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Moralisation de la vie publique: comment Macron protège les fonctionnaires

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La moralisation de la vie publique doit-elle se limiter aux parlementaires? C’est le débat qui a animé la commission des lois où la rapporteure (accessoirement présidente de ladite commission) n’a guère brillé par son aplomb politique. La majorité parlementaire s’est chargée de vider le texte des dispositions que le Sénat y avait ajoutées sur la déontologie des fonctionnaires.

In fine, la volonté du gouvernement, suivie par la majorité parlementaire, de vider le texte de son contenu sur les fonctionnaires, ne manque pas de poser question. Emmanuel Macron veut-il à ce point protéger le pantouflage dans la fonction publique qu’il souhaite éviter d’y mêler des dispositions législatives nouvelles, parallèles à la lutte contre les conflits d’intérêt chez les parlementaires?

En tout cas, le Sénat a assez habilement joué le coup en saturant le texte du gouvernement avec des dispositions « minées » comme celles sur les fonctionnaires. Elles mettent Emmanuel Macron en position défensive, en le contraignant à limiter son texte et à justifier ces limitations.

Une moralisation de la vie publique incomplète

Dans la pratique, on peut comprendre la position du gouvernement. Le statut de la fonction publique est un sujet différent de la vie parlementaire. Dès lors que la déontologie du fonctionnaire a été exclue du choix initial du gouvernement, il est difficile de la réintroduire dans le texte à coups d’amendements mal préparés.

Justement, toute l’astuce est de comprendre pourquoi les fonctionnaires n’ont pas été visés par le texte initial. Cet oubli, mal expliqué, sur lequel règne un silence politique complet, apparaît aujourd’hui comme une façon de protéger des privilèges. Certains parlementaires n’ont pas hésité à parler d’antiparlementarisme.

Un terrible aveu…

Yaël Braun-Pivet, rapporteure

En l’espèce, sous couvert de lutter contre le pantouflage, la disposition adoptée par nos collègues interdirait de promouvoir à la tête d’un groupe public le directeur d’une de ses filiales. Cela n’a pas de sens.

4 commentaires

  1. Citoyen dit

    La caste de ceux qui vivent sur le dos des contribuables (dont est constitué une bonne partie du parlement), protège ses arrières … justement un comportement de caste … identique à celui de la mafia …

  2. Sémaphore dit

    Le pitch est de paraître faire « quelque chose ».
    Il faut donc prévoir du tapageur pour la galerie mais de l’ inoffensif concrètement pour les initiés…

  3. Jiff dit

    « la rapporteure (accessoirement présidente de ladite commission) »

    Je me trompe, ou bien c’est une façon de faire hautement inhabituelle (et plutôt cavalière) ?

    « La majorité parlementaire s’est chargée de vider le texte »

    C’est quand même assez étonnant, vu qu’une bonne partie desdits parlementaires viennent maintenant de la société civile; était-ce parce qu’ils se sentaient concernés au premier chef, ou bien était-ce l’expression d’une « solidarité » plutôt malsaine ?

    « Emmanuel Macron veut-il à ce point protéger le pantouflage »

    Sans doute, oui, car quand on y regarde de près, c’est majoritairement des hommes de Bercy que l’on retrouve installés dans les pantoufles du privé (de là à dire que le Bercy dépasse du cabas, il n’y a qu’un pas ;-p)

    « Cet oubli, mal expliqué, sur lequel règne un silence politique complet, apparaît aujourd’hui comme une façon de protéger des privilèges. »

    Ne serait-ce pas l’un des motto de Bercy: « charité bien ordonnée commence par soi-même » ?

    Dommage pour ce gouvernement, ça aurait pu être une façon pour lui de rebondir efficacement à faible coût et belle démonstration de transparence après les turpitudes de ces derniers jours, mais cela va au contraire venir s’inscrire en rouge dans son passif.

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