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Imposition des GAFA: l’Europe désarmée face à l’hyper-capital américain

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Le débat quasi-polémique sur l’imposition des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) souligne la difficulté pour le Vieux Continent de faire face aux innovations disruptives apportées par Internet. Dans la pratique, les géants du Net bouleversent le cadre intellectuel dans lequel les États européens se construisent et soulèvent un véritable défi pour l’avenir de nos économies.

Faire cracher les GAFA au bassinet est devenu le sujet majeur des Européens, et l’obsession politique française du moment. Avec 2.000 milliards€ capitalisés en bourse en une petite trentaine d’années (et même moins de 20 ans pour Facebook), soit l’équivalent du PIB (toutes choses égales par ailleurs) que la France a mis 2.500 ans à construire, ces GAFA constituent une sorte de totem injurieux pour tous les adeptes de l’économie administrée et suscitent toutes les convoitises des bien-pensants européens. Autant de richesses accumulées sans aucune réglementation et sans aucune aide directe de la BPI! quel scandale!

C’est bien sous cette aune de la constitution d’un hyper-capital en un temps jamais connu dans l’histoire qu’il faut comprendre la question fiscale des GAFA.

Les GAFA pratiquent-ils vraiment l’évasion fiscale?

Une rumeur digne de celle qui sévissait sous Philippe le Bel à propos des Templiers veut que les GAFA aient recours à des méthodes illégales pour ne pratiquement pas payer d’impôts en Europe. C’est évidemment faux et, pour comble de malheur, il est difficile d’imaginer (dommage pour le déficit public français) qu’Emmanuel Macron fasse subir à Mark Zuckerberg le sort que Philippe le Bel réserva à Jacques de Molay en 1314.

En réalité, les pratiques fiscales des GAFA sont légales et conformes à une réglementation inventée au siècle précédent pour faire payer des impôts à des entreprises du siècle précédent. Dans ces temps désormais lointains, le ressort territorial de l’impôt était lié à la présence physique des entreprises dans le pays où elles étaient imposées et non à la localisation de leurs clients.

Au demeurant, ce système convient parfaitement aux pays exportateurs (et à leurs entreprises). Imaginons que les producteurs de Cognac soient imposés au Japon sur les bénéfices qu’ils réalisent grâce aux acheteurs locaux, on entendrait, en France, beaucoup parler du pays. De même, on imagine mal qu’Airbus soit imposé sur ses bénéfices dans les pays où des compagnies achètent les avions du constructeur européen.

C’est en cela qu’il existe bien une dimension « Philippe le Bel s’attaque aux Templiers » dans l’accusation d’évasion fiscale qui pèse sur les GAFA: la règle qui nous a profité pendant des siècles nous paraît soudain choquante lorsqu’elle permet à quatre entreprises américaines de s’enrichir jusqu’à plus soif sur notre dos. Erreur pendant les périodes de prospérité, vérité en temps de vache maigre.

L’écrasante responsabilité de l’Europe dans la question des GAFA

Si les Européens, et en particulier les Français, avaient un minimum de jugeote, ils tourneraient donc leur imagination fiscale sept fois dans leurs cabinets ministériels avant de dégainer des projets abracabrantesques. Car l’intention désormais affichée de faire payer les GAFA sur la localisation de leur chiffre d’affaires en dit long sur le naufrage complet de l’Union Européenne, pourtant présentée unanimement comme la seule source de lumière en temps obscurs par lesdits concepteurs du projet, en matière numérique.

Si l’Europe avait une vraie ambition en matière d’Internet, si elle avait une politique industrielle digne de ce nom, c’est-à-dire une volonté de développer des géants du Net capables de rivaliser avec les GAFA, elle se féliciterait des règles fiscales actuelles. Celles-ci ont permis aux entreprises européennes de s’enrichir pendant des siècles en vendant leurs produits dans des pays où elles ne disposaient pas d’établissement. On a parlé du Cognac ou du Bordeaux, on pourrait parler des machines-outils allemandes exportées partout dans le monde.

Les projets européens en matière d’imposition des GAFA sont même très inquiétants (notamment le rapport Lamassoure-Tang d’amendement au projet ACCIS). Ils actent le fait que les Européens n’espèrent pas rivaliser un jour avec les majors américaines et qu’ils vont donc, peu ou prou, adapter les règles fiscales pour faire triompher un réflexe protectionniste. Dans cette espèce de poujadisme dominant qui se revendique de l’européisme ouvert et tolérant, on peut même penser que les Français hurleront comme des putois lorsque le gouvernement américain appliquera à Bla-Bla Car les règles que l’Europe prépare pour les GAFA.

Nous touchons ici au pire naufrage européen: celui de la déconstruction progressive des principes communautaires par ses États membres fondateurs. Ce sont les signataires initiaux du Traité de Rome qui donnent aujourd’hui des leçons de coopération internationale, mais qui tordent la réalité objective pour justifier les pires entorses à ces principes proclamés.

La taxation des GAFA a-t-elle une chance d’aboutir?

Sur le fond, le métier de base des GAFA est de monétiser, peu ou prou, du trafic numérique. Pour y parvenir, nul besoin d’importantes unités de production partout dans le monde. Asymptotiquement, il suffit d’un ordinateur portable dans son cartable pour créer Facebook et le développer.

Il y a 30 ans, cette possibilité n’était même pas imaginable. Sa réalisation relève d’un miracle qui cueille les élites européennes à froid. Le monde tel qu’il change les laisse sans voix et sans cadre intellectuel pour le comprendre. Elles improvisent donc les réponses qu’elles peuvent.

L’ironie de l’histoire veut que ce processus de croissance économique foudroyante des GAFA se soit produit en collision parfaitement frontale avec les élites de nos pays. Encore aujourd’hui, les gens des beaux quartiers méprisent Facebook et tous ces gens qui se pressent pour rendre publiques leurs photos de vacances. Combien d’intellectuels de gauche ne nous ont pas bassiné avec leurs grandes leçons humiliantes sur les livres, les librairies, les libraires indépendants, convaincus qu’Amazon n’avait aucune chance de percer? Il faudra un jour écrire l’histoire de la bêtise de nos élites imbues d’elles-mêmes et obsédées par la dénonciation du populisme et de la démagogie. Ces gens-là n’ont rien compris au monde dans lequel ils vivent.

D’où la proposition française, suicidaire, de taxer les chiffres d’affaires des GAFA par pays. Tous les chefs d’entreprise sentiront ici le danger qu’il y a à laisser faire une taxe sur le chiffre d’affaires et non sur le bénéfice.

D’où la proposition Lamassoure-Tang visant à créer une « présence numérique », ainsi décrite par son auteur:

Nous proposons d’instaurer un nouveau critère de mesure de la présence «numérique» d’une entreprise dans un pays. Peu importe que la facturation des contrats publicitaires des annonceurs soit émise dans un autre pays, comme c’est le cas de Google, dont le siège commercial est basé en Irlande : ces entreprises pourront être taxées sur la seule base de la collecte et de l’exploitation des données de leurs usagers dans chacun des pays où leurs services sont utilisés.

Les entreprises sont taxées dans les pays où leurs services sont utilisés… On attend donc avec impatience que le Japon, la Chine, les États-Unis, envoient des impositions sur les bénéfices que nos maisons de Champagne, de Bourgogne, de Bordeaux, de Cognac, réalisent dans chacun de ces pays…

Comment Philippe le Bel assainit les finances du royaume

À la fin du XIIIè siècle, Philippe IV le Bel était confronté à un risque de banqueroute. Pour rétablir les finances du royaume, il n’hésita pas à faire reconnaître comme hérétiques les puissants templiers et à les condamner au bûcher. En 1314, Jacques de Molay, maître de l’ordre, fut brûlé à Paris. L’opération permit de mettre la main sur une partie des richesses de l’ordre.

Comment établir cette «présence numérique», n’est-ce pas plus compliqué qu’une taxation du chiffre d’affaires réalisé dans chaque pays, comme le propose la France ?

Ce n’est pas contradictoire. Le chiffre d’affaires est un des critères à prendre en compte mais il est plus facilement délocalisable que les données, ce dispositif peut être contourné. Il existe aujourd’hui trois critères traditionnels permettant d’évaluer l’activité d’une entreprise dans un pays : ses actifs tangibles, soit ses ­bâtiments et ses usines, son personnel et ses ­ventes, autrement dit le chiffre d’affaires. Notre idée est d’en ajouter un quatrième, qui est le ­volume de données personnelles collectées, et qui constitue le seul élément non délocalisable. Ces données appartiennent à quelqu’un qui habite en France et il existe des moyens simples de les mesurer.

Vous avez un exemple ?

Le projet Accis consiste à consolider les résultats des entreprises à l’échelle européenne en additionnant les bénéfices et pertes réalisés dans chaque pays. Mais il ne sera plus possible de s’arranger pour n’être imposé que là où l’imposition des bénéfices est la plus faible en mettant en place des mécanismes de transfert artificiels. La clé de la réussite, c’est que tout le monde se mette d’accord pour que les entre­prises en paient partout où elles exercent leurs activités. Si les critères traditionnels ne permettent pas de les taxer, on les imposera sur ce nouveau critère. Facebook, par exemple, paierait alors en France des impôts en proportion du nombre de personnes qui y sont ins­crites, grâce aux données personnelles dont l’entreprise tire des profits.

 

Certains pays risquent de s’y opposer…

Il y a aujourd’hui une «fenêtre» à exploiter, et le projet d’assiette consolidée d’impôt sur les sociétés offre un cadre pour avancer concrètement. Il sera difficile politiquement de s’y opposer : certains pays, comme le Luxembourg, veulent apparaître comme de bons élèves et l’Irlande seule ne pourra pas bloquer cette réforme. L’exercice ne consiste pas à imposer à chaque Etat son taux d’imposition sur les bénéfices mais à en changer le mode de calcul. Si l’on s’entend sur ce qu’est le bénéfice imposable, la concurrence fiscale deviendra transparente, loyale et équitable là où elle était obscure, déloyale et injuste.

Quels sont les dangers à cibler en priorité les Gafa?

D’une part, on aura du mal techniquement à trouver un système qui ne s’applique qu’aux plateformes du numérique et à justifier juridiquement de mettre en place un mode d’imposition qui ne s’applique qu’à elles. De l’autre, ce sera vécu par les Etats-Unis comme une déclaration de guerre à l’encontre de leurs fleurons technologiques ; avec le risque de fortes représailles en retour. Cela risque enfin de reporter l’adoption du projet Accis, qui a le grand avantage de proposer un cadre général s’appliquant à toutes les entreprises, quel que soit leur domaine d’activité.

Tiré du site d’Alain Lamassoure

13 commentaires

  1. Pierre dit

    Hold your horses !

    Tout ceci est mauvais pour votre fonction cardiaque.

    Pourquoi s’emporter de la sorte ?

    Car enfin… les délires de Bruno, l’énarque aux mille pages… vous croyez que cela intéresse quelqu’un dans les autres capitales de l’UE ?

    Tout le monde se fout de Bruno, de ses lubies, de ses 1000 pages, de ses programmes, et mêmes de ses « idées » (toutes plus sottes les unes que les autres).

    La malédiction, et la bénédiction de l’UE… c’est le vote.

    Et en matière fiscale… c’est l’UNANIMITE.

    Et donc jamais les délires de Bruno ne seront votés au sein de l’UE.

    CQFD.

    Bruno peut se foutre à poil, avec une plume d’autruche fluo dans le derrière, et danser la rumba… Il n’y aura jamais unanimité. Point.

    Alors pourquoi s’énerver, pourquoi écrire autant… pour RIEN ?

    Vous êtes parfois un mystère, Eric.

  2. Pierre dit

    Entendu ce matin : Bruno 1000 pages a fait, comme prévu, un bide.

    Seuls 9 pays européens seraient (mettons tout cela au conditionnel hein !) favorables à la taxation du CA…

    Neuf.

    C’est Tintin au pays de Bruno : « Caramba ! Encore raté ».
    😉

  3. Pierre dit

    Plus largement, on voit bien les tentatives desespérées des Bruxellois Fanatiques (exemple Juncker, Moscovici etc.) pour « harmoniser ».

    Leur rêve dément d’Europe Unie… ce projet totalitaire, se heurte au logiciel même de l’UE.

    Le vote à l’unanimité.

    D’un côté : l’obsession pathologique pour l' »extension », l’Europe de Brest à Vladivostok en passant par…. toute l’Afrique du nord, la Turquie etc.

    De l’autre : la simple logique ! Cette même extension qui rend impossible toute… « harmonisation ».

    Bref, conundrum.

    Comment le résoudre ?

    Deux solutions :

    -à force de corruption (des peuples et des élites, factorisé par le grand remplacement ethnique)… il suffit d’attendre quelques décennies. Il n’y aura alors plus aucune résistance institutionnelle (y compris dans les pays d’Europe de l’Est). Mais l’UE ne résistera pas à ce facteur temps.

    -solution la plus maligne : provoquer une « crise » (économique, financière grave)… Et resserrer les rangs autour de la zone… Euro !
    La Zone Euro devenant ainsi une petite UE, mais enfin « harmonisée », et tous les autres pays étant exclus.

    C’est le projet de gens, un peu plus pragmatiques que la moyenne, comme Macron par exemple. Eux ce sont les Bruxellois Pragmatiques, par opposition aux Bruxellois Fanatiques (Juncker par exemple, qui au fond d’une bouteille de vin ne comprend décidément rien à rien).

    Le projet totalitaire des Bruxellois sera ainsi mené à bien, mais au sein d’une entité plus réduite. Et ce projet totalitaire, comme souvent, utilisera, s’appuiera sur une « crise ».

    Dans le cas européen / zone Euro, pas besoin de beaucoup d’imagination, tant les déséquilibres financiers, économiques sont importants, sans oublier la carte « terroriste », véritable joker du 21ème siècle.

    Ajoutons que les Bruxellois Pragmatiques sont également suffisamment malins pour utiliser comme levier LEURS PROPRES ECHECS.

    Ainsi ils pourront dire « Voyez l’Europe à 28 ça ne fonctionne pas… c’est pourquoi nous devons faire l’Union Européenne resserrée ».

    • Citoyen dit

      Sur l’impossibilité de se mettre d’accord à 28 … y a pas photo … c’est joué d’avance …
      Par contre, il suffit de leur faire miroiter qu’il y a du pognon à se faire …. Et là, ces abrutis sont bien capables d’arriver à se mettre d’accord …. surtout, quand c’est les autres qui paient (un peu comme pour l’apéro), y a toujours du monde qui accourt … sachant qu’il s’agit de faire les poches de quelqu’un d’autre, ils seraient bien capables de trouver un terrain d’entente … d’autant plus que des sous, ils en cherchent tous, avec avidité ….

    • Jiff dit

      « le vote à l’unanimité »

      Oui et non, non quand on voit la façon dont mémerkel a imposé les quotas de « réfugiés » d’une façon farpaitement autocratique, évidemment suivie par l’alcoolo de service qui lui, ne jure que par son propre intérêt, on se dit que quorum ou majorité absolue ou unanimité comptent fort peu pour les fascistes européens.

      « les Bruxellois Pragmatiques »

      Ahem, koff koff, theu theu theu, avez-vous eu l’occasion d’aller faire un tour dans le quartier en portant attention aux plaques apposées sur les buildings ou plus simplement de visionner quelques reportages ?
      Les lobbies sont installés tellement près du parlement qu’il n’est même pas sûr que par temps de pluie leurs sbires se mouillent quand ils s’y déplacent. Le « pragmatisme » des parlementaires semble en être légèrement teinté…

      « Ajoutons que les Bruxellois Pragmatiques sont également suffisamment malins pour utiliser comme levier LEURS PROPRES ECHECS. »

      Vi vi vi vi vi, tout comme les gouvernements français ont été assez malins pour faire la même chose. Oh, wait ! Ne serait-ce justement pas tous ces gouvernements (fr, eu, etc) qui, voyant la faillite de certains comportements justement ayant été étatisés alors qu’ils marchent dans le privé, nous serinent à longueur de journée que si a foiré, c’est parce qu’il n’y avait pas assez d’état ?!!

      Restons sérieux, si un quelconque poliotique avait ne serait-ce qu’une seule once d’intelligence pratique, ça constituerait une révolution dans le monde de la sociologie (et de la psychiatrie !)

  4. Bushido dit

    Il est toujours étonnant de lire ce terme de GAFA qui exclut Microsoft et fait de Facebook un acteur majeur qu’il n’est pas tout à fait.

    Facebook appartient à Microsoft, comme Skype, comme tant de services numériques, comme, évidemment, Windows et de là l’écrasante majorité de l’informatique individuelle et la quasi totalité de l’informatique de l’administration Française… Microsoft est également présent dans les téléphones et les tablettes, dans la domotique, dans les distributeurs de billets et de tickets en tous genres. Microsoft est partout et n’apparaitrait pas aux côtés des trois autres géants du numérique ? Lui qui fut le premier des géants et qui sans doute l’est encore ?

    Il faudrait parler des GAMA… oups… MAGA ? Non plus…

    • Jiff dit

      « Facebook appartient à Microsoft »

      Il faut vous documenter avant de proférer des conneries : https://www.presse-citron.net/a-qui-appartient-facebook/ , sachant que ce listing « oublie » l’un des bailleurs de fonds mineur du premier tour de table, la CIA (pour USD14M, une paille.) Par ailleurs, prenez 2 minutes pour vous documenter sur gogol, et vous y apprendrez que les serveurs de FB ne tournent pas sous windoze.

      « Microsoft est partout et n’apparaitrait pas aux côtés des trois autres géants du numérique ? »

      Pourquoi croyez-vous que m$ est en train de mettre le paquet pour porter ses logiciels merdiques et pleins de trous de sécurité sous Linux, si ce n’est parce que la croissance de cet OS commence à lui faire du mal; d’autant plus qu’avec la migration forcée de w$7 vers w$10 qui s’annonce avant janvier 2020 (fin de la maintenance de w$7), qui est un vrai petit espion capable de transmettre chacun de vos fichiers à son maître, les entreprises petites et surtout grosses commencent à très sérieusement réfléchir à deux choses :
      * le remplacement des produits m$ par un autre qui est non-seulement gratuit, mais fonctionne largement mieux tout en ne vous piquant pas vos données,
      * le remplacement des logiciels propriétaires par de l’open-source, les premiers étant soumis aux caprices dudit propriétaire, à la disparition si une absorption de l’éditeur par un plus gros en décide, voire à la disparition si l’éditeur met la cabane sur le chien,
      ne parlons pas des classiques, tel office, où le traditionnel CD a été remplacé par un Saas, ce qui fait que vous re-payez votre soft tous les ans pour chaque utilisateur au lieu de l’amortir à mort.

      Choses qui ne peuvent se passer en open-source, car d’une part, on vous communique les sources des logiciels, qui peuvent donc être repris au pied levé par d’autres éditeurs si besoin est, et d’autre part, ceux dans l’open-source qui vous proposent également un service Saas, vous donnent, dans une écrasante majorité, la même possibilité on-premise.

      De plus, les logiciels open-source sont maintenant à maturité : voyez libreoffice, en remplacement d’office m$ – sachant farpaitement lire et écrire sous ce format propriétaire qui reste malheureusement pour l’instant, le standard mondial de fait et ne cédant en rien aux fonctionnalités (qui sont même très supérieures celles de son ancètre, notamment en terme de possibilités de programmation interne, en utilisant de multiples langages) – ou bien Axelor (cocorico, ouais, pour une fois), dans le domaine de l’ERP où ils proposent un produit vraiment très bien fait et qui tape de plus en plus de gros comptes comme de petits, séduits par sa qualité et les possibilités d’évolutions locales sans programmation (Business Intelligence.)

      À maintenant 25 ans, le petit Linux est en bonne passe de devenir grand…

      Donc, oui m$ reste puissant et riche, mais ses parts de marché et sa valeur ajoutée sont en train de fondre rapidement, avec peu d’espoir, vu sa politique, de retour en arrière – c’est d’ailleurs sans doute la raison de ses placements de ces dernières années, où elle a acquis des tas de parts dans des tas d’entreprises, en majorité dans le même secteur d’activité mais pas que.

