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Fincantieri, STX, et les conflits d’intérêt de l’équipe Macron

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Bruno Le Maire vient d’annoncer que la France rachèterait STX si Fincantieri ne se contentait pas des 50% que la France est prêt à lui concéder (l’italien détient déjà 48% des chantiers navals). Un dossier qui a glissé au coeur du capitalisme de connivence français.

Tiens! l’affaire STX et son lot de conflits d’intérêts ressort du chapeau. On la suivra avec attention, puisqu’elle résume assez bien toutes les ambiguités de la Macronie triomphante.

STX, objet de haute convoitise

On ne peut rien comprendre à l’affaire STX si l’on oublie que cette version remixée des chantiers navals de Saint-Nazaire revêt un intérêt stratégique majeur. Il s’agit en effet du seul chantier naval où la France pourrait, le jour J, construire les plus gros navires de guerre. Impossible, donc, d’en céder la propriété à un groupe étranger…

Dans la guerre entre Fincantieri et MSC

Lors des déboires en justice de la maison mère (coréenne) de STX, Fincantieri a donc raflé 48% du groupe pendant que l’État en prenait 33%. Le compromis obtenu par le précédent ministre de l’Industrie, Christophe Sirugue, comportait toutefois une clause (en principe de 60 jours), avec un droit de préemption de l’État sur les parts de Fincantieri.

C’est cette clause que Le Maire annonce vouloir faire jouer.

Ce que ne dit pas Le Maire, c’est que la France est liée aux conditions de commande par le croisiériste armateur MSC de gros paquebots à STX. En son temps, MSC a exigé de pouvoir faire construire ses plus beaux bateaux par un chantier qui ne soit pas sous la coupe de Fincantieri, lié à un concurrent de MSC (Carnival).

De là à penser que l’intérêt objectif de Fincantieri est de couler STX pour favoriser Carnival, il n’y a évidemment qu’un pas.

Le rôle complexe d’Alexis Kohler

Jusqu’ici, donc, personne ne peut reprocher à Bruno Le Maire de prendre les positions qu’il prend, et d’annoncer aux Italiens que la France conservera au moins 50% de STX.

Le problème est dans la suite prévisible du dossier. Bruno Le Maire a annoncé qu’il vendrait des participations de l’État dans des entreprises pour financer un plan d’innovation à 10 milliards. Quelques jours plus tard, il propose un mouvement inverse: nationaliser des chantiers navals. Où est la cohérence?

C’est que… Une fois l’État devenu propriétaire, sa tentation sera de revendre ses parts, comme ce fut évoqué au premier semestre, à MSC. Rappelons là encore que le croisiériste italien avait envisagé de candidater au rachat de STX devant la justice coréenne, dans un consortium intégrant le néerlandais Damen. Pour des raisons non expliquées, cette offre n’a pas été présentée.

En revanche, il est très probable que, en cas de rachat de 100% de STX, l’État réalise l’opération prévue de longue date. Or… l’ancien directeur financier de STX n’est autre qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, à qui l’on attribue désormais de nombreux ratés macroniens (notamment la petite crise d’autorité vis-à-vis du général de Villiers).

Où l’on retrouve la déontologie des hauts fonctionnaires en première ligne

Et voilà donc comment la boucle est bouclée. Alexis Kohler, avant 2015, fut administrateur de STX au titre de la représentation de l’État. Lorsque Macron s’est mis en marche, il a cumulé les fonctions de directeur financier de MSC et de soutien actif du futur président. Et hop! le voici secrétaire général de l’Élysée à un moment où MSC pourrait bénéficier d’une mesure favorable de l’État.

On comprend pourquoi le gouvernement a exigé que les hauts fonctionnaires ne soient pas concernés par les dispositions de la loi sur la moralisation concernant les conflits d’intérêt.

13 commentaires

  1. Sémaphore dit

    Où est la cohérence?

    Sûrement pas dans ce gouvernement qui ne change rien aux constats faits lors des précédents.
    On gère à la petite semaine, comme les occasions se présentent, en essayant de faire croire qu’il y a de grands plans derrière alors que ce n’est que de la réponse épidermique « instantanée ».
    Dans le cas présent, un attelage à 50/50 procède du n’importe quoi à moins que ce ne soit qu’une façon de pourrir le dossier pour que le refus vienne des Italiens plutôt que des Français…

  2. Joseph dit

    Humain trop humain disait Nietzsche. Un système tiens en l’air lorsque les paramètres obligent, de façon égale, à tous. Dans le cas contraire c’est Utopia-Land, « En Marche » n’échappe pas à la règle, Macron qui se voit en Dieu n’est qu’un humain (même si certains se sont persuadés de l’avoir vu marcher sur l’eau), tout comme ses sbires.

    « Le paysan a du bon sens parce qu’il a été vaincu dès le commencement. Donnez-lui le pouvoir et vous verrez ce que deviendra son bon sens. » [Ernest Hemingway]

  3. Citoyen dit

    Du nouveau ! J’ai attrapé au passage, une info, où Le Maire laissait entendre une nationalisation temporaire de STX ! … Là, on bascule dans le surréaliste …

  4. Jiff dit

    « Quelques jours plus tard, il propose un mouvement inverse: nationaliser des chantiers navals. Où est la cohérence? »

    C’est bien ça qui confirme l’absence totale de colonne vertébrale de gens d’un niveau pour le moins assez lamentable et le mimétisme calqué sur Caligula avec la rigueur d’un moine copiste.
    C’est à pleurer, même (et surtout) si ça rappelle furieusement certains dialogues hilarants du film Airplane (y’a-t-il un pilote dans l’avion): « Commandant, nous devrions faire ça — Non, non, mais nous allons faire ça ».

    « On comprend pourquoi le gouvernement a exigé que les hauts fonctionnaires ne soient pas concernés par les dispositions de la loi sur la moralisation concernant les conflits d’intérêt. »

    C’est dans l’air du temps; comme pratiquement tous les jours, nous apprenons un écart, voire un grand écart avec la déontologie la plus basique, même plus peur ! ;-p).
    Et, que je sache, Caligula, s’il a démissionné de son poste de sinistre, n’a pas démisionné de son poste de ponctionnaire d’inspecteur des finances; donc, comme d’hab depuis presque 50 ans, c’est fètkeskejdiépôkeskejfè.

    Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me fait tout à fait penser à une régression cinématographique; nous avons commencé en couleur et au format cinémascope avec Dolby Surround multivoies, actuellement nous en sommes au format 4/3 en noir et blanc et enregistrement sur cylindre de cire – ce qui fait que sur cette lancée, il-y-a de fortes chances que nous finissions sur un Daguerréotype, les coûts des développements étant, de toutes les façons, à notre charge.
    Peut-être qu’en plus de partir, il va falloir en plus changer de couleur de passeport…

  5. Citoyen dit

    Se pose une question qui pour l’instant n’est pas évoquée : Que devient le statut des salariés ?
    A partir du moment où il s’agit d’une nationalisation, même temporaire, même déguisée … Les salariés deviennent-ils fonctionnaires, même temporairement ?… Parce que dans ce cas, on atteindrait des sommets …

    • Jiff dit

      @Citoyen
      Oh, ne vous inquiétez pas, leur statut est en train d’être gravé dans le marbre Jupilèrien, car c’est la plus sûre façon de les aliéner à un système déflationiste.

      « Les salariés deviennent-ils fonctionnaires »

      Alors là, faut pas déconner; « ceux qui ne sont rien » ne sront, in fine, rien de rien. Si vous n’avez pas compris le motto de ce « gouvernement » (lire: colonne Vendôme), c’est foutu ;-p)

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