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Macron s’expose dangereusement sur les ordonnances dans une semaine cruciale

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La sortie d’Emmanuel Macron sur les « fainéants » dans son discours devant la communauté française à Athènes risque de lui jouer un mauvais tour. Alors qu’il avait jusqu’ici plutôt habilement évité de se retrouver en première ligne sur le sujet, il devient subitement exposé à la veille d’une journée de manifestations dont le succès pourrait se confirmer.

Pour Emmanuel Macron, la semaine pourrait se révéler extrêmement délicate à passer. Sa sortie malheureuse sur les « fainéants » devant la communauté française d’Athènes s’est en effet imposée comme le symbole clivant d’un pouvoir peu empathique et méprisant qui impose des réformes « de classe ». À la veille des premières manifestations, l’opération est maladroite…

Trois mois d’efforts ruinés en un discours

Depuis le début du mois de juillet, l’Élysée a, avec un certain succès, décliné une méthode annoncée début juin sur les ordonnances, qui s’est révélée plutôt habile. L’élaboration du texte est restée cantonnée à une dimension technique. Le Président avait évité de s’exposer personnellement.

Cette stratégie de dépolitisation d’un texte à haut risque, c’est Emmanuel Macron lui-même qui l’a balayée d’un seul coup. Sa sortie sur les « fainéants », les « cyniques » et les « extrêmes », vendredi à Athènes, le met brutalement au coeur même d’un clivage symbolique.

Et voici le Président brutalement debout sur la faille sismique, sans aucun fusible à faire sauter en cas de dérapage de l’opinion sur le texte.

Même Berger lâche le Président

La phrase est vraiment malheureuse. Elle a couvé comme un feu de brousse pendant tout le week-end. Même Laurent Berger y est allé de son couplet, ce qui n’est pas bon signe pour le Président.

Jusqu’ici, la CFDT a laissé pas mal de plumes dans les arbitrages présidentiels. Les observateurs ont été surpris par cet écart, dans la mesure où les « technos » qui ont préparé le texte sont réputés proches de la confédération. En particulier, le gouvernement n’a pas retenu la demande exprimée de longue date par la CFDT de développer la présence syndicale dans les petites et moyennes entreprises.

Emmanuel Macron devrait donc se méfier du malaise de Laurent Berger, qui pourrait tôt ou tard décider de le lâcher définitivement en se joignant à la grogne des autres organisations.

Quel succès pour la manifestation du 12 septembre?

Dans ce contexte, Emmanuel Macron s’est peut-être laissé endormir par les apparences sauves de la concertation cet été. En apparence, les eaux syndicales sont calmes. Mais le Président a-t-il mesuré les risques de rupture entre la bureaucratie avec laquelle il a négocié et la base?

Les réactions au sein de FO montrent l’ampleur de cette rupture qui pourrait jouer un vilain tour au gouvernement. Alors que Jean-Claude Mailly a éveillé les soupçons en soutenant contre vents et marées le gouvernement sur un projet de texte plus brutal que la loi El-Khomri qu’il avait combattue, les militants de FO désobéissent en masse.

Selon le Parisien, sept fédérations et la moitié des unions départementales ont appelé à rejoindre le mouvement du 12 septembre. Le chiffre devrait inquiéter le gouvernement, car il traduit une incontestable perte de légitimité du secrétaire général du syndicat.

Dans l’hypothèse où la manifestation remporterait un certain succès, Macron se trouverait alors dangereusement exposé.

Mais tout cela nous a rappelé une chose : la démocratie ici inventée est fragile ; la paix que nous avons inventée en Europe après guerre est fragile ; l’esprit de culture que nous avons défendu et porté ici est fragile ; cette volonté d’universel qui vous fait là est fragile.

Alors c’est parce que c’est fragile que je veux vous dire, pour terminer, deux choses. Je serai d’une détermination absolue et je ne cèderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d’avoir, chaque jour, la même détermination. Ne cédez rien ni aux égoïstes, ni aux pessimistes, ni aux extrêmes.

(Emmanuel Macron, le 8 septembre 2017 à Athènes).

9 commentaires

  1. Pierre dit

    Erreur ? Faux-pas ?

    Vous oubliez qu’il s’agit d’une… séquence.

    Rappel : le cirque a commencé la semaine dernière.

    Exactement une semaine avant la manif :
    -la presse « sort » une discussion entre Macron et des cheminots : « l’état rachète la dette SCNF, et en échange, votre régime spécial de retraite, pfuit, vous pouvez l’oublier ».

    -Dans la foulée, la presse embraye : « réforme des retraites en 2018″… « Explosive » dit-on.

    -et on finit en beauté avec le discours d’Athènes.

    Est-ce que tout cela fait sens ?

    Faut il avoir fait l’ENA pour savoir qu’ exactement 1 semaine avant des manifs, il vaut mieux éviter de parler :
    -réforme des retraites
    -et surtout suppression du régime spécial… des cheminots !

    Jupiton est certes un sociopathe… mais pas demeuré.

    C’est une stratégie délibérée : « Shock and awe ».

    Choc et effroi.

    Une stratégie que Macron manie très bien (rappel : il a commencé à insulter les Français depuis longtemps, d’abord les électeurs du FN, ensuite, en Pologne récemment).

    Deux effets recherchés :
    -fabriquer littéralement une pseudo opposition (la fausse droite ayant totalement disparu, le Front national se bouffant le nombril, on maintient sous pression Mélanchon et ses troupes d’idiots utiles gauchistes) : ça fait monter la « street credibility » de Jupiton pour pas cher (« je ne cèderai rien »).

    C’est sûr que face à un collabo comme Mélanchon, ce n’est pas difficile, de ne « rien céder » !

    -et achever la soumission des veaux Français. Accablés par les soucis de la vie quotidienne (boulot de merde, chômage, logement, immigration invasion, violences, « terrorisme »), il convient de leur ôter tout fierté, et d’éteindre leur volonté : en les assommant. Insultes, et leur « rentrer dedans ». A répétition.

    Peu à peu la volonté des individus s’efface, littéralement se dissipe, désamorçant toute véléité de révolte.

    D’une dictature soft, dissimulée, honteuse (Mittterrand, Chirac, Sarko et Hollande), on retourne peu à peu à un intangible de l’histoire humaine : « ma botte cloutée contre ta gueule ».

    Très efficace.

    -Répression (état d’urgence, lois contre liberté d’expression),
    -peur (terrorisme « islamiste »), violences quotidiennes (les « incivilités » des « jeunes »)
    -assommoir fiscal et économique (chômage, et démembrement du contrat social)
    -dissolution de l’identité nationale (invasion migratoire)
    -et maintenant insultes et provocations du pouvoir.

    Le tableau est ainsi complet.

      • Pierre dit

        Certes… Mais elle a été opportunément « réchauffée » (Le Monde est jupitondolâre, rappelons-le)… Une « fuite » absolument pas dénoncée par l’exécutif, au contraire, sans oublier un rapport au Sénat (« bilan de l’interrégimes en matière de retraite au service des assurés ») ainsi que la nomination (annoncée) de Jean-Paul Delevoye comme Haut -commissaire aux retraites.

        Bref, désolé, mais ce n’est ni accidentel, ni une petite peau de banane glissée par des « journalistes » (les guillemets, vous en conviendrez, sont devenus de rigueur, tant leur veulerie les disqualifie).

        Et là ce matin, on nous refait le coup de la fuite : la SNCF planche depuis plusieurs mois sur une autre « réforme » : remise à plat du système… de billets gratuits pour les cheminots et leurs familles !
        😉
        La veille de la manif, chapeau.

        http://www.leparisien.fr/economie/sncf-la-direction-veut-raboter-les-avantages-des-cheminots-11-09-2017-7250262.php

        Alors syndicalistes floués et en colère à l’oeuvre ? Le gouvernement, Macron ne semblent absolument pas gênés.

        Ca sent la « psyops » a plein nez.

  2. Oblabla dit

    Pas vraiment d’accord avec ce papier d’Eric Verhaeghe. Macron a eu raison de botter le derrière des français et en particulier celui des manifestants de demain car ce seront à n’en point douter des fonctionnaires en très grande majorité. Ceux-ci non concernés par cette réforme prennent les devants pour essayer de tuer dans l’oeuf toute vélléité de réforme de la fonction publique et des régimes spéciaux que Macron pourrait éventuellement avoir à l’esprit…

    • Eric Verhaeghe dit

      Je ne porte pas de jugement sur le fond. Je constate juste que, raison ou tort, il agite un chiffon rouge à quatre jours d’une manifestation sensible.

  3. Lorelei dit

    Ca fait déjà plusieurs fois que Macron a un mot « malheureux » avant un mouvement des citoyens: les ouvrières sont des « illettrées », la colonisation française est « un crime contre l’Humanité », et là encore. C’est vraiment pas de chance ces lapsus, surtout chez un homme aussi intelligent.
    Quant aux fainéants: celui qui se sent morveux se mouche…

  4. Citoyen dit

    « Trois mois d’efforts ruinés en un discours » …. en un discours ?… non, pas en un seul discours … dès qu’il l’ouvre, c’est pour raconter des conneries … comme dernièrement en Pologne, entre autre … Le mieux serait qu’il se dispense de l’ouvrir …
    Et s’il n’y avait que les discours …
    Le progressisme micronien, bat de plus en plus de l’aile …. il a autour de lui, dans « La République micronienne En Marche Arrière », des exemplaires de la racaille des quartiers sous-développés, qui discutent à coups de casques …. C’est sûr que comme image, c’est excellent pour redorer son blason …. encore que, le sujet ne concernant que des socialos en eux, c’est moins grave … mais tout de même, ça fait tache …
    Alors un discours qui part en vrille … c’est presque banal ….
    A moins que, parlant des fainéants, ce soit juste un lapsus révélateur pour évoquer les ponctionnaires … Dans ce cas, sa langue aurait fourchée ?

  5. serge dit

    Mais non, c’est juste une mauvaise habitude de haut cadre de la fonction publique (ce qu’est au départ Macron) que de péter un câble dès qu’il sent poindre une légère remarque à son égard (des fois même pas mais le prend pour lui). Surtout qu’au même moment, de joyeux drilles dans les Antilles foutent le bordel sans que l’Etat n’ait l’air de s’en préoccuper, en ayant déjà oublié de s’y préparer. La notion des cercles concentriques qui sont plus ou moins éloignés du centre, le pouvoir. Donc, Macron, qui se préoccupe seulement du fait que les forces de sécurité au Touquet ne fassent « genre » trop armées ou de faire retraiter vite fait les images de déplacement où il n’y a pas trop de monde, se tape royalement de ce que peuvent bien changer les ordonnances. Psychopathe tendance parano, comme tout apprenti dictateur. C’est juste que les français n’ont pas encore imprimé…

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