Accueil » Archives pour avril 2017

Mois : avril 2017

Clémentine Autain, l’hautaine (et frivole) bobo de Mélenchon, est-elle une démocrate?

Tout le monde a assisté à cette instructive et effarante interview de Clémentine Autain, porte-parole de Mélenchon, qui découvre en direct le programme de son candidat:


Clémentine Autain découvre un point du… par Lopinionfr

On appréciera la remarque sur la « philosophie générale du programme », qui fleure bon la caution habituelle donnée par la gauche bobo aux excès totalitaires des marxistes-léninistes: c’est vrai que le goulag, c’est pas bien, mais c’est la philosophie générale qui compte, pas les détails de sa mise en oeuvre. Et la philosophie générale, c’est la solidarité, le progrès de l’humanité, et les bisous partout qui font qu’il est infiniment moins grave de mourir sous les balles de la Guépéou ou de Pol Pot qu’à Auschwitz.

Mais que Clémentine Autain soit la porte-parole d’un programme qu’elle ne connaît que dans les grandes lignes serait un péché véniel si l’approximation ne dissimulait pas une supercherie politique beaucoup plus inquiétante. Celle du mélenchonisme.

Mélenchon l’anti-élite et sa porte-parole si people

Mélenchon et consors adorent la jouer populo. Eux, c’est le mouvement social contre le capitalisme. Eux, ce sont les petites gens contre le mur de l’argent. Eux, c’est le peuple contre l’élite. Mais quand on gratte, on découvre le mensonge de cette posture dont Clémentine Autain constitue une illustration magistrale. On ira par exemple fouiller dans le magazine Marie-Claire ce portrait croisé de Clémentine Autain et de son père. On ne résiste pas au plaisir d’en produire les meilleurs extraits:

Fille unique de saltimbanques, Clémentine bluffe son père par son professionnalisme (« Première manif en 1997 ­ j’y étais ­, élue à 27 ans, à l’aise à la télé… »). (…)

Clémentine Autain : Je suis fière d’être fille d’artiste. J’adore le voir sur scène, alors que je n’aimais pas voir ma mère (Dominique Laffin, ndlr) au cinéma, à part dans « La femme qui pleure » de Doillon. (…)

Votre meilleur souvenir ensemble ?

Elle : J’avais 3 ans, je me suis endormie derrière le rideau de scène pendant qu’il chantait.

Là, on est loin de l’OS de chez Renault, du smicard qui trime en banlieue. Clémentine, c’est le milieu bobo paillette parisien, dont le « professionnalisme » inventé par Marie-Claire éclate aujourd’hui l’écran. Ces origines sociales lui valent d’ailleurs une première carrière, enfant, dans le monde de la variété. Michel Drucker l’accueille, à 10 ans, sur son plateau. Voilà qui n’a probablement rien à voir avec les entrées que son milieu familial peut lui procurer.

Et c’est quand même la marque de fabrique de la porte-parole choisie par Jean-Luc Mélenchon: on a beau être pour la révolution prolétarienne et contre le grand capital, les relations familiales, ça a du bon.

Une carrière politique avec une petite cuillère d’argent dans la bouche

La famille Autain n’est pas seulement une famille de saltimbanques. C’est aussi une famille engagée. Les parents de Clémentine fricotent avec le parti communiste et la LCR. L’oncle de Clémentine, François Autain, est député, puis sénateur socialiste. Il fut secrétaire d’Etat sous François Mitterrand. Mine de rien, ce petit réseau va devenir une jolie machine de guerre au service d’une ambition qui s’embarrasse peu de scrupules.

Ainsi, en 1990, Clémentine s’engage à l’Union des Étudiants Communistes. Mais l’exigence militante n’est pas son fort. Elle entame donc un périple comme seule une fille à papa protégée par le milieu peut le mener, cabotant des Verts (elle fut candidate aux législatives sous cette étiquette en 1997 contre Christine Boutin) au PS (où elle milite furtivement dans la section… de Bertrand Delanoé), puis du PS à la galaxie PCF (elle devient collaboratrice de Cécile Silhouette, conseillère de Paris). Entretemps, elle fut collaboratrice parlementaire du sénateur socialiste Georges Mazars (son oncle siège dans le même groupe au Sénat…).

Peu importe l’étiquette, pourvu qu’on ait le poste!

En 2001, le Parti Communiste la récupère et la propulse tête de liste dans le 17è arrondissement parisien aux élections municipales. Faut-il, là encore imaginer perfidement que François Autain a glissé quelques mots bien sentis dans l’oreille d’un autre sénateur, Bertrand Delanoé, qui conduit les socialistes à Paris? Et voici Clémentine bombardée adjointe au maire de Paris, à 28 ans. Elle est pas belle, la vie des porte-parole de Mélenchon le prolétaire?

Clémentine, la radicale docile de Bertrand Delanoé

Clémentine Autain fait aujourd’hui profession de radicalité. Elle adore donner de hautaines leçons de morale à la terre entière. Les mauvaises langues ont toutefois noté que, dans l’exercice du pouvoir, Clémentine savait en rabattre pour garder son poste. Lorsqu’elle est aux affaires avec Delanoé, elle se montre en effet extrêmement docile et beaucoup moins portée à la lutte révolutionnaire que ses propos ne le laisseraient croire aujourd’hui.

On reprendra là encore quelques souvenirs rapportés en son temps par Le Monde:

« C’est une élue qui se coltine les contraintes de la gestion municipale. Sa facette actuelle de candidate de la gauche radicale, je ne la vois jamais dans son travail à l’Hôtel de Ville », s’amuse Christophe Caresche (PS), premier adjoint. Cette fidélité, qui frise la docilité, fait grincer des dents chez ses amis de la gauche antilibérale. « C’est une jeune femme pressée qui ne s’oppose pas aux choix du PS à Paris », remarque Francine Bavay, vice-présidente du conseil régional. « On ne peut pas dire qu’elle se soit démarquée », renchérit un proche de José Bové.

On s’en amusera. On en tirera aussi quelques conséquences sur la crédibilité politique de l’intéressée. On sait depuis son passage à la mairie de Paris qu’elle n’est pas du genre à dire ce qu’elle fait, et encore moins à faire ce qu’elle a dit. Pour tous ceux qui auraient des illusions sur la capacité de Mélenchon à mettre en oeuvre son programme, son entourage parle d’expérience…

Les indignations révisionnistes de Clémentine Autain

Ce qui gêne dans le parcours de Clémentine Autain, ce n’est pas qu’elle soit une arriviste opportuniste (même si elle excelle dans ce genre): elle n’est ni la première ni la dernière dans cette tribu, y compris dans une extrême gauche qui lui a fermé toutes ses portes après son mandat à la mairie de Paris. Ce qui gêne, c’est le mode totalitaire de son fonctionnement, en décalage complet avec l’extrême inconsistance de ses convictions.

Par exemple, le viol.

Clémentine Autain explique qu’elle a été violée lorsqu’elle avait 23 ans (c’est-à-dire en 1992, selon Le Nouvel Obs, on n’épiloguera pas ici sur la cohérence des dates, Clémentine Autain étant née en 1973). Elle en a fait l’aveu public dans une biographie parue en novembre 2006. Quelques semaines plus tôt, elle s’était déclarée disponible pour être candidate d’extrême gauche à l’élection présidentielle de 2007. Le 20 octobre 2011, elle publie un livre où elle raconte le même viol. Quelques semaines plus tard, rebelote: campagne électorale. Cette coïncidence constante entre la publicité donnée à son viol et son calendrier électoral est curieuse.

Mais supposons… entre deux livres où elle parle de l’agression qu’elle a subie, Clémentine Autain ne chôme pas. En mai 2011, elle écrit, à propos de l’affaire DSK:

La décence, c’est aussi de ne pas oublier la femme de chambre, qui traverse aussi une épreuve et a une famille qui doit vivre un sale moment. Dans tout ce que j’entends, je perçois à la fois une lecture de classe, qui invisibilise la femme de chambre et prends soin du dirigeant du FMI, et une lecture peu féministe de l’événement.

On y vient… d’un côté, la prolétaire violée, de l’autre le bourgeois violeur. Bouh! Pas bien!

En revanche, quand ce sont des Allemandes ordinaires qui se font violer par des passants probablement étrangers en Allemagne, le discours de Clémentine Autain est très différent, avec ce tweet devenu légendaire:

« Entre avril et septembre 1945, deux millions d’Allemandes violées par des soldats. La faute à l’Islam ? ».

Et voilà! dans la logique totalitaire de Clémentine Autain, les vérités sont relatives et complètement liée à l’idéologie. Quand une blonde aux yeux bleus est agressée sexuellement par un homme seul de type bourgeois, on crie au viol. Quand la même blonde aux yeux bleus est agressée par un prolétaire immigré, on passe sous silence. Et celle à qui hier s’entendait reprocher de se taire se fait tancer aujourd’hui pour avoir parlé.

Il est vrai qu’entretemps Clémentine Autain s’est implantée dans une circonscription de Seine-Saint-Denis où les Musulmans sont très présents. Il ne s’agirait quand même pas de sacrifier sa carrière à quelques convictions…

L’équipe Mélenchon, papesse de l’hypocrisie?

Certains Français ont donc l’illusion que Mélenchon, élu depuis 1986 sans discontinuer (notamment dans un Parlement européen qu’il vomit), est un candidat de rupture qui fera de la politique autrement. Ouvrez les yeux, mes amis, et regardez quels jeunes il met en avant…

Les enseignants appelés à faire battre Fillon

On notera utilement cet article de blog de la présidente de l’association Reconstruire l’école, qui appelle à faire battre François Fillon aux élections présidentielles.

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

S’il existe encore sur ce blog quelques lecteurs, il ne leur aura pas échappé que les apparitions de la Présidente s’y font de plus en plus rares, tant les ingrates activités familiales et multicasquettes de mamysitteuse-taxi-sherpa-cuisinière-chaouch-psychologue-vaguemestre-aide ménagère l’ont accaparée depuis des mois et des mois jusqu’à l’usure.

Pour me sortir de ce silencieux marasme (et avant, sans doute, que l’Assemblée Générale de « Reconstruire l’École » ne confie la présidence à quelqu’un de plus jeune et de plus disponible que moi …), il ne m’a pourtant suffi que d’une sainte et saine colère à voir certains enseignants, des professeurs, des collègues, des êtres cultivés, intelligents, que j’apprécie, que j’admire, pour qui j’ai de l’affection, tomber soudain en amour devant François Fillon, jusqu’à l’aveuglement complet, jusqu’à envisager de lui apporter leur suffrage.

Je ne parlerai pas des affaires, des enfants ni de Pénélope. Ni des costumes ni d’Axa. Ni d’une confondante vulgarité verbale (« casser la baraque », «foutre un procès ») que l’on croyait jusqu’ici réservée au regrettable Sarkozy. Ni d’une démagogie tout aussi confondante (« Je n’ai pas fait les grandes écoles… ») où le châtelain de Sablé/Sarthe nous la joue moitié Thorez moitié Johnny, « fils du peuple » et « je suis né dans la rue ». Non, il sera uniquement question de l’École. Car si les statuts de l’association m’interdisent de donner aux adhérents et sympathisants toute consigne de vote, elles ne m’empêchent pas d’expliquer pour qui NE PAS voter, en l’occurrence donc pour aujourd’hui F. Fillon.

Comment diable est-il possible que des intellectuels, des hommes et des femmes de culture, des personnes attachées à l’École de la transmission et de l’esprit critique, aient à ce point perdu ledit esprit critique pour aller se jeter dans les bras de « Monsieur Socle Commun », ce socle commun d’où naquit tout le mal, évaluation par compétences, réformes délétères du lycée puis du collège, braderie des diplômes et j’en passe ? Pour ne pas alourdir à l’excès l’exposé, je me permets de renvoyer à un texte coécrit avec Agnès Joste et Michèle Gally,http://www.sauv.net/socle.php sur le site du Collectif ami Sauver les Lettres.

Chers amis, chers collègues, parce que François Fillon sort régulièrement quelques piques contre les pédagogistes, allez-vous oublier de quoi il fut l’instigateur et le suivre tels des lemmings dans des eaux glacées où vous succomberez et vos élèves avec vous ?

Parce que vous ne savez (et avouons que c’est tentant…) résister à la Schadenfreude d’imaginer les pédagogues en chambre, tous ceux qui n’ont plus vu de « vrais » élèves depuis des lustres, renvoyés devant les classes et de préférence dans les quartiers nord de Marseille ou d’ailleurs, vous accordez votre confiance à François Fillon pour, en quelque sorte, « faire le ménage » et débarrasser l’institution de ses pseudo-experts en expertise et autres théoriciens du vide éducatif.

Enfin, soyez lucides ! François Fillon ne fera rien (au mieux), et mal, au pire. Pourquoi en serait-il autrement ? Le calamiteux bilan du PS de messieurs Peillon et Hamon et de madame Vallaud-Belkacem doit-il vous faire oublier Xavier Darcos et Luc Chatel ? Chers amis, chers collègues, que vous avez donc la mémoire courte, ou sélective …

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Moi, comme ma presque compatriote la mule du Pape, j’ai de la mémoire. Je me souviens très bien par exemple, lors de la nomination de Xavier Darcos par Nicolas Sarkozy, du grand « Ouf » de soulagement en salle des professeurs : « C’est un humaniste, un lettres classiques », « Il connaît la maison », « Il a déjà été aux affaires », « Il ne nous maltraitera pas trop » …

Et on a vu ce qu’il en fut.

Certes, F. Fillon est conseillé par Annie Genevard, qui fut naguère professeur de lettres, m’a tout l’air a priori d’une « honnête homme » (avec une très jolie voix, de surcroît) et ne dit pas de bêtises.

