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Quand les libéraux allemands persiflent déjà le passager clandestin Macron

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Le vice-président des libéraux allemands Wolfgang Kubicki n’a pas hésité à se moquer d’Emmanuel Macron et de ses projets européens. Le ton employé laisse présager un avenir très incertain aux propositions françaises de gouvernement économique de l’Union.

Wolfgang Kubicki a eu la phrase qui tue: « En tant que Président français, je propose que l’Allemagne paye pour tout le monde ». Ce résumé cinglant du discours d’Emmanuel Macron a posé clairement le cadre des discussions d’Angela Merkel va devoir ouvrir avec ses partenaires libéraux. Sauf à ce que ceux-ci se récusent au profit, dans quelques semaines, des sociaux-démocrates, ils bloqueront donc toute forme de proposition favorable à un approfondissement de l’Union.

C’est mal parti pour Emmanuel Macron.

Le discours de Macron intéresse surtout les Français

On notera au passage que le discours d’Emmanuel Macron a fait grand bruit… en France, mais que les Européens ne s’y sont guère intéressés. Il n’a pas occupé les discussions à Talinn, où le sommet traitait d’affaires numériques. Et les contacts avec Angela Merkel sur le sujet se sont limités à un tête-à-tête de 30 minutes où la question du budget européen n’a pas été traitée.

Selon Emmanuel Macron lui-même, le dîner informel qui a précédé le sommet a permis de vérifier que ses partenaires européens étaient globalement prêts à refonder l’Europe. Le problème est que personne n’a véritablement confirmé cette doctrine. Et, en dehors de la presse française, on saisit mal qui soutient le Président.

Certes, le président du Conseil Italien Gentiloni a dit jeudi son enthousiasme pour le sujet. Et Merkel a expliqué qu’elle voulait discuter avec son partenaire français. Mais, pour l’instant, personne n’est allé au-delà.

La position allemande difficile à connaître

Dans la pratique, c’est évidemment la position allemande qui sera déterminante. Sans soutien de l’Allemagne, on sait par avance qu’aucune refondation n’est possible. Et c’est un sacré problème, puisque l’Allemagne fonde désormais sa prospérité sur une organisation continentale du travail où la réglementation communautaire joue un rôle essentiel.

Tout l’enjeu consiste donc à convaincre les Allemands qu’ils ont plus à perdre à continuer un système qui leur profite mais qui appauvrit progressivement leurs voisins, qu’à le continuer jusqu’à ce que la corde casse. L’exercice est audacieux. Il est plausible, gagnable, mais il est complexe.

Les Allemands pourraient en effet se laisser convaincre, à condition qu’une de leurs réticences soit vaincue: qu’il ne s’agisse pas de chercher un chèque en blanc qui exonère de tout effort. Du point de vue allemand, en effet, les pays qui revendiquent une mutualisation plus grande en Europe cherchent surtout à éviter les réformes structurelles que l’Allemagne a acceptées il y a une quinzaine d’années pour rétablir sa situation.

La France des petits faiseus

C’est évidemment ici que le bât blesse du côté français. Emmanuel Macron est un beau parleur (ceux qui connaissent l’Allemagne savent comment on y prend ce compliment). Mais appartient-il à cette catégorie tant adulée au sud de la Loire et tant exécrée au-delà du Rhin des « grands diseus mais petits faiseus »?  Toute la difficulté du débat se situe là.

Les Allemands ont suivi et suivent chaque jour la vie politique française. Ils savent qu’Emmanuel Macron fait le bon élève en adoptant des ordonnances qui sont sur la bonne voie, mais ils regardent aussi son budget.

Ce qu’ils y voient est très loin de l’ordo-libéralisme qu’ils souhaitent voir régner en Europe, et ils ne peuvent qu’en être horrifiés. Entre les dépenses record à 425 milliards€, et l’augmentation du déficit annoncée en 2019, ils savent que la France n’entame aucune des réformes de l’État qui sont cruciales pour l’assainissement de ses comptes.

Macron ne servira pourtant sa cause qu’en s’attaquant à ces sujets qui suscitent des poussées épidermiques en Allemagne. Entre le nombre galopant de fonctionnaires et un système de retraite publique qui ponctionne 40 milliards chaque année sur la richesse nationale, les idées de réforme ne manquent pas. Elles supposent que le Président ne soit pas un petit faiseu, et sur ce sujet, les Allemands attendent des preuves.

La théorie du choc, clé de la crédibilité française

Reste que le budget proposé par Macron procède toujours de la logique de l’ajustement et manifeste, comme Édouard Philippe l’a montré lors de son émission politique, l’aversion des élites françaises pour les chocs fiscaux, sociaux et politiques. On voit bien l’intérêt de cette modération: elle évite les conflits sociaux et les grands désordres.

En se rendant à Berlin, on en mesure les inconvénients: à force de ne jamais réformer, de ne jamais prendre le taureau par les cornes, la France s’enfonce dans un lent déclin et perd sa crédibilité internationale. Elle est un lion qui s’endort.

En réalité, pour convaincre l’Allemagne de sa sincérité dans la refondation européenne, la France doit prouver qu’elle ne cherche pas à s’abriter derrière le parapluie budgétaire et monétaire allemand. Et sur ce point, la France détient seule les clés de sa réussite. Tant qu’elle ne modifiera pas en profondeur les termes de l’ordre injuste sur lequel elle se fonde, avec des rentiers qui profitent et des entrepreneurs de moins en moins nombreux qui trinquent, la France prêchera dans le désert.

13 commentaires

  1. Joseph dit

    Votre article fait écho à celui des « Avernes » paru sur Atlantico : http://www.atlantico.fr/decryptage/discours-sorbonne-europe-plus-change-et-moins-change-arvernes-3178442.html
    Nous allons nous épuiser à le dire, Macron est un imposteur, un beau parleur, il fait « bella figura », basta.
    Comment voir un bon axe avec les ordonnances sur le travail ? il ne suffit pas d’en faire, mais d’analyser ce qu’il en est, au demeurant rien. Les syndicats comme prévu sont restés tranquilles car les négociations, celles qui comptent, ont porté sur leur coeur de clientèle : les fonctionnaires, des gages ont été donné, et comme toujours ce sont les classes moyennes qui ont trinqué dans le deal, catégorie qu’il convient de définir et que certains commence à découvrir, avec stupeur plus qu’autre chose, qu’ils en font partie.
    Les classes moyennes en France, ce sont tous ceux qui ne sont pas fonctionnaires.
    Là où on va rire, c’est lorsque Macron s’attaquera aux régimes spéciaux, du reste l’a t-il envisagé ? et si tel est le cas, il est facile de prédire que ce ne sera au mieux qu’un échange de bons (foireux) procédés, comme pour la CSG qui in fine n’est qu’une augmentation des prélèvements, la remise en cause des régimes spéciaux (le statut des fonctionnaires français est un véritable scandale et une injustice sans équivalent dans le monde occidental) sera une fois de plus une augmentation de la dépense pour la France.
    Pour illustrer qui en fait dirige l’UE, il suffit de constater que, sitôt élu, quelques heures après leur sacre, les présidents français s’en vont baiser la main de la marraine Godzila Merkel (4 mandats au compteur, mais c’est paraît-il démocratique, et si ce n’était les allemands, certains auraient crié à la dictature), expliquant aux allemands fatalement railleurs et amusés que, promis juré, les français appliqueront les règles édictées par l’Allemagne, car il ne faut pas s’y tromper, nos voisins teutons n’ont aucun projet européen, ils n’ont que le projet tout à fait compréhensible de tirer un maximum de profits de leur situation dominante, ils veulent des voisins aux ordres, les laissant se débrouiller par la suite avec leurs peuples respectifs et les mensonges qu’ils distillent à longueur de discours.
    Comme dans les hôtels de luxe de la grande époque, lorsqu’un client lâchait un pet dans un couloir, le personnel le prenait à son compte, une main en bouchon sur leur orrifice, en priant les autres clients présents de bien vouloir les excuser pour cette flatulence. Macron, c’est le laquais qui s’excuse des pets lâchés par Godzilla Merkel, c’est son job, et bah, il en vaut un autre…

    • Jiff dit

      « Macron, c’est le laquais qui s’excuse des pets lâchés par Godzilla Merkel, »

      Ouais mais nan, ça n’est pas crédible, parce que question réservoir de gaz, Godzikel a un méthanier, tandis que truc a un briquet BIC…

          • Joseph dit

            Bonjour Jiff.
            Si vous ne l’avez lu : La Cour Des Miracles (Carnets de campagne) de Michel Onfray. 360 pages des minutes de la vie politique française ante primaires à l’élection présidentielle. Jubilatoire, brillant, sourcé, sans pitié, décapant, hilarant. A lire sans modération !

          • Jiff dit

            Bonjour Jo et merci, je note puisque non lu ; c’est un type que j’aime bien parce qu’il est lucide, plein de bon sens et est l’un des très rares représentant de la vraie gauche, malheureusement disparue corps et bien puisque soluble dans la compromission (comme tous les autres), celle des lumières, progressiste et sociale mais dans le bon sens des deux termes.

  2. Leonid B. dit

    Le leader du FDP avait fait encore plus fort il y a trois mois.

    When it comes to his economic vision for the European Union, Lindneris the « anti-Macron. »

    Although he sports striking similarities with the French president — both are charismatic leaders of centrist parties in their late 30s — the German liberal left no doubt that he believes Macron’s ideas for EU reforms will do economic and political harm to the bloc.

    « Macron suggests to move towards standardization and, eventually, pooling debt, » he said, warning that this process will lead to « a Soviet Union-style system, in which at some point, the systematic losers will turn against the European Union and the euro. »

    Chouchou ne pourra pas dire qu’il était pas prévenu : Pour le FDP, il est une réincarnation de Brejnev…

    Source : Politico, 21 juin 2017
    http://www.politico.eu/article/christian-lindner-german-liberal-chief-targets-conventional-wisdom/

  3. Oblabla dit

    « Tant qu’elle ne modifiera pas en profondeur les termes de l’ordre injuste sur lequel elle se fonde, avec des rentiers qui profitent et des entrepreneurs de moins en moins nombreux qui trinquent, la France prêchera dans le désert. »
    D’accord avec cette phrase et en particulier sur « les entrepreneurs qui trinquent », mais la question fondamentale est qu’elle est la liste précise de ceux que vous appelez « des rentiers » ?
    Pour moi les rentiers doivent être définis au sens large et je suggère ceux évoqués dans la définition de l’ineptocratie:
    L’ineptocracie est un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. »

  4. Citoyen dit

    C’est qu’il a de l’humour le Wolfgang Kubicki … et en même temps, en lisant entre les lignes, il sait décoder le micronien dans le texte … un avantage indéniable …
    Le micron démasqué ? …. Caramba ! encore raté !… C’est mal barré …
    Eh oui, c’est pas facile de se faire entretenir pas les teutons (des Picsou qu’on vous dit !), surtout quand on a les poches percées (cocasse … : l’équipe partie faire une sauterie à Lima pour les J.O., a cramé 1,5 Million d’euros en quelques jours ! …ça promet) … La cigale ayant chanté tout l’été, se trouva …….(la suite est connue).
    Et comme si ce n’était pas suffisant, la fRance postule pour l’Exposition universelle de 2025 … la générosité des con-tribuables est insondable !…. En fait, quand on a passé les bornes, il n’y a plus de limites … c’est qu’il avait raison Francis Blanche …

  5. Le terrible point de vue, apparent et au combien dès la campagne (un impuissant fédéraliste velléitaire), se confirme. Les moqueries, discrètes sous Hollande, vont là être bruyantes: Merkel va s’allier à des libéraux vindicatifs, nommer un allemand ordolibéral à la BCE, et chercher à récupérer l’électorat CDU parti chez les nazis. La gouape, les cons et les veaux ont du souci à se faire.

  6. Tartarin dit

    rien compris à tous ces arguments qui se contredisent, sauf deux choses : 1) l’objectid c’est de casser Macron, en inventant un argumentaire où se mélangent libéralisme et mélenchonisme, ce qui est assez incohérent si on y réfléchit 2) il y a bien des beaux parleurs en France, et surtout dans les médias ..

    • @tartarin C’est ça les médias s’acharnent contre Macron, innocente victime d’un complot.
      Venu pour sauver la France, refonder l’Europe, et rendre la planète encore plus grande, Macron vous a séduit.
      Votre bon sens astucieux est celui d’un con et d’un veau.

  7. Jiff dit

    « Wolfgang Kubicki a eu la phrase qui tue »

    Les Allemands, y sont méchants.

    « Sauf à ce que ceux-ci se récusent au profit, dans quelques semaines, des sociaux-démocrates, »

    C’est une billevesée ou bien une réelle possibilité ? Parce que c’est le genre de chose qui nous tuerait en un battement de cil, d’autant que bidule a une fois de plus parlé d’impôts pour alimenter ses délires européens.

    « la France s’enfonce dans un lent déclin et perd sa crédibilité internationale. »

    N’exagérons rien, le déclin français a bénéficié d’un bel effet d’avalanche en 81 et ne s’est jamais démenti depuis ; et ça fait un sacré bout de temps que les étrangers qui ne sont pas d’ici se foutent de notre gueule.

    « Elle est un lion qui s’endort. »

    Retour à Ch.gave : « Des lions menés par des ânes » (purée, 14 ans qu’il a écrit ça et rien n’a changé.)

    @Citoyen
    Vous-avez oublié le lien, très important le lien, car les détails sont croquignolets (V. http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/jo-2024-le-sejour-a-lima-aurait-coute-1-5-million-d-euros-7790239917 )
    * 320 personnes de la délégation – le nombre maximum autorisé,
    * €4.687 par tête, à la charge du GIP Paris 2024 (financé à 50 % par le public) – [les fainéants apprécieront],
    * Un Boeing spécialement affrété jusqu’à Lima, – [c’est pas cher, c’est nous qui paye – Coluche],
    * Une soirée pour 300 personnes dans l’un des plus prestigieux restaurants du monde,
    * tout le confort du Swissôtel, un établissement 5 étoiles au cœur de la ville,
    et le reste, sans aucun doute ; quant à Lima, il n’y rien à y voir si on n’est pas passionné par l’histoire du pays et les appareillages des murs anciens qui flinguent les archéologues dans l’œuf.

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