      FYI, gogol n’utilise pas non-plus les produits m$, pas plus qu’amazon, même si elle a commencée avec : https://www.cnet.com/news/how-linux-saved-amazon-millions/

  5. Joseph dit

    Hélas, Pierre, je plussoie à mon tour à vos propos. Je partage votre analyse prospective sur le devenir de l’UE, il s’avère que le modèle est intenable dans la longueur, d’autant plus que les états qui la compose sont soumis à la pression des marchés.
    Le scénario de la big crise est celui qui semble tenir la ficelle, tous les paramètres sont réunis pour un effondrement, l’éternelle question n’étant pas si, mais quand ?
    Nous avons face à nous un monstre de corruption composé d’états à l’entier service d’un capitalisme de connivence, les marchés sont ainsi abreuvés d’argent public avec garantie des dettes contractés par les citoyens de l’UE, les derniers mois ont vu fleurir un florilège de lois approuvant les futures ponctions des comptes privés : assurance, banque, épargne, et ce sans que personne ne s’en émeuve.
    Les taux sont la variable d’ajustement, 1) « l’économie » « prospère » (en double parenthèses…) : les taux grimpent pour aspirer le surplus, ce qui rend de facto toutes dettes irremboursables et irréfragables. 2) L’économie stagne : les taux sont bas mais, les marchés sont abreuvés d’argent public. De démocratie il ne reste que le nom, il s’agit en fait d’un système totalitaire soft, dans lequel la corruption règne en maître.
    Digression :
    Il y a quelques mois j’ai pu visionner deux reportages qui en disent long sur l’état du monde.
    Le premier était une « enquête » de terrain menée par le Petit Journal de Yann Bartès (ex C+), le « journaliste » maison s’était rendu à Cuba à l’occasion de la réouverture de l’ambassade américaine, et d’interroger des étudiants cubains sur place qui, lorsque étaient abordés des questions trop précises sur Castro, ces derniers disaient clairement qu’ils ne souhaitaient pas répondre. « L’analyse » du reportage en plateau fut digne du plus pur traitement progressiste, ils avaient vu la bête, identifié le mal, les Cubains sont des débiles.
    Le second était une enquête sur les GAFA, le reporter avait tenté en vain d’approcher les géants du numérique , fin de non recevoir systématique, nous avons juste eu droit à une visite ultra encadrée dans les locaux de AIRBNB (la cafétéria). Point.
    Le reporter c’est même déplacé devant les locaux de Google, interviewant à la volée des employés qui sortait du siège, ces derniers avaient le même comportement que les étudiants Cubains, bien pire même, puisqu’ils étaient littéralement apeurés et refusaient de répondre ! La police est même intervenue au bout de 10 minutes afin de faire déguerpir l’impétrant, pourtant sur l’espace public…
    Les parallèles sont évidents, sauf pour ceux qui refusent de les voir, la même peur irrationnelle envers ce qui apparait-être leurs maîtres, d’un coté un dictateur, de l’autre… la même chose mais en soft.
    Tous se bercent de la douce illusion que nous évoluons dans des systèmes démocratiques, que nos votes aient la moindre importance, que des B. Lemaire, crétin pathologique, puisse être d’une quelconque utilité dans l’équation.
    L’UE est un horizon indépassable, en dénoncer les travers c’est s’assurer une vie de paria, malgré les échecs, répétés et prévisibles, aux conséquences désastreuses. Si ça ne fonctionne pas, c’est que nous n’avons pas pousser le concept assez loin.
    Le communisme et le capitalisme actuel sont les deux faces d’une même médaille.
    Pour en revenir à l’imposition des GAFA, les guignols Bruxellois ont face à eux des affairistes qui tirent les ficelles, de temps à autres un groupe lâche quelques millions de redressement à un élu, le tout en présence des caméras, histoire que ce dernier ait l’air de servir à quelque chose, donnant l’illusion qu’il ait arraché ce pourboire de haute lutte, lui permettant ainsi de justifier sa fonction et ses émoluments, alors que, in fine, il s’est agenouillé devant ses maîtres…

    • Désolé mais votre point de vue, l’Europe intrinsèquement diabolique, communisme et capitalisme semblables dictatures, la vérité étant détenue par le commentateur hyper lucide en position de liberté, qui plus est informé par Yann Barthés, est du plus haut comique.

      Cuba est une dictature menaçante et ses dirigeants des satrapes fantasques obsédés par leur maintien au pouvoir. Ce sont des communistes criminels et corrompus qui écrasent un peuple d’abrutis misérables. Les US sont la première démocratie du monde et la variété des comportements et opinions qui y règne dépasse de loin toutes vos équivalences lamentables et sous informées.
      La corruption européenne dont vous parlez est celle qui règne dans les états sous développés dont fait partie votre pays la France, avec aussi la Grèce et la Roumanie. L’Europe n’est qu’une tentative d’informer les veaux et aux cons de la nécessité de vivre autrement que subventionné par une charité dite « sociale ». Cela prend du temps.

      • joseph dit

        F. Carmigiola, bonjour. Vous faites dans la sémantique disruptive. Accessoirement maintenant, l’europe est en très nette perte de vitesse, et lorsque je parle de la similitude entre le communisme et le capitalisme actuel, j’englobe l’entier de la planète. Du reste, je plaque la même critique sur les pseudos libéraux, ceux pour qui l’économie est le pilier de la société, tous ont un maître, tous sont esclaves, qui d’un dictateur, qui d’un système, qui de chiffres, les derniers sont du reste les plus inquiétants car ils détruisent chaque jour d’avantage ce qu’est le libéralisme comme d’autres ont définitivement détruit avant eux ce qu’était le capitalisme.
        Si je voulais faire du Carmigiola, je prendrais votre conclusion à la lettre, mot à mot, et effectivement le débat serait clos. Afin de progresser dans nos échanges et mieux me situer, je vous suggère la lecture de Günther Anders : « L’obsolescence de l’homme ».
        Les USA sont la première puissance socialiste du monde, tendance marxiste. Libre à vous de voir une once de démocratie dans ce pays.

    • Jiff dit

      « l’éternelle question n’étant pas si, mais quand ? »

      Simple, les projections donnent une crise monétaire mondiale d’une intensité jamais atteinte – ce qui est relativement « normal », les produits dérivés des sub-primes qui ont entraînés la crise de 2007 ayant été remplacés par des produits encore plus toxiques et pour un global astronomique en terme de volume et de prix – ajoutez-y l’entrelacement de toutes les banques, touillez bien, et vous aurez une pâle idée de ce qui va se passer.
      Cette crise sera tellement profonde, brusque et violente que le risque de guerres civiles mondiales a 90% de chances d’en être une conséquence directe.
      Les probabilités de réalisation de cette crise et de ses épiphénomènes sont de :
      *    8% @ 2019-07,
      * 50% @ 2021-04,
      * 92% @ 2022-12.

      À noter qu’il est encore temps de faire quelque chose et d’éviter la catastrophe en bridant sévèrement les tentations hégémoniques de l’europe et de tous les autres, en virant définitivement les poliotiques menteurs, voleurs et tricheurs qui ont autre chose que l’intérêt de _tous_ les peuples en ligne de mire et en foutant les banquiers véreux au trou sans espoir d’en ressortir. On pourrait aussi ajouter à tout cela : virer les pseudo-scientifiques qui brident la recherche par un scientisme très mal venu, ainsi qu’un dogmatisme imbécile et fort dommageable pour toute l’humanité, et ne pas utiliser les progrès scientifiques pour surveiller les gens, mais pour améliorer leur vie.

      Étant donné les probabilités que tout cela arrive à percer vu la mentalité dominante, tirez-en vos propres conclusions…

  6. serge dit

    Il ne va rien se passer, sauf à faire lâcher quelques piécettes par ces mastodontes, après des années de combat judiciaire. D’autant que ces sujet ont été abordés et se sont plantés aux époques IBM, General electric… Et vont bientôt se reproduire avec Boeing (vs Airbus) et les futurs opérateurs de réseaux ou éditeurs de contenu. A noter que majoritairement ce sont des américains et qu’ils sont assez forts (du moins tant que c’est libellé en dollars) pour sortir quelques amendes salées à des non américains pour compenser (ou dissuader) les non-américains de recommencer.
    En aparté, je soupçonne la Commission européenne, outre l’aspect « social » à montrer que l’UE tente de résorber les « inégalités », de se constituer un matelas financier. Je la vois bien s’approprier les piécettes versées par ces GAFA, GAMA… en vertu d’un vrai « travail » de la Commission et de compenser le départ du UK pour faire genre, on taxe pas trop les pays restants pour abonder le budget européen.

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