Mais réveillez-vous, chers amis ! Elle ne fera RIEN, ni plus ni mieux que Darcos et quelles que soient ses bonnes intentions, parce qu’elle ne POURRA rien faire ! Le programme ultralibéral de F. Fillon, les coupes claires dans le nombre de fonctionnaires DONC d’enseignants, le refus maintes fois martelé de « faire encore de la dette » (je vous renvoie à cette ahurissante rencontre (1) avec des aides-soignantes à bout), tout ceci cumulé n’aboutira qu’à une aggravation de vos conditions de travail, et ipso facto de celles de vos élèves : si vous devez travailler 25 heures pour gagner plus, sous la surveillance de votre chef d’établissement ça va de soi (autonomie oblige …), sachant que ces 25 heures en signifient une cinquantaine en préparations et corrections, in fine chers collègues vous travaillerez MAL, vous bâclerez la besogne – ou vous finirez en burn-out si vous restez consciencieux.

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Jetez donc un coup d’œil sur l’ensemble du programme de François Fillon : il est d’une violence sociale sans précédent dans notre pays, pour tout dire thatchérienne, et fait définitivement table rase des « jours heureux » du CNR, fondement de notre système social français ou du moins ce qu’il en reste. Voulez-vous VRAIMENT tout cela pour votre pays, pour vos élèves, pour vos enfants, pour vous-mêmes ?

– Oui mais ses propositions sur l’École, il n’y a que cela qui nous intéresse chez François Fillon, c’est l’essentiel pour nous, etc etc …

Vraiment ??? Pour un peu, mes amis, vous me feriez croire que vous ne savez plus penser politique !

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

ALORS, SOYONS SÉRIEUX, JUSTE CINQ MINUTES : comment pouvez-vous imaginer que l’on va reconstruire l’École dans une France où tout, je dis bien TOUT le modèle social et économique, sera déconstruit ? Comment pouvez-vous concevoir une École seule et debout au milieu du champ de ruines créé par la politique ultralibérale du candidat LR ?

Pour avoir la satisfaction (et qui plus est ce n’est même pas sûr !) de voir dégager un quarteron de pédagonigologistes parasites, allez-vous accepter que les parents de vos élèves soient précarisés, mis au chômage, mal soignés ?

Pour voir revenir le COD et disparaître l’inepte prédicat, tolérerez-vous que les gamins viennent en cours le ventre vide ou traînent l’angine tout l’hiver parce que chez eux on ne pourra plus payer le chauffage ?

Pour pouvoir enseigner le « récit national » (je ne développe pas, c’est un autre débat), consentirez-vous à ce que dans la vie réelle les inégalités se creusent encore et encore, ce qui est quand même tout l’inverse de « faire nation » ?

Quelle mascarade que de vouloir, sous couvert d’égalité, faire porter l’uniforme aux élèves, alors même que la politique économique suivie creusera les écarts de manière effrayante !

Et comment parler de rétablir l’autorité dans l’enceinte scolaire, si le monde hors les murs devient une jungle dérégulée où le plus outrageusement riche aura le dernier mot ?

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

AUCUN PROGRAMME POUR L’ÉCOLE, si bon soit-il (à supposer qu’il le soit, mais je me place dans votre optique, chers amis et collègues) NE PEUT JUSTIFIER LA VIOLENCE SOCIALE ET REVANCHARDE DU PROJET FILLON.

Vous pensez voter Fillon seulement pour l’École et sans vouloir considérer le reste ? Vous aurez le reste, et pour ce qui est de l’École, vous ne verrez dans le moins mauvais des cas pas grand-chose, et un désastre au pire, quelle que soit la bonne volonté de Mme Genevard : plus que jamais, le ministère de l’Éducation Nationale sera à Bercy.

Qu’est donc devenu l’enseignement public britannique sous Mme Thatcher et autres conservateurs ? Une catastrophe : cyniquement, Miss Maggie, la fille de l’épicier, après avoir bénéficié des bourses des gouvernements travaillistes pour accéder aux études supérieures, a rétabli le plafond de verre. Est-ce vraiment cela que vous voulez pour votre pays, chers amis, chers collègues ? Certes, l’École à plusieurs vitesses existe d’ores et déjà chez nous, c’est un fait, entre public et privé, villes et campagnes, avec ou sans bi-langues (latin, grec, allemand …), entre banlieues et centres-villes, sous contrat et hors contrat … Pensez-vous vraiment que le programme de François Fillon va rendre à TOUS les élèves quels qu’ils soient la possibilité de recevoir l’instruction à laquelle ils ont droit, dans un contexte digne et décent ?

FRANÇOIS FILLON ET LES LEMMINGS

Chers collègues lemmings, revenez sur terre ! Le joueur de pipeau Fillon vous entraîne à la noyade, vous-mêmes et les élèves dont vous avez la responsabilité.

Et tant qu’à rester dans la métaphore aquatique et rongeuse, ce n’est pas lemmings qu’il vous faut être aujourd’hui, mais CASTORS – comprendre le fameux « faire barrage » –, à François Fillon autant qu’à Marine Le Pen.

Vous êtes des professeurs, votre métier c’est de réfléchir : sachez penser globalement ! Un programme électoral est un tout ! Souvenez-vous-en avant que de vous prononcer : CE QUI FAIT DU MAL À LA SOCIÉTÉ NE PEUT PAS FAIRE DU BIEN À L’ÉCOLE.

Quand les banques capitalistes financent la sécurité sociale

Il est de bon ton d’opposer les méchants capitalistes du système financier et la gentille sécurité sociale productrice de solidarité et d’intérêt général. La réalité est pourtant un peu différente de cette logique binaire.

Les banques capitalistes au secours de la sécurité sociale

Ce graphique, proposé sur le site de la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES), nuance en effet fortement les idées reçues:

Comme on le voit, 54% de la dette sociale en France est portée par des banques capitalistes, et 33% par des banques centrales. Du point de vue de la répartition géographique de ce portage, on remarquera que les Français ne représentent pas plus de 11% des détenteurs de la dette sociale, et que l’essentiel de celle-ci est aujourd’hui détenue par des Britanniques et des Asiatiques (Chinois et Japonais principalement).

Les pays européens n’interviennent qu’en troisième rang (avec un petit 7% pour l’Allemagne).

On attend donc avec impatience les mesures protectionnistes et anticapitalistes promises par tous ceux qui, aux élections présidentielles, expliquent que la sécurité sociale est un pilier essentiel de la société française. L’augmentation inévitable des dépenses sociales prévues par ces programmes ne manqueront pas de créer un effet tenaille tout à fait destructeur.

Les grandes victimes de ces illusions seront les assurés sociaux, qui sortiront ruinés de ces miroirs aux alouettes.

Santé: le danger Mélenchon prend forme

On a bien tort de sous-estimer l’impact systémique qu’une victoire de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles aurait sur l’ensemble de l’économie française. En particulier, son projet de sécurité sociale intégrale, incluant les remboursements complémentaires, est porteur de risques évidents qu’il faut récapituler pour comprendre à quoi chacun s’engage ou se destine à y apportant son suffrage.

L’étatisation complète de la santé, une idée des élites dominantes

Le projet d’un remboursement total des soins par une sécurité sociale globale revient à étatiser complètement la santé. Dans la pratique, cette ambition, qui est aussi défendue par la technocratie française (on se souvient ici de l’appel de Martin Hirsch et de Didier Tabuteau en ce sens), et incidemment par l’industrie pharmaceutique, revient à confier la totalité de la santé de chaque Français à un pouvoir politique dont personne ne peut connaître les évolutions, ni les tentations futures.

Dans tous les cas, l’idée de Mélenchon n’est certainement pas, comme il le soutient, une idée qui rompt avec le projet des élites dominantes. Elle est au contraire la réalisation de l’une de leurs ambitions.

Un projet social ou un projet politique?

Il faut réexpliquer pourquoi les élites françaises dont Mélenchon fait partie adorent la nationalisation de la santé. Cette extension du domaine de l’Etat est en effet la plus sûre façon de placer les citoyens dans une posture de dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Que l’Etat contrôle la totalité des amortisseurs sociaux est en effet la meilleure garantie dont il dispose pour garder le contrôle de la société.

En ce sens, l’étatisation de la santé ne concourt absolument pas d’une logique de « démocratie participative », ce petit hochet que Mélenchon agite pour occulter la dimension profondément autoritaire de son projet. En réalité, la santé deviendra un levier de pouvoir et de domination définitive dont la « punchline » est déjà connue: pourquoi vous révolter contre un ordre liberticide puisqu’il vous assure un confort tout à fait agréable.

Dans la fable du Chien et du Loup, Mélenchon fait l’éloge du chien.

Une dégradation assurée de la qualité des soins en France

Au demeurant, le confort que l’Etat apportera aux assurés sera de courte durée. Le projet de Mélenchon conduira immanquablement à accélérer la bureaucratisation de la santé à laquelle on assiste depuis plusieurs années. Partout, la concentration des pouvoirs entre les mains d’une caste de gestionnaires débouchera sur une dégradation très rapide des soins et de la prise en charge des patients, comme on le constate dans de nombreux endroits.

Les recrutements massifs annoncés par Mélenchon dans le secteur de la santé, loin de soulager la souffrance des personnels, dilueront indéfiniment les prises de responsabilité dans un système qui produit déjà énormément de souffrance.

La mort de la prospérité est assurée par l’explosion du coût du travail

Pour le reste, la suppression complète des restes à charge encouragera une consommation effrénée des soins par les assurés, sans qu’aucune des stratégies de mitigation du risque actuellement déployées par les assureurs privés ne puisse la juguler. Le coût de la santé augmentera de façon rapide et la situation sera, en quelques mois, insoutenables financièrement.

Parallèlement, l’absorption des complémentaires santé par le régime général conduira à une forte augmentation des cotisations sociales qui produiront très rapidement un chômage encore plus élevé.

Bref, ce projet destructeur, souhaité pour des raisons politiques par les élites technocratiques françaises, ne tardera pas à mettre le pays à genoux.

La France en pleine hécatombe industrielle

Eurostat vient de publier les chiffres de la production industrielle en février en Europe. Ils sont très mauvais, surtout pour la France.

Une baisse globale de la production industrielle…

En février 2017, l’Union affiche une baisse de 0,2% de la production industrielle en un mois dans l’UE 28, et de 0,3% dans la zone euro. Une fois de plus, les statistiques montrent l’effet dépressif de la monnaie unique sur l’activité économique.

Dans l’ensemble de la zone euro, la production industrielle en est pratiquement revenue à son indice de 2010, très inférieur aux indices d’avant-crise.

La France, zone sinistrée

Dans cet ensemble, on s’inquiètera tout particulièrement de la situation française.

Le tableau ci-dessous explique clairement pourquoi:

industrielle

Comme on le voit, certains pays subissent, en février, une baisse très forte de leur activité. C’est le cas de l’Irlande, qui perd près de 35 points d’indice en un mois (ce qui ressemble à un krach économique), des Pays-Bas (6 points), de la France, qui perd trois points.

Surtout, le tableau souligne les différences de situation industrielle par rapport à la situation de 2010, c’est-à-dire d’après-crise. La France fait partie des pays dont la situation, en 2017, est pire qu’en 2010. Au contraire, certains pays européens battent des records en matière de production industrielle. C’est le cas des Etats baltes, de l’Irlande, de la Hongrie ou de la République Tchèque.

Preuve est donc faite que la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui contribue à rebattre les cartes économiques en instillant une nouvelle division internationale du travail, au profit des Etats membres au niveau salarial le plus faible.

Donc, non! ça ne va pas mieux!

Les dirigeants du RSI plaident pour plus d’inquisition contre les entrepreneurs

On lira avec intérêt cette interview accordée par des dirigeants du RSI à la Nouvelle République. Interrogés sur l’exaspération des entrepreneurs vis-à-vis du RSI, les intéressés, Jean-Claude Rondeau, président, et Éric Sarrazin, directeur du RSI de la région Centre-Val de Loire, se livrent à un numéro de Caliméro qui laisse totalement perplexe sur la capacité de ce régime social à prendre en compte les attentes des assurés qui le font vivre.

Quand les dirigeants du RSI jouent aux Caliméro de l’inquisition

Voici le florilège de ce désastre communicationnel produit par les dirigeants du RSI de Centre-Val-de-Loire:

« Dans un contexte économique difficile, de crise, c’est plus facile de s’en prendre au RSI, mais c’est injuste. Il y a une méconnaissance profonde du statut de l’indépendant. On encaisse moins de cotisations qu’on verse de prestations, car les retraités sont plus nombreux », dit le président Rondeau. Il évoque des « arguments électoralistes » développés contre le RSI, qui frisent la démagogie, le populisme ambiant.
Si le RSI est supprimé par le nouveau président de la République élu ? « Il faudra d’abord une période de deux à trois ans pour basculer dans un régime général. Les cotisations n’iront pas à la baisse mais, bien au contraire, à la hausse pour les indépendants, de 30 %. Et il y aurait un problème d’égalité entre les salariés sous contrôle et les indépendants qui ne le seraient pas autant. »

Traduction: critiquer le RSI, c’est populiste (sous-entendu: c’est faire le jeu du Front National), selon une bonne méthode qui consiste à disqualifier toute critique en expliquant qu’elle est forcément simpliste. Et la réponse: il faudrait plus contrôler les indépendants qui le sont moins que les salariés. Et ça, ce n’est pas du tout populiste, comme argument.

Le RSI s’assume de plus en plus comme machine à tuer le travail indépendant

Mais, messieurs les dirigeants du RSI, si vous détestez vos assurés, si vous pensez qu’ils ne sont pas assez contrôlés et qu’ils sont tous des fraudeurs potentiels, changez de métier. Sauf si, bien entendu, vous êtes là pour vous venger d’eux, simplement parce qu’ils ont le courage que vous n’avez pas: celui de vivre de leur propre entreprise.

Vel d’Hiv et FN: la culpabilité sélective de la France post-chiraquienne

La polémique sur les propos de Marine Le Pen à propos de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv’ en 1942, et, au-delà, dans la déportation des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale, ne manque pas de piquant. Elle rappelle une nouvelle fois que la France peut avoir une culpabilité très sélective sur le sujet de l’épisode vichyste.

La diabolisation de Vichy…

En mettant en doute la doctrine chiraquienne selon laquelle la France tout entière serait coupable d’avoir déporté des Juifs, Marine Le Pen a sans doute sous-estimé le poids du discours officiel sur ce sujet (dont la portée dans le pays réel reste à vérifier, cela dit). On l’a vu dans les heures qui ont suivi: le mot « révisionnisme« , voire négationnisme, n’a pas tardé à être prononcé au sujet de ces déclarations, comme si contester la portée de la participation française à l’Holocauste revenait à nier l’existence de celui-ci.

Impossible, donc, de mettre en discussion l’implication de Vichy dans les crimes contre l’Humanité sans s’exposer aux pires accusations sur ce sujet. La rationalité historique n’a plus sa place, curieusement, soixante-dix ans après, dans l’évocation de l’histoire de France. On y verra volontiers la marque de cet effondrement narcissique porté par les bien-pensants.

… est extrêmement sélective

Ce qui prouve la dimension exagérément émotionnelle de la question du Vel d’Hiv’ et de Vichy, c’est le caractère très sélectif de la diabolisation dont cet épisode historique français fait l’objet. Les tenants les plus virulents d’une culpabilité française dans la Shoah du fait de Vichy sont aussi, en effet, les plus fervents (et les plus intolérants) défenseurs de l’héritage vichyste dans la France contemporaine.

Contrairement aux légendes propagées par des films abondamment relayés comme la Sociale, la France d’aujourd’hui a été moins façonnée par le Conseil National de la Résistance que par Vichy. Au coeur de cet héritage, on trouve en particulier la sécurité sociale, avec la retraite par répartition, la création du régime universel sous l’égide de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse, créée en 1941 par le ministre du Travail de l’époque, René Belin, et la création subséquente ces caisses primaires d’assurance maladie, bien connues des Français.

Curieusement, quand il s’agit de défendre les « acquis sociaux », les pourfendeurs de la France actrice de la Shoah font preuve d’une amnésie totale sur les racines vichystes de leur credo.

Les acteurs du Vel d’Hiv’ sont les inventeurs de la Sécu

Mais, diront les bien-pensants, ceux qui ont inventé la sécurité sociale en mars 1941 ne sont pas ceux qui ont organisé le Vel d’Hiv’. Donc, il ne faut pas confondre.

Ah bon? Pourtant, la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs est signée d’un certain René Belin, ministre secrétaire d’État à la production industrielle et au travail. Le même René Belin soutiendra chaleureusement, dans l’après-guerre, l’idée européenne en participant notamment à la création du Comité européen pour le progrès économique et social. Entretemps, il a confisqué les actifs de la retraite par capitalisation créée par la loi de 1930, et les a utilisés, grâce à la loi du 13 mars 1941, pour financer les premières retraites par répartition.

On entendra d’ailleurs avec amusement le mot de sympathie que le maréchal Pétain avait prononcé à cette occasion.

Mais… pour le savoir, il faut gratter un peu, puisque les sites officiels de la sécurité sociale ont savamment gommé cette partie de leur histoire. Cet oubli soudain évite d’inclure la Sécu dans la culpabilité française, et il dispense le Président de la République de demander pardon pour ce crime.

Le lien organique entre la sécurité sociale et le totalitarisme vichyste

Mais, rétorqueront les bien-pensants, la sécurité sociale n’était pas consubstantielle à Vichy, donc son destin peut être dissocié de la responsabilité française. C’est ici que la divergence survient.

Pour une raison anecdotique d’abord: si Vichy a créé un système de sécurité sociale (avec le soutien de la technostructure qui revient dans les bagages du gaullisme en 1944), c’est bien pour s’attacher le soutien des Français. Si Vichy dure jusqu’en 1944, si Vichy ne se heurte pas immédiatement à une résistance populaire, les mesures sociales du régime en sont l’une des raisons essentielles. Entre une résistance inconfortable et une collaboration socialement organisée, la deuxième solution prévaut.

C’est ici qu’il faut comprendre le rôle d’attrape-mouches de cette protection sociale étatisée et monopolistique qu’on appelle la sécurité sociale. Elle est d’abord un instrument de servitude. Elle propose un grand troc aux citoyens: je te protège en te déresponsabilisant. Tu vas donc abdiquer ta liberté en échange de la sécurité que je t’apporte.

On ne sera pas étonné que ce grand nostalgique de l’Union Soviétique qu’est Jean-Luc Mélenchon rejoigne l’aristocratie au pouvoir qu’il pourfend par ailleurs dans sa volonté de mettre en place une sécurité sociale globale, c’est-à-dire débarrassée des derniers éléments de liberté de choix qui lui reste. L’élite au pouvoir comme Mélenchon rêve d’un système où le citoyen serait totalement dépendant de l’Etat, de la naissance à la mort. Non d’un Etat dur, brutal, mais d’un totalitarisme mou où la « mutualisation » et la « solidarité » permettrait d’asservir tous les citoyens et de les placer sous la dépendance constante du pouvoir en place.

En ce sens, la création de la sécurité sociale par Vichy n’est pas un épiphénomène. Elle correspond à un choix logique dont la pertinence n’est plus discutée par les tartuffes qui jouent aux effarouchées de la collaboration.

Rapport Leroy: entrepreneurs, faites comme l’Etat employeur! méprisez vos salariés et violez la loi!

Entrepreneurs, c’est bien connu: vous êtes d’horribles exploiteurs obsédés par le profit et prêts à tout vendre, père, mère, et salariés bien sûr, pour gagner toujours plus d’argent! C’est pourquoi vous méritez d’être accablés d’impôts confiscatoires sans aucune contrepartie. Pourtant, le rapport d’un certain Daniel Leroy sur « les effets du décret n°2011-1474 du 8 novembre 2011 sur l’accès à la protection sociale complémentaire dans la Fonction publique territoriale », présenté devant une obscure instance de fonctionnaires le 29 mars, en dit long sur le réalité du mépris que l’Etat employeur nourrit pour ses collaborateurs et sur l’allégresse avec laquelle l’Etat s’affranchit du droit en vigueur dans ce pays.

Aucune entreprise ne pourrait traiter ses salariés de cette façon.

L’entreprise, territoire de santé

Tous les entrepreneurs ont entendu parler de la généralisation de la complémentaire santé, inventée par l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 et transposé dans la loi du 14 juin de la même année. Elle oblige tous les employeurs à souscrire à un contrat de complémentaire santé pour leurs salariés et à financer au moins 50% des primes de ces contrats. Dans la foulée, le Parlement avait fiscalisé la participation des employeurs à ces contrats, ce qui avait induit une augmentation d’impôt de parfois plusieurs centaines d’euros pour les salariés.

Ce faisant, l’entreprise devenait officiellement un territoire de santé. Jusqu’ici, on estimait à environ 75% le volume de salariés couverts par un accord santé sur un acte volontaire de l’entreprise. La généralisation ne laissait plus le choix aux récalcitrants.

L’Etat employeur se soucie beaucoup moins de la santé de ses fonctionnaires

Depuis 2013, la cause de la santé dans la fonction publique n’a guère bougé. Elle est restée bloquée à ces fameux décrets de 2011 qui prévoient, dans la fonction publique territoriale, la possibilité d’une « labellisation » d’un assureur santé par la collectivité ou d’une « convention de participation » qui prévoirait une prise en charge d’une partie des primes par l’employeur.

Et là tu comprends tout de suite le raisonnement implicite qui guide cette situation surréaliste. Toi, employeur privé, tu es un grand méchant, donc l’Etat te punit en t’obligeant à souscrire un contrat santé pour tes salariés. En revanche, pour ses propres ouailles, l’Etat (au sens large) s’absout lui-même de tous les péchés, donc il évite soigneusement de se soumettre aux mêmes obligations que les employeurs privés.

Du coup, il y a bien d’un côté des employeurs privés qui investissent dans la santé de leurs salariés et des employeurs publics qui considèrent cette affaire comme tout à fait périphérique à leurs missions.

L’Etat employeur n’y comprend goutte

Au passage, on lira le rapport Leroy avec stupéfaction. Il est le fait d’un fonctionnaire comme on voudrait ne plus en voir. Sa question n’est en effet pas de savoir si les fonctionnaires territoriaux sont en bonne santé, s’ils ont correctement accès aux soins, si leurs besoins sont couverts, par exemple en optique ou en prestations dentaires. Non, visiblement, ces questions-là sont bonnes pour les employeurs privés, mais pas pour le public.

Non! le rapport Leroy ne s’occupe que d’une seule question: est-ce que la procédure fonctionne? Autrement dit, est-ce que les fonctionnaires souscrivent à un contrat auprès d’une mutuelle de la fonction publique (nous reviendrons plus loin sur le scandaleux favoritisme dont l’Etat fait preuve vis-à-vis de ses mutuelles). Le reste (à savoir, est-ce que les contrats proposés correspondent aux besoins sanitaires de la population concernée), on s’en fout!

Là encore, on imagine une situation inversée. Que n’entendrait-on pas, si les employeurs ne s’occupaient que de donner du chiffre d’affaires à des assureurs privés en souscrivant des contrats sans savoir s’ils sont ou non adaptés aux besoins des salariés?

L’Etat employeur découvre les contraintes qu’il a imposées sans vergogne aux entreprises

Ce faisant, le rapport découvre les difficultés que personne n’a eu de scrupule à imposer aux entreprises. On lira donc, à titre d’exemple, des phrases stupéfiantes:

Le montant de la participation de l’employeur : la majorité des représentants des personnels rencontrés ont un point de vue critique sur le niveau financier de la participation employeur qui ne leur semble pas assez incitatif pour de nombreux agents. L’étude ne permet pas de dégager un ratio moyen entre le montant de la participation perçu par un agent et celui de sa cotisation, mais certaines collectivités l’estime à environ 20% pour la plupart de leurs agents, à l’exception de ceux aux plus faibles revenus qui bénéficient souvent d’un effort financier relativement plus important de la part de leur collectivité.

La fiscalisation de la participation employeur : l’intégration dans le salaire imposable de la part des cotisations prises en charge par l’employeur apparaît comme peu incitative pour les petits salaires et les temps partiels.

Tiens! mais comment avons-nous fait, nous, les employeurs privés, pour résoudre ces problèmes? Nous avons dû prendre en charge 50% des cotisations, sans que personne ne se soucie de savoir si nous avions les moyens ou non d’assumer cette dépense nouvelle. Il a donc bien fallu se débrouiller, sachant que la majorité de 2012 n’a eu aucun scrupule à fiscaliser la participation employeur, y compris pour les petits salaires.

Et là tu comprends que les gentils fonctionnaires n’acceptent pas pour eux-mêmes le dixième des obligations qu’ils imposent aux méchants employeurs privés.

Les mutuelles demandent de nouveaux privilèges pour les fonctionnaires

Pour développer leur chiffre d’affaires, les mutuelles auditionnées dans le cadre de ce rapport n’ont donc eu aucun scrupule à revendiquer des privilèges pour les fonctionnaires qu’elles ne sont pas parvenues à « capturer » dans leurs contrats extrêmement coûteux. Ainsi, on lira les propos du président de la Mutuelle de la Fonction Publique, M. Brichet, qui propose tout simplement de revenir aux dispositions fiscales d’avant 2013:

M. BRICHET fait observer qu’en matière de protection sociale complémentaire, l’Etat finance 5 milliards d’euros dont seulement 50 millions sont consacrés aux agents publics. Il indique qu’un dispositif fiscal simple permettrait de répondre à la problématique globale d’iniquité des citoyens dans l’accès à une protection complémentaire : le crédit d’impôt.

Il faut lire l’argument entre les lignes! L’Etat employeur ne contribue pas aux contrats santé de ses fonctionnaires parce qu’il n’a pas d’argent (question, redisons-le, dont personne ne s’est soucié lorsque la même charge a été imposée aux entreprises). Et comme personne n’imagine financer la dépense que constituerait cette dépense nouvelle sur des lignes existantes (ce qu’ont fait toutes les entreprises), les mutuelles de la fonction publique trouveraient tout à fait justifié de revenir à la défiscalisation que la gauche a supprimée la bouche en coeur en 2013 pour les salariés du privé.

De cette façon, c’est le contribuable qui financera une mesure nouvelle pour les fonctionnaires… Astucieux, non?

Comment le rapport Leroy annonce une nouvelle violation du droit

Au passage, le rapport Leroy a procédé à deux types d’audition. D’un côté, il a interrogé des services de ressources humaines du secteur public. De l’autre, il a interrogé quatre mutuelles: la mutuelle de la fonction publique (MFP), la mutuelle Intériale (ministère de l’Intérieur), la mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN), et la mutuelle nationale territoriale (MNT). Et les organismes paritaires comme AG2R, Malakoff ou Humanis? et les assureurs privés? et les intermédiaires d’assurance?

Une fois de plus, le droit de la concurrence n’est pas respecté par l’Etat employeur. Une fois de plus, la protection sociale complémentaire est comprise comme un moyen de financer des copains, et pas comme une externalité positive devant profiter à l’assuré lui-même.

C’est bien ce sujet qu’on aurait aimé lire dans le rapport Leroy. Parce que la première raison pour laquelle les fonctionnaires ne s’assurent pas auprès de leur mutuelle, c’est que celle-ci, comme l’employeur lui-même, ne s’intéresse pas à eux, si ce n’est comme prétexte ou comme levier pour se faire du gras.

Prenez-en de la graine, entrepreneurs! il n’y a de bon Dieu que pour les employeurs fripouilles.

Donald Trump a-t-il été remis au pas par le gouvernement profond? Une chronologie troublante…

Dans l’étrange affaire du bombardement de la base syrienne de Khan Cheikhoun, il est étrange de noter que même les médias américains se posent plus de questions qu’ils n’ont de réponse. Fin mars, l’administration américaine annonçait son ralliement au maintien du dictateur syrien en place. Désormais, la même administration propose l’inverse, en n’excluant pas d’autres frappes en Syrie.

C’est donc à n’y rien comprendre.

Il faut quand même lire le communiqué halluciné de Trump après les bombardements

On lira quand même avec intérêt le communiqué de Trump après le bombardement de la base aérienne syrienne par des missiles Tomahawk.

Using a deadly nerve agent, Assad choked out the lives of helpless men, women, and children. It was a slow and brutal death for so many. Even beautiful babies were cruelly murdered in this very barbaric attack. No child of God should ever suffer such horror. (…)

Tonight, I call on all civilized nations to join us in seeking to end the slaughter and bloodshed in Syria, and also to end terrorism of all kinds and all types. We ask for God’s wisdom as we face the challenge of our very troubled world.  We pray for the lives of the wounded and for the souls of those who have passed.  And we hope that as long as America stands for justice, then peace and harmony will, in the end, prevail.

[ En utilisant un agent nerveux mortel, Assad a gazé des vies d’hommes, de femmes, d’enfants sans défense. Ce fut pour beaucoup une mort lente et brutale. Même de beaux bébés ont été cruellement assassiné dans cette attaque absolument barbare. Aucun enfant de Dieu ne devrait pouvoir subir une telle horreur. (…)

Cette nuit, j’en appelle à toutes les nations civilisées à nous rejoindre dans cette recherche d’un terme au massacre et au bain de sang en Syrie., et aussi d’un terme au terrorisme de toutes sortes et de tous types. Nous en appelons à la sagesse divine pour affronter le défi de notre monde si troublé. Nous prions pour la survie des blessés et pour le salut de ceux qui sont morts. Et nous espérons qu’aussi longtemps que l’Amérique se battra pour la justice, alors la paix et l’harmonie finira par triompher ]

Non, mais il a fumé la moquette, Trump, avant de signer ce papier ou quoi?

Il n’est pas sûr que Benoît Hamon, grand bouffeur de curé devant l’éternel, et qu’Emmanuel Macron, grand défenseur de la laïcité, aient bien lu l’inquiétant communiqué millénariste de la Maison Blanche avant de prendre position sur le sujet. Tous les grands défenseurs de l’Europe, garante de la paix, feraient bien de s’interroger aujourd’hui sur le sens de leur engagement… Parce qu’à lire Trump, il n’est pas bien sûr que notre continent reste en paix très longtemps.

Quelles hypothèses pour comprendre la conversion de Trump au millénarisme?

Reste que nous sommes globalement passés d’un Trump isolationniste, qui trouvait que l’OTAN coûtait trop cher et que la Russie n’était pas si diabolique, à un Trump millénariste et manifestement convaincu du rôle divin que l’Amérique doit endosser dans l’avenir du monde.

On se demande bien pourquoi et plusieurs hypothèses peuvent être émises ici.

L’hypothèse de la sincérité

Une première hypothèse pour expliquer ce renversement est celle de la sincérité de Trump. Le président américain est un isolationniste. Il a laissé son équipe annoncer son accord à un maintien d’Assad en place pour avoir la paix, convaincu que ce geste était « l’huile de coude » qui manquait pour régler le conflit.

Mais, entre les essais balistiques nord-coréens et le bombardement chimique décidé par Assad, Trump a brutalement compris que, loin de garantir la paix et la sécurité des Etats-Unis, l’isolationnisme américain était interprété par tous les dictateurs du monde comme le début de la grande récréation internationale. Il a décidé de siffler la fin de la récréation en répliquant vertement à l’attaque syrienne contre des civils.

Dans cet esprit, Trump n’exclut rien, partant du principe que toute action décidée au cas par cas pour protéger les intérêts américains est bonne.

L’hypothèse de la manipulation de Trump par la CIA

Une autre hypothèse, que nous qualifierons d’intermédiaire, consiste à soutenir que le bombardement au gaz sarin est en fait une manipulation organisée par « l’opposition syrienne » pour justifier un revirement de doctrine de Trump.

Selon cette hypothèse, la CIA n’aurait pas du tout apprécié que l’administration Trump accepte le maintien de Bachar Al-Assad au pouvoir. Elle aurait donc monté un bombardement de civils par agent neuro-toxique en accusant le régime syrien d’en être à l’origine. Le fort potentiel émotionnel des images diffusées à cette occasion aurait sincèrement troublé Trump et l’aurait convaincu de changer de doctrine.

L’hypothèse de Trump remis au pas par le gouvernement profond et sa chronologie troublante

Une autre hypothèse est celle d’une remise au pas consciente de Trump par le gouvernement profond américain, le fameux complexe militaro-industriel qui sait son existence économique menacée par une stratégie de paix avec la Russie et un désamorçage des conflits au Proche-Orient. Sur ce point, la chronologie peut permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Le 30 mars, l’administration Trump se rallie officiellement au maintien en place du régime syrien.

Dès le 31 mars, trois anciens conseillers de Trump annoncent leur décision « spontanée » de témoigner devant le Congrès sur l’implication de la Russie dans l’élection de Trump.

Le 6 avril, le New York Times révèle (ce qui ressemble à une fuite organisée par la CIA pour achever de convaincre Trump) que la CIA était informée de l’ingérence russe en faveur de Trump dans la campagne électorale américaine. Cette révélation tombe le lendemain du bombardement chimique. Face au refus de Trump de frapper Assad, la CIA entame un bras de fer avec lui et commence à le menacer de révéler ses secrets.

Le même jour, Trump comprend que la CIA a décidé de le torpiller. Pour éviter la crise, il se range à la décision de bombarder la Syrie.

Le bombardement chimique peut-il être une manipulation?

Cette question fait partie des topics complotistes. Il est avéré qu’une attaque chimique a eu lieu à Idlib en Syrie. La question porte sur son origine. Est-elle forcément le fait du gouvernement syrien?

La réponse est évidemment difficile à fournir. On notera que les médias russes (suspects de subjectivité) commencent toutefois à apporter des arguments à cette théorie.

Dans tous les cas, il est désormais avéré que le réchauffement des relations entre la Russie et les Etats-Unis, que Trump pouvait laisser espérer, a vécu.

Mais alors, Macron, il propose quoi? vraiment!

Article écrit pour Atlantico

Après l’Émission Politique de France 2, beaucoup de téléspectateurs ont profité du spectacle Macron, de son aisance, de son brio, de son intelligence, et comme quand on termine de suçoter un bon chamallow, l’intérieur des joues couvert de sucre, on se demande: « Mais il reste quoi de cet intense moment de plaisir? », beaucoup se sont aussi demandé: « Mais il propose quoi, en vrai, Macron? » C’est vrai qu’une petite gâterie devant son écran de télévision n’est jamais de refus, surtout entre des images d’enfants syriens suffocants et de bombardements américains en réplique. Mais une fois la gâterie macronienne terminée, que savons-nous au juste de ce qu’il fera une fois élu, en dehors de très belles et très people apparitions à la télévision où, façon Hollande, il nous expliquera qu’il est le président des bisous, qu’il nous aime, qu’il croit à la France, et que s’il avait lu ses fiches il connaîtrait le contenu de l’action gouvernementale?

Macron face à la Syrie: l’exemple d’une interrogation qui pose problème

Prenons l’exemple de la Syrie. Le journaliste demande à notre futur Président quelle serait sa réaction devant le cas d’école tiré de l’actualité du jour: un bombardement chimique contre des populations civiles en Syrie.

Là, tu t’attends à un minimum de real politik. Le gars, il est susceptible, dans un mois de passer de l’étude de cas dans un séminaire de l’ENA à un exercice grandeur nature. Tu te dis qu’il a bien compris que des vies humaines, le destin du monde peut-être, est en jeu. Il ne s’agit plus, comme à l’école, d’avoir une bonne note à l’oral pour sa capacité à la langue de bois. Il s’agit d’expliquer au pays quelle sera la ligne de la France dans un VRAI conflit international.

Eh bien! non! le gars, il continue à te baratiner comme s’il était devant le jury de l’ENA.

« Bachar al-Assad n’en est pas à son premier crime. oui, c’est un criminel. Oui il y a eu des crimes à l’arme chimique en 2013. Oui il faut une intervention militaire sous l’égide des Nations-Unies. Il faut agir fortement dans le cadre d’un mandat des Nations Unies. (…) Il faut qu’il y ait une sanction contre le régime actuel. Notre priorité est la lutte contre Daech. Ce n’est pas contradictoire. Il faut construire la sortie de Bachar al Assad. Il faut travailler avec ses représentants pour le sortir de Syrie mais pas au prix de l’instabilité en Syrie. »

Merci Emmanuel! grâce à toi je comprends enfin ce qui manquait à mes études de cas à l’ENA: le capacité à aligner des phrases contradictoires affirmant tout ce que le jury a envie d’entendre, tout en expliquant qu’il n’y a évidemment aucune contradiction à soutenir tout cela dans le même raisonnement. Ainsi, je comprends que pour friser le 10/10, il faut expliquer que la priorité, c’est la lutte contre Daesh, mais qu’on va commencer par une intervention militaire contre Assad, dont on négociera la sortie pacifique avec ses représentants sans menacer l’ordre interne syrien.

Et là, tu te dis que c’est à ce gars-là, qui confond exercice du pouvoir et passage d’un oral à l’ENA, que tu vas confier le code secret de l’arme nucléaire. Sauf à se demander qui prendra les vraies décisions pendant qu’il ira faire le beau devant les caméras, on en a quand même froid dans le dos.

Qu’on le veuille ou non, il y a autour de Macron un problème de crédibilité

Cet exemple syrien qui a eu la bonne idée d’ouvrir l’émission d’hier soir, où la chaîne publique a par ailleurs beaucoup plus ménagé Macron que Fillon dans un déséquilibre désormais permanent de l’information politique en France, soulève l’incontournable question de la crédibilité de l’ancien ministre de l’Economie.

Personne, bien entendu, ne remet en cause son brio, son intelligence, et toutes ces choses positives qui font de lui le gendre ou le mari idéal. Maintenant, une question s’imprime dans les esprits: au-delà de la communication qui consiste à dire à l’interlocuteur ce qu’il a envie d’entendre, que pense véritablement Emmanuel Macron, et quelle est sa vision pour le pays?

Les mauvaises langues diront qu’il ne pense rien et qu’il ne voit rien. Il se contente de répéter à l’envi ce qu’il a entendu dans les dîners en ville à la mode. Certes, il répète avec talent. Mais le jour J, décidera-t-il de déclarer une guerre nucléaire à la Russie pour chasser Assad simplement parce qu’il l’aura lu dans une petite fiche, ou bien se dira-t-il que cette décision implique autre chose qu’un esprit mondain, aristocratique, que la faculté de briller dans les salons pour mettre en pamoison quelque mignonne ou mignon totalement inféodé(e) à sa cause?

Un homme sans patrimoine peut-il être crédible?

Et là encore, l’embarras survient. Parce que Macron, il a une bonne gueule bien sympa. Quand on l’écoute ou on le voit, on se dit qu’on doit même pouvoir passer des soirées rigolotes avec lui. De bons moments. Mais c’est précisément cela qui nous gêne: Macron est l’homme du moment, et même de l’instant. On a l’impression qu’il vient de nulle part et qu’il n’a pas envie d’aller plus loin que l’Elysée. C’est son objectif, son ambition, sa récompense et son identité. Son enjeu, c’est un poste, quand notre enjeu, c’est la France millénaire.

La preuve? Par exemple, le bonhomme s’est quand même palpé plusieurs millions quand il était chez Rotschild, et il n’a même pas acheté un appartement avec cette petite fortune. La France existe depuis 2.500 ans et même plus. Elle regorge de joyaux architecturaux qui appartiennent au patrimoine mondial de l’UNESCO, et l’homme qui veut en devenir président n’a même pas un deux pièces dans Paris, à lui, pour vivre.

On ne peut ici s’empêcher de reboucler avec sa déclaration de patrimoine, en admettant qu’elle soit sincère. Macron est un flambeur. Il ne veut pas d’attache. Il ne se projette pas dans un collectif qui le dépasse. Il ne s’imagine pas vivant après sa mort. Il n’éprouve pas le besoin de laisser des biens derrière lui, après lui. Personnellement, j’ai de la sympathie pour ces tempéraments incandescents qui brûle la vie par les deux bouts de la chandelle. Maintenant, ces tempéraments-là sont-ils faits pour présider la République?

Les mauvais esprits fileront l’analyse en remarquant que l’une des propositions phares de Macron consiste à supprimer la taxe d’habitation pour 80% des Français. C’est curieux, de voir comment Macron est décidé fâcher avec l’idée d’habiter quelque part, et comment il veut au fond délier le lieu où l’on habite et le financement des équipements qui permettent d’y vivre. Comme si sa névrose d’habiter nulle part devait bénéficier à tous les Français. C’est en ce sens, que Macron et sa parole n’incarnent pas le pays profond: les Français sont de fervents patriotes qui adorent habiter la France autant qu’ils sont si souvent habités par elle.

La France est l’une des plus vieilles nations du monde. C’est à la fois une chance et un handicap. Elle ne peut être gouvernée dans l’oubli de son histoire et dans l’indifférence de ce qu’elle sera demain. Et, sur l’oubli comme sur l’indifférence, la candidature Macron, malgré l’accumulation d’assertions, de phrases rhétoriques, de mots travaillés par des professionnels de la communication, est loin d’avoir levé toutes les ambiguïtés, voire les doutes.