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La semaine où Macron a démoralisé la vie d’En Marche

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Il croyait moraliser la vie publique, il a surtout démoralisé son camp, le Président de la République, avec ses deux textes pour « rétablir la confiance ». L’opération tourne au fiasco. Elle risque même de plomber le reste du quinquennat, si l’on en juge par la chute de l’intéressé dans les sondages, qui fait de lui le Président le moins populaire de la Vè République au bout de deux mois de mandat…

Durant la campagne électorale, et en réaction à l’affaire Fillon, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il moraliserait la vie publique dès son arrivée au pouvoir, par un grand texte qui devait renouveler la politique française. Le mois de juillet a porté un coup fatal au rêve Macron, notamment par la faute de ce texte tant promis dont le député Olivier Marleix a très bien résumé les faiblesses lors de son explication de vote lundi dernier (voir la vidéo en tête de ce texte).

Avec un texte si faible et même si pernicieux, il est incompréhensible qu’Emmanuel Macron ait pu croire qu’il se crédibiliserait.

Comment Macron a démoralisé son camp

Au premier chef, le texte du gouvernement comporte un manque essentiel: il ne touche qu’au conflit d’intérêts des députés (et encore, pas à tous), et évite soigneusement de légiférer sur les membres du gouvernement, et surtout sur les hauts fonctionnaires.

Ce petit oubli a empoisonné une grande partie du débat. Il a aussi jeté le trouble sur les véritables intentions du texte: Emmanuel Macron profite-t-il de l’affaire Fillon pour diminuer un certain nombre de verrous qui bloquent les hauts fonctionnaires ou les ministres? Pas impossible…

L’affaire Pénicaud, celle qui tombe mal

Ce doute n’a pu qu’être nourri par le contexte désastreux qui a entouré la discussion. Pendant que les députés s’écharpaient sur ce texte, la presse révélait que Muriel Pénicaud avait amassé plusieurs millions, lorsqu’elle était DRH chez Danone, après l’annonce d’un plan social.

Manifestement, la presse subventionnée n’a pas cherché à faire ses choux gras de cette affaire. Mais le buzz a fait son chemin. Il n’en fallait pas plus pour illustrer la toxicité des conflits d’intérêts au sein d’une équipe ministérielle. Un sujet bien plus embarrassant qu’à l’Assemblée.

Mais, sur ce point, le gouvernement a avancé à découvert et le piège s’est refermé sur lui.

La future affaire Kohler, que la presse subventionnée étouffe

La presse subventionnée se bat encore pour étouffer une autre affaire embarrassante: celle de la nationalisation « temporaire » de STX qui devrait permettre de céder les parts de Fincantieri au croisiériste italien MSC. MSC est un excellent client de STX. Mais c’est aussi l’entreprise installée en Suisse qui avait recruté Alexis Kohler comme directeur financier durant la campagne électorale de Macron.

Et Kohler est aujourd’hui secrétaire général de l’Élysée, présenté comme très influent par les initiés. Tôt ou tard, une âme bien intentionnée (l’Italie en compte un certain nombre) se fera un plaisir d’allumer la mèche de cette bombe à retardement.

Elle illustrera à merveille la question du conflit d’intérêts des hauts fonctionnaires. Celle que le gouvernement occulte savamment.

Comment la société civile a démoralisé le débat démocratique

Tous ces points techniques ne seraient probablement pas parvenus aux oreilles des citoyens ordinaires, si l’équipe d’En Marche qui a pris possession de l’Assemblée Nationale s’était comportée de façon efficace et respectueuse des droits de l’opposition.

Dans la pratique, la conduite des débats s’est transformée en chaos. Abandonné aux innombrables vice-présidents de l’Assemblée dont la compétence n’a éclaté aux yeux de personne, le texte a connu un vrai chemin de croix, en l’absence constante du ministre des relations avec le Parlement et du président du groupe En Marche.

Emmanuel Macron avait promis un renouvellement, et le recrutement des meilleurs experts aux postes qui allaient bien. La promesse, là encore, n’est pas tenue.

La déception risque d’être d’autant plus grande que le groupe parlementaire En Marche est en situation délicate. D’une part, il a donné le sentiment d’une profonde arrogance jointe à une grande incompétence. D’autre part, il porte désormais en lui des ferments de contestation.

En Marche et les germes de la fronde

Lors des discussions sur le monopole de Bercy en matière de poursuite fiscale, la majorité a montré des signes de tension interne. C’est le rôle même de Richard Ferrand, président du groupe, qui est remis en cause.

Bref, ce texte qui ne figurait pas dans le programme initial d’Emmanuel Macron et qui est devenu une sorte de leit-motiv de campagne, se transforme en Berezina douloureuse pour la majorité.

Sur le fond, Macron porte un mépris profond pour le parlementarisme dont l’inconvénient apparaît aujourd’hui clairement. Il risque de se payer cher.

9 commentaires

  1. Jiff dit

    « le texte a connu un vrai chemin de croix, »

    Avec, comme point d’orgue, l’abandon de la virginité du casier; prouvant, une fois de plus, s’il en fallait une, que dans l’assemblée, c’est faites ce que dis et pas ce que fais – et le plus étonnant, c’est la réfutation utilisée: « on ne peut prendre en compte tous les cas », c’est vrai, mais on peut tout à faire faire l’inverse: ne prende en compte que les cas connus comme litigieux…

    « en l’absence constante du ministre des relations avec le Parlement et du président du groupe En Marche. »

    Et, d’après la déclaration de Ruffin e nséance, l’absence et la non-joignabilité du tenant du perchoir. Ses assesseurs ayant donné un spectacle qui aurait pu être réjouissant si nous n’étions pas dans la mouise, puisque c’étaient les 2 conseillers derrière eux qui leur soufflaient ce qu’il fallait dire, d’ailleurs tellement fort que ça en a été enregistré 😉

    « Lors des discussions sur le monopole de Bercy »

    Monopole apparemment maintenu, ce qui est peu étonnant vu que c’est de là qu’est issu Caligula.
    Quant’à R.Ferrand, c’est l’archétype de « l’ancien régime », où l’impétrant se maintient à flots envers et contre tous (manquerait plus qu’il ait aussi un compte dans un paradis bancaire et ça serait le pompon) – au moins, S.Goulard a eu le bon goût de démissionner, que ça soit pour les raisons jetées en pâture au public ou parce qu’autre chose de beaucoup plus lucratif s’est présenté, ça, seuls l’avenir et les vrais journalistes le diront un peu plus tard.

    « Macron porte un mépris profond pour le parlementarisme »

    Je crois bien que c’est pire que cela, un mépris profond pour tout ce qui est hors sa caste – et même s’il fait peu ou prou illusion en public, n’oublions surtout pas que l’aïeule était prof de théatre… Tout ça transparaît dans la grogne actuelle de son propre parti, où certains sont même allés jusqu’à ester en justice contre les nouveaux statuts, ce qui était hautement prévisible quand on connait le caractère des français (surtout quand on se fout de leur tronche.)

    Chaque jour apporte son lot de déchéance et nous ne sommes jamais déçus question médiocrité; reste qu’avec tout cet empilement, Caligula va finir par devoir sortir de sa tour d’ivoire, ce qui est un comble pour un n’y-voit-rien ;-p)

  2. Joseph dit

    Humain trop humain…
    Dès sa composition j’avais qualifié le gouvernement de « pétaudière » en devenir, non par l’inexpérience des députés qui n’est qu’une fable (sans rire, pour être député, un Qi de 80 fait largement l’affaire) mais par le mensonge que contenait l’élection de Macron.
    Il a été vendu aux membres d’EM un avenir radieux dans un monde juste et équilibré que la société civile garantirait par la seule évocation du mot. Patatras, ces élus, affiliés de la première heure, découvrent avec stupeur qu’ils ne sont que des presse-bouton, leur avis n’intéresse personne, leurs clés de vote sont auto-commandées par Jupiter.
    Macron aura apporté la magistrale démonstration de l’inutilité de telles assemblées, les Macronistes pensaient certainement qu’être député était similaire aux « nuits debout », un chaudron bouillonnant d’idées (à la con), chacun apostrophant l’autre, chaque parole étant d’or, un homme une voix. Bah non.
    Macron réussirait, parait-il, à l’international (dixit inénarrable Corinne Lepage). Ah bon ? A sa première sortie européenne, il a été sèchement retoqué par Godzilla Merkel, événement d’importance qui n’a pas eu de relais dans la presse française, le sujet était pourtant crucial car ce retoquage invalide l’entier de la politique de Jupiter. Viens ensuite l’épisode du bras de fer avec Trump au G20, grand moment politique. A par ça, l’homme se tient bien, il est « propre sur lui », s’exprime correctement même s’il ne dit rien d’intéressant mais là n’est pas le sujet.
    J’ai également pronostiqué que Macron ne finirait pas son mandat, le rejet dont il va faire l’objet est sans pareil car, ceux qui composent sa majorité sont des pollice-verso, pour ceux-là la société se résume à des smillés, des notes, pouce en haut ou en bas, sans appréciation, juste de l’adhésion ou du rejet, un monde d’une rare violence, la vindicte populaire façon 2.0.
    Les jours s’égrainent, la popularité de Macron se délite, du banal quoi, et c’est plutôt emmerdant pour le dieu des dieux qui dans sa précipitation a oublié que pendant sa vie terrestre il n’était qu’un humain. Zut alors.

  3. Citoyen dit

    Ha, Ha ! les masques tombent … Le clown de Picardie a la morale à géométrie variable … L’Olympe se prend les pieds dans le tapis !
    Le député Marleix, le montre clairement. La morale en politique, ne s’applique pas à tous … Comme le disait Coluche : « Tout le monde sera égaux, mais il y en a qui le seront plus que d’autres » … et donc, fort de ce principe, les députés ne pourront plus taper dans la caisse parlementaire, mais les sinistres auront une dérogation … Voila donc comment « on » se propose de « rétablir la confiance » … « On » établit des grands principes vertueux, qui sont valables pour tout un chacun … sauf pour la caste du premier cercle … « Charité bien ordonnée …(vous connaissez la suite).

    Quant à la presse subventionnée, elle assume son rôle … Puisque, justement, elle est subventionnée … il ne faut pas espérer d’avantage …

  4. Citoyen dit

    « Il croyait moraliser la vie publique…  » … Et s’aventure sur des terrains qui donnent la nausée … en donnant un sentiment de curage des égouts …
    En fait de moralisation, cela dévire insidieusement vers la mise en œuvre de la police de la pensée, très bien décrite par Elisabeth Lévy, ici :
    https://www.causeur.fr/loi-moralisation-racisme-licra-jakubowicz-145830
    Des dispositions, qui si elles sont adoptées, mériteraient largement qu’un peuple bascule en guerre civile, pour se débarrasser de cette engeance, et préserver ses libertés de bases, dont celle de penser et de s’exprimer.

    • Joseph dit

      Bonjour « Citoyen ». Le pire dans cette histoire c’est que le rejet de Macron va ressusciter toutes les vielles gloires de gauche et droite si ce n’est un plébiscite pour Mélenchon. Ceux-là seront élus sans même une once de programme, par renouvellement et rejet, on continu encore et encore…

      • Citoyen dit

        Euh, pour les vieilles gloires c’est en partie possible, mais en partie seulement …. beaucoup sont déjà passées à la trappe …. Pour autant, dans cette engeance, nombreux sont ceux qui arrivent à renaitre de leurs cendres … C’est comme les mauvaises herbes, qui sont plus vivaces que les bonnes …
        Pour le merluchon, pas de panique, il a atteint son apogée … qui dans sa circo, ne représente même pas 20% de l’électorat …
        Ceci dit, tous les élus le sont, au mieux par défaut, puisqu’il faut bien quelqu’un pour occuper le poste, même s’il ne représente quasiment personne … Ainsi se fait le renouvellement du système, qui continu encore et encore…

        • Jiff dit

          « Ainsi se fait le renouvellement du système, qui continu encore et encore… »

          C’est vite dit, surtout que la prochaine « promotionnée » par ceux qui tirent fermement les ficelles en acier au-dessus des cintres est l’une des premières à s’être plus ou moins discrètement éclipsée (dans les faits, ça s’appelle une extraction en catastrophe couronnée de succès) – le pire, c’est que vu ce qui s’est déjà passé avec Caligula, ça a de bonnes chances de marcher, et là, les choses deviendront bien pire – choses préfigurées par la récente loi adoptée sur l’inéligibilité des parlementaires (V. https://leblogalupus.com/2017/07/27/france-la-tyrannie-par-petits-bouts-vient-de-progresser-apres-avoir-decrete-quelles-opinions-etaient-interdites-le-gouvernement-prive-de-droits-civiques-ceux-qui-les-formulent/)

          • Citoyen dit

            Ah, joli ! … Chez Lupus, on ne mégote pas !
            Le parallèle avec « la France En Marche », sous Pétain …. Une trouvaille, qui vaut le déplacement …
            Mais c’est comme ça, en Socialie … ils osent tout … c’est même à ça qu’on les reconnait …

          • Jiff dit

            « Une trouvaille, qui vaut le déplacement »

            Je vous ferais remarquez que c’est également le cas d’un paquet d’articles grattés par notre taulier et de pas mal d’autres sites fait par des gens qui réfléchissent – avec raison; il suffit pour s’en convaincre d’en connaître un peu plus long que l’Histoire de france offcielle 😉

            « en Socialie … ils osent tout » »

            Citoyen, votre tocante ratatouille dur à cause d’un important retard à l’allumage, cette conception de Caligula a un siècle; regardez-y de (beaucoup) plus près, observez ses commanditaires, qui sont également bien souvent ses bailleurs de fonds, décomposez son parcours, visionnez certaines vidéos ayant trait à son passage éclair dans le privé, d’autres où ses anciens camarades de promo s’expriment, etc, et vous verrez que nous sommes aux antipodes du socialisme et que les apparences sont ici très trompeuses…

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