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Mois : juin 2017

Ordonnances Macron: le grand bond contre la liberté d’entreprendre

Les ordonnances amoindriront donc la liberté d’entreprendre au lieu de l’accroître. On attendait une révolution libérale. On obtient une réaction étatiste et corporatiste. Macron n’aura donc pas tardé à nous sommer de dévoiler l’imposture qui l’a porté au pouvoir.

Les ordonnances seront donc à la liberté d’entreprendre ce que Bayrou fut et est au libéralisme: une trahison permanente, une imposture et une menace quotidienne et même peut-être, sans doute, une farce. Tout entières dévouées au service des grandes entreprises, elles organisent en masse la prolétarisation des entrepreneurs et leur mise aux pas par les donneuses d’ordres.

Et le plus agaçant, sans doute, est d’entendre la bien-pensance nourrir le mythe de textes en rupture avec l’ordre qui se construit patiemment depuis Martine Aubry.

Le mythe de la branche régulatrice inventé par Hollande…

La loi El-Khomri avait apporté une invention socialiste baroque, en prétendant (et c’était une innovation en rupture avec la liberté d’entreprendre) que les branches professionnelles avaient un rôle sorti du chapeau: réguler la concurrence entre les entreprises.

Mais d’où venait cette idée selon laquelle la concurrence entre les acteurs d’une branche doit être « régulée » par la « branche »?

L’origine, on la connaît bien. Elle est par exemple présente à l’état pur dans la branche du bâtiment où les acteurs installés fixent des barrières à l’entrée pour les nouveaux, en déterminant des « tarifs », c’est-à-dire des niveaux de rémunération élevés (mais aussi des niveaux de qualification et autres réglementations en opportunité). C’est, pour eux, la meilleure façon de se protéger contre la concurrence.

Et probablement faut-il retenir ici une idée générale, simple à comprendre: quand on dit que la branche « régule » la concurrence, il faut en réalité comprendre qu’elle protège les « insiders » contre la concurrence des outsiders.

Autrement dit, l’essence même de la branche est de limiter la liberté d’entreprendre pour protéger les acteurs établis. D’une certaine façon, la branche est par nature un outil inventé pour lutter contre l’innovation des nouveaux entrants. Bref, tout ce qu’il faut éviter pour relever le pays de son déclin.

… renforcé par Macron!

Contre toute attente, Macron qui avait promis de moderniser le marché du travail, entend bien renforcer le rôle de la branche au lieu de le diminuer. Autrement dit, les ordonnances ouvriront sans doute des perspectives nouvelles pour les grandes entreprises installées, mais elles durciront la réglementation pour les nouveaux entrants. En ce sens, Macron ne fait rien d’autre que continuer et aggraver la politique entamée sous Hollande.

Selon le texte proposé par le gouvernement, en effet, les branches verront leur rôle renforcé dans trois domaines: la formation professionnelle, le financement syndical et la protection sociale complémentaire.

Pour beaucoup de salariés, ces sujets sont invisibles. Ils ne le sont toutefois pas pour les entreprises qui se voient mises à l’amende par des accords de branche farfelus sur lesquels elles n’ont d’ordinaire pas le pouvoir de peser. Ils le sont encore moins pour les fédérations syndicales qui vivent des contributions qu’elles imposent de façon opaque aux entreprises qu’elles chapeautent.

En Marche vers la bureaucratisation de l’économie française

On comprend bien la logique sous-jacente au projet macronien: le banquier d’affaires ne connaît pas le tissu des petites et moyennes entreprises qui font l’économie française, ils les trouvent désordonnées, et son projet est de les structurer autour d’une logique pyramidale. Pour ce faire, il a besoin de constituer des branches fortes, capables d’édicter des réglementations comme le ferait une administration.

Si Emmanuel Macron n’a pas cette idée lui-même, la technostructure qu’il a nommée pour tenir les cabinets ministériels l’a conçue pour lui. On pense ici au directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, proche de la CFDT, au directeur adjoint de cabinet d’Édouard Philippe, Thomas Fatôme, qui dirigeait la sécurité sociale, ou au conseiller social de l’Élysée, qui a rédigé la loi El-Khomri. Cette bande organisée est bien décidée à transformer la libre concurrence en secteur administré.

Forcément, l’enracinement du corporatisme qui se prépare à travers ce renforcement des branches est une catastrophe sans nom, un immense retour en arrière, l’image même de la réaction nobiliaire dont l’économie française ne peut que souffrir gravement.

Incontestablement, ces ordonnances seront une rupture profonde, dont il faudra peut-être du temps pour mesurer l’ampleur. Mais, pour les petites entreprises, ces ordonnances rimeront durablement avec renforcement d’un ordre favorable aux grandes entreprises.

Article L2232-5-1 Créé par la loi du 8 août 2016 – art. 24 (V)

La branche a pour missions :
1° De définir, par la négociation, les garanties applicables aux salariés employés par les entreprises relevant de son champ d’application, notamment en matière de salaires minima, de classifications, de garanties collectives complémentaires mentionnées à l’article L. 912-1 du code de la sécurité sociale, de mutualisation des fonds de la formation professionnelle, de prévention de la pénibilité prévue au titre VI du livre Ier de la quatrième partie du présent code et d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes mentionnée à l’article L. 2241-3 ;
2° De définir, par la négociation, les thèmes sur lesquels les conventions et accords d’entreprise ne peuvent être moins favorables que les conventions et accords conclus au niveau de la branche, à l’exclusion des thèmes pour lesquels la loi prévoit la primauté de la convention ou de l’accord d’entreprise ;
3° De réguler la concurrence entre les entreprises relevant de son champ d’application.

Nicolas Hulot et ses discrets cadeaux “verts” aux soutiens de Macron

Nicolas Hulot prend doucement sa place dans la galaxie Macron. Il enchaîne les annonces en apparence « vertes » mais qui sont autant de cadeaux à des intérêts privés.

C’est le temps des annonces et de la communication, pour Nicolas Hulot. Derrière l’affaire des néonicotinoïdes, quelques premières décisions plus discrètes commencent à chiffonner et à soulever des questions.

Hulot et les hydrocarbures

Vendredi 23 juin, Nicolas Hulot annonçait son intention de réformer le code minier pour interdire tout nouveau permis d’exploitation d’hydrocarbure. Voilà une nouvelle qui devrait ravir les ennemis de l’hydrocarbure…

Mais, comme le souligne Pascal Marie dans Marianne, la décision est ambiguë, puisqu’elle ne dit rien des nombreux permis d’exploitation non encore utilisés. Le ministre devrait les renouveler. Il y aurait ainsi 130 permis en cours, qui n’ont pas donné lieu au moindre forage, mais qui pourraient y donner lieu malgré l’interdiction nouvelle qui sera édictée.

La grosse blague de l’économie circulaire

Hier, aux 3è assises de l’économie circulaire, Nicolas Hulot a annoncé l’engagement de l’État en faveur de cette noble cause. Bravo!

Il paraît même que l’engagement va commencer par la création d’une véritable filière de recyclage du verre plat. Là encore, bravo! le tri sélectif, et tout et tout.

Le ministre a annoncé qu’un accord était en cours de négociation avec la profession pour porter ce projet. En réalité, la filière de recyclage du verre existe depuis 2013. Elle fut fondée par Lapeyre, Saint-Gobain et Paprec, entreprise spécialisée dans le recyclage.

Avec l’annonce de Hulot, les marchés publics devraient désormais favoriser les fournisseurs qui recyclent, donc, qui donnent du travail à Paprec…

Euh… Paprec, c’est bien l’entreprise dirigée par l’ineffable Petithuguenin qui avait écrit en son temps à tous ses salariés qu’il ne fallait pas voter pour Marine Le Pen, et qui compte aujourd’hui la BPI dans son capital?

Voilà du vrai recyclage…

code de l’environnement, article L.110-1-1

« La transition vers une économie circulaire vise à dépasser le modèle économique linéaire consistant à extraire, fabriquer, consommer et jeter en appelant à une consommation sobre et responsable des ressources naturelles et des matières premières primaires ainsi que, par ordre de priorité, à la prévention de la production de déchets, notamment par le réemploi des produits, et, suivant la hiérarchie des modes de traitement des déchets, à une réutilisation, à un recyclage ou, à défaut, à une valorisation des déchets. »

Chic! le pouvoir reste entre les mains des mecs!

Avec l’élection de François de Rugy au perchoir, les hommes trustent le dernier poste d’influence susceptible de leur échapper. Nous voilà rassurés! On avait imaginé un moment qu’Emmanuel Macron tiendrait ses promesses de renouvellement des pratiques. Mais le pouvoir reste aux hommes et le groupe En Marche vote comme un seul d’entre eux. Ouf!

Un moment, on a vraiment eu peur! on a cru que les choses allaient changer… Pendant quelques semaines, l’angoisse de voir des femmes aux manettes, des parlementaires efficaces et inventifs, nous a étreint. Mais il n’aura pas fallu deux mois d’exercice du pouvoir pour que ces craintes soient dissipées et pour que les affaires reprennent comme avant. Et même mieux qu’avant.

Les femmes écartées du pouvoir par les mecs

Première crainte dissipée: les femmes au pouvoir.

Macron nous l’avait servie avant les élections: il imaginait nommer une femme Premier Ministre, ajoutant même qu’elle pourrait venir de la société civile. Certaines ne se sont plus senties pisser à ce moment-là, et Laurence Parisot, qui n’a décidément rien compris au renouvellement, s’était empressée d’envoyer son CV par communiqué de presse.

On a soufflé quand le Macron nous a dégotté l’Édouard Philippe et ses airs de catholique des Yvelines. La France de toujours reprenait le dessus.

En lisant la liste des conseillers ministériels, on a compris qu’un homme à Matignon n’était pas un choix contrarié, mais un vieux réflexe machiste. Aucun grand cabinet n’est dirigé par une femme, et les postes-clés sont tenus par les hommes: preuve est faite que l’intention était bien de laisser le pouvoir aux hommes.

Restait un doute: la présidence de l’Assemblée Nationale, dernier poste-clé à attribuer, reviendrait-elle à une femme? Barbara Pompili, députée écologiste sortante, ralliée à En Marche, aurait pu faire l’affaire. Mais non! ouf! on lui a préféré François de Rugy, incarnation de la petite noblesse bretonne traditionnelle.

Que de gens bien élevés, pétris d’obéissance et ennemis du conflit, pour diriger le pays! Eh les louloutes, vous pensiez quoi? qu’on allait tout vous donner? vous avez la moitié du gouvernement, de quoi vous plaignez-vous?

Les députés En Marche votent comme un seul homme!

Autre angoisse: un pouvoir législatif qui s’aviserait de jouer son rôle, avec des députés qui contrôleraient le gouvernement ou l’administration. Après tout, les inconnus qui arrivent à l’Assemblée Nationale pourraient se voir pousser des ailes.

Mais non! ouf! François de Rugy, choix du monde ancien, a obtenu 343 voix, alors que le groupe En Marche compte 350 députés. Pas une voix n’a manqué!

On avait cru un instant qu’il y aurait des divergences ou du pluralisme. On sait maintenant que rien de tout cela n’arrivera. En fait, tout redevient comme avant: les députés obéissent, le pouvoir est tenu, et un seul parti dévoué à un seul homme tient la machine.

Il faut que tout change pour que rien ne change.

Pourquoi les patrons ne veulent pas restreindre le travail détaché

Il existe un tabou sur le travail détaché en France. Alors que le gouvernement bande les muscles sur le sujet, les patrons freinent des quatre fers. Face aux perspectives de reprise, ils savent que la pénurie de main-d’oeuvre employable les contraindra à recourir massivement au détachement. Surtout dans les métiers les plus durs… L’exemple vient d’être donné par Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment.

Le travail détaché sauvera-t-il la reprise en France? En écoutant Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), on le comprend rapidement. L’intéressé donnait sa conférence de presse annuelle ce matin, et les faits qu’ils présentent sont implacables.

Le travail détaché, solution incontournable de l’équation de l’emploi

Les chiffres sont simples. Entre 2008 et 2017, le bâtiment a perdu 200.000 emplois du fait de la crise, soit environ 20% de ses effectifs. Depuis le premier trimestre 2017, le secteur enregistre sa première croissance d’effectifs: environ 16.000 emplois. Mais… ça hurle déjà dans les entreprises, du fait des difficultés de recrutement que nous avons déjà largement évoquées.

Donc, face à la perte globale d’employabilité, le recours au travail détaché est incontournable. Voilà qui éclaire le manque d’empressement du gouvernement à élever le sujet du travail détaché au dernier sommet européen. Peu de patrons se battent aujourd’hui auprès du gouvernement pour obtenir des restrictions à la formule.

Comme l’indique très bien le président Chanut, l’enjeu patronal consiste aujourd’hui à lutter contre les fraudes, pour ne surtout pas perdre la formule elle-même, la seule qui permette d’acheminer intelligemment de la main d’oeuvre prête à l’emploi sur les chantiers français…

Néonicotinoïdes: la France d’En Marche, européenne mais pas trop!

Le couac du jour sur les néonicotinoïdes a au moins un mérite: il révèle l’engagement pro-européen très variable de la nouvelle majorité. Très europhile dans les caméras de télévision, Emmnuel Macron se révèle bien plus souverainiste dans la pratique quotidienne du pouvoir.

C’est vrai qu’on s’est bien amusé avec ce premier couac du gouvernement. D’un côté, un arbitrage rendu le 21 juin sur l’interdiction absolue des néonicotinoïdes. De l’autre, l’intervention du tout nouveau ministre de l’agriculture qui est revenu sur cet arbitrage, la fleur au bout du fusil. Il aurait mieux fait de potasser ses dossiers sensibles avant d’aller à la télé celui-là!

Sur le fond, l’affaire révèle l’attachement très « instable » d’En Marche à l’Europe.

Néonicotinoïdes et surtransposition

Comme d’habitude, l’administration française a abondamment pratiqué la surtransposition des normes européennes dans ce dossier. Ainsi, la réglementation européenne n’interdit pas les néonicotinoïdes. C’est la France qui fait le choix d’aller au-delà des règles communautaires en adaptant, dans la loi sur la biodiversité, des mesures bien plus drastiques que celles qui existent sur le reste du continent.

Dans le cas de la protection des abeilles, on peut comprendre cette volonté d’aller au-delà du droit valable sur le continent. Mais il faudrait être naïf pour croire que la surtransposition se limite aux seuls cas de la protection de nos amis les insectes. La surtransposition est une maladie de la bureaucratie française qui aime ajouter de la complexité nationale à la complexité communautaire.

Mais de quelle Europe parlons-nous?

Il faut donc prendre le temps de bien comprendre la véritable portée de la surtransposition des normes européennes en droit français. Elle consiste à greffer sur le droit valable dans l’Union des « verrues » nationales, des particularités, des originalités, dans un sens constant: celui de la surinterdiction et de la restriction maniaque.

Cette manie dit deux choses de nos élites technocratiques (qui adorent, pour transposer le droit de l’Union, recourir aux ordonnances).

Première chose, elle nous rappelle que la valeur fondamentale de l’élite française, survivance d’une noblesse de robe coriace au-delà des épisodes républicains, c’est la privation. Quelle jouissance que de limiter l’instinct vital par une superposition de règles castratrices, de codes obscurs, qui embrassent la vie comme le poulpe étouffe sa proie.

Deuxième chose: au-delà des postures européennes, les élites françaises restent profondément souverainistes et attachées au fait national. Comme quoi, il n’est pas si facile de diluer son identité millénaire dans un machin transnational, même si on le pense comme l’alpha et l’oméga de la modernité.

En France, le souverainisme est aussi têtu que les faits

Que n’avons-nous entendu, il y a quelques semaines, sur la félonie de tous les eurosceptiques? Rappelons-nous que Macron a largement été élu en jouant sur le clivage entre les obscurantistes eurosceptiques, symboles de toutes les horreurs modernes, et les europhiles (dont lui) qui avaient parfaitement compris que l’avenir de l’homo europeensis était dans le machin bruxellois.

Puis, une fois la bise venue, on s’aperçoit de la frilosité des donneurs de leçons. Finalement, l’Europe, c’est pas si bien que ça. Et la souveraineté française, ça n’a pas de prix.

Pourquoi les GM&S devraient lire les interviews de Bruno Lemaire

Les salariés de GM&S sont toujours dans le pétrin! Selon toute vraisemblance, le site de La Souterraine est voué à la disparition, là où Bruno Le Maire avait promis d’aider. Mais la vraie réponse de notre brillant ministre de l’Économie est à chercher dans une interview qu’il vient de donner sur sa vision industrielle.

Il ne reste plus qu’une semaine pour sauver GM&S, l’usine d’équipement automobile de la Creuse. Selon toute vraisemblance, l’usine devrait rapidement fermer, après un passé chaotique qui illustre bien la désindustrialisation française et ses maux.

Comme d’habitude, les salariés devraient mener quelques actions d’éclat pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leur sort. Et le ministre les fera recevoir par son cabinet pour les calmer et… finalement ne rien faire. Même dans la France renouvelée, ce vieux scénario se reproduit inlassablement.

GM&S face à la doctrine Lemaire

Si les salariés de GM&S lisaient les interviews de Bruno Le Maire, ils comprendraient plus facilement ce qui va leur arriver. L’AFP rapporte ainsi ses propos:

« Il faut investir le plus possible dans l’innovation, être capable de porter notre industrie vers les technologies de pointe » (…)

« Je considère qu’en matière industrielle, même si l’Allemagne a aujourd’hui une avance importante, nous pouvons rattraper les Allemands et créer un tissu industriel très puissant, parce que nous avons un atout, c’est d’être très fort sur la révolution digitale » (…)

« L’objectif n’est pas de garder toutes les activités industrielles possibles et inimaginables. L’objectif, c’est de tenir le cap: l’industrie de pointe, de la haute technologie, qui nous permettra de réussir dans la mondialisation »

C’est donc clair: la stratégie industrielle française va consister à investir dans l’innovation, les technologies de pointe, le numérique, et on va laisser tomber les vieilles activités industrielles.

La vision ringarde de Bruno Le Maire

On comprend bien la vision sous-jacente aux propos de Bruno Le Maire, et qui sent bon le cours de Sciences-Po des années 80, à l’époque où on inventait le micro-ordinateur et le téléphone portable. D’un côté, il y a l’innovation, la haute technologie, l’industrie de pointe, et ça c’est bien. De l’autre côté, il y a la vieille industrie avec ses ateliers répugnants et sa condition ouvrière rétrograde.

Que cette vision binaire n’ait rien à voir avec la réalité n’est évidemment pas le problème de ce ministre qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise en tant que preneur de risque! l’essentiel, c’est de faire croire aux Français qu’il a une réponse ambitieuse et moderne aux problèmes de notre temps. Comme par le passé, la classe politique renouvelée vit de discours et ne s’embarrasse pas d’agir sur la réalité.

Il faudrait pourtant que quelqu’un se dévoue pour expliquer à Bruno Le Maire que l’époque où il existait des secteurs innovants et des secteurs non-innovants est morte. Toute activité industrielle, y compris celle de GM&S, est susceptible d’être touchée par la révolution numérique. Il n’y a donc pas lieu de distinguer certains secteurs de prédilection pour mieux abandonner les autres.

L’erreur de base dans la compréhension de l’Allemagne

Puisque le propos de Bruno Le Maire est de rivaliser avec l’Allemagne, il faudrait aussi que quelqu’un lui explique que notre puissant voisin a fait tout le contraire de ce qu’il propose. L’Allemagne a en effet misé sur la modernisation et la numérisation de son industrie traditionnelle pour durer. Elle n’a certainement pas choisi de la délaisser pour inventer de nouveaux métiers loin de ses bases.

C’est évidemment une chimère coupable que de croire à des développements nouveaux, hors sol, dans le domaine industriel, par la simple volonté de l’État et sans qu’un tissu solide d’entrepreneurs existe pour faire le job. Cette chimère est d’autant plus dangereuse lorsqu’elle passe par l’abandon d’entreprises patrimoniales qu’on s’apprête à liquider pour les remplacer par du vent.

Dans le cas de GM&S, le bon sens consiste à demander à Renault et à Peugeot, qui sont les principaux clients de l’entreprise, de racheter l’usine pour la restructurer. Ce choix-là est plus pertinent que de maintenir cette entreprise sous perfusion en attendant que plus personne ne se préoccupe de sa disparition.

Inquiétude pour notre politique industrielle

En réalité, la ligne Bruno Le Maire va, de façon constante, consister à abandonner l’industrie manufacturière au profit d’une vision très élitiste d’industrie de pointe. L’écran de fumée de la technologie, qui repose pour l’essentiel sur du sable, dissimulera la désertion en ligne de l’aristocratie française vis-à-vis d’activités dont le pays s’est nourri mais qu’elle a toujours méprisées.

Programme En Marche

Au niveau national, nous complèterons et rationaliserons les dispositifs publics autour de Bpifrance.
Nous constituerons un Fonds pour l’industrie et l’innovation. Il sera doté de 10 milliards d’euros issus des actions d’entreprises possédées de manière minoritaire par l’Etat et sera placé au service de notre industrie et de l’innovation.
Nous mobiliserons les revenus issus de ces participations pour financer l’industrie du futur.
Ce rendement sera sanctuarisé et réinvesti selon les trois priorités suivantes :
L’investissement dans des initiatives locales visant à accompagner les transitions industrielles, notamment écoresponsables, ou à réindustrialiser des territoires déjà touchés par la désindustrialisation ;
La démultiplication de la dynamique Industrie du Futur ;
Le développement de solutions innovantes contribuant à relever les défis clefs de la transformation énergétique, environnementale, numérique et démographique de notre société.

Macron déjà hollandisé par Merkel! On y croit à peine…

À peine arrivé, déjà hollandisé! Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde voie consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

Ce que le Conseil Européen a réellement décidé

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lesquels la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu:

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français: quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

Macron battu sur les mesures anti-chinoises

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française:

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les colégislateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction: pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

En quoi Macron est-il hollandisé?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a admonesté l’une des fessées déculottées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la fessée déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer:

nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédient sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

Le silence gêné de la presse subventionnée

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant: « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard arrogant, pour sortir des âneries pareilles.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de ne reprendre qu’une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif: « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera-t-elle de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière un Président de la République qui terrorise les rédactions.

Conseil européen des 22 et 23 juin 2017 – conclusions officielles de Eric Verhaeghe


Macron déjà hollandisé par Merkel! On y croit à peine…

À peine arrivé, déjà hollandisé! Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde voie consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

Ce que le Conseil Européen a réellement décidé

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lesquels la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu:

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français: quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

Macron battu sur les mesures anti-chinoises

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française:

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les colégislateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction: pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

En quoi Macron est-il hollandisé?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a admonesté l’une des fessées déculottées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la fessée déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer:

nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédient sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

Le silence gêné de la presse subventionnée

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant: « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard arrogant, pour sortir des âneries pareilles.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de ne reprendre qu’une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif: « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera-t-elle de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière un Président de la République qui terrorise les rédactions.

Conseil européen des 22 et 23 juin 2017 – conclusions officielles de Eric Verhaeghe


Macron affronte l’Europe de l’Est en mode bobo

Emmanuel Macron a donné une leçon bobo à la Pologne et à la Hongrie en leur rappelant que l’Europe n’est pas un supermarché où on prend ce qui nous intéresse et où on laisse ce dont on n’a pas envie. Le Président vise notamment la prétendue frilosité de la Pologne ou de la Hongrie sur la question des migrants. Les intéressés ont réagi sèchement.

On peut égrener sans fin les poncifs bobo sur l’Europe: elle a garanti la paix sur le continent depuis 1945 (tout le monde ayant oublié l’OTAN et sa capacité de dissuasion face à l’URSS), elle garantit la prospérité (tout le monde évitant de remarquer que la performance de la zone euro est inférieure à celle de l’UE 28), et elle doit accueillir des réfugiés venus de Méditerranée. Macron a sacrifié à ces poncifs en tançant vertement la Pologne et la Hongrie.

Europe bobo, Europe occido-centrée

Tous ceux qui partagent l’étrange culpabilité de l’Europe bienpensante vis-à-vis des réfugiés applaudiront, bien entendu, à cette sortie fracassante qui vise notamment la résistance farouche opposée par le groupe de Visegrad à la politique européenne de « relocalisation » forcée des réfugiés. Depuis de nombreux mois, la Pologne et la Hongrie mènent une véritable campagne de refus contre l’intention, portée par l’Allemagne, de « placer » de force des migrants dans ces pays.

Dans la vision bobo du monde, dont Macron se fait l’écho, cette résistante procède évidemment d’un racisme profond et n’est pas acceptable. Donc, il faut l’éradiquer.

Ce faisant, Emmanuel Macron reprend à son compte une compréhension à courte vue, essentiellement occido-centrée. C’est le triomphe du boboland.

Les migrations vues de Hongrie et de Pologne

Du point de vue de la Hongrie et de la Pologne, le problème des réfugiés se pose en effet de façon très différente.

Côté Pologne, la leçon sur les migrants ne peut qu’être mal vécue. En effet, le conflit en Ukraine a beaucoup pesé sur la solidarité des Polonais. On parle d’un million de réfugiés ukrainiens qui se seraient installés en Pologne.

Ce million de réfugiés portés par la seule Pologne n’a pas beaucoup inspiré de tristesse ni de culpabilité à l’Europe de l’Ouest. Disons même que personne n’en parle. Mais ils expliquent largement pourquoi la Pologne ne se laissera pas faire pour accueillir de nouveaux migrants dont l’Europe de l’Ouest ne veut pas sur son sol.

Côté Hongrie, Macron devrait se souvenir que la pilule est tout aussi amère. Lorsqu’Angela Merkel a ouvert la vanne pour les réfugiés, c’est en effet la Hongrie qui a dû absorber l’essentiel du choc démographique. On a oublié en France que la Hongrie est historiquement la portée d’entrée du continent quand on vient des Balkans. Les colonnes de réfugiés venus de Grèce en marche pour l’Allemagne se sont toutes échouées en Hongrie, sans que l’Europe ne se mobilise vraiment pour aider la Hongrie à affronter un phénomène inconnu en Europe depuis 1945.

L’égoïsme de la bonne conscience bobo risque de laisser des traces

Dans cet ensemble, la vision occido-centrée risque donc de laisser des traces. Pour la Hongrie ou la Pologne, recevoir des leçons de solidarité de la part de pays qui sont loin d’être exemplaires ne devrait pas contribuer à rehausser une adhésion spontanée à l’Europe proposée par Bruxelles.

Avec ses campements à Calais, avec les images de réfugiés bloqués à la frontière italienne, avec un très faible nombre de réfugiés accueillis sur notre sol, Macron prend la tête d’une croisade qui risque de lui revenir méchamment dans la figure. En quoi la France prend-elle plus sa part que la Hongrie ou la Pologne?

Si Macron veut être crédible vis-à-vis de ses collègues, il devra tôt ou tard accepter une vague de réfugiés sur le sol français. Et rien n’exclut que la réaction ordinaire, y compris au sein de son électorat, soit virulente.

Les réfugiés en Europe avant la vague de 2015

Gouvernement Philippe, gouvernement profond décomplexé?

Avec le départ de Bayrou et des ministres MODEM, le gouvernement Philippe a perdu ses dernières figures « politiques » et connues. L’équipe du gouvernement Philippe II est une énumération de technocrates. Macron dévoile désormais sans complexe sa crispation sur le gouvernement profond.

Macron avait annoncé, durant la campagne, qu’il ferait appel aux meilleurs dans son gouvernement. Il y avait plusieurs façons (non exclusives l’une de l’autre) de comprendre cette intention. D’un côté, il s’agissait, bien sûr, de renouveler l’action politique en favorisant l’émergence de figures compétentes mais non issues de la classe politique. De l’autre, ce renouvellement consacrait un phénomène moins immédiatement compris mais qui définit ce qui est train de se passer: le triomphe du gouvernement profond.

Gouvernement profond, gouvernement par la technostructure

Tous les pays industrialisés sont logés à la même enseigne: par-delà les institutions démocratiques, il existe une ou plusieurs classes sociales qui tendent à monopoliser le pouvoir et à orienter à leur profit les décisions publiques. En France, ces classes sociales, qui ont largement parié sur Emmanuel Macron et ont assuré son élection (notamment par un soutien médiatique), s’appuient ordinairement sur une technostructure. Celle-ci est à la fois l’émanation des classes dominantes et leur cheville ouvrière.

La Vè République a longtemps brandi un paravent plus ou moins flexible devant cette coalition d’intérêts. Ce paravent s’appelait la classe politique. L’entreprise de renouvellement menée par En Marche a consisté à le faire voler en éclat.

On comprend aujourd’hui que l’enjeu d’Emmanuel Macron n’est pas de le remplacer immédiatement par un autre paravent d’illusions, mais plutôt de mener des réformes présentées comme structurelles avant de reconstituer une classe politique en soi. Pour ce faire, il a besoin d’une phase où la technostructure reprend ouvertement le pouvoir et prend les décisions qui lui conviennent ou qui la servent.

Il ne faut pas interpréter autrement la longue liste d’inconnus qu’Alexis Kohler a égrenée hier sur le perron de l’Élysée. Elle témoigne d’un jeté bas de masque et d’une reprise en main directe de l’appareil d’État par ceux qui en ont l’usage le plus intéressé.

Quel est le projet politique de la technostructure?

Sans surprise, c’est au nom de l’intérêt général que ce resserrement des élites est pratiqué. L’argumentaire pour justifier cette opération est bien connu: la classe politique est incapable de réformer efficacement le pays. Il faut donc la remplacer par des gens compétents capables de moderniser le pays.

Toute réaction nobiliaire s’appuie toujours sur le même bréviaire, sous une forme ou sous une autre. Sous Louis XVI, l’éviction des « bourgeois » par la vieille aristocratie incompétente s’était appuyée sur les mêmes ressorts illusoires. C’est en effet un mensonge propagé par la technostructure que de rejeter en bloc sur les élus du peuple la faillite du système sur le dos duquel elle vit; comme la vieille noblesse s’était menti, dans les années 1770, en prétendant que les difficultés du Royaume tenaient à l’infiltration de l’intérêt général par ceux qui exerçaient des professions mécaniques.

Mais, pour la technostructure, qu’est-ce que l’intérêt général sinon l’expression de ses propres intérêts? On l’a vu avec l’affaire Ferrand, où un dirigeant de mutuelle (réputée appartenir à l’économie sociale et solidaire) ne voit pas d’obstacle à se constituer son patrimoine personnel avec l’argent de ses adhérents (puisque le mot « client » n’a pas cours dans cet univers). On le verra avec Agnès Buzyn, médecin qui trouve normal d’imposer 11 vaccins obligatoires dont un vient d’être reconnu à l’origine d’une sclérose en plaques par la Cour de Justice de Luxembourg – le même médecin fut un temps rémunéré par le principal fabricant de vaccins en France.

« L’intérêt général, c’est moi! » proclame le technocrate, et on ne tardera pas à comprendre que l’intégration de la société civile dans le gouvernement ordinaire nourrira abondamment la chronique de ces déviances.

L’intérêt général reste donc à réinventer

Ce que l’équipe d’inconnus s’apprête à démontrer aux Français, c’est qu’elle est effectivement porteuse d’un projet de renouvellement, mais que les objectifs de ce projet sont loin d’être en accord avec la majorité des Français. Même si Macron profite d’une embellie dont il ne sera pas le géniteur, il aura du mal à dissimuler les déceptions que la technocratie porte en germes.

Passe encore sur les ordonnances qui susciteront des animosités mais dont l’échéance était annoncée depuis longtemps. C’est l’ensemble des politiques publiques qui tôt ou tard sera déceptif pour les Français: les mesures qui seront prises seront marquées du sceau d’une certaine efficacité… dont on mesurera la distance qui la sépare d’un projet de société cohérent.

Il ne suffit pas de répéter à tout bout de champ le mot « bienveillance » pour incarner ce qu’on dit. Et il ne faut jamais confondre le sens des bienséances en vigueur dans notre aristocratie avec la bienveillance dont on entend parler tous les jours. Maîtriser les codes de la bonne éducation pour jouer dans la cour du pouvoir n’a jamais suffi à devenir bienveillant.

L’expérience montre et montrera que c’est même souvent le contraire qui se produit.