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Macron – Le Pen : vers une France ingouvernable

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Article écrit pour Atlantico

Au lendemain du second tour Macron – Le Pen, la France sera ingouvernable. Il suffit, pour s’en convaincre, de reprendre la mathématique électorale qui se déploiera aux législatives pour s’en convaincre.

Macron – Le Pen : improbable et impossible victoire de Marine

Commençons par l’hypothèse la moins probable: une victoire de Marine Le Pen au second tour. Celle-ci supposerait que la candidate nationaliste bénéficie d’un report de voix assez varié. Il faudrait qu’elle récupère les voix de Dupont-Aignan, et une importante partie des voix de Mélenchon et de Fillon, malgré les consignes de vote données par les chefs de file. Ce sera compliqué, mais cela n’est pas impossible, surtout si l’abstention progresse.

Dans ce cas de figure, Marine Le Pen aurait besoin d’une majorité parlementaire. En l’état, le Front National projette 25 sièges, ce qui est très loin des 290 sièges nécessaires pour gouverner. Sa seule espérance de gouverner sans cohabitation repose donc sur la constitution d’une coalition de droite, qui l’obligera, dans tous les cas, à composer. Il paraît aujourd’hui difficile d’imaginer que cette coalition se noue avant les élections. L’exécutif devrait alors chercher une majorité au cas par cas.

Autrement dit, en cas de victoire de Marine Le Pen, nous savons déjà que les législatives lui imposeront de mettre de l’eau dans son vin et la placeront au mieux dans une situation politique instable.

Même en imaginant une vague frontiste (dont le premier tour ne donne pas l’indice), la future majorité sera donc multicolore. C’est pourquoi, la victoire de Marine Le Pen est non seulement improbable au second tour, mais elle est impossible après les législatives.

Comment Macron va devoir sortir de l’ambiguïté à son détriment

Vis-à-vis de ces 290 sièges à remplir à l’Assemblée Nationale, la position d’Emmanuel Macron n’est pas forcément plus simple. Disons même qu’elle se révèle extrêmement complexe. S’il est très probable qu’Emmanuel Macron réussisse l’exploit d’être élu à moins de 40 ans et au terme de sa première candidature à la présidentielle (ce qui mérite d’être salué), il lui reste à constituer une majorité parlementaire suffisante pour gouverner sans cohabiter, ou sans être victime d’une fronde systématique qui rendra la mise en oeuvre de son programme particulièrement pénible.

Sur ce point, Macron peut déjà compter sur des forces constituées qui sont bien décidées à ne pas lui faire de cadeau. Les propos tenus sur les plateaux de télévision, ce soir, par les mélenchonistes, l’ont très bien illustré. Les adversaires de toute collaboration avec un exécutif chapeauté par Macron risquent bien de se faire un plaisir de bloquer son action.

Macron va-t-il faire son coming out de droite?

Dans ce contexte, on voit mal comment Macron pourrait continuer son « ni-ni » à l’approche des législatives, sans compromettre gravement ses chances de succès pour les cinq années à venir. Une hypothèse possible consisterait à nouer un accord électoral avec les Républicains. François Baroin a déjà, ce soir, posé ses conditions: l’alliance doit être « de droite et de centre-droit ». Si Emmanuel Macron faisait le choix de suivre cette voie, il encaisserait immédiatement le choc de la déception, notamment parmi ses soutiens venus de la gauche.

Ce serait pourtant le risque à prendre pour constituer (mais sans garantie de succès) une majorité homogène décidée à soutenir ses réformes de structure.

Dans ce cas, il se heurterait à la résistance des mélenchoniens et probablement d’une part importante des socialistes, sans oublier celle du Front National, qui pèsera peu à l’Assemblée, mais lourd dans l’opinion. Cette difficulté sera accrue par la campagne des législatives, qui dénoncera la trahison du Président nouvellement élu. En revanche, il rassemblerait de Bayrou à Borloo, pour le centre, jusqu’à la lisière de Sens Commun (mais il faudra le dire vite), en donnant un pouvoir étendu au Premier Ministre qui sera le vrai garant de sa majorité.

Macron peut-il se resserrer sur sa gauche?

Une autre piste pour Macron consisterait à mener des listes de gauches aux législatives, de cette gauche libérale, moderne, qui court de Barbara Pompili à Nicolas Hulot, et de Manuel Valls à Pierre Bergé. Le problème serait ici symétrique à celui d’une alliance avec la droite. En faisant ce choix, Macron repousserait la droite dans l’opposition sans forcément s’attacher le soutien de la gauche de la gauche, hamoniens compris.

Macron retrouverait alors la posture improbable de François Hollande pendant cinq ans, systématiquement combattu par la droite, et régulièrement affaibli par la gauche. Cette situation serait dégradée par la forte montée des Insoumis qui décrocheront probablement un nombre substantiel de circonscriptions.

Rappelons ici que les communistes existent encore à l’Assemblée Nationale grâce au soutien du Parti Socialiste. Macron n’étant pas issu de ses rangs, un accord électoral avec celui-ci sera plus compliqué à faire respecter…

Macron a-t-il une chance de monter une coalition multicolore?

Reste la troisième hypothèse, celle d’une coalition montée de toutes pièces après le second tour, réunissant des personnalités comme Manuel Valls pour la gauche, Jean-Louis Borloo pour le centre, et Christian Estrosi pour la droite.

On voit bien, pour un Estrosi menacé par le Front National, l’intérêt d’une formule de ce genre, qui peut séduire certains juppéistes et peut-être certains sarkozystes. Cette coalition se construirait en dehors des appareils de parti traditionnels, et parierait sur de bons scores aux législatives. Ceux-ci permettraient-ils de construire une majorité?

La réponse appelle quand même quelques tempéraments. D’une part, la victoire supposerait de persuader les Français que cette coalition vise à autre chose qu’à protéger des carrières ou des postes menacées par l’alternance, et c’est loin d’être gagné. D’autre part, même en cas de victoire, rien ne garantirait la durée de vie de cette coalition. On peinerait en effet à imaginer, dans la durée, des ennemis politiques historiques rester unis dans une situation budgétaire et internationale complexes.

Cette formule présenterait en tout cas le risque de nourrir l’idée que la classe politique est une caste de connivents sans scrupule. Personne ne mesure le prix à payer à long terme pour ce genre de confusionnisme

Macron, président confusionniste d’une nouvelle IVè République?

Le plus vraisemblable est donc que, de façon claire et rapide, Emmanuel Macron soit un président contraint à cohabiter avec une majorité homogène qui ne le soutient pas politiquement et qui gouverne à sa place. Compte tenu de son manque d’expérience, cette situation ne manquera pas de le mettre en difficulté et d’affaiblir durablement la fonction présidentielle.

Même si ce retour à l’esprit de la IVè République n’est pas formalisé immédiatement, il ne tardera pas à apparaître comme tel aux yeux des Français. Ainsi disparaissent les régimes qui croient pouvoir se réformer par les hommes et non par les institutions.

27 commentaires

  1. Pierre dit

    Quel pays…

    Le sida mental progresse.

    L’UMPS affiche sa propre carricature… Gauche, droite… tous à la soupe, tous appellent à voter Macron.

    Comme prévu. Rien de neuf.

    Ingouvernable ? Bien au contraire… comme CDU + SPD… la « grande coalition » marchera très bien.

    Pourquoi se battraient-ils à l’Assemblée ? Alors qu’ils sont tous complices, cette soirée l’a démontré une fois de plus.

    On en reprend pour 5 ans de sida mental, de nimportnawak, de gloubi-boulga préchi-précha mondialiste et europhile… Cinq ans d’invasion migratoire fanatique.

    Les Français n’ont que ce qu’ils méritent. Peuple de lâches… capables uniquement de dire : « encore 5 minutes monsieur le bourreau ».

    Ne rien changer, surtout… Faire comme si de rien n’était.

    • Citoyen dit

      « Faire comme si de rien n’était »
      Ce n’est pas totalement un hasard, si au soir de chaque attentat, la seule solution qu’ils trouvent, c’est de mettre des bougies et des fleurs …
      Malheureusement, tout se tient.

    • Pierre dit

      J’oubliais… Une petite pensée émue pour le camarade François, sur ce blog.
      😉
      Faut bien garder un peu d’humour en ces heures les plus sombres de l’histoire du pays…

    • Cotton dit

      Hélas, beaucoup de vérités. Le Général a dit :  » Les français sont des veaux ….. ».
      Cela se vérifie encore. Incapables de se décider, et souvent des ignards en politique, qui ne font fonctionner leurs neurones
      (quand ils en ont) qu’une fois tout les 5 ans, pour installer le masochisme ambiant et continuel. Les mêmes qui vont raler
      durant 5 ans après leurs « propres » élus.

  2. scaringella dit

    Oh la la … L’essentiel est oublié. Micron n’a pas besoin de programme ni de majorité. Le pouvoir est à washington, à bruxelles et à berlin.
    La politique appliquée sera la même en pire en appliquant les directives de l’étranger. Les législatives ne donnant pas de majorité la voie
    sera libre pour tout faire passer par ordonnances. Le gouvernement de copains et de mercenaires n’aura pas besoin d’une politique, elle est décidée à l’étranger, et pourra juste se goinfrer sur le dos des idiots utiles qui ont voté pour l’acteur au rabais. Tout va pour le mieux, dans le …
    meilleur des mondes. Le roi est mort, vive le roi, vive Macron!!

    • Jiff dit

      Le pouvoir est à washington, à bruxelles et à berlin.

      Sauf que:
      * Bruxelles prend maintenant ses ordres de Berlin,
      * Berlin n’a jamais cessé de prendre les siens de Washington (c’est le 51ème état, le 52ème étant la Suède).

      On a beau dire, on en revient systématiquement à la conférence de presse du petit chevelu, qui montrait très exactement ce cas de figure à terme et ne croyait qu’à l’europe des nations, mais pas plus loin…

  3. Greg dit

    Je suis en état de choc. Les français vont elire un ex-banquier. Ils ont vraiment cru à la révolution Macron.
    On voit quand meme que les lignes sont en train de bouger à l’extreme gauche, ils leur faudra raisonnablement choisir entrr la lutte contre la finance et celle contre l’extrême droite. Même si je n’attends pas des miracles non plus.

    • Hermodore dit

      Le plus « drolatique », c’est que ceux qui ont fait ce choix d’un « banquier » sont les mêmes qui, il y a cinq ans, avaient fait le choix d’un « ennemi de la finance » (j’en connais un paquet autour de moi). Mais ceux-là n’en sont pas à une contradiction près: il votent avec leurs pieds.

      • Deres dit

        Ils votent en suivant la consigne des médias. Et les médias sont aux ordre du grand capital. Même plus du capital. Ce n’est même plus un combat à l’ancienne des gros contre les petits, c’est un combat des milliardaires contre les français. Ceux-ci avait choisi un homme politique la dernière fois et devant sa déconfiture complète, ils ont décidé de mettre directement une marionnette à eux au poste pour avoir un meilleur contrôle. Il faut donc s’attendre à une politique uniquement ne faveur des grandes entreprises mondialisés, les petites pouvant crever en échange de leurs avantages.

      • Cotton dit

        Bien d’accord. Perso, je me suis toujours posé la question:  » pourquoi Macron a-t-il quitté la banque Rodtchild? Et surtout pour s’engouffrer dans la « haute fonction publique » puis dans la haute politique?
        Aucun cadre supérieur sérieux, doué d’intelligence, aurait fait de telles bêtises, par les temps qui courent dans le domaine de l’emploi.
        La vérité est sans doute ailleurs. On ne sera jamais les vrais raisons de telles décisions incohérentes, qui promettent de graves problèmes s’il est élu président.

        • Jiff dit

          Simple, ce pays est l’un des derniers à résister à la mondialisation (telle que la voient les gros financiers: tout pour eux et les miettes pour les autres, s’il en reste) – donc, quand on n’y arrive pas par la porte, on passe par la fenêtre.
          Rien que la possibilité d’aller piquer dans les comptes des particuliers, érigée en dogme européen, en dit long sur LE plan derrière les plans.
          Reste que si le pire devait advenir, le portefeuille du citoyen ne sera pas le seul impacté, car certains ne se laisseront certainement pas tondre sans riposter avec une vigueur au moins égale…

  4. Pierre Guillery dit

    Et si les électeurs donnaient au nouveau président une majorité – comme ils l’ont fait à chaque fois ? Votre logiciel de lecture droite-gauche deviendrait alors inopérant. Se remettre en question, c’est compliqué, inconfortable. Mais sain.

    Souverainisme contre ouverture. Conservateurs contre réformateurs. Nationalistes contre européens. Enfin un vrai débat. Suite dans 15 jours, un nouveau jeu complet le 18 juin. Intéressant.

    • Guillaume_rc dit

      Effectivement, il est possible qu’une majorité (qualifions là de centriste) soutienne Macron.
      Et que notre hôte ait tort de raisonner avec le clivage droite-gauche.

      Reste que votre clivage à vous Nationalistes contre Européens est lui aussi simplificateur.
      On a quand même une frange relativement importante de l’opinion (au moins 20%) qui ne rejette ni l’Europe ni la Nation.
      Et cette frange est orpheline.
      De même pour le clivage Réformateurs vs conservateurs. On peut vouloir réformer l’économie, les institutions et être conservateur au sens où l’on s’attache aux valeurs de transmission, d’Histoire, de communauté nationale.

      Bref, la France est fragmentée et j’ai tendance à imaginer un retour à la IV°. Or, le contexte international étant ce qu’il est, une République impuissante c’est quasi suicidaire.

      • Jiff dit

        une République impuissante c’est quasi suicidaire.

        Oui et non, car tant qu’elle est impuissante, elle ne fait pas ce qu’elle a fait de mieux durant les 50 dernières années: des conneries.
        Regardez les Belges, leur pays n’a pas explosé dans une boule de feu nucléaire apocalyptique parce qu’ils n’avaient pas de parlement stable; bien au contraire, le temps que la machine a conneries était passablement grippée, les entreprises kapitaliss en ont profité pour prospérer honteusement pendant ce temps-là ;-p)

      • Deres dit

        Vu le vide abyssal de son programme, il n’y a pas de risque. Il promet juste de changer quelques potard de ci et de là, sans rien changer de fondamental. Par exemple, changer le CICE en baisse de charge (en 2022 …) qui est simplement un ajustement comptable … Et d’augmenter encore un peu la CSG donc les impôts pour boucher les trous.

        • Jiff dit

          augmenter encore un peu la CSG donc les impôts

          FAUX: la CSG n’est pas un impôt, contrairement à ce que certains souhaiteraient faire croire, c’est une cotisation sociale – si pour le porte-monnaie du contribuable le distinguo est négligeable (pour l’instant), comptablement et surtout fiscalement parlant, il et incontournable (et c’est la seule barrière qui empêche les débiles profonds de bercy de la faire fusionner avec l’impôt sur le revenu.)

  5. Evariste dit

    « …réussisse l’exploit d’être élu à moins de 40 ans et au terme de sa première candidature à la présidentielle (ce qui mérite d’être salué) » (E.V.)
    Avec aussi l’appareil d’Etat derrière lui, ça aide.

    Diverses remarques, sans rapport :

    – Mea culpa : Je me suis trompé en écrivant que les gens commençaient à voir clair et que la baudruche Macron, banquier sans patrimoine et hollandiste sans programme, se dégonflait (mon commentaire : http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2017/04/07/mais-alors-macron-il-propose-quoi-vraiment/#comment-14759 ).
    – Comme je le pressentais, les sondages surestimaient le Grand Méchant Mélenchon, ce qui a pu plomber Fillon et avantager Macron. Article du 20 avril : http://www.lepoint.fr/technologie/olivier-mathiot-je-suis-trop-con-j-aurais-du-voter-macron-20-04-2017-2121232_58.php
    – Quitte à avoir une cohabitation, je préfère avoir Marine présidente et majorité LR à l’assemblée. Le simple fait (entre autres) de penser que Macron couvrira les basses oeuvres du « cabinet noir » hollandien m’empêche absolument de voter pour lui.

    • Contrairement à ce que certains croient, Macron n’est pas encore (ou déjà) élu. Une petite distraction de l’électorat, et l’impopularité haineuse qu’il subit déjà pourrait se cristalliser. Ce que vous suggérez, Le Pen à l’Elysée plus un majorité LR, peut se produire.
      C’est pour cela qu’il faut ABSOLUMENT voter Le Pen au second tour. Franchement je ne comprends pas le problème: pour ce qui me concerne le vote Macron que tous les lâches pourris nous conseillent (Sarkozy et Fillon sont parmi eux) est infiniment plus vomitoire que celui de la bourgeoise chtarbée sous éduquée et bégayante. Elle au moins est une vraie communiste et le désastre de son arrivée stimulera à nouveau ce qu’il y a de libéral en France. Les LR pourraient alors être fondés à faire en urgence ce que voulait Fillon et qui déjà indispensable.
      Un scénario presque optimal !

      Il faut absolument que des politiques énergiques soient déjà lancées quand les taux commenceront à remonter vraiment. Si on laisse Macron et les débats internes à la gauche qu’il va initier (libéralisme contre assistanat), la France sautera et c’est le FMI qui tranchera.
      Certains rêvent bien sur d’une conversion finale de Macron mais ils se trompent absolument: cet homme est en fait chargé de faire baisser les prix du patrimoine français, maintenant en passe d’être entièrement vendu. De plus c’est un orfèvre en vente d’appartements, c’est son métier, il est venu l’exercer. Ne pas comprendre cela est de l’aveuglement.

      Il faut donc affaiblir au maximum le sinistre pantin. Les LR ralliés à Macron se feront laminer aux législatives. La seule chance c’est Le Pen !
      Que ceux qui ont envie de se battre se battent !

    • Jiff dit

      Je serais assez d’accord avec vous, surtout parce ledit sort sera de toutes façons fait aux frais des résidants, et pas autrement.
      Je crois que je vais refaire un passeport avant que l’actuel ne pérempte…

  6. vincent dit

    ca va? vous allez pleurer? pourquoi macron a t’il donc tant votre respect? Hein? c »est parce qu’il est jeune et dynamique et que c’est bien d’avoir un président sur le front duquel il est écrit « je vais vous enculer »?

    Et au passage, on dit pas les « mélanchonniste » connard, on dit la france insoumise, force d’opposition qui nourrit un autre projet que l’ultra libéralisme alors mettez votre mépris là où je pense

    a bon entendeur

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