mortifères. Pour défendre les mandats d’Estrosi, de Bertrand, de Cambadélis, de tous ceux qui ont pris le pouvoir sans majorité, nous serions supposés sacrifier nos vies et nos envies dans les tranchées d’un ridicule Chemin des Dames politique.

Nous savons tous que l’hécatombe de 1914 a préparé les reniements des années 30, nourris de toutes les désillusions face à ces sacrifices inutiles – inutiles pour l’intérêt général, mais très fructueux pour tous ceux qui ont instrumentalisé la cause collective à leur seul profit.

Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion: entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de moral à trois balles, le choix ne coule plus de source.

Macron est-il victime de la loi de Murphy?

La campagne de second tour d’Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point qu’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas victime de la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximal. Voici la liste des contrariétés qu’il engrange depuis dimanche soir…

L’épiphénomène de la Rotonde devient une polémique obsédante

Dimanche soir, Emmanuel Macron organise un dîner pour 150 invités à la Rotonde, à Montparnasse, après son discours triomphaliste à la porte de Versailles. Il s’y rend en voiture officielle, escorté par des motards. Il y retrouve Jacques Attali et quelques autres vedettes. L’effet bling-bling est désastreux, et donne d’emblée le sentiment que le candidat considère sa victoire comme acquise.

Un candidat introuvable pour une loi de Murphy qui s’annonce

Le lendemain, Emmanuel Macron est aux abonnés absents. Marine Le Pen est sur le terrain. Il n’en faut pas plus pour nourrir les soupçons sur une suffisance excessive du candidat quant à sa réussite.

Le ni-ni et l’abstention font des émules

Dans ce contexte incertain, suivre Macron et le Front Républicain ne s’impose plus comme une évidence. Jean-Luc Mélenchon, qui a ouvert le bal du doute dimanche soir, prend soin de ne rien dissiper les jours suivants. Il ne donne aucune consigne de vote… Les Républicains lui emboîtent le pas. Marine Le Pen n’en demandait pas autant.

La catastrophe Whirlpool

Macron organise à Amiens, une rencontre avec l’intersyndicale de Whirlpool. Marine Le Pen en profite pour se rendre sur place. Le contraste entre l’énarque enfermé dans un bureau et la populiste au milieu des ouvriers est saisissant. Macron décide de se rendre sur place et peine à s’y faire entendre.

Attali renié par son fils spirituel

Le matin fatal de Whirlpool, Jacques Attali qui se projette en faiseur de Président déclare à la presse que la fermeture de l’usine Whirlpool relève de l’anecdote. C’est une déflagration qui oblige le secrétaire général d’En Marche à répondre illico sur Twitter:

« Ce que dit Attali sur Whirlpool est une méprisable anecdote : qu’il se taise ! Avec Emmanuel Macron nous luttons pour l’emploi ».

Parisot candidate à la gamelle

Manifestement sourde aux avertissements lancés après la gaffe Attali, Laurence Parisot piaffait trop d’impatience et n’a pas hésité à se déclarer candidate au poste de Premier Ministre d’Emmanuel Macron. Ses propos méritent d’ailleurs d’être lus:

Elle indique, selon Marianne, dans un article intitulé « Quel Premier ministre pour Macron ? Laurence Parisot se dit disponible », être prête pour Matignon. Interrogée par l’hebdomadaire sur la possibilité de se voir proposer le poste, elle répond : « J’ai plusieurs fois dit que j’étais disponible à faire des choses. J’ai une expérience, je suis crédible. Donc je peux être prête. »

Question compliments, Laurence Parisot a en tout cas retenu qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même. Après un passage chaotique chez Whirlpool, le staff de Macron perçoit le danger de cette course aux postes dans l’élite parisienne. Le secrétaire général d’En Marche (encore lui) arrête le ballon sur la ligne et répond:

Nous menons campagne pour rassembler et servir la France, d’autres rêvent à leur carrière. Dérisoire, inconvenant et vaniteux.

On ne plaisante plus, chez Macron.

Les premiers sondages tombent

Emmanuel Macron enregistre les premiers contrecoups de ce mauvais départ. Il recule dans les sondages.

Les législatives, mères de toutes les pressions

Problème pour Macron: il n’a pas de députés élus sous son étiquette, et il en aura besoin pour gouverner. Que faire? Bayrou et Valls lui expliquent qu’il serait bien plus à l’aise en faisant alliance avec les vieilles gloires sortantes. Macron résiste. Le résultat ne tarde pas à se faire attendre. Bayrou le désavoue publiquement:

« L’idée que l’on polluerait, ou que l’on troublerait, ou que l’on pèserait sur l’élection présidentielle, par la distribution d’investitures pour les élections législatives qui vont venir plusieurs semaines après, est une idée baroque », a expliqué François Bayrou dans l’émission « L’Épreuve de vérité » diffusée sur Public Sénat, en partenariat avec l’AFP, les Echos et Radio Classique.

Cette précaution n’a bien entendu rien à voir avec la volonté de Bayrou de préserver un maximum de postes pour sa formation…

De son côté, Cambadélis commence à tirer la laisse socialiste:

Jean-Christophe Cambadélis estime qu’Emmanuel Macron n’a pas pris « en compte la gravité de la situation », au soir du premier tour de l’élection présidentielle, a-t-il déclaré sur Franceinfo, jeudi 27 avril. Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) s’est dit « inquiet » « depuis le premier soir ».

Là encore, on imagine que les inquiétudes de Cambadélis s’apaiseraient rapidement si Macron lui donnait la certitude de son soutien dans sa circonscription du XIXè arrondissement…

Quand ça veut pas, ça veut pas.

Les médias subventionnés vont-ils faire perdre Macron à force de le soutenir?

Les médias subventionnés sont engagés, dans le cadre d’un flash totalitaire comme nous commençons à en connaître trop souvent en France, dans une course folle pour soutenir Emmanuel Macron, dont les faiblesses et les insuffisances crèvent désormais l’écran, contre Marine Le Pen. Les ficelles utilisées sont désormais si grosses qu’on peut se demander dans quelle mesure elles ne risquent pas de jouer un mauvais tour au candidat.

Retour sur la lamentable affaire Whirlpool

Faisons d’abord un petit retour sur image.

Hier, Emmanuel annonce qu’il doit rencontrer l’intersyndicale de l’usine Whirlpool dans les locaux de la CCI d’Amiens. On comprend bien pourquoi ce choix: cela fait trois mois que les ouvriers menacés de fermeture appellent Macron à l’aide, trois mois qu’il fait la sourde oreille, alors qu’il est lui-même amiénois. Dans tous les cas, il veut éviter la redoutable image d’un candidat chahuté, contraint de monter sur un camion, comme Hollande l’avait fait à Florange, pour promettre que l’usine ne fermerait jamais, et être rattrapé par le dossier durant son mandat.

On comprend bien les préoccupations du candidat et de ses communicants. Reste que Macron fait le choix de la tour d’ivoire: au lieu de voir les ouvriers sur place, il rencontre une délégation dans un espace protégé. Que Marine Le Pen soit venue dans l’usine pendant ce temps-là ne change rien à l’affaire: Macron aurait de toute façon fait l’objet d’attaques pour son manque d’empathie vis-à-vis des ouvriers en lutte.

Parce que Marine Le Pen lui a tordu le bras, Emmanuel Macron s’est senti obligé de bouleverser son plan de communication et de se rendre sur place. Il y a été très mal accueilli, et s’est démené comme un beau diable pour limiter au maximum les dégâts. Il n’en reste pas moins que de longues minutes de direct ont permis de montrer comment le candidat sorti premier au premier tour s’est retrouvé en difficulté dans un mouvement populaire qui bafouait son prestige.

Le roman pro-Macron raconté par les médias subventionnés

Immédiatement après ces images désastreuses, BFM a repris la situation en main en produisant des commentaires qui disaient exactement le contraire de la réalité qui venait de s’étaler aux yeux des Français. S’est alors construit un roman grotesque où Marine Le Pen serait venue 15 minutes sur place pour faire des selfies avec des militants du Front National, quand Emmanuel Macron aurait courageusement affronté la tempête et ramené le calme auprès d’ouvriers déboussolés par la mondialisation.

Le plus ahurissant fut d’entendre ce matin les commentaires et chroniques sur France Inter (première matinale de France, rappelons-le) où une opération de propagande à la Potemkine fut clairement menée. Tout le monde connaît la proximité entre Emmanuel Macron et le directeur général de Radio France. Mais trop, c’est trop. Il n’y a pas de raison pour que les Français soient obligés de financer une radio aussi partisane et qui pratique autant de compromission avec la déontologie de la presse.

On aurait tellement adoré que Radio-France rappelle les faits comme ils se sont passés, au besoin en soutenant que le candidat Macron ne s’en pas si mal sorti (si les journalistes le croient, cela ne gêne personne). Mais il est bien évident que Macron n’avait nulle intention initiale de rencontrer les vraies gens de Whirlpool, et que lui en prêter l’intention rétrospectivement relève de la farce et de la désinformation.

Les médias subventionnés défendent leur chiffre d’affaires

Dans ce dossier, ce qui gêne, bien entendu, c’est que les médias soient juges et parties. Ils savent tous que si Marine Le Pen gagnait l’élection (et ils en ont la crainte manifeste, aujourd’hui), le système de subventions qui leur permet de survivre en produisant avec une arrogance hallucinante de la grosse daube que personne n’achète (ou trop peu de gens pour équilibrer les comptes) disparaîtrait. Et hop! chez Pôle Emploi!

Il est tellement plus simple de profiter des rentes en dénonçant, au nom du sérieux et de la responsabilité, toute cette presse Internet qui fonctionne malgré les barrières à l’entrée posées par les insiders…

Bruits de botte dans les couloirs de France Inter

C’est dommage, France Inter n’a mis en ligne aujourd’hui ni la chronique partisane de Thomas Legrand, ni celle de Nicole Ferroni où elle aurait dénoncé les pressions exercées pour combattre le Front National à l’antenne. Cette discrétion est regrettable puisque, le même jour, un chronique de France Inter démissionne parce qu’on lui a refusé le droit de défendre l’abstention au second tour dans l’émission de Nagui.

Messieurs de France Inter, non seulement vous adorez donner des leçons de morale à tout le monde, mais vous jouez aujourd’hui aux parangons de démocratie, tout cela pour soutenir un candidat que vous avez désigné comme fréquentable, et pour discréditer une candidate que vous voulez bannir.

Je n’ai que deux choses à dire cela.

La première est que vos méthodes puent la dictature.

La seconde est que, à force de prôner la vertu et de violer la plus élémentaire déontologie de la presse, vous allez méchamment savonner la planche de votre chouchou aux élections.

Mais qui est cette ministre socialiste qui trouve la loi sur les déclarations de patrimoine mal rédigée?

Une ministre socialiste, Yamina X. (mais qui cela peut-il bien être?) vient de déposer une question prioritaire de constitutionnalité sur le manque d’intelligibilité de la loi… sur la déclaration de patrimoine des membres du gouvernement. Amusant, non?

La question posée par la ministre socialiste

Demandeur : Mme Yamina X…, épouse Y…


Attendu que la disposition législative contestée est applicable à la procédure et n’a pas été déjà déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel ;

Attendu que l’article 5-1, § I, de la loi n°88-227 du 11 mars 1988 incriminait le fait, notamment pour un membre du gouvernement, d’omettre sciemment de déclarer une part substantielle de son patrimoine ou d’en fournir une évaluation mensongère qui porte atteinte à la sincérité de sa déclaration et à la possibilité pour la Commission pour la transparence financière de la vie politique d’exercer sa mission ; que cet article sanctionnait la méconnaissance des dispositions de l’article LO 135-1 du code électoral, tel qu’issu de la loi organique n°2011-410 du 14 avril 2011, qui, définissant la nature des obligations déclaratives, disposait que soit déposée une déclaration certifiée sur l’honneur exacte et sincère de la situation patrimoniale concernant notamment la totalité de ses biens propres ainsi que, éventuellement, ceux de la communauté ou les biens réputés indivis en application de l’article 1538 du code civil ;

Attendu que la question posée présente un caractère sérieux en ce que la combinaison d’une absence de précision des obligations déclaratives, par l’article LO 135-1 du code électoral, tel qu’issu de la loi organique n°2011-410 du 14 avril 2011, et de l’incrimination, par l’article 5-1, § I, de la loi n°88-227 du 11 mars 1988, de l’omission volontaire de remplir lesdites obligations en renvoyant au caractère substantiel de la part du patrimoine omise, pourrait ne pas satisfaire à l’exigence constitutionnelle de clarté et de prévisibilité de la loi pénale ;

D’où il suit qu’il y a lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;

Par ces motifs :

RENVOIE au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité ;

Le jour où la barbie Macron a perdu la présidentielle

Sommes-nous destinés à passer d’un capitaine de pédalo à une poupée barbie, très douée pour répéter les dernières opinions qui circulent dans les dîners parisiens (et les réunions clandestines de Jacques Attali) mais incapable de dessiner une vision pour la France? La journée Whirlpool, comme nous devrons désormais l’appeler, va définitivement ouvrir la question. Il faudra attendre le 7 mai pour avoir la réponse, mais on la pressent déjà.

La barbie Macron ou la nouvelle trahison des clercs

À la base, il y a quand même un candidat porté par le gouvernement profond, mais né à Amiens, qui prévoit de rencontrer l’intersyndicale d’une usine d’Amiens, en cours de fermeture… dans les locaux de la CCI d’Amiens. Mais enfin, quel abruti a pu conseiller à un « pays » de ne pas aller rencontrer les ouvriers à l’usine? quel énarque de troisième zone, bouffi d’orgueil par son titre en trompe-l’oeil, a pu souffler à l’oreille du candidat sorti premier au premier tour de l’élection présidentielle de la troisième puissance militaire mondiale, de ne pas rencontrer les petites gens là où ils vivent?

Dans tous les cas, il fallait la jugeote d’une poupée barbie pour accepter de raser les murs dans sa ville de naissance, qui lui a donné 28% des voix lors du scrutin. Macron aurait voulu se camper dans le rôle du candidat bling-bling, esquissé après son dîner du Dôme, il ne s’y serait pas pris autrement.

Après un scrutin qui a montré tout le malaise des ouvriers face au monde contemporain, cette logique du bunker ne pouvait être vécue que comme une terrible provocation, et un manque total d’empathie.

La redoutable blitzkrieg de Marine Le Pen

Profitant de cette grossière erreur tactique, Marine Le Pen s’est glissée sur le site de l’usine en grève, livrant le spectacle tragique d’un candidat bling-bling enfermé avec une intersyndicale dans l’étonnante solitude d’un bureau sans âme, face à une candidat nationaliste accueillie à bras ouverts par des ouvriers qui attendait la protection d’une déesse nourricière. Cette première image était déjà terrible.

Non content de se faire damer le pion, Emmanuel Macron n’avait manifestement pas son content de souffrance. Le même abruti qui lui avait conseillé de ne pas montrer le bout de son nez auprès des ouvriers en grève lui a conseillé de finalement y aller sous le feu de l’ennemi. Et voilà le candidat qui arrive, le héros du premier tour, au milieu d’un concert de huées, d’une bousculade où il doit quémander un micro, un gueulophone, le droit de monter sur un camion auprès de ses officiers de sécurité.

Terrible contraste de l’omnipotence audiovisuelle où un favori enfermé dans son tour d’ivoire, protégé par l’étiquette de la Cour, devient le soumis d’une dominatrice sans atour…

L’erreur magistrale d’Attali, le soutien de Macron

Le matin même, Jacques Attali, indécrottable soutien des puissants depuis un quarantaine d’années, avait commis une superbe bourde en déclarant sur LCI:

« Je ne voudrais pas que cette campagne se réduise à des anecdotes […]. C’est en effet une anecdote dans un contexte plus large, si on ne se présente pas dans le contexte plus large. C’est une anecdote, non pas au sens péjoratif du mot, ça s’inscrit dans un contexte plus large, c’est-à-dire dans le contexte de la mondialisation ou la fermeture », a déclaré l’essayiste Jacques Attali soutien d’Emmanuel Macron. « Le cas de 300 personnes n’est pas du ressort du président de la République », a-t-il renchéri.

L’affaire Whirlpool, une anecdote? Succès garanti quand, le matin même, Marine Le Pen est venue poser en star…

Macron hollandisé avant d’être élu

On sait une chose maintenant: le prestige de la fonction présidentielle a vécu. On peut gagner un premier tour et se faire huer comme un voyou par une horde en colère deux jours plus tard. Macron est hollandisé, déjà.

Le second tour ou l’affrontement de deux France irréconciliables

D’un côté, la France des dividendes, de l’autre, la France des prolétaires. D’un côté, la France à l’abri des bureaux ouatés, de l’autre la France des ateliers. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd. D’un côté, la France des corps intermédiaires, de l’autre, la France du peuple. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd.

Tel est le sens du scrutin du 7 mai.

RSI: le match Le Pen – Macron, par Eric Verhaeghe

Les ressortissants du RSI examineront avec attention les propositions de chaque candidat sur l’avenir de leur protection sociale. Voici un petit guide destiné à éclairer leur lanterne.

Les propositions de Macron: en même temps pour, en même temps contre

L’équipe Macron a fait preuve d’un amateurisme suffisant pour écrire ces quelques lignes ahurissantes:

Nous supprimerons la caisse qui gère le Régime Social des Indépendants (RSI) pour l’adosser au régime général, afin que tous bénéficient de la même qualité de service et des mêmes droits. Nous réduirons nettement les charges qui pèsent sur les indépendants (professions libérales, commerçants, artisans, agriculteurs…)

Récapitulons le raisonnement contenu dans ces quelques lignes:

Macron propose un adossement du RSI au régime général

Cette proposition, traditionnelle et ancienne chez le candidat, vise à parachever l’oeuvre d’un régime général unique prônée par les conseillers d’Etat avant 1940. Cette entreprise idéologique a des racines assez logiques: Renaud Dutreil, par exemple, ancien ministre, conseiller d’Etat et inventeur du RSI fait partie des soutiens d’Emmanuel Macron. À l’époque déjà, Dutreil s’était vanté de vouloir achever l’oeuvre de 1945, que les travailleurs indépendants avaient bloqué en 1946 en descendant dans la rue pour dénoncer leur incorporation de force dans la sécurité sociale.

D’une certaine façon, le programme de Macron tire parti des graves dysfonctionnements du RSI pour justifier la réalisation ultime du projet porté depuis près de cent ans par la technostructure: celui d’une protection sociale unique et étatisée pour tous les acteurs du privé (étant entendu que les fonctionnaires continueront à y échapper).

Macron propose l’alignement des prestations…

La proposition suivante du programme laisse perplexe, puisqu’elle suggère que les indépendants bénéficieront des mêmes prestations que les salariés du privé, reformulées sous l’expression des « mêmes droits ». On le sait, aujourd’hui, les indépendants (et spécialement les indépendantes) bénéficient d’une couverture beaucoup moins favorable que les salariés.

… avec des baisses de cotisation

Là où le programme d’Emmanuel Macron plonge dans la démagogie, c’est évidemment dans le coût de ces mesures. Le candidat soutient en effet qu’il pratiquera de « nettes baisses de charge ». Oui mais alors, on verse les indépendants, qui cotisent aujourd’hui à 47% de leurs revenus pour leur protection sociale, dans un régime de salariés où la cotisation s’élève à environ 80%, on améliore les prestations servies aux indépendants, et on réduit quand même leurs cotisations?

Allons, allons, Monsieur Macron, si ceci est sérieux, expliquez-nous comment vous faites et combien ça coûte. Détaillez-nous les opérations. Mais nous, on pense que tout cela est un vilain mensonge.

Les propositions de Le Pen: l’auto-déclaration trimestrielle et la mise en concurrence

Du côté de Marine Le Pen, et c’est une différence qui troublera peut-être le macronien moyen, les propositions semblent plus construites. Voici ce que propose le programme de la candidate:

57. Créer un bouclier social pour les indépendants en leur proposant le choix de s’affilier au régime général ou de conserver la spécificité de leur régime après une refonte totale du RSI qui fonctionnera sur la base de l’auto-déclaration trimestrielle des revenus.

Là encore, un petit décodage s’impose.

Le flou du bouclier social

Sauf erreur de notre part, nous n’avons trouvé nulle explication sur la notion de bouclier social pour les indépendants, régulièrement répétée par la candidate. Intuitivement, l’expression laisse à penser que le taux global de cotisation serait plafonné, ce qui pourrait s’expliquer dans l’hypothèse où les indépendants choisiraient de s’affilier au régime général. Mais la pertinence de ce dispositif est douteuse dans la mesure où, comme dans le programme d’Emmanuel Macron, l’affiliation des indépendants au régime général avec des droits égaux mais des cotisations minorées paraît difficile à soutenir.

On propose donc à Marine Le Pen d’expliquer ce qu’elle entend par ce concept. D’ici là, on ne lui accordera guère de crédit.

La mise en concurrence du RSI avec le régime général

Les adversaires du monopole accordé au RSI noteront avec satisfaction que Marine Le Pen fait un premier (timide) pas dans leur direction en proposant la liberté de choix des indépendants… entre le régime général et le RSI. C’est évidemment une proposition insuffisante, mais elle comporte une idée qui mérite d’être étudiée: la mise en concurrence des caisses primaires entre elles, comme cela existe en Allemagne. Du coup, les Libérés de la Sécu pourraient de droit appliquer la fameuse jurisprudence BKK de la CJUE.

Pour les non-initiés, on notera que cette proposition permet de dynamiter, par ricochet, les fondements juridiques du monopole du RSI. Elle permet aussi d’affaiblir fortement la pertinence des contentieux en cours contre les Libérés. C’est un argument de poids en faveur de la candidate du FN…

La refonte totale du RSI

Ce point du programme de la candidate ne mange évidemment pas de pain, et apparaît comme une vaine promesse qui n’engage à rien. La sérénade du régime refondu est en effet régulièrement servie depuis des années, sans que rien ne prenne jamais forme.

L’auto-déclaration trimestrielle des revenus

Cette proposition comporte en revanche un effet révolutionnaire qui pourrait séduire pas mal d’entrepreneurs, sous réserve qu’elle soit mieux détaillée. Elle paraît en effet pertinente pour la retraite: l’entrepreneur choisira lui-même le montant de la rente qu’il peut espérer en fixant le montant de ses cotisations. De cette façon, il peut choisir de réserver une partie de ses revenus à des dépenses d’une autre nature que la protection sociale.

En revanche, pour l’assurance-maladie, il est peu probable que ce système prospère, dans la mesure où les prestations ne sont pas proportionnelles à la cotisation.

Une situation embarrassante pour les entrepreneurs

Dans la pratique, le programme de Marine Le Pen est donc beaucoup plus favorable aux entrepreneurs que celui d’Emmanuel Macron du point de vue de la protection sociale.

Cette situation est embarrassante, dans la mesure où Marine Le Pen formule des propositions anti-économiques par ailleurs, comme la taxation des salariés étrangers. En outre, la stigmatisation politique dont elle est l’objet rend ce débat extrêmement délicat. Mais un fait est acquis: Emmanuel Macron n’est pas le candidat de la protection sociale des entrepreneurs, et les flous ou les incohérences de son programme suscitent une certaine perplexité.

Pourquoi Cambadélis protège Macron et charge Mélenchon

Cambadélis, ex-trotskyste (né à Neuilly) élu à l’Assemblée Nationale sous l’étiquette socialiste sans discontinuer depuis 1988, protège beaucoup Emmanuel Macron et ne manque pas une occasion de taper sur un autre trotskyste: Jean-Luc Mélenchon. Officiellement, cette stratégie partiale répond à l’appétence assez large des socialistes pour Emmanuel Macron, et à leurs réticences vis-à-vis de Benoît Hamon et de la gauche de la gauche. Mais un calcul un peu plus sordide se cache derrière ces postures tactiques.

La paresse de Cambadélis commence à se voir

Si Cambadélis est député du 19è arrondissement depuis 1988, fonction qu’il cumule aujourd’hui avec celle de Premier Secrétaire du bel et vivace Parti Socialiste, on peine en revanche à dresser le bilan de son activité législative. Camba brille en effet par son désintérêt pour ses fonctions de parlementaire et par son manque d’implication dans la vie de la Nation (sauf lorsqu’il s’agit de jouer aux chefs de parti).

En bon professionnel de la politique, Cambadélis a par ailleurs ajouté à son arc quelques flèches judiciaires qui respirent la politique d’antan. Mêlé aux affaires de la MNEF, proche de DSK, condamné pour avoir occupé un emploi fictif dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés dirigée par un ancien cadre du Front national (le fameux parti qu’il appelle à combattre aujourd’hui). Voilà ce qu’on appelle couramment un homme d’affaires…

La fille de Gérard Filoche en embuscade

Dans ce contexte empreint d’intérêt général, la situation de Cambadélis est précarisée par les appétits et les ambitions de Léa Filoche, la fille du fameux Gérard, et accessoirement adhérente à la même faction que son père. Celle-ci convoite l’investiture de son parti dans la circonscription du Premier Secrétaire et réclame l’organisation d’une primaire.

Cette contestation interne montre bien comment Camba lui-même est fragilisé par la crise profonde que connaît le Parti Socialiste. L’intéressé a pourtant mis en place quelques pare-feux. Il a par exemple recruté la première adjointe de la mairie, proche de Bertrand Delanoé, Halima Jemni, comme collaboratrice parlementaire. Ce mélange des genres, qui permet de tenir une mairie traversée par des luttes d’influence, ne suffit peut-être plus pour rester en place…

L’arithmétique électorale compliquée de Cambadélis

Mais… à quelque chose, malheur est bon. Après tout, l’investiture du Parti Socialiste dans le 19è arrondissement n’est peut-être pas la panacée. Dans le 19è arrondissement (qui correspond en partie à la circonscription de Cambadélis), Hamon a recueilli 10.000 voix à peine contre 24.500 à Mélenchon, et 23.500 à Macron. Si Cambadélis veut avoir une chance de garder son siège aux prochaines législatives, il est donc obligé de nouer une alliance avec… les macronistes, tout en conservant avec lui la moitié du Parti Socialiste qui ne se voit pas chez Mélenchon.

Ce sera juste, mais c’est jouable…

Ceci suppose bien entendu qu’il existe un accord électoral entre le parti socialiste et En Marche. On aurait bien tort de ne pas examiner les discussions qui vont se nouer dans les prochains jours sous cet angle-là: comment Cambadélis va-t-il instrumentaliser le parti socialiste pour défendre ses propres intérêts.

On s’en délecte par avance: plus un régime se décompose, plus les plaisirs qu’il offre sont savoureux et décadents.

Marine Le Pen veut-elle vraiment gagner l’élection présidentielle?

L’image était frappante hier soir. Le discours de Marine Le Pen commentant les résultats avait quelque chose de glacé, de triste, de mécanique dans lequel on ne percevait pas l’envie d’être présidente. Quelques minutes plus tard, Emmanuel Macron prononçait des mots triomphalistes, posait ses mots: « Je souhaite devenir votre Président ». D’un côté, la défense, de l’autre, l’attaque.

Faut-il en déduire que l’envie se trouve dans un camp et pas dans l’autre?

La campagne en demi-teinte de Marine Le Pen

Rétrospectivement, certains ne manqueront pas de souligner le faible enthousiasme de la campagne menée par Marine Le Pen. L’obsession de la dédiabolisation a été portée jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à nier le projet de sortir de l’euro, et jusqu’à arrondir beaucoup d’angles sur les questions identitaires. Dans la pratique, l’essentiel de la posture nationaliste a consisté à dénoncer l’européisme et le mondialisme des autres candidats, sans véritablement porter le fer.

Faute de propositions concrètes qui marquent l’opinion, la campagne de Marine Le Pen a donc essentiellement consisté à surfer sur une victoire promise, dont les résultats finaux montrent les limites: non seulement le Front National est loin des 30% annoncés, mais la candidate du Front ne termine qu’en seconde position. Certes, elle a réuni plus de 7,6 millions de voix, mais… avec une campagne plus « nerveuse », elle aurait sans doute pu faire bien mieux.

Le front républicain, certes, mais l’envie…

En écoutant Marine Le Pen, hier soir, on entendait déjà le discours dénonçant le front républicain qui devrait théoriquement faire perdre Marine Le Pen au second tour. Le Front National annonce sa défaite, ou l’intériorise avant qu’elle n’ait lieu. La question est de savoir si, sans front républicain, Marine Le Pen remporterait l’élection.

Rien n’est en réalité moins sûr. Pour gagner au second tour, il ne suffit pas d’une arithmétique complexe. Il faut aussi une envie, et une rencontre avec le peuple français. Marine Le Pen n’a ni clairement exprimé la première, ni connu la seconde. Elle dispose désormais de quinze jours pour tenter cette alchimie dont elle aurait besoin même si la totalité des forces politiques ne cherchait pas à la faire perdre.

Qui a une vision claire de la société proposée par le Front National

Sur le fond, le Front National a probablement réussi une part de sa dédiabolisation, mais il n’a pas encore expliqué quelle société il voulait. En dehors d’une rupture (floutée par Marine Le Pen) avec l’Union Européenne, et de quelques mesures ponctuelles, en dehors d’un durcissement des règles en matière d’immigration et de nationalité, on peine à saisir « l’identité » du projet frontiste. Paradoxalement, la grande faiblesse du programme du Front National est de ne pas être enracinée dans la société française.

C’est le travail qui reste à mener, d’une certaine façon: celui de l’enracinement d’un programme dans l’opinion publique.

Macron – Le Pen : vers une France ingouvernable

Article écrit pour Atlantico

Au lendemain du second tour Macron – Le Pen, la France sera ingouvernable. Il suffit, pour s’en convaincre, de reprendre la mathématique électorale qui se déploiera aux législatives pour s’en convaincre.

Macron – Le Pen : improbable et impossible victoire de Marine

Commençons par l’hypothèse la moins probable: une victoire de Marine Le Pen au second tour. Celle-ci supposerait que la candidate nationaliste bénéficie d’un report de voix assez varié. Il faudrait qu’elle récupère les voix de Dupont-Aignan, et une importante partie des voix de Mélenchon et de Fillon, malgré les consignes de vote données par les chefs de file. Ce sera compliqué, mais cela n’est pas impossible, surtout si l’abstention progresse.

Dans ce cas de figure, Marine Le Pen aurait besoin d’une majorité parlementaire. En l’état, le Front National projette 25 sièges, ce qui est très loin des 290 sièges nécessaires pour gouverner. Sa seule espérance de gouverner sans cohabitation repose donc sur la constitution d’une coalition de droite, qui l’obligera, dans tous les cas, à composer. Il paraît aujourd’hui difficile d’imaginer que cette coalition se noue avant les élections. L’exécutif devrait alors chercher une majorité au cas par cas.

Autrement dit, en cas de victoire de Marine Le Pen, nous savons déjà que les législatives lui imposeront de mettre de l’eau dans son vin et la placeront au mieux dans une situation politique instable.

Même en imaginant une vague frontiste (dont le premier tour ne donne pas l’indice), la future majorité sera donc multicolore. C’est pourquoi, la victoire de Marine Le Pen est non seulement improbable au second tour, mais elle est impossible après les législatives.

Comment Macron va devoir sortir de l’ambiguïté à son détriment

Vis-à-vis de ces 290 sièges à remplir à l’Assemblée Nationale, la position d’Emmanuel Macron n’est pas forcément plus simple. Disons même qu’elle se révèle extrêmement complexe. S’il est très probable qu’Emmanuel Macron réussisse l’exploit d’être élu à moins de 40 ans et au terme de sa première candidature à la présidentielle (ce qui mérite d’être salué), il lui reste à constituer une majorité parlementaire suffisante pour gouverner sans cohabiter, ou sans être victime d’une fronde systématique qui rendra la mise en oeuvre de son programme particulièrement pénible.

Sur ce point, Macron peut déjà compter sur des forces constituées qui sont bien décidées à ne pas lui faire de cadeau. Les propos tenus sur les plateaux de télévision, ce soir, par les mélenchonistes, l’ont très bien illustré. Les adversaires de toute collaboration avec un exécutif chapeauté par Macron risquent bien de se faire un plaisir de bloquer son action.

Macron va-t-il faire son coming out de droite?

Dans ce contexte, on voit mal comment Macron pourrait continuer son « ni-ni » à l’approche des législatives, sans compromettre gravement ses chances de succès pour les cinq années à venir. Une hypothèse possible consisterait à nouer un accord électoral avec les Républicains. François Baroin a déjà, ce soir, posé ses conditions: l’alliance doit être « de droite et de centre-droit ». Si Emmanuel Macron faisait le choix de suivre cette voie, il encaisserait immédiatement le choc de la déception, notamment parmi ses soutiens venus de la gauche.

Ce serait pourtant le risque à prendre pour constituer (mais sans garantie de succès) une majorité homogène décidée à soutenir ses réformes de structure.

Dans ce cas, il se heurterait à la résistance des mélenchoniens et probablement d’une part importante des socialistes, sans oublier celle du Front National, qui pèsera peu à l’Assemblée, mais lourd dans l’opinion. Cette difficulté sera accrue par la campagne des législatives, qui dénoncera la trahison du Président nouvellement élu. En revanche, il rassemblerait de Bayrou à Borloo, pour le centre, jusqu’à la lisière de Sens Commun (mais il faudra le dire vite), en donnant un pouvoir étendu au Premier Ministre qui sera le vrai garant de sa majorité.

Macron peut-il se resserrer sur sa gauche?

Une autre piste pour Macron consisterait à mener des listes de gauches aux législatives, de cette gauche libérale, moderne, qui court de Barbara Pompili à Nicolas Hulot, et de Manuel Valls à Pierre Bergé. Le problème serait ici symétrique à celui d’une alliance avec la droite. En faisant ce choix, Macron repousserait la droite dans l’opposition sans forcément s’attacher le soutien de la gauche de la gauche, hamoniens compris.

Macron retrouverait alors la posture improbable de François Hollande pendant cinq ans, systématiquement combattu par la droite, et régulièrement affaibli par la gauche. Cette situation serait dégradée par la forte montée des Insoumis qui décrocheront probablement un nombre substantiel de circonscriptions.

Rappelons ici que les communistes existent encore à l’Assemblée Nationale grâce au soutien du Parti Socialiste. Macron n’étant pas issu de ses rangs, un accord électoral avec celui-ci sera plus compliqué à faire respecter…

Macron a-t-il une chance de monter une coalition multicolore?

Reste la troisième hypothèse, celle d’une coalition montée de toutes pièces après le second tour, réunissant des personnalités comme Manuel Valls pour la gauche, Jean-Louis Borloo pour le centre, et Christian Estrosi pour la droite.

On voit bien, pour un Estrosi menacé par le Front National, l’intérêt d’une formule de ce genre, qui peut séduire certains juppéistes et peut-être certains sarkozystes. Cette coalition se construirait en dehors des appareils de parti traditionnels, et parierait sur de bons scores aux législatives. Ceux-ci permettraient-ils de construire une majorité?

La réponse appelle quand même quelques tempéraments. D’une part, la victoire supposerait de persuader les Français que cette coalition vise à autre chose qu’à protéger des carrières ou des postes menacées par l’alternance, et c’est loin d’être gagné. D’autre part, même en cas de victoire, rien ne garantirait la durée de vie de cette coalition. On peinerait en effet à imaginer, dans la durée, des ennemis politiques historiques rester unis dans une situation budgétaire et internationale complexes.

Cette formule présenterait en tout cas le risque de nourrir l’idée que la classe politique est une caste de connivents sans scrupule. Personne ne mesure le prix à payer à long terme pour ce genre de confusionnisme

Macron, président confusionniste d’une nouvelle IVè République?

Le plus vraisemblable est donc que, de façon claire et rapide, Emmanuel Macron soit un président contraint à cohabiter avec une majorité homogène qui ne le soutient pas politiquement et qui gouverne à sa place. Compte tenu de son manque d’expérience, cette situation ne manquera pas de le mettre en difficulté et d’affaiblir durablement la fonction présidentielle.

Même si ce retour à l’esprit de la IVè République n’est pas formalisé immédiatement, il ne tardera pas à apparaître comme tel aux yeux des Français. Ainsi disparaissent les régimes qui croient pouvoir se réformer par les hommes et non par les institutions.