Accueil » Édouard Philippe ou l’élégance du lévrier afghan

Édouard Philippe ou l’élégance du lévrier afghan

Cet article a été lu 2945 fois

Édouard Philippe peut se targuer d’avoir globalement réussi sa prestation télévisée. Pour tous ceux qui doutaient de son épaisseur, les instants passés avec lui ont constitué une agréable surprise. Au fond, ce Premier Ministre a l’élégance d’un lévrier afghan: il est grand, il est fin, il a une douceur gracieuse. Reste à savoir s’il a une vision politique.

Oui! Édouard Philippe existe vraiment! oui, il peut soutenir un débat avec Mélenchon, et il peut même circonvenir cet adversaire redoutable à force de courtoisie et d’urbanité.

Pour beaucoup de Français qui ont frénétiquement tapé sur Google « qui est Édouard Philippe? » en découvrant l’émission, le spectacle aura réservé une heureuse surprise. Par les temps qui courent, ce genre de plaisir n’est pas à bouder. Et c’est vrai qu’il est plutôt agréable à regarder et à suivre notre Premier Ministre. Il a un côté gendre idéal, avec des mots tout droit sortis des armoires juppéistes, des beaux quartiers, des dîners en ville. Il a l’élégance du geste, de l’expression. Il est urbain, comme on disait dans l’ancien monde. Il ne dit pas aux gens qu’ils sont fainéants quand ils ne pensent pas comme lui. Il ne veut pas les blesser, et quand les petites gens lui parlent de leurs problèmes de petites gens, il prend un air absorbé et les écoute avec pénétration.

Mieux même: quand les journalistes ou les adversaires le poussent dans ses retranchements, il donne le sentiment de défendre son bout de gras et de croire réellement à ce qu’il a dit. Quand l’un ou l’autre lui fait remarquer qu’il n’a pas vraiment répondu aux questions, il s’obstine et il dit que si avec une telle conviction qu’on a envie de le croire.

De ce point de vue, donc, on ressort de l’Émission Politique avec l’impression d’avoir découvert un homme, d’avoir levé un voile et c’est bien.

Au-delà de la technique, y a-t-il un pilote dans l’avion?

Reste que, si le personnage existe, on se demande quand même, au bout d’un moment, si son élégance ne nuit pas à son épaisseur. C’est un lévrier afghan: on ne doute pas qu’il puisse courir vite, mais on n’est pas bien sûr qu’il puisse tenir longtemps, surtout en cas de tabac.

Par exemple, sur la suppression de fait de l’ISF, et sur la polémique de l’intégration des yachts et des lingots d’or dans l’assiette du nouvel impôt, Édouard Philippe donne le sentiment de réciter une petite fiche de Sciences-Po, qu’il va chercher dans sa mémoire, pour expliquer pourquoi c’est comme ça. Mais à la questions sous-jacente du: « est-ce juste? », le Premier Ministre n’apporte pas un mot. Savoir pourquoi le nouvel ISF ne portera pas sur les lingots d’or est pourtant une question qui intéresse les Français, et les laisser sans explication morale sur la volonté politique du gouvernement dans ce dossier est une sacrée faiblesse.

On en ressort avec le sentiment que le Premier Ministre est là pour nous expliquer pourquoi c’est comme ça, et certainement pas pour nous convaincre pourquoi ce choix et pas un autre. Chaque fois qu’il est interrogé sur ses convictions morales, sur sa vision politique, sur sa cortication idéologique, en quelque sorte, le Premier Ministre se dérobe. Et c’est gênant, car on en ressort avec la conviction troublante que la politesse des beaux quartiers tient ici lieu de pensée et de motivation à agir.

Il n’est pas sûr que les Français se satisfassent encore de cette superficialité.

De la difficulté d’agir

Interrogé sur le logiciel Louvois et sur ses conséquences désastreuses dans la vie de nos soldats, Édouard Philippe a montré une autre faiblesse directement dérivée de son élégance. Notre Premier Ministre est à l’aise dans les concepts, dans les chiffres, dans les notes techniques. Mais quand une femme de soldat lui demande ce qu’il compte faire concrètement pour améliorer la vie des soldats, on sent que le sol se dérobe sous ses pieds.

Dans ces moments, le Premier Ministre se réfugie dans un retour aux petites fiches et aux promesses globales. Le ministère des Armées a dépensé plus de 500 millions pour un logiciel de paie qui ne fonctionne pas? Oui, mais on augmente le budget, alors tout se réglera. Mais la femme du soldat, elle veut savoir quel engagement personnel le Premier Ministre prend pour régler son problème concret. Et là… on sent que notre lévrier afghan est dépassé par cet appel à agir concrètement.

On en restera avec cette question lancinante: au-delà de ses lectures et ses petites fiches, Édouard Philippe a-t-il l’épaisseur humaine pour comprendre les attentes des petites gens? Poser la question, c’est déjà comprendre que l’exécutif n’est pas prêt d’échapper à son image de gouvernement pour les riches.

5 commentaires

  1. Joseph dit

    L’éducation et le savoir vivre, ne sont que le reflet des apparences, les idées, pour en avoir, les exprimer, les défendre, il faut avoir capacité à sortir du cadre de la posture, des faux semblants et du politiquement correct. Ce premier ministre, comme tant d’autres personnages politiques, n’est qu’un miroir aux alouettes, une coquille vide, mais comme vous le faite si justement remarqué, il est tellement lisse qu’il est difficile, dans un premier temps… de s’opposer à lui, mais au fait, c’est quoi le projet pour la France de ce cher Edouard Philippe, au juste ?
    La lecture de Christopher Lasch permet de définitivement se dédouaner de ces imposteurs, question divertissement, je préfère un film ou la lecture d’un bouquin que le show télévisé d’un ministre dont le seul talent est de savoir se tenir. Et encore, question concours canin, il est permis, pour un temps encore, de préférer les dogues français aux lévriers afghan.

  2. Citoyen dit

    Le « Mythe errant » avait son labrador …. Le Pépère avait son roquet, et voulait faire du micron son épagneul …. Le micron a pris un labrador, et se dote aussi d’un lévrier afghan …. C’est la SPA, qui ne va plus savoir où donner de la tête …
    Trèfle de plaisanterie …. Le problème, il est que la courtoisie et d’urbanité, ne font pas un programme politique qui tienne la route … D’où la pertinente question de savoir, s’il y a un pilote dans l’avion … Ou de savoir, si celui qui se présente comme le pilote, n’est pas, en fait, que le steward ? …. Et là, la question n’est pas réglée …

  3. Zongo dit

    C’est beau vos envolées lyriques. C’en est même touchant parfois, mais je me demande quand même parfois ce que vous fumez. Ce doit être violemment psychédélique pour voir un premier ministre à poil ras devenir un lévrier afghan entre la poire et le fromage. C’est peut-être le poil soyeux du ministre, façon hipster bubar du marais, trainant son vide existentiel de concept store commerce équitable en snack végé. A moins que… « afghan » le lévrier. C’est bien un aveu n’est-ce pas ? 🙂

    M’enfin, à tout choisir, je préfère cette bonne humeur un tantinet délirante, écrite dans une langue tout à fait honorable par ailleurs, aux habituels éditocrates sous tranxène, et leur prose pénible écrite dans un sabir dont par charité, on ne saurait soupçonner d’avoir été un jour issu du français.

    Amen.

    Pardonnez mon amusement, mais nous autres prolétaires de l’IT, on est encore capables de tenir le litre de mirabelle sans voir des licornes 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *