Accueil » Pourquoi et comment Emmanuel Macron prépare une révolution jeune-turc

Pourquoi et comment Emmanuel Macron prépare une révolution jeune-turc

Cet article a été lu 13964 fois

Emmanuel Macron n’est pas encore élu et déjà se dessinent les contours spécifiques de la politique qu’il entend mener. Ceux-ci ne résident pas tant dans l’originalité de son programme (qui est discutable) que dans la méthode qu’il compte mettre en oeuvre. Celle-ci devrait, in fine, insuffler une logique jeune-turc dans la conduite du pays, au sens où une jeune élite d’officiers avait décidé, à la fin du XIXè siècle, de moderniser rapidement l’État ottoman. De fait, la Turquie de l’époque était perçue, à l’instar de la France, comme l’homme malade de l’Europe.

Révolution Macron, révolution générationnelle

Beaucoup attendaient une révolution des idées. En réalité, Macron portera la révolution sur la génération et sur l’âge des protagonistes qui animeront le pouvoir demain. Le premier effet du nouveau Président consiste à accélérer l’arrivée au pouvoir d’une classe d’âge qui devait attendre que deux générations précédentes s’effacent avant d’accéder elle-même aux responsabilités.

D’une certaine façon, Macron propose à un lot de jeunes gens d’enjamber les sexagénaires et les quinquagénaires, de les remplacer pour faire mieux qu’eux. De ce point de vue, Macron peut se targuer d’avoir trouver les « codes » pour réussir ce que beaucoup ont échoué avant lui (on repense ici au mouvement des « rénovateurs » avortés, au RPR, dans les années 90).

Il traduit bien la difficulté d’un renouvellement normal du personnel politique en France.

Une révolution managériale

Cette nouvelle génération ne renouvelle pas à proprement parler le corpus idéologique de référence. Macron s’inscrit dans la longue lignée européenne et dans une sorte de social-démocratie soucieuse d’assainir les finances publiques. Mais ces idées ne sont pas nouvelles et, à de nombreux égards, elles sont sans surprise.

Ainsi, quand Emmanuel Macron propose de transformer le CICE en baisse de cotisations, il témoigne finalement de son profond réalisme: actons le réel et stabilisons-le plutôt que de le changer.

Ce qui change ici, ce ne sont pas les idées, mais l’intention et l’ambition de les conduire. Macron se positionne en manager du changement: il veut « reprendre le manche », instiller du dynamisme, de la volonté, de l’autorité, là où une comitologie complexe s’est si souvent substituée à la décision et à la responsabilité individuelle. On a beaucoup parlé de logique horizontale dans la démarche d’Emmanuel Macron, on ne tardera pas à comprendre qu’elle repose en réalité sur l’inverse: la vision « jupitérienne » du pouvoir s’inscrit dans la prise de responsabilité qui caractérise le manager…

Une révolution étatiste et non libérale

Une erreur fréquemment répétée à gauche consiste à qualifier le programme macronien de « libéral ». C’est évidemment une incompréhension profonde vis-à-vis du mouvement qui s’initie: Macron n’est pas un libéral mais, au contraire, il est un étatiste.

Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner la première réforme qu’il veut mettre en oeuvre, celle du marché du travail. Là où la loi Larcher prévoit une saisine préalable des partenaires sociaux pour une négociation interprofessionnelle, Emmanuel Macron préfère une intervention directe de l’Etat et du gouvernement. Il ne peut y avoir d’exemple plus fort du non-libéralisme du nouveau président que cette reprise en main directe d’un domaine traditionnellement délégué aux partenaires sociaux, c’est-à-dire aux corps intermédiaires.

Cet exemple saisissant de « ré-étatisation » et de recentralisation des politiques publiques peut être déclinée à l’infini. Toujours pour le marché du travail, Macron propose une nationalisation de l’assurance chômage jusqu’ici entièrement gérée par les partenaires sociaux. Pour la forme, il conservera ceux-ci dans le conseil d’administration du nouveau système, mais le pouvoir sera exercé par l’État.

Peut-on trouver meilleure preuve de la distance qui sépare Emmanuel Macron et le libéralisme?

Une révolution jacobine plutôt que girondine

Un autre mythe que certains ont répandu autour d’Emmanuel Macron, dans la ligne de son « horizontalité », est celui de son appétence pour une vision « girondine » de la société, c’est-à-dire une vision décentralisée. Là encore, on ne tardera pas à comprendre que c’est exactement l’inverse qui se joue.

Une autre de ses réformes emblématiques, la suppression de la taxe d’habitation, en constitue la parfaite illustration. Au-delà de l’effet que cette mesure peut avoir sur le pouvoir d’achat, elle aura d’abord un impact majeur sur l’indépendance des collectivités locales vis-à-vis de l’Etat. Là où les collectivités avaient la faculté de choisir librement leur taux d’imposition, elles dépendront désormais des dotations que l’Etat leur concèdera. Il est assez fascinant de voir qu’en dehors d’Anne Hidalgo à Paris, aucun élu local n’ait mené une fronde contre cette lame de fond qui se prépare.

Dans tous les cas, c’est bien un mouvement de reflux qui se prépare dans la stratégie de décentralisation menée de façon constante depuis 1981…

La geste jupitérienne et son pouvoir de séduction sur les Français

Face à ces révolutions en profondeur, Macron compte sur un atout dont nous avions oublié le contenu: la séduction d’un peuple qui vit en démocratie pour la geste autoritaire, verticale, monarchique. Les Français reprochaient au fond tant à Sarkozy qu’à Hollande de ne vouloir pas être Roi. Ils aiment, chez le nouveau président, qu’il assume ce désir.

28 commentaires

  1. Pierre dit

    D’accord avec vous sur la description du caractère de Macron. Votre démonstration portant sur son pseudo « ultra libéralisme » , mythe répété par tous les gauchistes décérébrés, est parfaite.

    Mais deux remarques :

    -il ne suffit pas d’annoncer des « réformes » ou de se rêver en « Jeune Turc », sabre au clair.
    Ainsi, la suppression de la taxe d’habitation… ne se fera pas. Y’a plus de sous ! Juncker/Merkel, les vrais boss, ont donné le mot d’ordre.
    Beaucoup d’autres sujets risques de s’enliser… Ou d’être reportés (exemple prélèvement à la source… « on va le tester dans une sous préfecture »)… Bref, il ne pourra pas « trancher en manager » aussi facilement que vous le pensez.

    Un bon test pour les entreprises : les critères de pénibilité. On attend leur suppression pure et simple (mécanisme délirant, orwélien)… Mais Macron est très anguillle à ce sujet…

    Autre exemple concret : Manolo Valls. Macron le traite de « traître » dans le documentaire… et pourtant depuis lundi, le sketch au sujet de l’investiture du rampant catalan n’a toujours pas été « tranché ». Si Macron était si jupitérien que cela, si manager, il aurait envoyé bouler Valls, façon Trump : « You are fired ». En ajoutant pour la bonne bouche « va mourir en enfer ».

    -enfin il ne suffit pas de se déclarer « jupitérien » pour l »être… De Gaule l’était naturellement… On va vite se rendre compte que Macron est plutôt un sale môme, pourri gâté.
    Un seul exemple : le documentaire « micro cravatte ouvert en permanence pendant 200 jours »… Pour le Roi Soleil façon Versailles on repassera…
    On aura très vite des scandales : parties fines à l’Elysée, came un peu partout chez ses jeunes collaborateurs etc. Son entourage risque de partir en sucette. Ca ne fera pas très jupitérien.

    Mais je note que la drogue Macron fait effet sur pas mal de monde : vous avez en fait très envie d’y croire.
    😉

    Rendez-vous à midi pour la liste des investitures… Ca permettra déjà de « jauger » la fermeté du… sabre de Macron.

    • Stephane dit

      Bon eh, on peut tout de même avoir un peu d’ espoir que le pays se redresse quelque soit le candidat, non?
      Perso, je croirai en Macron si il parvient à limiter les mandats de toutes ces bordilles; pour l’ instant j’ ai juste l’ impression qu’ on change le casting sans changer le scénario.

  2. Citoyen dit

    Eh oui, s’il suffisait de virer les « sexas » et les « quinquas » en les remplaçant par des « quadras », pour que les choses s’améliorent, ça se saurait.
    Au mieux, c’est de la poudre aux yeux, pour faire croire que l’on a changé de produit, en changeant l’emballage …
    Le micron va révéler ce qu’est sa vrai nature : La caricature de l’énarchie … avec son catéchisme de l’état omnipotent … et toute les dérives qui en sont la conséquence.
    Ce ne sera que le jour où il aura réduit la masse salariale de ceux qui vivent sur le dos des contribuables, d’au moins 2 millions d’unités, que les choses pourront s’améliorer.
    En attendant, le pédalo de la méduse continuera de sombrer.
    Et comme ce n’est pas dans son programme, le pédalo n’est pas dans l’optique de refaire surface …

  3. Votre analyse se heurte à deux objections :

    1) Il faut avoir une majorité parlementaire pour le faire.

    2) Plus profondément, le moyen (restaurer l’Etat, rétablir la verticalité) doit être en adéquation avec le but. Or, le but d’E. Macron n’est pas de rétablir la grandeur et l’indépendance de la France mais d’augmenter sa soumission à l’Allemagne, pardon à « l’Europe ». Il y a donc contradiction et tyrannie (raffermir le pouvoir pour mieux contraindre à la soumission).

    • Rodolphe dit

      Hélas nous sommes loin des allemands et la différence majeure comme disait un de mes professeurs: le français est bon parleur il donne des généralités théoriquement valables est impressionnantes mais incapable de résoudre le problème sans le compliqué. Le germanique quant à lui il décompose le problème en parties pour faciliter sa résolution avant de recomposer les solutions pour donner un résultat impressionnant!

      • Jiff dit

        C’est sensiblement plus simple que cela: les Allemands sont bons dans la durée et la planification, les français dans l’instant et le système-D.

  4. serge dit

    Oui, mais après avoir collé un gouvernement de ralliés ex-partis des majorités précédentes pour prendre les scuds en retour des textes forts discourtois qui vont tomber. Et une fois tous tombés au champs d’honneur (ie moins de 10% d’opinions favorables), il fera comme Trump, « you are fired », et mettra alors ses potes pour profiter des retombées.

  5. Zongo dit

    Bravo pour cette analyse, c’est ce que je répète depuis quelques semaines. Le mouvement politique de Macron est à la fois horizontal et fortement verticalisé, emprunt de ce césarisme à la française qu’on aime tant (si De Gaulle et Mitterrand sont considérés comme des références, c’est aussi pour cette figure du monarque républicain). Césarisme avec un fort culte du chef, sans compter cette forte culture jacobine.
    Caractères que l’on retrouve intégralement… chez la France Insoumise de son rival Mélenchon, qui a carrément construit son programme du bas vers le haut, par émergence. Deux phénomènes politiques tout à fait semblables malgré les divergences idéologiques. Mélenchon qui lui aussi est en train de nettoyer « le monde d’avant » en renvoyant le PCF dans les poubelles de l’histoire. Ce qui est audacieux et hautement couillu de sa part quand les paléo-cocos devenus islamo-gauchistes ont un ancrage local suffisant pour apporter une trentaine de députés.

    Je souhaite à Macron et à Mélenchon de réussir dans leurs démarche. Et paradoxalement, je souhaite aussi à Paul-Marie Couteaux de réussir l’union de la droite (éloigner les frontistes de l’extrême droite, éloigner la droite orléaniste du thatchérisme suicidaire).

    • Citoyen dit

       » … carrément construit son programme du bas vers le haut, par émergence … » …. Et que l’on peut résumer ainsi : Faire plaisir aux décérébrés, pour faire des voix …
      Ce qui permet effectivement de faire du nettoyage, mais n’apporte rien de plus …

  6. COCO dit

    COCO dit
    je suis d’accord avec l’ analyse d’Eric , je m’inquiete:
    Quelle direction prendra cette posture royale:
    façon Napoléon ou façon Louis XV?
    Salutations

  7. La caractérisation de Macron comme étatiste est absolument juste et doit être répétée sans relâche. Mieux, sa suppression du paritarisme sera un argument majeur du PS contre lui. Il faut le frapper sur ce point jusqu’à plus soif.

    • Sergio dit

      Le paritarisme, disons plutôt le parasitarisme nous a conduit à des déficits colossaux (chacun se renvoyant la balle et l’état jouant l’arbitre) .
      Après tout que l’état reprenne entièrement la main est-ce pire !

      Le paradoxe, c’est que pour redonner à ce pays de la liberté et de la vitalité, qui d’autre que le pouvoir politique peut le faire ?

      Concernant l’Europe et l’Allemagne, comment croire que l’on puisse se passer de leur aide pour redresser ce pays, même (et je le comprend) si ça fait mal au c… .

      • Evariste dit

        @Sergio On peut tout à fait se passer de leur aide pour redresser ce pays, mais encore faut-il que les électeurs le souhaitent.

        Un premier pas indolore consiste à relever légèrement la TVA (vous avez *trop* d’objets, ça vous encombre) pour baisser les charges pesant sur la création de richesse. Cela s’appelle la « TVA sociale », cela a été annulé par Hollande en 2012 (conformément à sa promesse) et le seul candidat qui portait ce projet en 2017 n’a pas atteint le 2nd tour.
        (Rappel aux médisants : non, le taux de TVA sur les produits de 1ère nécessité n’est pas concerné.)

        Deuxième étape : supprimer des postes d’emplois publics. Il y en a trop, les comparaisons (avec nos voisins ou dans le temps) le montrent. Double effet bénéfique :
        – premier effet (évident) : le coût de l’administration diminue ;
        – second effet (souvent oublié) : les personnes ainsi libérées peuvent *enfin* se consacrer à quelque chose d’utile pour la société, et aider les autres à payer les coûts de l’Etat.

        Ce n’est donc pas compliqué. Mais ce n’est pas socialiste non plus. Je ne résiste pas à l’envie de rappeler ceci :
        « La France parviendra à ramener son déficit public à 3% en 2013 « sans mesure d’austérité », a assuré lundi à Bruxelles le ministre des Finances, Pierre Moscovici (…) « Nous sommes prêts à être jugés sur nos résultats mais nous avons nos propres voies et moyens », a-t-il souligné. »
        Source : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/moscovici-promet-de-reduire-le-deficit-sans-l-austerite_1122243.html
        Les socialistes (Macron inclus) sont vraiment impayables ! Et dire qu’ils en sont encore à mettre les déficits dus à la crise de 2008 sur le compte de Sarkozy/Fillon…

        • SERGIO dit

          Votre option serait envisageable dans l’hypothèse d’un peuple uni, courageux, volontaire, déterminé… tous adjectifs qui ne
          correspondent pas vraiment aux traits de caractère de nos concitoyens.
          Et je ne vois pas pourquoi refuser une aide de l’Europe, au nom de notre fierté nationale ? voilà longtemps que nous l’avons bradé.

          • Evariste dit

            @Sergio
            Il n’y a pas besoin d’être courageux ni volontaire pour appliquer ce que j’ai décrit : c’est de l’ultra doux.
            Je ne dis pas qu’il n’y a pas par ailleurs des mesures à prendre nécessitant courage et volonté (indépendance vis-à-vis du « politiquement correct »…).

  8. MARVILLE dit

    Il faudra d’abord que ce président légal devienne un président légitime aux yeux de millions d’électeurs, et non le fruit d’un complot médiatico-judiciaire sous le haut patronage de la fée élyséenne. Pour ce faire le parquet financier doit condamner à tout prix Fillon et MLP . Ensuite réussir une révolution copernicienne afin de transformer l’économie française en économie allemande tout en rassurant les retraités et autres takers et en virant des fonctionnaires, et ceci sans croissance mondiale, sans souveraineté nationale, avec un repli des échanges internationaux et sous l’impérialisme teuton. Vaste programme…et les prétoriens qui votent pour l’autre camp! Je ne veux pas être pessimiste, mais ce n’est pas parce qu’il se prend pour Napoléon…

    • Evariste dit

      Je pense aussi que Fillon sera condamné, même si c’est à une peine plus symbolique qu’autre chose et qui ne portera que sur une petite partie des accusations dont il a été victime. Ils ont été trop loin, le tapage et les conséquences ont été trop grandes pour qu’ils reculent maintenant. Je dirais presque que la condamnation judiciaire de Fillon relève de la raison d’Etat.

      • Jiff dit

        Elle relève plutôt de la raison des manipulateurs, car s’il s’est fait dégager, c’est parce qu’il représentait un danger pour ces gens-là (et je ne parle pas des opposants poliotiques, plutôt de ceux qui tiennent les ficelles, bien au-dessus du petit théatre de Guignol.)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *