Accueil » Cette fête que le Front National prépare dimanche soir

Cette fête que le Front National prépare dimanche soir

Cet article a été lu 4457 fois

Selon nos informations, l’équipe de campagne du Front National prépare une fête dimanche soir dans un restaurant des Champs-Elysées tenu secret pour des raisons de sécurité, mais qui n’est donc pas sans rappeler les petites manies de Nicolas Sarkozy. Si la candidate n’est pas annoncée ce soir-là sur place, on relèvera néanmoins la geste présidentielle qui s’est installée dans un parti donné avec constance au second tour depuis plus d’un an. Si un enseignement peut être tiré de cette étrange présidentielle, c’est bien celui d’une sédimentation du rapport de force idéologique autour des thématiques du Front National, qui apparaîtra quoi qu’il arrive comme le vainqueur durable du scrutin.

Voici quelques motifs de réjouissance pour les militants du Front National.

Soixante-dix ans après, la boucle Front National est bouclée

Pour beaucoup d’adversaires du Front National, ce parti catalyse en lui-même toutes les haines qui agitent la France depuis la Libération.

Une autre lecture mériterait toutefois d’être tentée, à partir de l’Oeuvre Française lancée en son temps par Pierre Sidos. Si l’on admet l’hypothèse que le Front National ne fut qu’une infusion circonstancielle, cristallisée dans les années 70 pour des raisons anecdotiques que Sidos explique très bien, de la pensée nationale d’après-guerre, alors on peut dire que, rétrospectivement, le score du Front National boucle le long combat d’un homme et d’une idéologie venus des profondeurs de notre histoire.

En soi, la permanence du Front National en tête des sondages illustre bien la vivacité de cette tendance légitimiste, méfiante vis-à-vis des Lumières, de la Révolution, qui a su se métamorphoser pour échapper aux stigmates de l’époque et rejoindre les attentes du pays. De ce point de vue, on aurait tort de sous-estimer la portée du phénomène: il marque un changement de chapitre dans l’histoire de France, qui trouve son écho et son miroir dans le vacillement de l’idée européenne.

L’effet retard de l’après-1945 en France

Au fond, la domination de la vie politique française par le Front National manifeste le retard avec lequel la France tourne la page de l’après-1945. C’est en 1991 que l’Allemagne a connu ce phénomène, en choisissant Berlin comme capitale unique d’un pays « réunifié ». Politiquement, l’Allemagne retrouvait l’espace politique qui fut le sien entre 1870 et 1945, après une parenthèse de plus de 40 ans. En accordant une sorte de préférence au Front National, l’électorat français fait sa réunification à lui. Il retrouve l’inspiration légitimiste, passionnelle, qui fut durablement disqualifiée à la Libération.

Les ingrédients sont désormais réunis, dans le débat public, pour que soient remises sur pied les vieilles logiques nationales en Europe.

Dédiabolisation ou catharsis?

On attribue volontiers la domination du débat public par le Front National à l’effort de « dédiabolisation » porté par Marine Le Pen, avec des souverainistes bon teint comme Florian Philippot. Il est vrai que le soin pris à la direction actuelle du Parti à éviter les écarts a contribué à diminuer la quantité de soufre qui recouvrait le parti. Mais au-delà de ce simple effort marketing, c’est aussi une pulsion plus profonde de la société française qui s’est exprimée à cette occasion.

Durablement, la France a trouvé la forme acceptable dans le monde contemporain pour l’expression d’une tradition politique déclarée interdite depuis Vichy. De même que la sémantique pétainiste était fondée sur la protection, retrouvant d’ailleurs la tradition monarchique du toucher aux écrouelles, le Front National a renouvelé en profondeur et avec succès la thématique de la protection identitaire et sociale.

La promesse Marion Le Pen

Au-delà de cette circumnavigation historique dont Marine Le Pen peut revendiquer la maternité, la prochaine étape de la métamorphose « natio » en France est connue. Elle s’appelle Marion Maréchal-Le Pen dont Emmanuel Macron vient de prouver que la jeunesse peut ne pas être un obstacle.

Dans l’échelle du légitimisme politique, on peut déjà parier que Marion, polie par l’ombre dans laquelle sa tante la projette, franchira quelques degrés supplémentaires. Et c’est aussi cette certitude d’un parcours à venir que certaines élites du Front célébreront dimanche soir.

6 commentaires

  1. serge dit

    Plus pragmatiquement, si depuis les années 70 le bipartisme politique français, complété de quelques partis croupions pour faire « peuple » ou « ouverture », avait fait le boulot, le FN en serait à ses pourcentages de l’époque. Je ne vois pas de méfiance particulière vis-à-vis des Lumières, de la Révolution, etc…

  2. Citoyen dit

    « … prépare une fête dimanche soir dans un restaurant des Champs-Elysées … »
    Et vous ne dites pas, s’ils ont pensé à inviter le scooterman, pour le remercier de sa formidable participation ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *