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Édouard Philippe est-il vraiment business friendly? par Eric Verhaeghe

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Plusieurs thuriféraires se sont répandus dans la presse sur le caractère business friendly d’Édouard Philippe. On comprend bien l’injonction qui s’exerce sur certains médias subventionnés d’apporter tout le soutien possible à la nouvelle équipe au mépris des réalités les plus évidentes. Mais un souci d’objectivité et d’impartialité minimale oblige à remettre quelques points sur les « i ».

Édouard Philippe, conseiller d’État pour le meilleur comme pour le pire

Ce qui saute aux yeux, bien entendu, dans le parcours du nouveau Premier Ministre, c’est sa parfaite adéquation avec le parcours typique des grands corps de l’État: Sciences Po, ENA, Conseil d’État, c’est-à-dire la « botte ». Imaginer que ce genre de profil puisse être par nature business friendly constitue forcément une imprécision: l’énarchie aime les grandes entreprises qui peuvent constituer un débouché, mais elle n’a aucune appétence pour la « concurrence émiettée » des petites entreprises qui font le capitalisme ordinaire.

Autrement dit, le capitalisme de connivence, oui, mais le capitalisme de concurrence, non.

Cela n’enlève rien aux qualités intrinsèques du Premier Ministre. C’est incontestablement une personnalité brillante, intelligente, techniquement compétente. Mais ce n’est certainement pas un ami de l’entreprise.

Un passage symbolique chez Areva

Les thuriféraires mettent désormais en avant le passage d’Édouard Philippe « dans le privé » pour montrer en quoi il renouvelle le genre grand corps de l’ENA. Là encore, par souci d’impartialité, il faut juste préciser qu’après son passage au cabinet d’Alain Juppé ministre de l’Écologie, le nouveau Premier Ministre a exercé le poste de lobbyiste pour Areva pendant 3 ans. Areva est aujourd’hui dans un état de marasme financier avancé.

Peut-on considérer que cette expérience fugace dans une ancienne entreprise publique où Philippe a essentiellement fait jouer son carnet d’adresses constitue une expérience d’entreprise au sens où on peut l’entendre de façon classique? La réponse est dans la question.

Une activité parlementaire faible

Pour le reste, Édouard Philippe ne peut se targuer d’une expérience de parlementaire particulièrement active. On retrouvera son activité durant la dernière législature ici. Le Premier Ministre a essentiellement posé des questions locales et défendu quelques textes avec parcimonie. On est loin de l’activisme des ténors parlementaires.

Un sens discutable de l’intérêt général

On notera aussi qu’Édouard Philippe, lors de ses interventions au Parlement, a beaucoup défendu l’activité du port du Havre, au détriment des autres ports français. Il n’a pas été tendre pour le développement du canal Seine-Nord qui permettrait de développer l’hinterland du port de Dunkerque. Pour le coup, cette vision compréhensible de la part d’un élu du Havre n’est guère prometteuse en termes d’intérêt général.

Une vision de la classe politique à l’ancienne

Enfin, le nouveau Premier Ministre s’est fait remarquer en 2012 par son mépris pour l’interdiction du cumul des mandats, qu’il qualifiait de démagogique à l’époque. Là encore, on est loin de l’aggiornamento que certains veulent voir.

Redisons-le: cela ne signifie pas que le Premier Ministre est dépourvu de qualités. Cela signifie seulement qu’il n’a pas celles qu’on lui prête.

8 commentaires

  1. Guillaume_rc dit

    Une petite remarque concernant les fameux « passage dans le privé » : je constate que la plupart du temps, il s’agit d’entreprises publiques ou anciennement publiques ou encore de très gros groupes industriels.

    Or le fonctionnement de ces entités a de nombreux points communs avec le fonctionnement administratif. Et les postes occupés sont généralement très très loin du « terrain ».

    Rien de répréhensible mais ça signifie que le fameux « passage dans le privé » n’est pas synonyme de connaissance de la « réalité quotidienne du français lambda » ou des sueurs froides de patron de TPE.

    Symétriquement, on peut même dire que des fonctionnaires travaillant dans des structures proches du public (des petites mairies par exemple) sont eux aussi plus proches des préoccupations quotidiennes de chacun.

    Entendons nous bien. Je ne fais pas un éloge du « terre à terre » mais j’essaie de replacer certaines choses dans leur contexte, comme le fait Eric avec Edouard Philippe.

  2. lanaspre dit

    Un ENARQUE de plus,auparavant ils étaient au second plan hyperactifs dans les coulisses maintenant ils sont partout…pour notre plus grand malheur.
    Celui là en plus est une « prise de guerre » de MACROLEON 1er ,estampillé de droite, en tout cas surement un collabo qui va atomiser LR (et le centre) aux legislatives en compagnie de 22 autres salopards qui ont signé la reddition de la « droite ».

  3. Rodolphe dit

    Laissez lui le temps de faire des preuves et on le jugera dans 5 ans… Quoi? Et s il se trompe? Et après on aura perdu 5 ans et ce n est pas nouveau. N attendez pas que la tête change alors que la base applaudie

  4. Citoyen dit

    Étrangement, sur BFMicro-hollande-bis, ils insistent (très) lourdement (allez savoir pourquoi ?) sur le fait que le PM serait de droite !?!?… (il doit y avoir une raison … que la raison ignore).
    Sauf que le gars est passé chez Rocard, avant d’atterrir chez Juppé … Curieux pour le moins ! … C’est probablement pour ça qu’ils insistent lourdement, pour dire qu’il est de droite … pour lever les doutes … surement ?
    « De droite » … « De droite » … Oui, enfin, une droite un peu spéciale tout de même … ça doit être ça, qu’on appelle la droite à géométrie variable ? … un coup à droite … un coup ailleurs … c’est selon … ils ont raison d’insister … des fois qu’on aurait du mal à les croire !

  5. lanaspre dit

    La nomination d’Edouard Philippe est-elle un retour d’ascenseur de Jacques Attali ?

    Une ancienne collaboratrice de la mairie du Havre nous a fait parvenir cette tribune sur Edouard Philippe, Premier Ministre :

    PEdouard Philippe Premier ministre de la République… ça alors, en voilà une surprise ! Visiblement nous n’en sommes pas à la 1ère surprise de la part du nouveau président, le plus jeune de la 5ème République !

    Nous y voilà, Emmanuel Macron veut renouveler la classe politique. Pourquoi pas ? Avec Edouard Philippe, c’est raté ! Si celui-ci possède, il est vrai, à 47 ans l’atout de sa jeunesse, il n’en est pas moins un pur produit de cette classe politique qui dirige la France depuis plusieurs décennies.

    Fils spirituel d’Antoine Ruffenacht qui lui cède la place en 2010 à la mairie du Havre, Edouard Philippe est élu député en 2012 dans la 7ème circonscription de Seine-Maritime, où l’opposition de cet ancien bastion communiste est totalement exsangue.

    Juppéiste avant tout, Edouard Philippe est un homme politique qui a toujours voulu se montrer moderniste, en témoigne la dernière exposition du Musée Malraux du Havre consacrée à Pierre et Gilles, couple d’artistes homosexuels égérie des milieux gays. Toutefois sans courage politique et sans vision d’avenir : opposé aux conséquences du mariage pour tous que sont la PMA et la GPA, l’homme de conviction s’est finalement abstenu lors du vote de la loi Taubira aux côtés de Nathalie Koscisuko-Morizet.

    Edouard Philippe a bien sûr profité de l’héritage de son prédécesseur à la mairie du Havre mais a été incapable de proposer, voire même de soutenir, certaines initiatives pour développer l’emploi dans cette partie de l’estuaire de la Seine, où l’industrie est largement en déclin. Alors qu’il promettait des milliers d’emplois dans le développement industriel des énergies marines, le projet d’usine Aréva qu’il a soutenu est mort-né… mauvaise pioche !

    Les deux passages dans le privé dont il se targue n’ont duré que quelques mois. Dans un cabinet d’avocats ou chez Aréva pour un emploi réservé, il n’a pas su acquérir l’expérience et la stature qui lui auraient permis de relever les défis auxquels est confrontée l’agglomération du Havre.

    Cependant, c’est en politique qu’Edouard Philippe s’est montré visionnaire en finançant à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros, et pendant plusieurs années, les activités de conseil de Jacques Attali au Havre. Sa nomination au poste de Premier ministre serait-elle un retour d’ascenseur ? Bien joué, et m… pour les copains du parti Les Républicains !

    Géraldine Maraîcher, ex collaboratrice à la mairie du Havre

    • Citoyen dit

      Joli !!
      C’est en gavant Attali, avec les sous des con-tribuables, qu’il se serait acheté la place de PM …. un malin, pour le moins !
      S’il ne sait rien faire d’autre … Au moins sur ce sujet, il a de la suite dans les idées …

  6. Zongo dit

    Tout en lui m’évoque un personnage falot, dénué de toute envergure, incapable structurellement de s’élever au dessus du médiocre. Une caricature de rond-de-cuir donc. Faut-il y voir le signe, qu’à l’instar d’un Nabotléon exhibant un Fillon pour occuper le badaud, Macron a sélectionné un pantin qui s’effacera pendant 5 ans devant le véritable chef de l’exécutif ?

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