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Macron ou la victoire tardive du souverainisme germanophobe

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Emmanuel Macron est-il devenu germanophobe? S’il a renoncé à la traditionnelle interview du 14 juillet… il l’a remplacée par une interview à la presse allemande et à Ouest-France. Le discours qu’il y tient est marqué par un fort glissement souverainiste où certains pourraient voir de la germanophobie.

C’est un peu l’ironie de l’histoire. Emmanuel Macron s’exprime le 13 juillet dans la presse allemande (et dans les colonnes de Ouest-France). Les propos qu’il tient lui vaudraient une belle volée de bois vert, s’ils avaient été tenus deux ou trois ans auparavant.

Emmanuel Macron ne se gêne en effet pas pour dire les choses qui fâchent sur ce fameux couple franco-allemand dont l’élite française nous rebat les oreilles avec un dogmatisme qui frise l’hystérie. En particulier, pour le Président français, l’Allemagne joue en Europe un jeu non coopératif.

Selon lui, la prospérité allemande provient largement d’un profit qu’elle tirerait des dysfonctionnements de l’euro. Ce disant, il rejoint d’un coup le discours de tous ceux qui appellent à un examen rationnel de la construction européenne, loin des clichés colportés par la pensée dominante sur l’obligation d’être un europhile béat et un adorateur de l’amitié franco-allemande.

Macron à front renversé avec son électorat

L’évolution du langage mérite d’être signalée. Il y a quelques semaines encore, Macron faisait campagne en soutenant des idées contraires à celles-là. L’essentiel de son élection, le Président français la tient d’une attaque en règle contre toute forme de souverainisme, jugé rétrograde, et d’une idéalisation complète de la construction européenne.

À l’usage, on s’aperçoit que, pour le Président français, la réalité est plus complexe. Macron est européen et, « en même temps », il partage les idées souverainistes d’une construction de l’Europe déséquilibrée, dont l’Allemagne sort vainqueur.

Combien, pour avoir tenu ce même discours, n’ont pas été accusés de germanophobie primaire? Ceux-là savourent aujourd’hui l’étrange retournement macronien.

Oui, il faut parler du rôle de l’Allemagne

On rendra grâce, ici, à Emmanuel Macron, de rompre l’omerta instaurée par les élites françaises sur la vraie nature du comportement allemand en Europe.

D’ordinaire, le bien-pensant dominant français interdit toute forme de pensée critique vis-à-vis de la domination allemande en Europe. C’est tout juste si on a le droit d’en parler. Dans tous les cas, il est de bon ton de prêter à l’Allemagne un angélisme auquel elle-même n’a jamais prétendu.

Bien entendu que la stratégie allemande dans le concert européen est dictée par une défense bien comprise de ses intérêts. Cette défense passe régulièrement par des postures égoïstes et, au besoin, unilatérales. On l’a vu sans ambiguïté sur l’affaire des réfugiés, qu’Angela Merkel a décidé d’appeler sans consulter ses partenaires. La conséquence de cette attitude est bien connue: la gestion de la crise des réfugiés met l’Europe au bord de l’implosion.

Il ne s’agit donc pas de diaboliser l’Allemagne ni de lui prêter une malice congénitale qui vaudrait condamnation. Il s’agit seulement de constater que la vision de l’Europe portée par l’Allemagne, de la crise grecque à la crise ukrainienne en passant par la crise des réfugiés, se réduit souvent à un court-termisme germano-centré dont l’impact sur la cohésion du continent est dangereux.

Les élites parisiennes sont coupables d’interdire cette lucidité au nom d’une amitié franco-allemande qui se transforme, au fil du temps, en effacement consenti de la nation France. La première victime de cette pensée unique n’est autre, en effet, que l’Europe elle-même, dont la construction rendue bancale par l’égoïsme allemand bat dangereusement de l’aile.

L’impasse de la stratégie macronienne

Il reste à Emmanuel Macron à franchir une étape supplémentaire. Face au constat des dangereux déséquilibres internes à l’Europe, le Président continue en effet à penser selon le mode platonicien mal ajusté des élites françaises. Pour celles-ci, l’Allemagne ne peut vouloir consciemment le mal. Il suffit donc de lui expliquer ce qui ne va pas pour qu’elle corrige son comportement. Donc qu’elle accepte une révision des traités.

Ce raisonnement naïf trahit le manque de maturité politique de nos décideurs.

Angela Merkel n’a en effet pas attendu Emmanuel Macron pour découvrir ce que les Allemands savent depuis la réunification et dont ils se repaissent avec délectation. L’Allemagne est la première puissance européenne et elle use et abuse de ce rang pour tirer profit de la construction communautaire. Disons même que ce qu’on appelle l’Union Européenne est un édifice germanocentré, une vaste division continentale du travail qui assure la prospérité de ce qu’on appelle couramment l’Allemagne.

Le traité de Maastricht n’est pas autre chose que l’expression de ce germanocentrisme. Il a obligé tous les pays de l’Union à se plier à une logique monétaire et budgétaire qui a fait la prospérité de la Prusse progressivement élargie à des territoires anciennement sous influence française, et qui ont fini en 1870 par s’appeler l’Allemagne.

Par une étrange ignorance française, le rappel simple et indispensable de cette histoire récente, qui permet de comprendre que la France est millénaire et l’Allemagne séculaire, est vécu comme une ignominie. Nous gagnerions pourtant à replacer l’histoire de l’Union Européenne dans son contexte: celui de la construction, sous diverses formes depuis un siècle et demi, d’un projet impérial prussien qui se heurte systématiquement à la paix des nations. Mis en veilleuse entre 1948 et 1991, ce projet a repris vie et espoir depuis vingt-cinq ans avec les tensions que l’on sait.

Attendons la prochaine interview du président Macron pour l’entendre de sa bouche.

Emmanuel Macron

Jamais je n’ai reproché à l’Allemagne d’être compétitive. Mais une partie de la compétitivité allemande est due aux dysfonctionnements de la zone euro, à la faiblesse d’autres économies.

Emmanuel Macron

Il faudra des changements de traités parce que cette Europe est incomplète

12 commentaires

  1. Pierre dit

    Et vous continuez à donner du crédit à ce que raconte Jupiton dans ses « interviews » ? Au prétexte que, pour une fois, il glisse une ou 2 quenelles que vous auriez pu signer ?

    Macron tourne avec le vent.

    -Ca grogne chez les sans-dents au sujets des impôts ? Pouf il contredit, pardon « recadre » et « corrige » ce qu’a affirmé son premier ministre devant l’assemblée.

    -Ca grognez chez les gauchistes au sujet de Trump ? Paf il l’invite à Paris pour un week-end en amoureux.

    -Ca coince au Quai d’orsay au sujet de la Syrie ? Pouf, « le départ de Assad n’est plus une condition »…. Et dans le même temps « mais attention hein, si arme chimique, ce sera forcément Damas, et alors la France répliquera »

    -Ca vibre chez les immigrationnistes fanatiques ? « L’Afrique c’est 5 enfants par femme, et c’est un problème civilisationnel »… Et dans le même temps, Macron fait tout pour augmenter encore la pompe aspirante migratoire.

    C’est un mode de pensée, et d’action chez Macron. Exactement comme son père spirituel, Hollande. Un pas en avant, un pas de côté, et une pirouette sur soi-même.

    Alors maintenant l’Allemagne.. So what ? Le chauffeur de scooter aussi avait déclaré martial en 2012 « je vais à berlin pour changer les traités, ça va chier des bulles ».
    Les spectateurs retiennent un rire et un soupir…

    Macron n’a rien changé du tout. Il demeure le petit caniche de Merkel, comme tous les collabos français avant lui.

    Et pour une raison objective, très simple : le pognon.

    La BCE doit continuer à arroser la France, sinon boum.

    Et la BCE, c’est Draghi.

    Et Draghi c’est maman Angela qui l’a nommé.

    • Joseph dit

      C’est dit sans détour mais votre propos est juste. Macron, ENCORE une fois, est un progressiste assumé, il dit ce que les autres ont envie d’entendre. Point.
      En France mais pas que, on n’évoque même plus l’UE mais l’Allemagne et sa chancelière Godzilla Merkel, les vrais patrons de cette UE en totale déliquescence, notre dieu vivant c’est du reste précipité à Berlin à peine intronisé.
      Macron ne fera rien car il n’a jamais rien fait et ne fera jamais rien. C’est au fil des mois que cette pourtant évidence se percevra. Quand a t-il dit une chose, un seule, qui ne soit pas sujet à interprétation ? Pire encore, combien de fois c’est-il contredit depuis qu’il est en campagne et depuis président ?
      Sans rire, il faut se souvenir de ses meetings ! des océans de platitude, des phrases creuses, un vide sidéral.
      Nous sommes en 2017, et la seule chose qu’en retient la presse c’est que Macron serait « intelligent ». Un président intelligent ! pensez donc, il faut dire que, comparativement à Sarkozy et surtout Hollande, tout ce qui dépasse 70 de Q.I est susceptible de le paraître.
      Il y a un moment, il faut être honnête et appeler un chat par son nom : Macron est un imposteur.

      • Citoyen dit

         » … notre dieu vivant c’est du reste précipité à Berlin à peine intronisé » …. Son mentor, Normal 1er, en avait fait tout autant, et s’était pris la foudre !…

    • Citoyen dit

      Et pour compléter le tableau, ce jour, le micron s’est entretenu avec tatie Angela. Comme il se doit, à la sotie de la réunion, ils ont fait une conférence commune. C’était à hurler de rire … D’un coté, il y avait le micron enchanté de lui et de sa prestation, décrivant longuement, et par le détail, de tout ce qu’ils avaient convenu (bien évidement grâce à lui) … Et de l’autre tatie Angela qui esquissait tout juste qu’ils avaient abordé des sujets intéressants … ou dit plus vertement : parles à mon …, ma tête n’est pas dispo …
      L’impression qui se dégageait … est qu’ils n’avaient pas fait la même réunion … ou alors, ils n’ont pas fait la réunion ensemble, et ils ne s’en sont pas aperçus !
      Il y a des moments comme ça, qui valent leur pesant de cacahuètes.

  2. tul dit

    Le traité de Westphalie avait tout de même permis une assez bonne cohésion et équilibre en Europe contrairement au traité de Versailles.

    Et c’est tout de même Napoléon et ses guerres incessantes qui a catalysé l’unification allemande, le fameux Deutschland über alles.

  3. Alain De Vos dit

    « la Prusse progressivement élargie à des territoires anciennement sous influence française, et qui ont fini en 1870 par s’appeler l’Allemagne. » Merci bien de resituer les choses et de les dater.
    La guerre de 1870 et notre défaite entrevoient l’hégémonie permanente de l’Allemagne d’une façon ou d’une autre. Comment construire une véritable UE dans laquelle l’Allemagne veut bien consentir à être un des membres mais pas le sommet?

  4. Jiff dit

    « on s’aperçoit que, pour le Président français, la réalité est plus complexe. »

    En fait, ça serait plutôt qu’une découverte de ce qu’est la vie réelle le fasse pédaler dans la semoule.

    « l’étrange retournement macronien. »

    Pas si étrange que ça, on a récemment vu une inflexion surprenante de la trajectoire auparavant très rectiligne de Soros; ceci explique sans doute cela (les mauvaises langues pourraient dire que certaines promesses anonymes, mais néanmoins très descriptives, ont modifié la façon d’être de Soros, mais cela ne nous regarde pas.)

    « dont la construction rendue bancale par l’égoïsme allemand »

    C’est juste un facteur aggravant d’une conception fausse par construction; sans doute une question d’impatience, car une europe des nations aurait mis beaucoup plus de temps à en arriver là où nous en sommes, c’est à dire bien bas.

    « Par une étrange ignorance française, le rappel simple et indispensable de cette histoire récente, »

    La faute à qui ? Vous, moi et certains autres, ici commentateurs, avons eu la chance de bénéficier d’une école à peu près correcte et qui enseignait encore correctement quelques choses à l’époque, mais les choses s’étant très rapidement dégradées, les gens tels McRon ont eu plus droit à une école à la NVB qu’autre chose; partant de là, quoi de plus normal qu’il ne maîtrise aucunement l’Histoire de france (d’ailleurs, V.Putin l’a bien collé sur Anne de Kiev), et ça n’est pas en posant un exemplaire des mémoires de guerre de CDG sur le bureau de sa photo officielle qu’il pourra nous faire croire qu’il maîtrise.
    Hors, tout particulièrement dans ce pays dont l’histoire est extrêmement riche, ne pas la maîtriser débouche immanquablement sur une incompréhension de son peuple – il est d’ailleurs remarquable que tous les gens d’un bon niveau indiquent une bonne connaissance de l’histoire de son propre pays comme la condition sine qua non de base pour faire un bon dirigeant, car avant de savoir où l’on va aller, il faut d’abord savoir d’où l’on vient.
    Quant’à l’Allemagne, nous verrons bien ce qui va se passer, déjà avec les problèmes que les banques Italiennes rencontrent (on pense tout de suite à Deutche Bank), ensuite quand la zone euro aura foutue le camp et que les sortants réajusteront leur monnaie par rapport au Mark.

    « Il faudra des changements de traités parce que cette Europe est incomplète »

    Croyez-vous vraiment que cautère sur jambe de bois soit efficace ?
    Un retour à l’europe des nations paraitrait sensément plus sain – tout en gardant certaines choses, telles CJUE & CEDH, notamment pour que les français puissent se défendre contre les préjudices multiples que leur causent leurs propres institutions, ajustice comprise.

  5. Rodolphe dit

    De retour de vacances pour commenter un peu l actualité francofrenchier. #$# . Vous me faite rire mais réveillez vous la France est un mirage y a plus d avenir sauf pour les initiés et les multipedes. On a intérêt d apprendre l allemand aux enfants pour qu’ il sache dire merci.

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