Accueil » À quoi sert le mythe des inégalités d’accès aux soins?

À quoi sert le mythe des inégalités d’accès aux soins?

Cet article a été lu 3405 fois

Il y aurait, en France, des inégalités d’accès aux soins qui seraient insupportables. Ce mythe savamment cultivé par la bien-pensance permet de justifier une soviétisation progressive de la santé, fondée sur une étatisation galopante et sur une uniformisation vers le bas des pratiques médicales. Au risque de produire l’effet contraire aux intentions.

Dans les mythes fabriqués de toutes pièces pour justifier des choix idéologiques douteux, l’inégalité d’accès aux soins a la vie dure. Cette fake news n’est en effet pas perdue pour tout le monde.

Le mythe de la vie plus longue des cadres

Reprenons d’abord l’un des récits mensongers qui nous est tartiné à longueur de médias subventionnés: les ouvriers perdraient en moyenne sept ans d’espérance de vie à cause de leurs conditions de travail. Qui n’a pas déjà entendu cette sornette qui vous arracherait des larmes?

Or, s’il est un fait que les cadres hommes vivent plus longtemps que les ouvriers hommes, il est tout aussi vrai que les mêmes cadres hommes vivent moins longtemps que les ouvriers femmes. Si les conditions de travail étaient déterminantes dans ce phénomène, on voit donc mal pourquoi l’appartenance d’un ouvrier au genre féminin dispenserait de mourir plus jeune qu’un cadre.

Les bien-pensants ont coutume de répondre que les ouvrières boivent moins que les hommes cadres, etc. Et là, nous sommes bien d’accord: l’espérance de vie est influencée par les comportements individuels et par l’hygiène de vie avant d’être influencée par le métier exercé. Dans tous les cas, on n’entend jamais personne plaindre les cadres hommes qui meurent avant les femmes ouvrières…

Le mythe du renoncement aux soins

Un autre mythe tenace voudrait qu’une quantité colossale de Français renoncent aux soins pour des raisons financières. Cette situation dramatique justifierait des mesures de soviétisation autoritaire: tiers payant, tarifs imposés, étatisation en tous sens. Il s’agit là de l’un des plus beaux mensonges fabriqués de toutes pièces dans la société française. Aucun chiffre ne permet d’appuyer cette description apocalyptique.

Dans la pratique, ce sont les chiffres de l’OCDE, tirés des Panoramas annuels de la Santé, qui permettent de replacer le grand fantasme français dans sa vérité.

Premier point, le renoncement avéré aux soins (mais personne ne dit quels soins) est inférieur en France à la moyenne de l’OCDE sur l’ensemble de la population (voir les chiffres ci-contre). Il est vrai qu’il est de deux dixièmes de points supérieur à la moyenne pour les 20% les plus pauvres. Mais le volume global de renoncement ne touche que 6,6% des « pauvres » qui ont renoncé à un soin dans l’année écoulée. Certes, ce chiffre n’est pas satisfaisant, mais il est très loin d’une urgence sanitaire absolue, dans la mesure où 93,4% de cette population ont vu la totalité de leurs besoins sanitaires satisfaits alors même qu’ils perçoivent peu de revenus et que, dans cette évaluation, sont pris en compte autant les soins vitaux que la bobologie.

Encore faut-il préciser pour quelle raison les Français, qu’ils soient pauvres ou pas, renoncent aux soins. Une étude officielle, publiée dans Économie et statistique en 2014, montre que les raisons financières n’expliquent de 40% des cas. Le manque de temps, la peur des soins ou l’attente d’une amélioration expliquent, pour l’essentiel, le solde. Là encore, donc, nous sommes très loin des urgences sociales sur le terrain desquelles la technostructure médicale tente de nous attirer.

Enfin, et surtout, il faut savoir à quels soins les Français renoncent. Un rapport de la Cour des Comptes a souligné que la moitié des renoncements porte sur les soins dentaires. Lorsque l’explication de ces renoncements est financière, elle se justifie par le coût des implants et des prothèses. On est donc très loin des soins vitaux. D’ailleurs l’OCDE a rappelé récemment que la France était le pays où le nombre de décès évitable faute d’un accès aux soins était le plus faible du monde industrialisé.

Dans tous les cas, le nombre de cas où un Français renonce à une visite utile chez un généraliste ou un spécialiste est infinitésimal. Là encore, il ne s’agit pas de s’en satisfaire, mais il est incorrect d’extrapoler à partir de ces cas résiduels des visions apocalyptiques sur notre système de santé en général.

À quoi sert le mythe de l’inégalité sociale dans l’accès aux soins?

La prétendue urgence à régler un problème d’accès aux soins ne vise évidemment pas à aider les plus pauvres. Ceux-ci en effet disposent déjà de la couverture maladie universelle, et d’une aide à la complémentaire santé pour supprimer tout reste à charge. En outre, ils n’hésitent pas à surcharger les urgences pour avoir immédiatement accès aux soins de leur choix.

Qui plus est, toutes les mesures prises par le gouvernement pour aller plus loin dans l’accès aux soins ont plutôt cherché à limiter la prise en charge au lieu de l’améliorer. C’est le cas de la réforme du contrat responsable par Marisol Touraine, qui a plafonné les remboursements optiques et médicaux (notamment pour les gynécologues) et donc dégradé les remboursements auxquels les assurés pouvaient prétendre.

Précisément, l’exemple des contrats responsables montre l’utilité de la mise en scène autour des inégalités d’accès aux soins. Celle-ci justifie une étatisation croissante de la santé, au nom du présupposé principe selon lequel l’État serait le meilleur garant de l’égalité en France. L’orchestration de prétendus insupportables renoncements aux soins sert une seule cause: celle du renforcement d’une technostructure sanitaire bien décidée à étendre sa patte orwellienne sur la société française. Comme si nous étions des enfants. Comme s’ils étaient des adultes.


6 commentaires

  1. serge dit

    Perso, je pointe 2 éléments complémentaires:
    – L’espérance de vie en bonne santé reste désespérément collée à 69,4 ans, toutes catégories confondues, et en prochaine régression avec l’extension des pollutions complexes type nanoparticules, malbouffe et tutti quanti. Il est toujours insupportable de voir jongler des politiques de travail et de soins en se cadrant sur le fameux trimestre de vie en plus chaque année de vie.
    – La population a quand même légèrement évoluée quant à l’avis « toujours pertinent » du médecin. Outre le fait qu’ils sont devenus nettement plus techno (et donc moins psycho), la marchandisation des médocs s’est aggravée tout en ayant de plus en plus de mal à faire exister de nouveaux et efficaces traitements. En conséquence, pas mal de monde (hors grosse pathologie) fait du soin de base ou de l’alternatif puisque ce n’est pas pire.

    • Jiff dit

      « ayant de plus en plus de mal à faire exister de nouveaux et efficaces traitements. »

      C’est même bien pire que ça, prenez l’aspirine, sujet de plusieurs études publiées vis-à-vis du cancer en général et du cancer colo-rectal en particulier, en mars 2016, une équipe médicale française confirme son action sur le 2nd tout en restant réservée sur l’effet possible sur les autres cancers; récemment, on a vu fleurir de n’importe où et sans référence d’aucune étude, des articles qui non-seulement mettent en doute ces résultats, mais en plus dézinguent une fois de plus ce médicament fort peu cher à produire.
      Prenez le bismuth, formidable pour combattre rhumes et infections, mais ayant exactement le même tort que l’aspirine, être très bon marché, et pouf, d’un seul coup, sur la foi d’une étude dont l’analyse prouve qu’elle est plus que foireuse (et pas dénuée de conflits d’intérêts), le monde (pharmaceutique) entier se met à dire que c’est un cancérigène; a-t-on jamais diligenté une autre étude afin de confirmer la première ? Jamais.
      On pourrait continuer des heures comme ça – tiens, la « pommade des bleus » de mon enfance, l’Arnicalik, qui sentait fichtrement bon et vous évitait d’avoir un bleu ou un cocard le lendemain d’un gros jeton, hop, à la trappe, et pour la remplacer, une merde inutile dans laquelle il n’y a que 4% d’arnica, etc, etc.

      Quant à l’espérance de vie, vu que la courbe a commencée à s’inverser il y a déjà plusieurs années aux USA, il était fatal que nous suivions le mouvement. Vous évoquez les pollutions complexes, notamment en provenance des nano-particules, mais rien que les mélanges des additifs alimentaires – ayant pratiquent tous des effets secondaires plus ou moins bien maîtrisés (et tous des doses maximales journalières dictées par l’industrie agro-alimentaire…) – représentent un danger important, d’autant que la science actuelle est totalement dépassée sur les interactions moléculaires dès qu’on en arrive à un mélange de plus de 2 produits, alors en mélanger des fois une vingtaine…
      Notons au passage que les nano-particules sont suffisamment petites pour passer la barrière hémato-encéphalique et suffisamment accrocheuses pour pouvoir emmener de tout petits passagers avec elles, « détail » dont on ne parle jamais.

      Quant à l’auto-médication, vous-avez raison, nous n’entendons pas parler des catastrophes prévues par certains – mais patientez un peu jusqu’à ce que tout soit étatisé dans la santé et vous verrez ressortir les vieux serpents de mer que l’on croyait morts et enterrés plus forts et carnassiers que jamais.

  2. tul dit

    « Lorsque l’explication de ces renoncements est financière, elle se justifie par le coût des implants et des prothèses. On est donc très loin des soins vitaux. »

    Manifestement, vous ne connaissez rien à la médecine, car les soins dentaires sont cruciaux sur le plan osteo-articulaire et les risques de caries entraînant des risques de maladies cardiaques. Votre privatisatisation de l’assurance maladie est stupide sur le plan économique, de surcroît.

  3. xc dit

    A propos des ouvrières qui vivent plus longtemps que les cadres supérieurs hommes: la répartition des emplois par niveau de risque d’accident, de risque pour la santé,… est-elle bien la même pour les ouvrières que pour les ouvriers ? Les premières ne seraient-elles pas « épargnées » par rapport à leurs confrères ? Par exemple, je ne vois pas beaucoup de « maçonnes ». Par contre, je vois plus de coiffeuses que de coiffeurs.
    Je ne fais que poser la question.

    • Deres dit

      Le fond du problème est que dans ce cas, l’espérance de vie est une utilisation de statistiques purement à charge, en dehors de tout contexte. C’est la méthode classique pseudo-scientifique consistant à « piocher » les chiffres allant dans son sens en se gardant bien de voir ceux allant dans un autre sens ou ne dégageant pas de conclusions claires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *